La France vit un été de feu. Du Var à la Gironde, de Fontainebleau aux massifs du Sud, les incendies dévorent forêts, habitations, terres agricoles et vies humaines, tandis que les canicules prolongées épuisent les corps, mettent l’hôpital public sous tension et placent les travailleurs dans des conditions insoutenables. Les soldats du feu, eux, paient ce désastre de leur courage et parfois de leur vie.
Il serait commode de réduire cette situation à une simple « fatalité climatique ». Ce serait faux. Oui, le changement climatique aggrave la fréquence, l’intensité et la durée des incendies. Mais il serait tout aussi mensonger de faire comme si ce réchauffement surgissait de nulle part, indépendamment des rapports sociaux qui structurent la production, l’aménagement du territoire et les choix budgétaires. La réalité est plus dure : la crise des incendies est l’expression concrète d’un système qui détruit la planète pour maintenir la rentabilité du capital.

Une catastrophe annoncée
Les flammes qui ravagent la France ne sont pas un accident isolé. Elles s’inscrivent dans une série déjà longue : incendies meurtriers dans les Pyrénées-Orientales, sinistres dévastateurs autour de Marseille, étés successifs de sécheresse et de surchauffe, multiplication des épisodes extrêmes. Ce que l’on présente souvent comme une succession d’« événements exceptionnels » est en réalité la nouvelle normalité d’un monde bouleversé par l’accumulation capitaliste.
Le matérialisme dialectique permet de comprendre ce lien : le climat n’est pas une abstraction extérieure à l’économie, il est inséparable de la manière dont les sociétés produisent, consomment, transportent, bétonnent, exploitent et détruisent. Tant que la logique dominante restera celle du profit maximal, la préservation des écosystèmes demeurera secondaire, retardée, fragmentée, sacrifiée.
Le capitalisme n’est pas seulement incapable de prévenir la catastrophe : il la fabrique. Il organise la surexploitation des sols, l’artificialisation des territoires, l’abandon des campagnes, la marchandisation de la forêt, la spéculation immobilière et la dépendance énergétique. Puis, lorsque les incendies éclatent, il appelle à la « résilience » des populations, comme si l’on pouvait demander aux travailleurs, aux pompiers, aux habitants et aux collectivités d’absorber indéfiniment les dégâts d’un système criminel.
Puissance publique désarmée
Cette crise est aussi celle d’une puissance publique méthodiquement désarmée par des décennies de politiques maastrichtiennes, austéritaires et libérales. À force de démanteler les services publics, de sabrer dans les effectifs, de précariser les personnels, de vider l’action publique de sa substance, les gouvernements successifs ont affaibli le pays face aux urgences écologiques. L’Office national des forêts a été fragilisé, les moyens de prévention ont été insuffisants, la gestion du territoire a été livrée aux logiques de rentabilité immédiate.
Le constat est accablant : la France du Rafale est incapable de produire en nombre suffisant ses propres Canadair. Est-il normal que le pays d’Airbus, de l’aéronautique de pointe et de l’industrie militaire la plus vantée soit ainsi dépendant, ou sous-doté, face à un outil aussi décisif pour la lutte contre les incendies ? Cette contradiction dit tout d’un ordre économique où l’on sait mobiliser les ressources pour la guerre, mais pas pour protéger les populations.
On trouve de l’argent pour les dividendes, pour les cadeaux fiscaux au patronat, pour la compétition militaire et les dépenses liées à l’escalade guerrière ; on en trouve trop peu pour les Canadair, pour les pompiers, pour la forêt, pour l’eau, pour la santé publique, pour l’aménagement du territoire. Ce choix n’est pas une erreur de gestion. C’est une politique de classe.
Et il faut dire ici un point essentiel : la République une et indivisible permet encore, heureusement, de mutualiser nationalement les moyens. C’est ce cadre commun qui rend possible la coordination des secours, la mobilisation des personnels, la solidarité entre territoires. Que serait-il advenu si la France avait été morcelée davantage, régionalisée comme le rêvent les séparatistes corses, bretons et autres, ou comme le proposent les partisans du « pacte girondin » ? Face à un incendie, la division administrative du pays ne produirait pas plus d’efficacité, mais moins de solidarité, moins de moyens, moins de puissance collective.
