
Ce 18 mai 2026, l ‘Italie laborieuse est en grève générale à l’appel notamment des syndicats USB et de la FIOM, la branche des métallos de la CGIL., l’équivalent italien de la CGT. Il y a déjà eu en Italie des grèves générales offensives et réussies dans la dernière période, et cela sous la férule très antisyndicale de Meloni, la Le Pen italienne. Ajoutons que les syndicalistes transalpins ne se contentent pas de revendiquer des emplois, des salaires et de meilleures conditions de travail : ils accusent nommément et courageusement l’UE,OTAN. et le capitalisme. Ils utilisent aussi le slogan « pas un clou pour la guerre ! » en demandant notamment l’arrêt des « prêts » sans retour consentis par l’UE. au régime pronazi et corrompu de Kiev.
En Belgique, nous sortons d’une grève générale dont la FGTB, pourtant officiellement « socialiste », était l’animatrice. Tout réformistes que soient historiquement les syndicats belges (et c’est pire encore du côté flamand dominé par la CSC), les travailleurs belges savent se défendre y compris en arrêtant le pays, en stoppant les transports et surtout, en bloquant les zones commerciales et industrielles. Ce que ne savent, ou plutôt ne veulent pas, faire les confédérations françaises avant tout soucieuses d’afficher leur respectabilité, à défaut d’attirer vers elles les masses laborieuses massivement désyndicalisées de notre pays.
Il y a peu, on a eu aussi des grèves générales très significatives en Grèce et au Portugal, deux pays où le syndicalisme de lutte soutenu par des Partis communistes – respectivement le KKE (Grèce) et le PCP qui se réclament l’un et l’autre (si diversement que ce soit) du marxisme-léninisme – est resté très vivace avec la forte influence du PAME hellénique et de la CGT portugaise (C.G.T.P.). En Allemagne aussi, le mouvement antiguerre gagne en puissance dans une bonne partie de la jeunesse.
La question se pose alors en cette veille du 54e congrès de la CGT, il y a peu encore premier syndicat de France : pourquoi n’y a-t-il chez nous aucune action générale, interprofessionnelle, confédérale ou inter-confédérale, pour s’opposer au scandaleux budget Lecornu ? Un budget qui prend toujours plus aux travailleurs et aux services publics, et qui gave toujours davantage de subventions le complexe militaro-médiatico-financier, que les va-t-en-guerre Macron et Lecornu ont chargé de préparer une guerre continentale entre l’UE / OTAN et la Russie.
Pourtant, la demande et la mobilisation existent à la base. En témoignent l’action régionale de la CGT PACA à Toulon, celle de plusieurs fédérations devant l’Assemblée nationale, ou encore la mobilisation faisant face à une forte répression à Saint Nazaire contre le budget de guerre du nouveau porte avion.
Les dangers d’une alliance « social-impérialiste » – « sociale en paroles, impérialiste en pratique » eût dit Lénine
La réponse se trouve, hélas, dans les dérives droitières pluri-décennales qui ont vu la CGT, parallèlement à la « mutation » euro-réformiste et anti-léniniste du PCF:
- quitter la F.S.M. Anticapitaliste ;
- rallier la C.E.S. [1] pro-Maastricht ;
- radier de ses statuts la socialisation des moyens de production ;
- offrir la place de secrétaire générale à une ancienne cadre du P.S. et de l’U.N.E.F. ;
- s’aligner sur le NON-AGIR systématique (ou sur les simulacres d’action) des principales confédération syndicales françaises pro-U.E. et pro-O.T.A.N., C.F.D.T. et F.S.U.,
Bref, la direction confédérale de la CGT a fait le choix de s’entendre avec les directions qui SE SONT GRAVEMENT IMPLIQUEES DANS L’UNION SACREE IMPERIALISTE. Il s’agit là d’une alliance « social-impérialiste » – « sociale en paroles, impérialiste en pratique » eût dit Lénine – qui vise à permettre aux pouvoirs bourgeois européens de mettre en place à petits pas, à la faveur de la confrontation militaire avec la Russie qui approche à grand pas, une « économie de guerre européenne », un « Etat fédéral européen », une « armée européenne » arrimée à l’OTAN Le tout, sur fond de marche continue de l’U.E./O.T.A.N. vers les frontières russes de la Baltique au Caucase en passant par la Mer Noire, et dans le cadre global d’une défense éperdue de la suprématie euro-atlantique mondiale pilotée par l’impérialisme états-unien.
