
Le retour du maccarthysme : symptôme fasciste du régime Trump contre Cuba et la gauche américaine
En ce mois de juillet 2026, le régime de Donald Trump franchit une étape supplémentaire dans son offensive autoritaire, impérialiste et pour tout dire fascisante et exterministe . Le Département d’État, dirigé par Marco Rubio, vient de publier un rapport de près de 100 pages intitulé « Cuba : la capitale du communisme du XXIe siècle ». Ce document accuse le gouvernement cubain d’être, depuis plus de six décennies, « le principal sponsor de la gauche radicale et du tiers-mondisme aux États-Unis », d’avoir mené une « campagne de subversion sans relâche » et d’avoir infiltré les plus hautes sphères du pouvoir américain. Il désigne explicitement des organisations de gauche comme des « groupes de façade » (front groups) : CODEPINK, le People’s Forum, les Democratic Socialists of America (DSA), la Black Alliance for Peace, le National Lawyers Guild et Pastors for Peace.
Ce n’est pas une simple note diplomatique. C’est le retour assumé, virulent et explicite de l’anticommunisme maccarthyste, dans une version actualisée, supranationale et extraterritoriale et intégrée à une stratégie plus large de répression fascisante et d’expansion de l’hégémon impérialiste etats-unien. Comme dans les années 1950, il ne s’agit pas d’un débat des idées (d’avance perdu par les milliardaires dès lors qu’il a le droit d’être posé factuellement et rationnellement) : on criminalise des personnes, des collectifs, des solidarités internationales, et même des pays et peuples entiers pour justifier l’agression impérialiste et les coups d’états, dicatures et invasions coloniales impérialiste (à l’image du blocus criminel contre Cuba visant à installer rien moins que Rubio comme dirigeant des USA, à la suite de l’enlèvement du président légitimement et démocratiquement élu Nicolas Maduro au Venezuela). Il s’agit au passage étouffer toute opposition de gauche aux États-Unis et au-delà, alors que la lutte des classes s’y intensifie à mesure que l’oprression de l’exploitation capitaliste fait des conditions de plus en plus dure et misérable à la classe ouvrière et aux travailleurs des Etats Unis. Marco Rubio l’a dit sans détour dans un tweet officiel du 20 juillet 2026 : « Depuis plus de six décennies, le régime cubain est le principal sponsor de la gauche radicale et du tiers-mondisme aux États-Unis. Le Département d’État expose l’histoire complète de l’espionnage et de la subversion cubains dans notre pays. Le peuple américain mérite de savoir. » Quelques jours plus tôt, lors d’un sommet international sur le « terrorisme politique d’extrême gauche », Rubio a comparé explicitement cette « extrême gauche » au « terrorisme jihadiste », annonçant une guerre sans merci contre ce qu’il appelle le « radical left extremism ».
Que chacun comprenne bien, à gauche et dans le camps progressiste, que ce qui cible Cuba aujourd’hui avec le terrible blocus vise bien chaque femme, chaque homme libre partout sur la planète. Comme le disait le poète Niemoler, « quand ils sont venus chercher les cubains je n’ai rien dit, je n’était pas cubain, quand ils sont venus chercher les palestiniens…. ». L’alternative est donc bien celle posée par la campagne d’affichage menée partout en France par le PRCF avec des dizaines de milliers d’affiches et d’autocollants « Cuba Gaza SI, MAGA no ! »
Donald Trump renchérit dans les mêmes violantes menaces. Des menaces qu’il ne faut pas prendre à la lègre quand on veut bien se souvenir de l’histoire récente des années de plomb des dictatures fascistes en Amérique Latine avec le Plan Condors, jusqu’au génocide anticommuniste et ses 3 millions de morts et victimes il y a 60 ans en Indonésie… Déjà au nom de la croisade anticommuniste. Lors de son discours du 4 juillet 2026 au mont Rushmore, il a déclaré : « Vous pouvez être communiste ou patriote. Vous ne pouvez pas être les deux. » . Alors que chacun doit constater l’inverse, pour être réellement patriote, il faut être communiste. Sinon ce n’est pas l’intérêt commun de la nation, collectif, qui est central, mais l’intérêt privé d’une clique de milliardaire. Il est vrai que pour Trump &cie, les USA, c’est lui et ses coffres !
