
Avec une facture en hydrocarbures (pétrole et gaz) représentant désormais plus de la moitié de son déficit commercial, le sujet de l’énergie est indéniablement au cœur des enjeux de la politique économique pour qui veut assurer un réel développement de la France. Ce sujet est cependant verrouillé de part les directives et traités européens qui ont libéralisé le marché de l’énergie, et imposé la fin de la maitrise de ce pan stratégique de l’économie. En interdisant ce qui avait fait l’une des principales forces de la France, le monopole public de l’énergie. www.initiative-communiste.fr vous propose une analyse très factuelle de la situation et des solutions politiques pour adresser le problème, et résoudre la situation dans l’intérêt de la France des travailleurs.
Certes les « éditorialistes et économistes à gages », à la solde des milliardaires, glosent à longueur d’explications économiques oiseuses sur le « cout du travail » : pour ceux-là, le seul problème c’est de réduire les salaires de la France des travailleurs. Pour autant l’appauvrissement continue de la France s’expliquent en réalité par trois mécanismes liés structurellement organisés par l’Union Européenne et l’Euro :
- le profond déficit de la balance commerciale de la France. Un pays structurellement en déficit voit sa richesse diminuer
- le recul de sa capacité de production : délocalisation, fermeture d’usine, casse de l’agriculture paysanne… le PIB productif recule, tandis que seul croit le PIB improductif, celui des services financiers spéculatifs ou encore l’économie de guerre
- la captation croissante de la croissance du PIB par les milliardaires : tandis que les salaires sont bloqués ou baisses, la captation de la plus value produite par le travail est de plus en plus intense à travers dividendes, rachats d’actions, et évasion des profits en profitant de la libre circulation des capitaux
C’est bien dans ce contexte qu’il est indispensable de réfléchir à la question de l’énergie et de la transition énergétique, au delà de l’indispensable question écologique : il s’agit là d’un point clé de l’avenir et de la souveraineté de la France des travailleurs.
L’héritage glorieux du PCF et du Conseil National de la Résistance : quand la France électrifiait son avenir avec EDF et le monopole du service public de l’Energie

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France, ruinée et exsangue, se lance dans une reconstruction ambitieuse. Porté par le programme du Conseil national de la Résistance impulsé par le parti communiste et la CGT, l’État prend les rênes de l’économie, nationalise les secteurs clés et engage un effort sans précédent pour moderniser le pays. L’électricité en est le fer de lance. Dès cette nationalisation, la lutte des classes est intense. Dans les mines, la grève de 1948 et sa répression sanglante à coup de blindés en est une des illustrations.
1946 : la naissance d’EDF et la planification énergétique
La nationalisation d’EDF et de GDF marque le début d’une politique volontariste. L’objectif ? Rendre la France autonome en énergie, grâce à l’hydroélectricité et, plus tard, au nucléaire, assurer le contrôle souverain via un service public en situation de monopole, 100% sous contrôle de l’Etat
Les grands barrages ( Genissiat, Serre-Ponçon, Tignes, Roselend) sont construits à marche forcée. Entre 1950 et 1980, la France passe de 7 à 25 % d’électricité d’origine hydraulique, avec un investissement public estimé à 15–25 milliards d’euros actuels.
Le financement repose sur un trio gagnant : emprunts publics à taux bas, fonds propres d’EDF (alimentés par les tarifs réglementés), et subventions d’État. La Caisse des dépôts joue un rôle clé, canalisant l’épargne populaire vers ces grands projets, mais aussi la capacité à faire appel au pouvoir d’escompte de la Banque de France. L’état finance directement et à très bas couts ses investissements publics sans passer par le marché privés.
1974 : le choc pétrolier et le pari nucléaire
Le premier choc pétrolier sonne comme un électrochoc. La France, encore dépendante à 75 % du pétrole pour son énergie, décide de diversifier massivement son outils de production d’énergie. Le programme Messmer est lancé : 58 réacteurs nucléaires seront construits en 20 ans.
Budget colossal : près de 200 milliards d’euros actuels, financés par l’État, EDF, et une tarification de l’électricité incluant une part dédiée à l’investissement.

