Rodina : les femmes soviétiques des combattantes de la résistance en France.

2020 c’est le 75e anniversaire de la victoire contre nazisme, une guerre gagnée essentiellement par l’Union Soviétique.

C’est une partie cachée de cette : des milliers de soviétiques ont participé aux combats de la pour la libération sur le sol français. Parmi eux les du détachement .
, historien qui a beaucoup contribué aux recherches historiques sur ces résistantes, nous signale la publication d’un documentaire et d’articles sur le sujet par la chaine RT France, exposant ses travaux.

Les femmes russes dans la Résistance française

Durant la Seconde Guerre mondiale, un groupe constitué d’anciennes prisonnières soviétiques évadées d’un camp de concentration nazi fut créé en France : le détachement partisan Rodina. Retour sur leurs témoignages. Les camps de concentration furent construits par les nazis dans le but de débarrasser l’humanité des nations «sales», comme ils disaient. C’était donc une sorte de purgatoire. Pour obtenir une telle «hygiène» depuis les années 1930, ils avaient fondé leurs usines de la mort, où ils massacraient brutalement des gens. Mais lorsque les condamnés à mort jouissaient encore d’une certaine force physique, ils pouvaient être utilisés comme esclaves au profit du IIIe Reich. Avec le début de la Seconde Guerre mondiale, le nombre des camps augmenta. Après d’énormes pertes à partir de la bataille de Moscou, la Wehrmacht avait besoin de renforcer ses effectifs militaires. L’Allemagne nazie envoya donc ses ouvriers au front, mais une nouvelle main d’œuvre était nécessaire pour continuer à faire fonctionner les usines en France et en Allemagne. Ce fut donc le rôle attribué aux prisonniers de guerres amenés de force depuis les pays occupés. Selon certaines données historiques, près de 125 000 personnes furent transférées en France depuis l’. Vous savez, c’est une histoire effrayante: «Les Allemands sont venus dans notre maison. À 3 heures du matin, ils m’ont embarquée. Les enfants sont restés seuls. Ensuite, ils nous ont emmenés – nous étions 12 – à la Gestapo pour interrogatoire. Ils m’ont tirée par les tresses et m’ont mis un coup de poing dans le visage. Vous savez, c’est une histoire effrayante», témoigne Alexandra Paramonova, membre du détachement Rodina. Après quatre mois et demi d’emprisonnement, elle fut embarquée dans un train de marchandises avec d’autres prisonniers. Aucun d’entre eux ne savait qu’ils étaient envoyés en France pour du travail forcé. En février 1944, plusieurs femmes soviétiques se retrouvèrent ainsi dans un camp de travail non loin de la commune de Thil, située dans le département de Meurthe-et-Moselle occupé par les nazis. «Les Allemands reculaient progressivement et ils avaient besoin de main d’œuvre pour leur industrie, principalement en Allemagne et en France. Les prisonniers servirent donc l’économie du IIIe Reich. C’est pourquoi ces filles et prisonniers de guerre furent transférés», explique René Barchi, historien spécialiste du détachement Rodina. Environ 3 000 prisonniers soviétiques travaillaient dans une usine de production de roquettes allemandes. Des juifs, des métis allemands et des communistes français y furent également envoyés. Chaque jour, les détenues commençaient à 4 heures du matin. Les femmes recevaient une tasse d’eau bouillante et étaient transportées jusqu’à la mine de fer. Dans des conditions extrêmement difficiles, elles extirpaient les minéraux et les remontaient à la surface. Pour le déjeuner, il leur était accordé un litre de soupe et 200 g de pain. Le repos n’était autorisé qu’à partir de 23 heures. Du matin au soir, elles travaillaient dans la mine. Mais la nuit, elles creusaient la terre pour pouvoir s’échapper. «Les Allemands avaient mis en place une usine souterraine : les Polonais, mineurs, broyaient le minerai et nous chargions les chariots pour les emmener là… Il fallait tout transporter dans le bâtiment. Il y avait des ouvriers français, des hommes qui avaient un lien avec nos filles, et ils leur avaient confié : “On vous aidera à vous évader du camp de concentration d’Errouville vers la forêt !”», raconte Alexandra Paramonova. 35 femmes russes décidèrent finalement de s’échapper avec le soutien des partisans. Du matin au soir, elles travaillaient dans la mine. Mais la nuit, elles creusaient la terre pour pouvoir s’échapper. Elles pensaient rejoindre la Résistance française dans la forêt non loin du camp. «Dans le camp d’Errouville, celles qui étaient les plus décidées à agir […] créèrent un comité clandestin. Dans l’une des mines, elles rencontrèrent nos membres clandestins du parti, des partisans. Grâce à un Polonais, nommé Stepan, ils avaient commencé à se comprendre», précise René Barchi. Dans la nuit du 8 mai 1944, une évasion massive de prisonniers eut lieu, hommes et femmes confondus. Pendant deux nuits, ils durent parcourir environ 70 km à pied. Après avoir rejoint les partisans français, les hommes purent intégrer la Résistance française, tandis que les femmes étaient invitées à attendre la fin de la guerre parmi les civils. Cependant, les filles refusèrent de rester à ne rien faire et réclamèrent des armes. C’est ainsi que naquit le seul détachement féminin de la Résistance française, baptisé Rodina (patrie en français). «Le commandant Jacques ne leur donna qu’un seul fusil, tous les autres ayant été pris à une colonne allemande lors d’une embuscade. Elles combattirent toutes avec des armes allemandes. Ce fut un succès, car elles purent même capturer cinq Allemands. Ces femmes ne pouvaient pas les fusiller. Ces Allemands étaient des prisonniers, pour eux la guerre était finie. Ils étaient en cuisine, ils travaillaient, ils aidaient. Ils ne voulurent pas partir quand les Américains libérèrent la région», raconte René Barchi. Le détachement Rodina était chargé de la reconnaissance et des embuscades contre les nazis. Tout au long des hostilités, ce détachement ne perdit pas une seule combattante. À la fin de la guerre, ces femmes courageuses furent décorées pour leur contribution au salut de la France. Alexandra Paramonova est décédée en décembre 2014, quelques semaines avant son 100e anniversaire. Lors de sa dernière interview, un journaliste lui avait demandé : «Que diriez-vous à la jeune génération ?» «D’aimer les gens, de protéger leur terre. La terre est la plus précieuse des choses pour un homme. Qu’elle soit dorée ou mauvaise, il faut l’aimer jusqu’à sa mort», avait répondu cette femme qui a connu toutes les terreurs de la guerre.

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