Dans un post sur Truth Social, il a qualifié le communisme de « plus grande menace pour notre pays depuis la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale, Pearl Harbor ou le 11 septembre ». Et sur Cuba, il a été on ne peut plus clair : « Beaucoup de choses vont se passer à Cuba dans les deux prochains mois. » Interrogé sur une éventuelle intervention militaire, il a répondu : « Nous pourrions le faire avec Cuba. Ce ne serait pas difficile pour nous. »
Ces propos ne relèvent pas de la rhétorique électorale. Ils s’inscrivent dans une escalade concrète : intensification du blocus économique, sanctions sur le pétrole, mesures visant à asphyxier l’île, menaces ouvertes de « prise de contrôle » (take the island) et de changement de régime. Le blocus américain contre Cuba, maintenu et durci depuis plus de 60 ans, est un acte de guerre économique permanent, qualifié à juste titre par de nombreux observateurs et par le président cubain Miguel Díaz-Canel lui-même de « génocidaire ». Il vise à provoquer la famine, la pénurie de médicaments, l’effondrement du système de santé et l’exode, pour forcer la capitulation ou la recolonisation de l’île. Ce n’est pas une politique de « démocratie » : c’est une tentative impérialiste classique de soumettre un peuple qui a osé sortir de l’orbite des États-Unis en 1959.
Le rapport du Département d’État sert précisément de justification idéologique à cette agression. En reliant mécaniquement toute critique de l’impérialisme américain à une « infiltration cubaine », il transforme la solidarité internationale et l’opposition de gauche en actes de « subversion » et de « terrorisme ». C’est le cœur du maccarthysme et du fascisme : la culpabilité par association, la chasse aux « compagnons de route », la liste noire déguisée en rapport « factuel ».Le journaliste américain Ben Norton, voix majeure de la gauche anti-impérialiste aux États-Unis, a immédiatement dénoncé cette opération dans un fil détaillé sur X. Il parle d’« tentative autoritaire, dirigée par Marco Rubio, de criminaliser et de persécuter les groupes de gauche qui s’opposent aux crimes de l’empire américain chez eux et dans le monde ». Il rappelle que Rubio est le principal soutien des extrémistes de droite en Amérique latine, y compris les terroristes cubains anticommunistes financés par la CIA dans le passé. Norton qualifie cette escalade de « dangereuse et ouvertement fasciste », dans le cadre d’une « guerre d’extermination fasciste contre les gauchistes du monde entier » pour sauver un empire décadent. Cette analyse est exacte. Le régime Trump ne se contente pas de ressusciter le maccarthysme contre Cuba : il l’utilise comme levier pour criminaliser l’ensemble de l’opposition de gauche domestique. En désignant DSA, CODEPINK ou le National Lawyers Guild comme des appendices de La Havane, on prépare le terrain à des enquêtes du FBI, à des restrictions de financement, à des campagnes de diffamation et, potentiellement, à des poursuites judiciaires. C’est la même logique qui a permis, dans les années 1950, de briser des syndicats, d’intimider des intellectuels et de marginaliser toute critique du capitalisme et de la guerre froide. L’objectif est double et cohérent avec la logique fasciste : à l’extérieur, préparer l’opinion à une agression plus directe contre Cuba (sanctions maximales, blocus pétrolier, menaces militaires) afin de « reprendre » l’île, de la recoloniser économiquement et politiquement ; à l’intérieur, terroriser la gauche américaine, l’empêcher de s’organiser contre les guerres impérialistes (Gaza, menaces contre l’Iran, etc.), contre le capitalisme et contre le racisme structurel. En assimilant la gauche à un « terrorisme » étranger, on justifie sa répression au nom de la « sécurité nationale ».
Danger Trump, fascisation et guerre : Il ne s’agit pas (que) de défendre Cuba. Il s’agit de SE défendre avec Cuba
Miguel Díaz-Canel l’a dit avec force le 17 juillet 2026 : « Une nouvelle et plus dangereuse version du maccarthysme est de retour aux États-Unis. » Il dénonce la « projection transnationale menaçante », les alliances d’ultra-droite qui rappellent le fascisme hitlérien ou l’Opération Condor en Amérique Latine, le régime de l’Ordre Nouveau de Suharto en Indonésie, et la volonté d’attaquer une supposée « gauche radicale » mondiale. Il inverse légitimement l’accusation : les vrais dangers radicaux sont la droite impérialiste responsable du génocide à Gaza, des assassinats extrajudiciaires, de la chasse aux migrants, du bombardement d’une école de filles en Iran et du blocus génocidaire contre Cuba.
