Débat – A la suite d’un article très critiqué publié dans la revue JAMA exploitant le suivi de la cohorte constance, Le Monde a diffusé un article polémique mettant en cause la réalité des formes longues de la maladie du covid-19.  Rappelons ici que très officiellement la haute autorité de santé reconnait que cette forme de la maladie est malheureusement très fréquente chez les personnes infectées par le covid-19  « la persistance de symptômes plusieurs semaines ou mois après les premières manifestations, a été décrite chez plus de 20 % des patients après 5 semaines et plus et chez plus de 10 % des patients après 3 mois ». Un ordre de grandeur qui est également celui reconnu par l’Organisation Mondiale de la Santé. Cette forme de la maladie devrait donc évidemment être une préoccupation forte de santé publique. Un préoccupation cependant peu pour ne pas dire pas prise en compte en France par le gouvernement, et ce alors que des millions de personnes sont infectées et que ces formes de covid-19 persistantes parfois très handicapantes y compris pour des jeunes ou des enfants concernent donc probablement des milliers de personnes. Notamment en raison de la gestion catastrophique de la pandémie en France reposant sur la recherche d’une immunité de troupeau (parfois rebaptisée immunité globale) par la libre circulation du virus (allez au théatre ordonnait Macron en mars 2020 !) tout particulièrement dans les écoles et les lieux d’accueil de la petite enfance, sans réelles prévention. Avec les risques que cela comporte pour les enfants et les adultes s’en occupant.

Cette recherche d’immunité de troupeau, entrecoupées de violentes phases de confinements à répétition lorsque la pression épidémique en lien avec l’euro démolition  austéritaire de l’hopital public menace les hôpitaux d’un effondrement complet, explique également pourquoi  le régime Macron ne fait désormais reposer sa gestion de la pandémie de covid que sur une campagne de vaccination, avec toujours un déni de l’enjeu du dépistage et de la prise en charge rapide par le soin médical sans attendre que survienne les formes graves  et une négation – au delà des décès et des hospitalisations – des conséquences importantes que représentent le covid long. Initiative Communiste publie ci dessous pour alimenter le débat une tribune d’un jeune camarade qui les raisons de ce déni du covid long et de ses racines idéologiques et de classe.


Covid Long: Une offensive lancée contre les malades depuis la France

Dans un précédent article, nous avons montré que l’état français bourgeois a eu sa place au podium de la mortalité covid la plus élevée durant la première vague au moins [1]. Ceci s’expliquait alors par une politique de laisser-faire de l’expansion du virus (ouverture des frontières, interdiction de vente des masques en pharmacie, travailleurs devant retourner sans protection sur leur lieu de travail) et par une interdiction étatique de traiter (décret du 25 mars 2020 interdisant l’hydroxychloroquine pour le covid et surtout poursuites de l’ordre des médecins contre les médecins prescrivant des antibiotiques ou de l’hydroxychloroquine) [2]. De la même manière, il semble désormais que ces exploits soient en passe d’être reproduits dans le domaine de la maltraitance des covid longs, eux-même victimes du virus et bien souvent de son non-traitement. [3]

L’intérêt financier à faire passer le covid long pour une maladie psychosomatique

Il y a un intérêt financier pour faire passer le covid long pour une maladie psychosomatique:

– Les assureurs publics ou privés peuvent économiser en refusant les arrêts maladie

– Les employeurs n’ont pas à aménager les postes pour les malades qui travaillent quand même et ils peuvent les renvoyer plus facilement

– Les consultations psychologiques et psychiatriques coûtent beaucoup moins cher que des examens approfondis

– Les politiciens et hauts fonctionnaires décisionnaires n’ont pas à être mis face à leurs responsabilités

Un syndrome d’une telle ampleur qu’il en impacte l’économie

Pour cela, nous mentionnerons la bien peu bolchévique source CNN [4] qui titre:

« Les covids longs luttent pour travailler au milieu d’une pénurie de main d’oeuvre »

Le docteur Greg Vanichkachorn y mentionne que 40 % de ses patients ne retournent pas au travail des mois après l’infection et que à l’époque de l’article (Novembre 2021), 1.3 millions de résidents US n’ont pas pu retourner au travail à cause du covid long.

Ainsi Mark Zandi, économiste en chef de l’institution financière Moody’s analytics confirme ces propos: « C’est entièrement plausible »  » Beaucoup de ces emplois [non pourvus] ne le sont pas en raison du covid long »

Encore pire, toujours dans le même article, le bureau national des statistiques américains estime que 3.7 millions d’américains ne travaillent pas, soit parce qu’ils sont malades eux-mêmes du covid long, soit parce qu’ils doivent s’occupper de quelqu’un qui a le covid long.

