
Michel Mujica a été ambassadeur du Venezuela à Paris durant plusieurs années. Il est actuellement établi au Venezuela. Son pays subit une brutale agression militaire par Washington qui s’inscrit à la suite d’années d’agression économique, d’embargo et de sanction en particulier contre le principal secteur de production du Venezuela, le pétrole. Cette escalade s’est continuellement durcie à mesure que dans les urnes le peuple vénézuélien a continué d’élire dans des dizaines d’élections présidentielles, législatives ou locales des dirigeants s’inscrivant dans la suite de la révolution bolivarienne impulsée avec Hugo Chavez puis Nicolas Maduro. Une révolution qui a notamment vu construire des outils de souveraineté et de démocratie locale, avec l’installation de pouvoir populaire tels que les communes ou la prise de contrôle souveraine de l’industrie pétrolière. Les USA, ainsi que les capitalistes vénézuéliens qui lui sont rattachés ont tenté plusieurs coups d’état, des violences régulières également pour lancés des putschs, toujours mis en échec par la mobilisation populaire massive. De l’extérieur, ils ont étranglé l’industrie pétrolière vénézuélienne en asséchant ses sources d’investissement et surtout en s’apparent de ses principaux débouchés et raffinerie en mettant la main sur Citgo. Une violente et brutale escalade est survenue le 3 janviers 2026 après dès mois d’attaques larvées en mer par la flotte de guerre américaine, avec l’enlèvement illégal et sanglant du président légitimement et démocratiquement élu du Venezuela Nicolas Maduro par l’armée américaine et son embastillement tout aussi illégal à New York. Une embastillement politique mis en scène en tant que telle en rupture avec les moindres apparences du droit international et même d’état de droit internes aux USA. Depuis le gouvernement vénézuéliens se voit privé du contrôle sur ses ressources pétrolières et vit avec un canon et des missiles pointés sur les tempes. C’est dans ce contexte et pour faire un point très factuelle sur la situation politique et géopolitique du Venezuela que Georges Gastaud s’est entretenu avec Michel Mujica. www.initiative-communiste.fr est particulièrement honoré de publier pour les citoyens français et le public francophone ces éléments de descriptions factuelles précis de la situation au Venezuela, et d’analyse politique de ses enjeux, au Venezuela et pour l’internationale des peuples et travailleurs.
- le dossier spécial Venezuela d’Initiative Communiste, cliquez ici pour des dizaines d’articles et vidéos en accès libre

Caracas, 20 mars 2026 – entretien avec Georges Gastaud
Avant toute chose, je vous adresse mes salutations fraternelles et je dois assurément peser soigneusement mes mots concernant ce qui se passe dans mon pays. La souveraineté a été bafouée et souillée par une puissance impérialiste, les États-Unis.
Depuis le 3 janvier 2026, nous avons été bombardés et des héros cubains et vénézuéliens ont trouvé la mort en résistant à l’agression impérialiste ; par ailleurs, notre président légitime Nicolás Maduro Moros et son épouse Cilia Flores ont été enlevés et emmenés dans une prison de New York, en violation de toutes les règles du droit international et en déni flagrant de l’esprit de la Charte des Nations Unies, en particulier de son article 1 qui souligne le devoir de « de favoriser entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité des droits et de celui de l’autodétermination des peuples, et de prendre d’autres mesures appropriées pour renforcer la paix universelle ; … de réaliser la coopération internationale en vue de résoudre les problèmes internationaux d’ordre économique, social, culturel ou humanitaire, et de développer et encourager le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales de tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion. » Comme vous pouvez le constater, ces principes érigés en normes universelles constituent un principe impératif du droit international général et doivent être acceptés par la communauté internationale dans son ensemble comme étant impératifs. Il s’agit de normes fondamentales qui n’admettent aucune dérogation et ne peuvent être modifiées que par une norme ultérieure de même nature, protégeant les valeurs essentielles de la souveraineté et le droit des peuples à décider de leur destin.
La République bolivarienne du Venezuela est soumise à un ordre néocolonial qui contrôle nos finances et, en particulier, l’industrie pétrolière, et qui définit avec qui nous pouvons établir des alliances internationales et avec qui nous ne le pouvons pas… Les revenus tirés des ressources pétrolières et de nos richesses minières ne sont pas contrôlés par l’État vénézuélien, mais par le département du Trésor des États-Unis, et c’est lui qui décide de la part des revenus destinée à mon pays, c’est le secrétaire d’État, Marco Rubio.