Du reste, bien qu’alléguant à tout propos l’indépendance à l’égard « des » partis politiques (mais seuls sont visés en fait les militants syndicaux franchement communistes et autres révolutionnaires), les confédérations syndicales françaises affiliées à la C.E.S. ont en réalité dérivé au même rythme que la « mutation » antiléniniste et euro-compatible du CF En effet, ce dernier est désormais indétachable d’un P.S. qui a rompu ses liens depuis longtemps (août 1914 : entrée du P.S. au gouvernement d' »union sacrée » !) avec le pacifisme anti-impérialiste dont se réclamait Jean Jaurès. Quant aux députés du P.C.F., ils ont voté les crédits de guerre en faveur de Kiev (délibération parlementaire du 30 novembre 2022) tandis que la direction de LFI., qui a pourtant montré du courage politique à propos du conflit au Proche-Orient, tient sur la guerre en Ukraine des discours pour le moins équivoques et dangereux.
Et c’est ainsi que l’on voit, à l’arrivée, des dirigeants CGT FSU et CFDT censément « indépendants », défiler derrière les drapeaux jaunes-bleus de Kiev à côté de l’extrême droite ukrainienne ! Pourtant, les dirigeants confédéraux n’ont pas de mots trop durs quand les travailleurs les interpellent sur la grève générale, se moquent d’eux en disant « la grève générale ne se décrète pas ! » ( » mais elle se construit ! « , auraient répliqué Frachon, Séguy et Krasucki…).
Ainsi, des syndicalistes belges dont les traditions sont plutôt social-chrétiennes ou social-démocrates, bloquent le pays. De l’autre côté de l’Atlantique, des ouvriers états-uniens mènent de nouvelles grèves frontales et les salariés du Québec, qui mènent la vie dure à leur gouvernement néolibéral, poussent de plus en plus vers l’idée d’une République québécoise sociale, indépendante et francophone. En Inde, 350 millions de grévistes (!) ont fait face aux contre-« réformes » de Narendra Modi. En Bolivie, une grève insurrectionnelle se développe face aux graves augmentations du prix des carburants et des produits alimentaires que connaît et va connaître l’économie capitaliste mondiale.
Notre pays, ex-place forte des frondes et des révolutions, est aux abonnés absents du combat de classe par la faute des etats majors politiques et syndicaux
Et en France ? Rien ! Notre pays, ex-place forte des frondes et des révolutions, est aux abonnés absents du combat de classe par la faute des états-majors politiques et syndicaux du monde du travail. Pourtant, les travailleurs ne bénéficient plus de l’échelle mobile des prix et des salaires (un dispositif de sauvegarde que le gouvernement Mitterrand-Mauroy-Le Pors a supprimé en 1983 pour préparer le passage à l’euro).
C’est non seulement honteux, mais également contre-productif à l’heure où l’énorme dépression de l’économie capitaliste qui pointe à l’horizon par la faute de Trump ne pourra que susciter tôt ou tard une contre-attaque prolétarienne européenne, mondiale et, pourquoi pas, française. Du fait de cette incurie des états-majors syndicaux euro-soumis, gageons que si une révolte spontanée comme celle des Gilets jaunes finit par ressurgir en France, certains syndicalistes assagis seront les premiers à la dénigrer, comme ils l’avaient fait en 2019, au lieu d’aller discuter avec le peuple en colère, qu’il soit composé d’ouvriers et d’employés, de chômeurs et de précaires surexploités, de petits fonctionnaires écoeurés ou de paysans menacés de ruine par l’accord U.E./Mercosur.