Notons de plus qu’il ne s’agit là que des formes les plus sévères du covid long, dont le spectre de sévérité s’étend d’un état grabataire jusqu’aux formes les plus bénignes.

En effet, comme le mentionne le même article de CNN en raison des défaillances de la couverture sociale américaine, beaucoup d’américains souffrant du covid long sont obligés de retourner au travail malgré des états nécessitant le repos (ce qui empêche d’ailleurs leur guérison). Le chiffre noir est donc beaucoup plus élevé au point que l’impact sur la productivité économique en est probablement considérable.

Qu’en est-il en France? On constate que même les USA sont battus en matière d’opacité

par la France. En effet, la bien peu bolchévique « Gazette des communes » s’alarme de la fréquence du covid long chez les agents territoriaux [5]. Surtout et de manière encore plus significative, il y est écrit:

« Mais les ministères de la Santé, de la Transformation et de la fonction publiques ainsi que du Travail, l’­Inserm­, l’enquête statistique ­Epicov (« épidémiologie et conditions de vie sous le Covid-19 »), Santé publique France et l’Assurance maladie ont adressé à « La ­Gazette » une fin de non-recevoir concernant notre demande de données sur le Covid long dans la territoriale. Les syndicats, qui réclament des chiffres, n’ont pas non plus eu gain de cause. En l’état, aucun chiffre public n’est disponible. »

On ne sera donc pas surpris dans ce contexte que le grand capital cherche à nier le covid long dont il est lui-même responsable, afin de se débarasser du poids financier que les travailleurs malades représent pour ses profits. Pour cela, la bourgeoisie a besoin de s’appuyer sur des « études scientifiques » véreuses à partir desquelles une offensive médiatique va être lancée.

Une « étude scientifique” véreuse lancée depuis la France contre les covid longs.

Non sans surprise [6], c’est depuis la France qu’a été lancée une étude scientifique véreuse mais influente visant à faire passer le covid long pour une maladie psychosomatique. Il s’agit de l’étude JAMA international medicine de Novembre 2021 par Cédric Lemogne et al. [7]. Cette étude contredit ainsi un très grand nombre [8] de publications expertes qui, contrairement à l’étude JAMA sont basées sur des analyses biologiques incontestables (PET-scan cérébraux par l’IHU de Marseille avec Jérôme Guedj, études sur les autoanticorps par l’université de Erlangen pour n’en citer que quelques unes).

Elle a également des erreurs méthodologiques majeures, par exemple lorsqu’elle nie la réalité d’une convalescence covid pour les patients qui n’ont pas été testés positifs aux anticorps du covid [9]. Il n’est donc pas surprenant que des spécialistes français comme Jérôme Larché [10] comme des spécialistes de renommée mondiale tels que le Pr Putrino [9] ou bien Dr Nisreen Alwan [11] critiquent cette étude dans les termes les plus sévères.

La base d’une offensive médiatique nationale et internationale contre les covid longs

Il s’agit donc d’une étude discréditée facilement dès sa publication par la quasi-totalité de la communauté scientifique qui étudie sérieusement le covid long. Toutefois, et de manière non surprenante, cette étude a été l’appui d’une offensive médiatique contre les covid long de la part des médias du grand capital. Celle-ci a commencé de manière habituelle par un article du Monde [12] qui a ensuite donné le signal pour les autres médias du grand capital d’abord en France, puis à l’international ([14] NTV en Allemagne etc…). Cette étude discréditée à été également diffusée par des bulletins d’information médicale tels que le Quotidien du Médecin en France [15] ou Deutsches Ärzteblatt en Allemagne [16]. Ceci ajoutera encore plus à la violence médicale déjà exercée par de nombreux médecins en France contre leurs patients Covid Long, augmentant encore plus la détresse de ces derniers.

Un lobby prouvé des assureurs pour psychologiser les maladies chroniques

L’existence de lobbys ayant un intérêt à psychologiser les maladies chroniques mal comprises est un fait avéré. En effet, il y a un précédent britannique avec le lobby des assureurs pour le syndrome de fatigue chronique, dont les symptômes sont souvent les mêmes que ceux du covid long. Ainsi le journal d’investigation The Canary [17] a montré qu’une étude frauduleuse concernant le syndrome de fatigue chronique a été faite par des en conflits d’intérêt avec des sociétés d’assurance.