Résultat : en 1990, la France est indépendante à 80 % pour son électricité, avec un coût du kWh parmi les plus bas d’Europe. Le service public de l’énergie 100% nationalisé vient de démontrer sa profonde supériorité sur la spéculation capitaliste. Rappelons qu’avant guerre, le secteur éclaté en une myriades d’investisseurs spéculatif privés n’avait pas réussi à développer l’hydroélectricité !
- Ce succès repose sur trois piliers :
- Une planification centrale (Commissariat au Plan, EDF publique).
- Un financement public et populaire (épargne nationale, emprunts d’État).
- Des tarifs maîtrisés, permettant de réinvestir les recettes dans de nouveaux projets.
C’est exactement tout ce qui est interdit par l’Union Européenne et l’euro !
Le grand effondrement : quand l’Europe impose l’austérité et la libéralisation
À partir du milieu des années 1970, tout bascule. Sous l’influence des politiques capitalistes dictées par les directives européennes (en l’occurence ici le paquet énergie, ainsi que la création de l’euro et de la Banque Centrale Européenne privant la France d’une politique monétaire et budgétaire lui permettant de financer ses grands investissements stratégique ) la France abandonne progressivement son modèle d’économie mixte au profit d’une logique de désengagement de l’État et de libéralisation des marchés.
1986 : l’Acte unique européen et le début de la libéralisation
- L’Acte unique (1986) puis le traité de Maastricht (1992) imposent l’ouverture à la concurrence des secteurs stratégiques, dont l’énergie.
- Conséquence : EDF et GDF sont progressivement privatisées (ouverture du capital, puis scission en 2007).
- Fin des grands projets publics : après 2000, plus aucun grand barrage ni centrale nucléaire n’est lancé. Les investissements se raréfient, les tarifs réglementés sont remis en cause.
1999 : l’euro et les critères de Maastricht, un carcan budgétaire

- L’adoption de l’euro et les critères de Maastricht (déficit public ≤ 3 % du PIB, dette ≤ 60 %) limitent drastiquement la capacité d’investissement de l’État.
- Résultat : la France, qui investissait massivement dans son indépendance énergétique, se retrouve contrainte de réduire ses dépenses, y compris dans les infrastructures critiques.
- Exemple : le projet de réacteur EPR de Flamanville, lancé en 2007, accumule retards et surcoûts (12 Md€), en partie à cause d’un financement désormais soumis aux règles européennes de concurrence et à la recherche de rentabilité immédiate. Sous maitrise publique, le même EPR construit en Chine sera sortie de terre beaucoup plus rapidement.
2007–2020 : la libéralisation achève le modèle public
- Avec le traité de Lisbonne (2007), la libéralisation du marché de l’électricité s’accélère. EDF doit vendre une partie de son électricité à prix coûtant à ses concurrents (mécanisme ARENH).
- Conséquence : les marges d’EDF fondent, les investissements dans les renouvelables et le nucléaire ralentissent. Le service public est privé de sa capacité d’investissement, détournée pour gonfler une accumulation de capital afin de former des concurrents privés. C’est un vaste pillage par les milliardaires !
- Paradoxe : alors que la France a besoin de massivement décarboner son économie, elle est privée par l’Union Européenne et l’euro des outils qui avaient fait son succès passé.
La dépendance au pétrole : un boulet pour l’économie française
Aujourd’hui, la France importe toujours massivement des hydrocarbures :
- Pétrole brut : 45–50 Mtep/an (coût : 25–30 Md€/an).
- Produits raffinés : 20–25 Mtep/an (coût : 10–15 Md€/an).
- Gaz naturel : 350–400 TWh/an (coût : 10–20 Md€/an, selon les prix).
- Total : 40 à 60 Md€/an, soit la moitié du déficit commercial français.
Cette dépendance est un frein majeur :
- Elle pèse sur la balance commerciale, limitant la capacité d’investissement du pays.
- Elle expose la France aux chocs géopolitiques (guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient).
- Elle entrave la transition écologique, car les recettes des hydrocarbures profitent à des pays étrangers plutôt qu’à l’économie locale.
Surtout cette dépendance est une dépendance politique auprès des Etats Unis d’Amérique. Ceux-ci contrôlent le marché des hydrocarbures, en tant que producteurs, mais surtout en tant que puissance militaire qui tient en vassalité une large partie des producteurs. Les pétro dictature du golfe sont ainsi sous sa coupe, et les pays producteurs affirmant leur souveraineté (Irak, Libye, Venezuela, Iran,…) sont attaqués militairement. Ce contrôle sur le pétrole est le fondement de la domination du dollars, et par ce biais la capacité des USA à imposer l’extra territorialité de leurs sanctions financières. Etre dépendant du pétrole, c’est donc être dépendant politiquement du maitre américain. L’indépendance au pétrole, pour un pays qui n’en dispose pas comme la France, c’est donc un enjeu de souveraineté politique.
La preuve par l’exemple de l’électrification des véhicules : sans briser les chaines de l’Union Européenne, pas de transition énergétique possible.
Prenons l’exemple de l’électrification des véhicules individuels. Rappelons que l’Union Européenne prétend imposer la fin de la vente des voiture thermiques à compter de 2035.
La France compte 40 millions de voitures. Si toutes devaient rouler à l’electricité ( au delà de l’investissement dans le renouvellement du parc…), cela représente une consommation électrique supplémentaire de 480 TWh/an (soit +80 % de la production actuelle). C’est quasiement un doublement de la production d’électricité actuelle.
En faisant l’hypothèse d’une production suivant le mode actuelle (pure hypothèse), les investissement à conduire sont les suivants : Nucléaire : 30 EPR (48 GW) soit 360 Md€, Éolien + solaire : 100 GW soit 150 Md€, Réseaux et stockage : 100 Md€. Au total, ce serait 600 à 700 milliards d’euros. Un tel budget parait considérable. Il ne l’est pas tant si on le rapporte à l’augmentation de budget militaire imposé par l’OTAN et déjà adopté par le régime Macron : 413 milliards d’euros. Au demeurant, chacun peut constater ici quel est la meilleure garantie d’avenir et de souveraineté entre l’achat de porte avion pour faire la guerre et se soumettre à la rapine impérialiste et la spéculation sur le pétrole du chef de bande américain, ou celui de l’indépendance énergétique du pays (au demeurant indispensable pour qui veut également une réelle puissance militaire).
Cependant, ce budget est infinançable aujourd’hui dans le cadre du carcan européen. De fait, l’Euro et la BCE impose un financement de l’Etat sur les marchés, avec des taux d’intérêts qui conduisent structurellement à faire exploser de façon exponentielle la dette publique. La règle européenne de Maastricht interdisent également le recours au déficit public. Par ailleurs la libéralisation marché de l’électricité rend impossible un retour à un financement public pur. L’Etat ne pourrait par exemple pas garantir des emprunts portés par EDF !
A l’inverse les subventions, les partenariats publics-privés sont couteux, lents, et ils ont fait – pour peu que l’on ose regarder la gabegie et le bilan peu fameux du développement des parcs photovoltaiques et éoliens – la preuve de leur innéficacités. Ils ne sont aujourd’hui qu’une vache à lait gavant de subvention publics des privés.
Le bilan est clair et limpide :
| Période | Investissement public | Contexte économique | Résultat |
|---|---|---|---|
| 1950–1980 | 200 Md€ (val. 2026) | Économie mixte, Plan | Indépendance électrique |
| 2020–2050 (projet) | 700 Md€ | Austérité, règles UE | Défi quasi-insurmontable |