Una nueva y más peligrosa versión del macartismo está de regreso en Estados Unidos.
— Miguel Díaz-Canel Bermúdez (@DiazCanelB) July 17, 2026
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Le parallèle historique est frappant. Le maccarthysme des années 1950 n’a pas seulement persécuté des communistes : il a servi à consolider l’hégémonie impérialiste américaine, à justifier la guerre de Corée et le reste, à briser le mouvement ouvrier et à préparer le terrain au consensus de la guerre froide. Aujourd’hui, face à un monde multipolaire où Cuba, malgré le blocus, reste un symbole de résistance souverainiste, le régime Trump recycle la même arme idéologique pour tenter de rétablir l’ordre unipolaire. Ce n’est pas un « excès » ou une « dérive ». C’est un symptôme fasciste structurel. Le fascisme, historiquement, combine nationalisme exacerbé, anticommunisme viscéral, militarisme, répression de la gauche et alliance avec les forces les plus réactionnaires. Le trumpisme, dans sa phase actuelle, avec Rubio à la tête de la diplomatie, incarne parfaitement cette combinaison : rhétorique anticommuniste hystérique, menaces militaires ouvertes, criminalisation des opposants de gauche et tentative de strangulation économique d’un petit pays socialiste voisin.
La gauche américaine et internationale, la gauche française ne doit pas sous-estimer la gravité de ce tournant. Le rapport du Département d’État n’est pas un document anodin : c’est un acte de guerre idéologique qui prépare le terrain à des répressions plus concrètes. C’est la première marche de la montée à la guerre mondiale, de l’installation partout de régime fasciste pour la servir, avec pour point final la fin exterministe de l’Humanité. Ben Norton a raison de le qualifier de fasciste. Díaz-Canel a raison de le comparer au maccarthysme et à l’Opération Condor. Le blocus contre Cuba reste ce qu’il est : un crime contre l’humanité, une tentative de recolonisation par la faim et la misère.
Face à cela, la solidarité internationale avec Cuba, la défense des organisations de gauche visées et la dénonciation sans concession du trumpisme comme danger fasciste ne sont pas des options : ce sont des nécessités historiques. L’anticommunisme virulent n’est jamais neutre. Il est toujours l’avant-garde de l’agression impérialiste et de la répression intérieure. Le régime Trump, en le réactivant explicitement en 2026, révèle son vrai visage. À nous de le nommer et de le combattre sans illusion. C’est le sens de l’appel commun lancer avec le PRCF par un large rassemblement de personnalités de tous horizons (à lire ci contre).
Il y a urgence en ce sens à ce que les forces de gauche, telle la France insoumise, les forces syndicales telle la CGT, prennent la mesure du danger. Oui il y a urgence à enfin oser briser le silence en appuyant explicitement et fortement la campagne contre le blocus de Cuba non seulement sur la solidarité, non seulement sur le devoir humanitaire, mais aussi sur son enjeux politique élémentaire, celui de la liberté des peuples. Et en faisant le lien indispensable avec l’impératif plus urgent que jamais de défense de la paix. La faiblesse des actions sur cette problématique centrale quand ce n’est pas un encore plus terrible silence doivent prendre fin au plus vite.
Cette analyse, portée par les communistes avec le PRCF et leur média Initiative Communiste, ce n’est pas une vue de l’esprit. Ce n’est pas non plus une alerte isolée de Cassandre trop pessimiste.
En témoigne la convergence d’analyse pour qui a le courage d’oser dire les termes sur la situation actuelle. C’est ce que fait par exemple Gilles Questiaux sur son blog dans une tribune que nous reproduisons ci après.
JBC pour www.initiative-communiste.fr
Trump et Rubio déclarent la guerre au communisme …
Que penser des discours fascistes et colonialistes de Marco Rubio, le secrétaire d’État américain (ministère des affaires étrangères), et des menaces de Trump contre les communistes et les socialistes ?