Cette étude a prétendu que le syndrome de fatigue chronique était une maladie dont les causes étaient psychosomatiques ainsi qu’un déconditionnement. Cette étude prétendait de manière mensongère que les entretiens psychologiques et la reprise graduée de l’exercice pouvaient guérir la maladie. Or comme pour le covid long, le syndrome de fatigue chronique est une maladie aux origines physiologiques avérées qui ne peut pas être guérie par la reprise graduée de l’exercice ni par les entretiens psychologiques. En effet, l’exercice physique au delà d’un certain seuil dégrade même la condition des malades.

Cette étude frauduleuse a conduit le NHS (le système de santé public britannique) à ordonner des traitements nuisibles par la reprise de l’exercice ce qui représente un scandale sanitaire énorme. Non seulement cela, mais lorsque le caractère nuisible de ces recommandations est devenu difficile à dissimuler et que le NHS a proposé de nouvelles recommandations corrigées, le lobbye de médecins craignant des poursuites judiciaires a tout fait pour empêcher la publication des nouvelles recommandations corrigées du NHS.

Le covid long, une maladie particulièrement négligée en France

Le covid long est une maladie négligée partout dans les pays occidentaux, mais plus particulièrement en France. En effet, même si cela a mis un temps trop long, même des pays comme les USA (1 milliards de dollars) et la Grande-Bretagne (50 millions d’euros) ont décidé d’allouer des fonds non négligeables à la recherche sur cette maladie [18]. Cependant, même la bien peu dissidente chaîne de télévision franco-allemande Arte [18] a déploré que le financement de la recherche du covid long en France n’était que de 2.2 millions d’euros.

Dans cette même émission d’Arte, des malades se plaignent à juste titre de leur abandon et de la négation de leur condition par de nombreux médecins tandis que le Pr Jérôme Larché, spécialiste du covid long, dénonce lui même le fait que gouvernement ne fasse rien pour protéger ses citoyens.

Quand Macron ajoute l’insulte à la détresse dont il est responsable

Alors que pour une des très rares fois depuis bientôt deux ans de crise, en Novembre 2021; Macron évoque brièvement le covid long dans un de ses nombreux discours [19], c’est pour le faire d’une façon sournoise qui minimise sa responsabilité tout en insultant les malades.

En effet, le chiffre évoqué de « plusieurs dizaines de milliers de malades » n’a strictement rien à voir avec les proportions évoquées par la Grande Bretagne [20] et les USA [4] alors que la gestion française n’a pas du tout été meilleure.

On notera cependant encore la petite touche caractéristique de Macron, dans laquelle, passant sous silence de nombreux symptomes invalidants, il insiste sur « la dégradation de la santé mentale » des malades (par ailleurs maltraités), ce qui va de pair avec les intérêts financiers qu’il défend. Ceci a évidemment pour effet d’invalider les discours de souffrance des malades, souffrances objectivées par des analyses biologiques issues de la recherche. Quant à la prise en charge spécifique, quand elle a existé, elle a été tardive et isolée à une poignée de centres alors que la plupart des malades n’en ont jamais vu la couleur.

Conclusion

Le grand capital lance en France une offensive simultanée de son état, de ses médias et de ses relais afin de nier des covid longs dont il est lui-même la cause par sa gestion criminelle de la crise sanitaire du covid. Il n’est pas surprenant que cette offensive soit lancée depuis la France, où même en comparaison d’ autres pays occidentaux, la gestion de la crise sanitaire a été d’une cruauté particulière. Ceci fait penser aux analyses du sociologue Emmanuel Todd dans « Les Luttes des classes en France au vingt-et-unième siècle ». Dans cet ouvrage, E.Todd mentionne en effet combien l’oligarchie française déclinante ajoute à la froide défense de ses intérêts un acharnement particulier de nature sadique contre son propre peuple.

[1] La France de Macron championne du monde de la létalité du #COVID-19 ?

La France de Macron championne du monde de la létalité du #COVID-19 ?

[2] Didier Raoult, carnets de guerre

[3] UPGCS La maltraitance médicale, une interview UPGCS du Docteur Stéphane Gayet, infectiologue et de Claude Escarguel, microbiologiste

https://www.upgcs.org/2021/05/26/la-maltraitance-m%C3%A9dicale-une-interview-upgcs-du-docteur-st%C3%A9phane-gayet-infectiologue-et-de-claude-escarguel-microbiologiste/

[4] https://edition.cnn.com/2021/11/04/economy/covid-long-haulers-return-to-work/index.html

[5] https://www.lagazettedescommunes.com/771213/covid-long%E2%80%89-des-agents-a-bout-de-souffle/