Conclusion : retrouver une souveraineté énergétique, un impératif national pour la France des travailleurs
La France a déjà démontré sa capacité à se doter d’une électricité abondante et bon marché, grâce à une planification publique forte et un financement national. Le tout dans un cadre de production qui, avec le statut des électriciens gaziers, a su construire un cadre de travail faisant progresser le droit des travailleurs. Mais depuis les années 1980, la libéralisation et les contraintes budgétaires européennes ont brisé cette dynamique.
Aujourd’hui, le défi est double :
- Sortir de la dépendance aux hydrocarbures, qui asphyxie l’économie.
- Retrouver une capacité d’investissement public, en brisant ces chaines que sont les règles européennes.
Les solutions économiques sont ici politiques :
- briser les chaines de l’Union Européenne : avec le frexit progressiste, sortir de l’Union Européenne et de l’Euro pour permettre à la France des travailleurs de retrouver les marges de manoeuvre budgétaire, structurelles et productives lui permettant de répondre à ses besoins
- prendre le contrôle populaire des secteurs stratégiques : le grand moyens de productions et d’échanges dont l’énergie est un des coeurs industriels. Car l’énergie est à la fois l’indispensable pour faire tourner un appareil productif industriel et agricole, mais c’est aussi en soit un secteur productif industriel fondamental des secteurs économiques primaire et secondaire. A ce titre, la nationalisation d’Alstom apparait par exemple comme une évidence, de même que celle de Total ou d’ArcelorMittal, ou la renationalisation de la régie Renault… Avec la capacité de construire un grand pole public de l’énergie appuyé sur un grand pole public de l’industrie.
- Evidemment, une telle rupture systémique échappant à la dictature des milliardaires capitalistes et de leur Union Européenne, c’est la porte d’entrée évidente pour mener une transition énergétique prenant le sens de la transition écologique.
Ces solutions politiques, pour censurer qu’elles soient par les grands médias il est vrai détenus par les milliardaires ou controlés par leurs gouvernements, sont en réalité évidentes. Elles ont déjà fait leur preuve dans l’Histoire de France, dans l’histoire de la France des travailleurs capable dès lors qu’elle s’est organisée avec un parti communiste et sa CGT pour imposer sa majorité dans le rapport de force. Ces solutions sont aujourd’hui portées, développées, défendues par les communistes avec le PRCF. Il n’appartient qu’à chaque travailleur de s’en saisir pour mettre en débat ces questions fondamentales et imposer, plutôt que l’avenir sombre et exterministe de la crise systémique capitaliste et de ses guerres impérialistes, l’alternative rouge et tricolore d’une France des travailleurs souveraine, maitrisant démocratiquement ses outils de production et développement.
JBC pour www.initiative-communiste.fr
Sources :
- Archives EDF, rapports du Commissariat au Plan.
- Bilans énergétiques (SDES, Insee).
- Traités européens (Maastricht, Lisbonne).
- Données douanières sur les importations d’hydrocarbures.



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