Évacuation musclée de la direction du travail occupée par les sans-papiers

Les sans-papiers envahissent la direction régionale du travail à Lille

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vendredi 24.02.2012, 05:24 – La Voix du Nord – LILLE

L’occupation de la direction du travail, rue Gambetta à Lille, s’est conclue

de façon mouvementée, hier. Tout commence pourtant dans le calme. Peu après 10 h 15, 80 personnes envahissent pacifiquement les locaux, situés à deux pas de la préfecture, à l’appel du CSP 59 (comité des sans-papiers) et s’installent dans la cafétéria.

« C’est pour souhaiter la bienvenue à Sarkozy (dans la métropole hier) et lui rappeler que les sans-papiers sont toujours là , explique un membre du CSP. On réclame une régularisation pour tous afin de rentrer dans la légalité et d’accéder au droit du travail. On ne supporte plus le travail cachette et de subir le poids des patrons. » Quelques sans-papiers, « travailleurs invisibles », sont restés devant l’immeuble, fermé. Karim, Algérien de 35 ans, à Lille depuis six mois, raconte sa vie de galère. « Je bosse au noir dans le bâtiment, payé en liquide. La rémunération varie, mais j’ai déjà travaillé sur des chantiers pour 25 E les 12 h de boulot par jour. C’est rien mais je ne veux pas voler, je n’ai pas le choix. » Sa vulnérabilité en fait la proie de tous les abus : « J’ai bossé huit jours en décembre, je n’ai toujours pas été payé. L’employeur me dit d’attendre. Je ne peux rien faire, il sait que je suis sans papiers… » Plus ou moins SDF, il dort où il peut : « Chez des amis, dans le métro… En janvier, j’ai passé la nuit sur un chantier avec deux couvertures, il faisait -7 °C. Mais je “préfère” la misère ici plutôt qu’en Algérie. » Pendant ce temps, à l’intérieur du bâtiment, les sans-papiers réclament une entrevue avec le préfet. « La police s’est présentée, on a décidé de rester jusqu’à ce que le préfet fasse un geste, note Karim, porte-parole du comité. Il y avait des femmes, des … »

Réactions indignées

Vers 11 h 30, des renforts policiers arrivent pour évacuer tout le monde. Un à un, plusieurs sans-papiers, assis en se tenant les bras, sont expulsés sans ménagement. L’un d’eux porte des traces au visage : « J’ai été maltraité, j’ai reçu des coups, mes lunettes sont cassées… » Les pompiers le conduisent à l’hôpital pour des douleurs aux côtes. Une femme, après un malaise, est aussi hospitalisée. Finalement, les dizaines d’autres sans-papiers partent dans le calme et manifestent dehors. « On est déterminés, on n’a rien à perdre », souligne le porte-parole. Il fustige la « violence » de l’intervention policière.

Autre réaction indignée, celle de trois syndicats (CGT, SUD, SNUTEFE-FSU) de la direction du travail soutenant les revendications des sans-papiers : « Alertés par les cris, les agents sont sortis de leur bureau pour voir ce qui se passait et témoigner de leur solidarité. Ils ont été scandalisés par une telle brutalité. » La préfecture, elle, « rappelle qu’il s’agit d’une manifestation non déclarée » et « regrette que les manifestants n’aient pas accepté de mettre un terme à cette occupation de manière volontaire ».

L’après-midi, les sans-papiers sont allés à Tourcoing pour la venue de Nicolas Sarkozy, mais ont été bloqués par la police à la sortie du métro. Un rassemblement place de la République à Lille a signé la fin d’une journée agitée. • B. DU.