par Georges Gastaud – Il fut un temps où la Toussaint, suivie du jour des Défunts, était un moment de recueillement collectif dédié à nos morts. L’occasion aussi pour chacun, croyant ou incroyant, de méditer, fût-ce fugitivement, sur la vie, la mort, le sens de l’existence, en un mot sur l’humaine condition.

C’était compter sans l’emprise vampirique du capital mondialisé et de son corollaire, l’américanisation galopante de la planète. Tout en se rassurant à l’idée que Halloween est d’origine celte (mais c’est bien des USA qu’elle nous revient comme le Black Friday et tant d’autres rites aliénants), cette fête de la laideur est avant tout un sabbat commercial destiné à faire vendre et à cultiver le mauvais goût sur fond de rituel d’extorsion pratiqué par les gamins sous l’œil mouillé de leurs parents. Le fait que les enfants, et pis encore, leurs conformistes géniteurs, en soient totalement inconscients, ne devrait rassurer personne…

On peut penser que résister à ce genre de « petite chose », du moins en apparence, n’a pas grand intérêt politique. Erreur : de même qu’il n’est pas anodin de dire au quotidien « courriel » et non « mail », « défi » et non « challenge », « oui » et non « yeeesss! », « patron » et non « boss », de même faut-il garder une distance critique – surtout quand il s’agit de l’éducation des enfants – , avec ces énormes dispositifs mondiaux de l’hégémonie culturelle néolibérale qui détruisent les repères civilisationnels de base hérités des périodes historiques, si critiquables  soient-elles, qui précèderent la marchandisation sans bornes de la vie humaine.