Avec le PRCF, FREXIT progressiste antifasciste et internationaliste – par Benoit Foucambert #vidéo #frexit

Le 19 mai dernier, au nom du PRCF, , militant du PRCF, syndicaliste enseignant, intervenait lors d’un débat organisé par le à L’Isle-sur- la- Sorgue dans le Vaucluse. Un débat réunissant un large éventail d’organisations politiques et syndicales de l’arc progressiste. Avec notamment la présence de la fédération 84 du PCF, des représentants d’ATTAC 84, de la France Insoumise, du Front Syndical de Classe ou du POI-D. La vidéo de l’intégralité des interventions avait été diffusée en direct par Initiative Communiste. Voici en détail la transcription de l’intervention de .


Nous nous trouvons à quelques jours de l’anniversaire du 29 mai 2005, date du référendum sur la constitution européenne durant lequel le peuple travailleur de France avait infligé une défaite cuisante à l’oligarchie capitaliste.

13 ans après, nous vivons un printemps de luttes contre un ensemble de contre-réformes imposées par le gouvernement Macron dans le droit fil des injonctions européennes.

Aujourd’hui comme hier, la question de l’UE est d’une actualité brûlante et elle est au cœur de la casse du modèle social français instauré par les grandes conquêtes populaires de 1936, 1945 ou 1968.

C’est en 1957 qu’est créée la CEE par le traité de Rome, dans le contexte de la guerre froide. Elle fait suite à la CECA et à la tentative avortée de la CED. Derrière tous ces épisodes, nous trouvons le capital nord-américain et les grosses entreprises du continent européen (chimie allemande en tête). Il s’agit pour toutes ces forces de construire une vaste zone de libre échange arrimée à Washington et à l’OTAN, faisant face au bloc soviétique. Il s’agit aussi de commencer à populariser l’idée d’États-Unis d’ dissolvant les États-Nations.

Des décennies de bourrage de crâne font passer les fondateurs de l’Europe pour de généreux altruistes un peu idéalistes. En réalité, les Schumann et autres Monnet étaient des agents intéressés du capital, et leur projet loué par la droite et les socialistes s’attirait de très vives critiques du PCF et de la CGT.

Ainsi Benoît Frachon, alors secrétaire général de la CGT, déclarait-il dès 1957 : « Le Marché commun constitue en fait un grave danger pour l’économie nationale des pays les plus faibles et une menace non moins grave pour les travailleurs de l’ensemble de ces pays (…) il ne peut aboutir qu’à l’hégémonie des capitalistes et des monopoles les plus puissants, en l’occurrence les monopoles allemands étroitement associés aux monopoles américains. »

Aucune divination ici, seulement la stricte analyse de classe de ce qu’était la construction européenne, nous allons le voir.

La CEE s’est ensuite peu à peu élargie et approfondie avec le vote de du Marché Unique européen en 1986 soutenu par le FN qui instaure la déconstruction du marché national et du service public.

En 1992, suite à la chute de l’URSS et à la réunification allemande, la CEE devient UE avec le Traité de Maastricht qui approfondit l’intégration européenne par une construction politique et économique. La formule emblématique du traité de Maastricht est : « l’UE est une économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée ». Elle signifie que l’UE est par nature et par essence capitaliste et qu’elle vise essentiellement à la marchandisation de tous les biens et services ainsi qu’à l’affaiblissement des États et des services publics. Ce qui faisait dire alors à Alain Madelin, que l’Europe, c’est « l’assurance tous risques contre le socialisme » .

Le pilier monétaire est mis en place par la préparation puis le passage à l’Euro avec ses critères budgétaires austéritaires, géré par la Banque Centrale européenne déconnectée des peuples et directement dirigée par le capital financier principalement allemand. L’euro est à la fois UN DISPOSITIF MONÉTAIRE, une police budgétaire continentale  et un ARRANGEMENT INTER-IMPÉRIALISTE entre la zone mark et la domination du dollar.

En 2007, le traité de Lisbonne sanctifie la construction européenne capitaliste et il constitue une véritable forfaiture puisqu’il reprend la constitution européenne pourtant rejetée par le peuple français en 2005. Le tout est verrouillé par l’impossibilité de changer les traités puisqu’il faudrait l’unanimité des 28 États de l’UE, ce qui est tout bonnement impossible.