Alors, soyons-en conscients : la ligne portée par Marylise Léon (C.F.D.T., contre-réformiste) et par Sophie Binet (secondée par Laurent Brun, C.G.T.) ne peut mener qu’à un pseudo « dialogue social » bidon, parant d’oripeaux rosâtres l’euro-austérité commanditée par Berlin, vrai patron de l’UE, et par le ME.D.E.F. Ce dernier se sert justement de la « construction » européenne pour défaire le système social mis en place à la Libération par les ministres communistes ET CEGETISTES DE COMBAT. Rappelons ainsi les réalisations de :
- Maurice Thorez : nationalisation des mines, statuts du mineur, statut du fonctionnaire, première forme du SMIG, etc. ;
- Marcel Paul : nationalisation d’E.D.F.-G.D.F. et statut des électriciens-gaziers ;
- Ambroise Croizat : Sécurité sociale, retraites par répartition, généralisation des conventions collectives du privé, comités d’entreprise, Code du travail protecteur – ce Code du travail hérité de l’URSS que le néo-millionnaire Zelensky a supprimé en Ukraine dès le printemps 2022 !
N’oublions pas aussi Jacques Duclos, qui présidait l’Assemblée nationale de 1945 ; Henri Wallon, le premier secrétaire général de l’Education nationale en 1944 ; le physicien communiste Frédéric Joliot-Curie auquel on doit la relance du C.N.R.S. et la création du C.E.A. Evoquons aussi Charles Tillon qui, après avoir dirigé les mutineries anti-impérialistes de la Mer Noire en 1919 et avoir purgé plusieurs années de bagne, fut libéré sous la pression populaire, devint permanent de la C.G.T.U., co-dirigea avec l’ouvrière bretonne Josephine Pencallet la célèbre grève des Pen-sardinières puis organisa les FTP et les FTP-MOI. durant ‘Occupation.
Voilà ce qu’était alors la France du C.N.R. dotée d’un grand P.C.F. de combat et d’une C.G.T. de masse ! Et voilà ce qu’est tristement aujourd’hui l’Hexagone livré à la logique destructive de la « construction » européenne et atlantique « accompagnée » par un syndicalisme totalement désorienté et euro-dérivant…
Alors que s’approche le 54e congrès de la C.G.T. et que la gestion de la centrale par l’équipe en place est encore moins lisible et dynamique que ne l’était celle du falot Martinez (sans parler du peu regretté Bernard Thibault qui, depuis lors, s’est recyclé dans l’état-major des J.O. : tout le monde n’a pas de problèmes de retraite !), le syndicalisme de classe va-t-il achever de se dissoudre dans l’union sacrée euro-atlantique ? Cela en prend le chemin si l’attentisme domine face à la dégringolade du pouvoir d’achat (directement liée à la guerre de Trump/Netanyahou contre l’Iran), au dévissage du « produire en France » (ultimes délocalisations en vue de Renault, de PSA., d’Arcopal, d’Arcelor, de la dernière grande papèterie française, d’un grand nombre de P.M.E. industrielles et commerciales…), au démantèlement-privatisation-asphyxie de ce qui reste du secteur public (EDF., Poste, SNCF), ou encore à l’effondrement en vue de l’Education nationale, de la Sécu et de l’Hôpital public.
La question est posée à tous les amis du monde du travail, de la paix, de l’indépendance nationale et du progrès social. La question est sans doute plus crucialement posée encore aux syndicalistes de classe qui, voici trois ans, avaient marqué le congrès CGT, obtenu la salutaire éviction de Martinez et qui, par la suite, lors des grandes luttes pour les retraites, avaient vaillamment pris la tête des blocages de sites dans l’énergie, la pétrochimie, l’ébouage et une partie des transports publics.
Camarades, ne comptons pas sur les directions confédérales actuelles pour revenir vers un positionnement offensif ! Comptons sur nos propres forces pour ranimer les luttes, les coordonner et proposer à la CGT ne véritable plateforme revendicative confédérale assortie d’une stratégie offensive. Car de même que « l’émancipation des travailleurs sera celle des travailleurs eux-mêmes » (devise de la Première Internationale portée par Marx), l’émancipation du syndicalisme rouge ne sera pas ou sera l’oeuvre de ces syndicalistes eux-mêmes !
Georges Gastaud a exercé des reponsabilités syndicales de lutte dans l’enseignement durant cinq décennies, participant au très fortes mobilisations de 1995, 2003, mais aussi au mouvement contre les guerres en Irak, en Yougoslavie, en Lybie, en Syrie, en Ukraine.
[1] la Confédération Européenne des Syndicats grossièrement inféodée à la Commission européenne.