D’abord, que les qualifier ainsi n’a rien d’hyperbolique ni d’exagéré. Il vérifie parfaitement d’ailleurs la thèse selon laquelle le fascisme n’est rien d’autre que l’anticommunisme avancé par tous les moyens.
On peut aussi remarquer le caractère archaïque de son argumentaire. Le socialisme, le communisme, l’anarchie, ce sont la révolte diabolique des faibles, des lâches et des mauvais contre les bons et contre l’élite naturelle et légitime.
Cette campagne anticommuniste est accompagnée d’une offensive raciste anti-noir, exploitant le thème de la criminalité , et d’une campagne philosémite d’autant plus exacerbée que ses promoteurs sentent qu’ils perdent du terrain. De plus, les réseaux sociaux sont soudain inondés de propagande anti-socialiste.
Ce qui crée la panique chez les conservateurs américains, c’est la percée du centre gauche électoral du Parti démocrate, à la suite de la victoire de Mamdani à la mairie de New York. Après les avoir tant diabolisés, ils refusent d’admettre la légitimité des progrès de ces opposants modérés qu’ils ont catalogués comme communistes, et se mettent à croire eux-mêmes en leurs délire paranoïaques.
Mais au-delà des AOC et des Sanders comme toujours velléitaires et inoffensifs, et de Mamdani, on peut y comprendre un signe tangible de la poussée d’influence de la gauche réelle aux États-Unis (non wokiste, ou seulement secondairement wokiste).
Une somme démentielle de 350 milliards de dollards serait affectée au Pentagone à cette fin ; comme l’a fait remarquer l’influenceuse communiste Madeline Pendelton cette somme suffirait pour résoudre la totalité des problèmes sociaux des États-Unis, et supprimer toutes les raisons objectives de la dite « Gen Z » de soutenir le socialisme : logement, éducation, santé, etc.
Mais la menace communiste aux États-Unis est aussi mise en avant comme préparation à la guerre, la seule qui compte, contre la Chine. Et d’une dictature militaire interne pour la rendre possible.
Ils annoncent une répression, qui lancée contre les migrants, les soutiens de la Palestine et les musulmans, s’étendra maintenant aux marxistes, socialistes, communistes et anarchistes, et à tous ceux qui soutiennent Cuba.
Les thèmes utilisés sont d’ailleurs non seulement anti-socialistes, mais aussi antidémocratiques. Cela signifie aussi que l’aile libérale du capitalisme qui triomphait sous Obama est maintenant en déconfiture.
Il y a maintenant un front, une alliance entre le lobby juif AIPAC, le techno-fascisme de la Silicon Valley et les forces fascistes endogènes en Amérique, liées aux églises évangélistes.
En réaction, une situation favorable à un nouveau front populaire (rien à voir avec la caricature électoraliste française de 2024) est en train de se créer sur le continent nord-américain.
L’extrême gauche qui a crié au loup pendant 50 ans se retrouve soudain en face de lui. Les conditions seront dures, et déjà des manifestants texans anti-ICE ont été condamnés à des peines de prison démesurées – 50 à 100 ans (sic!), mais elles seront également favorables pour tremper une nouvelle génération de révolutionnaires déterminés. Il est à parier que les militants intellectuels marxistes-léninistes sur Internet vont rapidement changer leur apparence, aujourd’hui encore trop souvent teintée de narcissisme individualiste et d’esthétique de carnaval de campus, pour se fondre dans la masse.
Le déclassement général de la classe moyenne américaine a produit des conditions objectivement révolutionnaires dans le grand pays occidental. Voilà pourquoi Trump veut relancer en grand le maccarthysme, technologies de surveillance et tribunaux composés de juges Lynch à l’appui, et Rubio convoque les représentants de 60 pays pour organiser la lutte contre « le terrorisme d’extrême-gauche », dont bien entendu Cuba serait la tête de serpent. Cuba où comme par hasard Rubio a des ambitions personnelles.
La panique hystérisée des classes dirigeantes américaines les pousse à la faute. Les États-Unis contre toute attente deviennent le premier grand pays du monde où le socialisme revient d’actualité.
GQ, 19 juillet 2026
PS: » Les contradictions de nos ennemis sont notre base arrière » (Mao Zedong)