Enfin, en 2012 est adopté le Pacte budgétaire européen (officiellement appelé Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) et son mécanisme de convergence des politiques économiques et monétaires de la zone euro.

Dans cette UE désormais en place, la commission de Bruxelles, non élue, est l’organe central avec de très larges prérogatives. Le parlement lui n’est qu’un parlement croupion qui ne dispose pas de l’initiative des lois. Il est surtout un parlement qui ne représente aucun peuple et qui n’exprime donc en aucune manière la souveraineté populaire.

L’UE légifère par le biais des règlements communautaires, des décisions et des directives ainsi que par des recommandations et autres grandes orientations des politiques économiques (appelés GOPÉ) adressées chaque année aux États membres.

L’ensemble de sa politique est défini par les traités et les textes annexés, en particulier la stratégie de Lisbonne rebaptisée «stratégie Europe 2020» qui supervise tous les domaines de la vie de tous les pays : marchés financiers, éducation, finances publiques, protection sociale, emploi, salaires… .

Bien évidemment, un système de sanctions et la cour de justice sont prévus pour les États qui voudraient mener une politique alternative comme ce fut le cas en Grèce il n’y a pas si longtemps. Car, en vertu des traités, la Commission peut notamment infliger à un pays une amende allant jusqu’à représenter plusieurs points de PIB en cas de non suivi de ses recommandations.

Ce qu’il faut donc bien saisir, c’est que les traités supranationaux sont de nature TOTALITAIRES : en effet, ils ne fixent pas de manière neutre, « technique », le fonctionnement des institutions européennes en laissant aux peuples le soin de décider des orientations politiques. Au contraire, ils définissent une politique unique du capital, ils inscrivent les pays qui y appartiennent dans l’application obligatoire du néo-libéralisme et dans l’affiliation au bloc otano-occidental en piétinant si nécessaire les souverainetés populaires comme l’avouait très récemment le commissaire européen socialiste P. Moscovici à propos du CETA : « le CETA continuera à s’appliquer même en cas de rejet d’un des parlements nationaux ». Comme le dévoilait sans fausse pudeur JC Juncker, président de la commission européenne et grand ami de l’évasion fiscale des multinationales, à propos de la Grèce : « il ne peut y avoir de choix démocratiques hors des traités européens ».

Dans la réalité des textes et des politiques menées, nous assistons donc à une planification et à une imposition européennes des régressions sociales, déclinées nationalement avec la complicité des gouvernements en fonction du degré de résistance des peuples.

Nous pourrions développer l’exemple de l’austérité budgétaire, de l’agriculture, de la Sécu, des retraites, des mutuelles, des services publics, de l’assurance chômage, de l’Éducation, de l’architecture institutionnelle de ce qu’ils appellent les « territoires », des salaires, … Nous nous en tiendrons rapidement à deux sujets sujets d’actualités : délocalisations et SNCF.

Concernant les délocalisations, l’UE impose le droit pour une entreprise de s’installer n’importe où en Europe ; ainsi que la circulation illimitée des travailleurs, des marchandises et des services. De l’autre côté, elle interdit l’harmonisation sociale, organisant une véritable tenaille anti-sociale et une gigantesque course au dumping fiscal et social via la possibilité, pour toute grande firme, de se domicilier là où la fiscalité est la plus basse ; d’exploiter la main-d’œuvre là où les salaires sont les plus bas ; et de faire appel à des sous-traitants là où le droit du travail, le droit social, sont les plus faibles.

Quant aux transports ferroviaires, la matrice européenne est tout aussi claire avec l’utilisation de « paquets ferroviaires » depuis 2001 incluant des directives contraignantes pour les États-membres.

Après les 3 premiers paquets ouvrant à la concurrence le fret et le transport international des voyageurs, le 4e paquet ferroviaire adopté en 2016 entend achever l’ouverture totale à la concurrence du rail dans l’ d’ici 2019, ce qui explique la précipitation du gouvernement dans son projet de casse de la SNCF et du statut des cheminots. Souvenons-nous de France Telecom, La Poste ou Air France : transformation du service public en entreprise publique avec casse des statuts, puis transformation du secteur en marché avec privatisation et installation d’un oligopole entre grandes firmes en position de rente: l’engrenage est toujours le même.

