Lettre à M Juppé

« L’indigne président roumain a osé affirmer que s’il avait dirigé son pays à l’époque de Stalingrad, il aurait envoyé des troupes pour combattre… l’URSS !

Déclaration intolérable et qui montre bien à quoi conduit le climat d’anticommunisme et d’antisoviétisme échevelé dans la belle Europe contre-révolutionnaire de Maastricht et du Traité de Lisbonne : à réhabiliter, même plus de manière sournoise (les nostalgiques de la SS paradent dans les rues des pays baltes avec la totale complaisance du gouvernement alors que les populations russophones y sont grossièrement discriminées), le Troisième Reich…

C’est pourquoi le PRCF estime être en devoir de diffuser le courrier suivant à l’actuel ministre des affaires étrangères de la République française en lui rappelant les mots du Général  De Gaulle:

« les Français savent que l’URSS a joué le rôle principal dans leur libération ».

Face aux honteuses déclarations roumaines, face à la chasse aux sorcières qui se déchaîne en Pologne contre les professeurs communistes
(parmi lesquels Zbigniew Wiktor, universitaire et président du PC polonais), face à l’interdiction des partis et des symboles communistes dans un nombre croissant de pays de l’est en proie à l’euromaccarthysme, nous ne doutons pas que ceux qui veulent « s’indigner » trouveront matière à porter condamnation de l’actuelle dérive fascisante de l’Union européenne, qui fait de plus en plus de place aux extrêmes droites alors même qu’elle s’efforce de criminaliser l’histoire du communisme.

Pour le secrétariat du PRCF, Georges Gastaud.

Voici la lettre

Jean-Pierre Combe, ingénieur de l’Ecole polytechnique, Le 22 février 2012
président-délégué du Collectif Maquis de Corrèze,
Lavastroux 19 320 Saint Martin la Méanne

Pierre Pranchère, ancien résistant FTPF,
député honoraire,
Puy Salmon 19 800 Saint Priest de Gimel

à Monsieur Alain Juppé
ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères

Monsieur le ministre,

Nous nous adressons à vous en votre qualité de ministre d’Etat responsable pour la France des Affaires étrangères et des Affaires de l’Union européenne.

La raison de notre démarche réside dans un événement scandaleux provoqué par le président roumain Trainan BASESCU : ce personnage, dans un langage hitléro-fasciste, a précisé en juin 2011, qu’il aurait, s’il avait été président, participé comme le maréchal ANTONESCU au plan Barbarossa de HITLER contre l’URSS.

Il est établi que les troupes roumaines combattirent avec les nazis dès le 22 juin 1941 dans l’agression contre l’URSS. Elles participèrent aux turpitudes des troupes nazies – SS et Wehrmacht – qui furent jugées par le tribunal militaire international à Nuremberg.

M. Trainan BASESCU se comporte en adorateur de Hitler et de l’opération Barbarossa qualifiée de crime contre la paix par le Tribunal militaire international. Sa prise de position ignoble le place en apologiste des dirigeants SS et de la Wehrmacht qui furent jugés et pendus à Nuremberg pour crimes de guerre et crimes contre l’Humanité.

M. BASESCU insulte les combattants de la coalition alliée, unissant l’Angleterre, la France, l’URSS et les USA. Il insulte aussi les combattants de la Résistance, ceux du Conseil national de la Résistance et ceux de la France libre unis dans l’Armée française Rhin et Danube présente le 8 mai 1 945 à Berlin pour recevoir la capitulation sans condition du Troisième Reich.

Cette ignominie n’a fait l’objet, en son temps, d’aucune information dans les « grands médias » : c’est pourquoi notre indignation se manifeste aujourd’hui, au moment où elle est nous est parvenue.

Notre indignation est d’autant plus grande qu’hier encore, était commémorée la glorieuse victoire remportée le 2 février 1 943 par l’Armée rouge à Stalingrad : l’armée hitlérienne et l’armée roumaine y furent taillées en pièces. Soldats et officiers roumains avaient été submergés par l’ouragan de feu de la contre-offensive de novembre 1 942 ; ils subirent alors d’énormes pertes par les retraites désordonnées, les encerclements et les capitulations. En s’alliant à HITLER, le président fasciste ANTONESCU avait trahi l’intérêt de la Roumanie et de son peuple.

Monsieur BASESCU, qu’auriez-vous fait si vous aviez été à Stalingrad ? Nous savons que cette question ne recevra pas de réponse.

Evoquant la bataille de Stalingrad, rappelons que la France combattante n’était pas dans le camp ANTONESCU-HITLER. Au cours même de cette bataille, elle envoyait le premier détachement d’aviateurs, engageant la formidable épopée du Normandie-Niémen. Deux citations irréfutables témoignent de ces faits:

La première est de Jacques Chaban-Delmas, député-maire de Bordeaux, ancien Président du Conseil ; à l’occasion du trentième anniversaire de la victoire de Stalingrad, il déclarait : « La bataille de Stalingrad a ponctué de longues semaines vécues dans la Résistance, et chacun comprenait le terrible enjeu que les forces de l’Union soviétique disputaient à l’envahisseur … Comme ceux de la bataille d’Angleterre en 1 940, ceux de Stalingrad ont écrit de leur sang un des chapitres-clé de la tragédie déclenchée par la mégalomanie d’Adolf Hitler. »

La seconde est celle du Général De Gaulle, qui déclarait fin juin 1 966 à Moscou : « Les Français savent que la Russie soviétique a payé le prix principal de leur libération. »

Nous vénérons les antifascistes roumains qui combattirent dans les Brigades internationales et dont beaucoup moururent pour Madrid ; ils poursuivirent leur combat en France, particulièrement dans las FTP-MOI. En Limousin, en 1 944, l’Interrégion de la MOI était commandée par un officier roumain antifasciste, communiste et brigadiste.

Monsieur le ministre d’Etat, nous considérons que l’inacceptable déclaration du président roumain mérite, pour toutes les raisons ci-dessus, une vigoureuse condamnation; celle-ci s’impose par le fait des engagements de la France qui viennent d’être rappelés dans notre parlement, lorsqu’une proposition de loi fut débattue ; la dimension européenne de cette affaire a été rendue évidente par la ferme protestation du porte-parole du ministre russe des Affaires étrangères : aussi souhaitons-nous connaître la position que vous avez prise au nom de la France.

Nous vous assurons, Monsieur le Ministre d’Etat, de notre indéfectible attachement aux engagements de la France découlant de la victoire de la coalition alliée sur le Troisième Reich, ainsi que de nos respects républicains.

Pierre Pranchère Jean-Pierre Combe
ancien résistant FTPF président-délégué
du Collectif Maquis de Corrèze