[6] La France avec l’INSERM en la personne de Dominique Costagliola aurait déjà été

en pointe pour faire du lobbying auprès de l’OMS pour faire interdire l’ivermectine

https://www.laurent-mucchielli.org/index.php?post/2021/03/17/Traitements-contre-la-Covid-Ivermectine-les-masques-tombent

[7] https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/fullarticle/2785832

JAMA international medicine

November 8, 2021

« Association of Self-reported COVID-19 Infection and SARS-CoV-2 Serology Test Results With Persistent Physical Symptoms Among French Adults During the COVID-19 Pandemic »

Joane Matta, PhD1; Emmanuel Wiernik, PhD1; Olivier Robineau, MD, PhD2,3; Fabrice Carrat, MD, PhD3; Mathilde Touvier, PhD4; Gianluca Severi, PhD5,6; Xavier de Lamballerie, MD, PhD7; Hélène Blanché, PhD8; Jean-François Deleuze, PhD8; Clément Gouraud, MD, MSc9; Nicolas Hoertel, MD, PhD10; Brigitte Ranque, MD, PhD11; Marcel Goldberg, MD, PhD1; Marie Zins, MD, PhD1; Cédric Lemogne, MD, PhD12; for the Santé, Pratiques, Relations et Inégalités Sociales en Population Générale Pendant la Crise COVID-19–Sérologie (SAPRIS-SERO) Study Group

[8] https://www.apresj20.fr/veille-scientifique

[9] https://twitter.com/PutrinoLab/status/1458070959613792260

« I’m not going to share *that* recent French @JAMA_current

#LongCovid paper because it is trash, it will do harm and doesn’t deserve clicks. However in their model, the authors failed to control for the ~40% of patients who don’t seroconvert, invalidating the findings. Do better. »

[10] https://twitter.com/Jerome_Larche/status/1458940870925983755

[11] https://twitter.com/Dr2NisreenAlwan/status/1457817716467843079

« I’d also like to critique the damaging framing here since we’re talking about ‘belief’. Why is a low accuracy lab test in relation to what it’s trying to assess believed more than peoples’ testimonties about their own lived experience?

And I want to ask a wider question: 4/5″

[12] Les manifestations du « Covid long » ne seraient pas forcément liées à l’infection par le SARS-CoV-2

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/11/11/les-manifestations-du-covid-long-ne-sont-pas-forcement-liees-a-l-infection-par-le-sars-cov-2_6101765_3244.html

[13] « Le Covid long, surtout dans la tête ? Une étude fait polémique »

https://www.sudouest.fr/sante/le-covid-long-surtout-dans-la-tete-une-etude-fait-polemique-6914467.php

[14] Donnerstag, 11. November 2021

Studie untersucht Beschwerden Long-Covid-Symptome auch ohne Infektion?

https://www.n-tv.de/wissen/Long-Covid-Symptome-auch-ohne-Infektion-article22925009.html

[15] Covid long : une étude française invite à ne pas conclure trop vite au diagnostic

Par Elsa Bellanger – Publié le 08/11/2021

https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/infectiologie/covid-long-une-etude-francaise-invite-ne-pas-conclure-trop-vite-au-diagnostic

[16] Long COVID: Nicht alle Patienten mit Langzeitsymptomen waren mit SARS-CoV-2 infiziert

Mittwoch, 10. November 2021

https://www.aerzteblatt.de/nachrichten/128947/Long-COVID-Nicht-alle-Patienten-mit-Langzeitsymptomen-waren-mit-SARS-CoV-2-infiziert

[17] « The leak of NICE’s finalised ME guidelines exposes the ‘psych lobby’ scandal »

The leak of NICE’s finalised ME guidelines exposes the ‘psych lobby’ scandal

[18] « Covid long : la France à la traîne dans la recherche » Émission du 18/10/2021

https://www.arte.tv/fr/videos/106150-000-A/covid-long-la-france-a-la-traine-dans-la-recherche/

[19] https://twitter.com/lilystbarth/status/1458325099963105282

[20] « Over two million people in England could have long COVID »

https://www.ukri.org/our-work/tackling-the-impact-of-covid-19/understanding-coronavirus-covid-19-and-epidemics/over-two-million-people-in-england-could-have-long-covid/


Quelques réactions de la communauté scientifique à l’article du JAMA niant les formes longues du covid-19

par le docteur Larche

par trois médecins britanniques pour le science media centre

expert reaction to study looking at the association of self-reported COVID-19 infection and SARS-CoV-2 serology test results with persistent physical symptoms

sur les causes médicales de certains symptômes du covid long

quelques explications statistiques
https://methodsmanmd.medium.com/is-long-covid-even-real-704bb74ab619