Au final, l’UE dévaste les droits sociaux et démocratiques, met les peuples en concurrence et frappe très durement les milieux populaires. Elle entretient une violence sociale et idéologique terrible qui, derrière les discours de façade, promeut le modèle libéral de la guerre de tous contre tous et de la responsabilité individuelle totale des destins de chacun en même temps qu’elle s’attache à criminaliser le communisme et le syndicalisme de lutte. Cette promotion permanente de la réussite et de la concurrence individuelle et donc du plus fort et des premiers de cordée se traduit inévitablement par la valorisation de l’extrême-droite au pouvoir dans de nombreux pays (et pas seulement à l’Est) qui prône ces mêmes valeurs. Cela détermine un processus de fascisation extrêmement préoccupant avec par exemple la stricte limitation du droit de grève en Grèce à la demande de Bruxelles pour continuer à y martyriser le peuple travailleur ou avec la répression de plus en plus violente dans notre pays des mouvements sociaux et des étudiants avec le concours des officines d’extrême-droite. Ou encore avec la fusion en cours entre extrême-droite et droite réactionnaire sous l’œil bienveillant de l’aile fanatiquement euro-atlantique de la grande bourgeoisie, adepte de la marche forcée vers l’Europe fédérale avec sa« défense européenne », sa « souveraineté européenne », son « gouvernement de l’euro».

Alors, face à cette UE, quelles solutions pour les travailleurs et les peuples ?

Certains militent pour une réorientation progressiste de l’Europe, font campagne sur le thème de l’Europe sociale voire sur l’internationalisme inhérent à l’UE. L’UE a d’ailleurs mis en place des organisations chargées de promouvoir l’Europe sociale à l’image de la Confédération européenne des syndicats au niveau syndical.

Rappelons d’abord que l’UE supranationale n’a rien à voir de près ou de loin avec l’internationalisme. Le supranationalisme, c’est justement la dissolution des souverainetés et la négation des peuples et des nations alors que l’internationalisme est au contraire la libre association et la libre coopération entre peuples souverains.

Et disons les choses clairement : l’UE n’étant rien d’autre que ce qu’établissent ses traités, on ne peut « réorienter l’UE vers la gauche », ni même d’ailleurs « sortir des traités supranationaux », sans… sortir de l’UE elle-même. L’UE n’est ni amendable, ni ré-orientable, elle est l’outil construit par les puissances capitalistes pour mener leur politique antisociale, anti-démocratique et impérialiste à l’échelle continentale.

Un empire supranational à l’abri des peuples, une thérapie de choc anti-sociale permettant de mettre les travailleurs en concurrence pour réduire le prix de la force de travail et subventionner massivement le capital, des États balkanisés et des euro-régions, une politique impérialiste appuyée sur l’OTAN et sur l’augmentation des dépenses militaires offensives, une criminalisation du communisme et du syndicalisme de lutte, voilà la feuille de route européenne du capital et voilà l’essence de l’UE.

Pas plus qu’un tigre ne saurait devenir végétarien ou l’OTAN un champion de la paix, l’UE ne peut devenir sociale. Toute politique favorable aux intérêts populaires suppose ipso facto la sortie de l’UE et de l’Euro (sans même parler de l’OTAN).

C’est pourquoi, pour le PRCF, il n’y a qu’une alternative, que nous résumons par : En sortir pour dessiner une perspective populaire de changement de société ou… «  y rester » pour mourir noyés dans les eaux glacés du calcul égoïste !

Pour en sortir et s’en sortir, nous proposons la démarche de constitution d’un Front de Résistance Antifasciste, Patriotique, Pacifique, Populaire et Ecologiste (F.R.A.P.P.P.E.). Associant les couches moyennes au monde du travail pour isoler l’oligarchie capitaliste , ce regroupement à vocation majoritaire viserait clairement un progressiste, antifasciste et internationaliste, une sortie par la gauche de l’UE-euro-OTAN pour « mettre le monde du travail au centre de la vie nationale » comme y invitait le CNR dans son programme, tout en déployant des coopérations transcontinentales tous azimuts. Et, chemin faisant, de rouvrir concrètement dans le droit fil du rassemblement populaire majoritaire, la voie du socialisme pour notre pays.

Ainsi, alors que les couches populaires rejettent largement l’UE en France et dans la plupart des pays européens, le PRCF propose donc d’agir concrètement pour qu’émerge en France et en Europe un pôle progressiste 100% opposé à l’UE fascisante et belliciste, de l’impérialisme et de l’oligarchie capitaliste.