Quand Jupiter écoute ses muses – à propos du plan culture #covid19

Les activités artistiques sont à l’arrêt depuis le 15 mars. s’est cru obligé, ce 06 mai de nous gratifier d’ « annonces », censées rassurer ceux qui en vivent sur leur avenir matériel. Un geste rendu nécessaire par l’inconsistance de Frank Riester le ministre concerné. Quant à Edouard Philipe, il avait relégué le sujet loin derrière les cultes dans sa présentation parlementaire du 28 Avril. Revêtues de plus de 250.000 signatures, des pétitions témoignaient de la mobilisation des travailleurs concernés.

C’est donc une véritable effervescence médiatique qui a précédé la visioconférence de Macron sur la culture : journée spéciale sur France Inter, plusieurs pages dans « Libération »… Faisant suite à un appel direct à l’Élysée publié dans « Le Monde » et signé de grands noms du show-biz, du cinéma et d’institutions théâtrales.

Fermant Théâtre et musées, le confinement prolongé par l’annulation des festivals tue instantanément l’emploi intermittent et peut emmener de nombreuses structures au dépôt de bilan. On mesure alors mieux l’intérêt d’un socle de lieux de production publics s’appuyant sur des effectifs stables.  Par exemple, ce chœur de Radio-France que Sybille Veil voulait liquider l’hiver dernier. L’état d’urgence sanitaire aggrave des évolutions depuis longtemps en cours qui sont toutes favorables à la diffusion massives de produits commerciaux largement médiatisés… Si les disquaires sont déjà morts depuis longtemps, librairies et bibliothèques sont neutralisées et place-nette est faite pour le distributeur-négrier Amazon, et autres dont la FNAC-Darty qui a déjà bénéficié d’une aide en milliards tout en ayant continué à vendre physiquement et virtuellement.

C’est ce que souligne…Aurélie Filipetti dans une tribune. Elle ose même fustiger le soutien public au mécénat…Il y a 6 ans, elle siégeait pourtant dans un Gouvernement ouvrant largement les vannes aux requins venus d’outre-atlantique. Son ministère subventionnait des produits aussi essentiels pour l’avenir du bon goût que… les jeux vidéos. Elle l’oublie un peu vite !

Revenons-en aux mesures annoncées. Les droits des intermittents privés de cachets seraient préservés. Ces droits dépendent d’une assurance- contrôlée par le duo MEDEF-CFDT. Ces derniers ne manqueront pas de les remettre en cause en jouant sur la division des travailleurs. Macron s’est-il vraiment engagé à ce que l’État compense le déficit jusqu’en août 2021 ? Et ensuite, combien de festivals supprimés, de structures en faillite ? Quant aux différents précaires et saisonniers, ils passent à la trappe….

Pour le reste, rien de très original. Relancer la commande publique urbaine et muséale ? Pourquoi pas ? Les sculptures siéent évidemment mieux à nos villes que les écrans publicitaires géants. Mais il faudrait tirer les leçons des multiples tentatives faites à l’époque dans les Z.U.P. qui ont fini par le démontage des œuvres de Cueco dans la banlieue grenobloise ou de Calder à Argenteuil…

Développer les interventions artistiques en milieu scolaire. Fort bien mais sans instrumentaliser les enfants. On oublie les structures d’enseignement artistique sous-dôtées et leurs personnels dont la qualification est rarement reconnue. Elles sont gérées par des collectivités locales. Or, ce Gouvernement dépasse tous les précédents dans le pillage et le mépris de celles-ci.

Comme le relève la CGT-spectacle : À l’exception de la dotation de 50 millions d’euros pour le Centre National de la Musique à l’attention du secteur musical, les annonces formulées n’ont pas été chiffrées et leur financement semble dépendre d’autres acteurs (collectivités territoriales, assurances, etc.).

Pour engager des sommes à la hauteur des enjeux, il faudra surtout  outrepasser les critères de Maastricht et affronter la commission de Bruxelles. Pour Macron, ce serait vraiment un rôle de composition !