Les travailleurs en première ligne
Dans cette crise, la classe ouvrière est frappée de plein fouet. Ce sont les travailleurs des chantiers, des entrepôts, des transports, de l’agriculture, du bâtiment, des services publics qui subissent la chaleur, l’exposition, le manque d’eau, les horaires décalés, l’insécurité sanitaire. C’est le peuple laborieux qui paie les décisions prises loin de lui, dans les ministères, les conseils d’administration et les cercles de l’Union européenne.
Les pompiers, eux, incarnent l’abnégation populaire face à l’irresponsabilité des puissants. Ils interviennent dans des conditions toujours plus dangereuses, avec des effectifs et des moyens souvent insuffisants au regard de l’ampleur des risques. On les applaudit après les drames, puis on les oublie quand il faut recruter, équiper, former, moderniser et planifier. Là encore, le système révèle sa vérité : il célèbre les héros du service public tout en organisant leur épuisement.
La santé publique n’est pas épargnée. Les canicules prolongées aggravent les pathologies, accroissent les décompensations chez les personnes âgées, les malades chroniques, les enfants, les travailleurs fragiles. Un hôpital déjà exsangue devient alors le dernier rempart d’un pays qui a méthodiquement détruit ses capacités de protection collective. Le capitalisme ne produit pas seulement des marchandises ; il produit aussi l’insécurité généralisée.
Rompre avec la logique du désastre
Il faut donc le dire clairement : il n’y aura pas de réponse sérieuse à la crise des incendies sans rupture politique. Pas de transition écologique réelle sans sortie de la logique du capital. Pas de protection durable des forêts sans planification démocratique. Pas de sécurité pour les populations sans reconstruction des services publics. Pas de réparation du climat sans coopération internationale fondée sur la paix, et non sur la concurrence des blocs et la préparation permanente de la guerre.
La question n’est pas de savoir s’il faut « un peu plus d’écologie » dans le cadre existant. La question est de savoir si l’on continue à livrer l’avenir à une économie de guerre contre le vivant, ou si l’on engage une politique de rupture, anti-exterministe, centrée sur les besoins humains, la classe ouvrière, les territoires, l’eau, la forêt, l’agriculture, la santé et la prévention.
Cela suppose de planifier la forêt, de restaurer les effectifs et les missions de l’ONF, d’équiper massivement la lutte aérienne contre le feu, de renforcer les casernes et la médecine d’urgence, de repenser l’aménagement du territoire, de protéger les travailleurs face aux fortes chaleurs, de développer une politique nationale de l’eau, de stopper l’artificialisation des sols et de sortir de l’obsession productiviste qui détruit tout ce qu’elle touche.
Pour une politique de paix et de vie
L’urgence n’est pas de préparer des guerres sans fin, mais de préserver les conditions mêmes de l’existence humaine. L’urgence n’est pas de défendre l’ordre maastrichtien, mais de reconstruire une souveraineté populaire capable d’agir sur l’énergie, la forêt, la terre, l’industrie et les services publics. L’urgence n’est pas de sauver les profits, mais de sauver la vie.
Face aux incendies, il n’existe aucune neutralité possible. Ou bien l’on accepte la poursuite du tout-profit dévastateur, qui fait flamber la France et le monde. Ou bien l’on prend le parti du peuple travailleur, de la coopération entre les nations, de la paix, de la planification écologique et d’une transformation radicale des rapports sociaux.
L’Union européenne n’est pas la solution, comme le prétend Emmanuel Macron : elle est au contraire une cause profonde du mal, par ses traités, sa concurrence libre et non faussée, son dogme austéritaire et son sabotage méthodique des services publics et de la souveraineté populaire. La crise actuelle est un avertissement historique. Le capitalisme ne sait plus protéger la société qu’il domine ; il sait seulement l’exposer, l’épuiser et l’incendier. À l’inverse, une politique communiste digne de ce nom doit faire de la défense du vivant une priorité absolue, et placer la classe ouvrière au centre de la reconstruction nationale et internationale. C’est désormais une question de survie.

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