De plus, nous ne pouvons pas exporter de pétrole et ses dérivés vers Cuba, une nation avec laquelle nous entretenons des relations de solidarité qui se sont consolidées et approfondies depuis l’arrivée au pouvoir du commandant Hugo Chávez, lorsqu’il a remporté les élections présidentielles en décembre 1998.
Nous pouvons citer quelques-unes des décisions de Trump : entre autres, il a exigé le départ des médecins cubains du Venezuela et, comme je l’ai déjà mentionné, nous ne pouvons pas exporter de pétrole vers Cuba. De cette manière, les États-Unis entendent porter un coup dur à l’économie cubaine.
Vous vous demandez peut-être pourquoi nous ne cherchons pas d’alternatives face à l’encerclement impérialiste ? Les États-Unis saisiraient ou détruiraient nos pétroliers… puisqu’ils exercent le contrôle militaire et naval de la mer des Caraïbes.
Autre exemple : lors de l’agression impérialiste américaine, menée conjointement avec l’État d’Israël, qui a conduit à la guerre d’agression contre le peuple iranien au Moyen-Orient, le gouvernement vénézuélien a publié un communiqué par le ministère vénézuélien des Affaires étrangères le 28 février 2026, puis supprimé, à la suite de l’attaque menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, dans lequel il rejetait la voie militaire et exprimait sa « profonde consternation » face à ces actions, appelant à un retour à la diplomatie. Le document condamnait l’attaque contre des installations civiles et mettait en garde contre une escalade, mais la suppression du message a mis en évidence un changement de position stratégique. Le ministre des Affaires étrangères Yván Gil a supprimé le message de ses réseaux sociaux peu après, suite à la confirmation du décès du guide suprême iranien, Ali Khamenei.
Les analystes ont interprété cette suppression comme une volonté d’éviter de défendre ouvertement son allié iranien, après la capture de Maduro, et de chercher à maintenir des canaux de communication avec Washington. Malgré ce changement de position, le communiqué initial réaffirmait l’engagement à défendre l’Iran, allié stratégique, en condamnant les attaques comme « injustifiables ».
Delcy Rodríguez, qui a pris la présidence par intérim après l’enlèvement de Maduro et de son épouse, légifère désormais avec un pistolet impérialiste pointé sur la tempe. C’est tout à fait vrai : même si la structure de l’État est maintenue, nous ne savons pas pour combien de temps encore. Nous sommes encerclés militairement par l’empire américain et, parfois, le président américain bipolaire et, étant donné que les limites de son action morale sont sa propre conscience, il n’a donc pas de limites, nous menace de faire de nous le 51e État de l’Union. Je n’y crois pas : nous défendrons notre nation bec et ongles et nous récupérerons tôt ou tard notre souveraineté bafouée.
L’administration Trump a imposé des exigences explicites : rompre les liens avec la Chine, la Russie, l’Iran et Cuba, donner la priorité aux entreprises américaines dans le secteur pétrolier et permettre un contrôle temporaire des États-Unis sur le pays jusqu’à une « transition sûre »… Si l’on lit la stratégie de sécurité nationale des États-Unis (NSS2025), on constate une réaffirmation de la doctrine Monroe, où l’hémisphère occidental occupe une place centrale.
La stratégie introduit le « corollaire Trump », qui vise à restaurer la prééminence américaine en Amérique latine et dans les Caraïbes, à contenir l’influence des puissances extra-hémisphériques (Chine et Russie), à garantir le contrôle des voies de communication critiques telles que le canal de Panama, des sources d’énergie et des terres rares.
L’agression impérialiste contre le Venezuela n’était pas fortuite, car elle constitue un point central de la stratégie de sécurité nationale des États-Unis (NSS2025) le contrôle des sources d’énergie et des terres rares, de l’or et du coltan qui se trouvent sur le territoire vénézuélien, et de porter atteinte à l’indépendance et à la souveraineté d’un peuple qui a subi les assauts et les secousses de l’agression impérialiste depuis 1999 jusqu’à aujourd’hui : coups d’État, sabotages, sanctions, tentatives avortées d’assassinat du président Nicolás Maduro Moros et une rançon de 50 millions de dollars pour sa tête, dans le plus pur style western, financement d’organisations politiques qui ne respectent pas les règles du jeu démocratique, tentatives d’invasion avortées, saisie d’actifs financiers de l’État à l’étranger, dans l’Union européenne, aux États-Unis et en France. Reconnaissance d’un gouvernement fantoche, inexistant au regard du droit international mais causant d’immenses dommages à l’économie et au peuple vénézuéliens.
Le gouvernement de Macron a légitimé en 2019, avec les honneurs, l’action déstabilisatrice de Juan Guaido, un président autoproclamé et télécommandé depuis Washington.
De nombreuses questions nous viennent à l’esprit : comment, où, avec qui et par quels moyens pouvons-nous résister ?

La nature des luttes prend une nouvelle tournure depuis l’enlèvement du président constitutionnel Nicolás Maduro Moros et de la Première dame et députée nationale à l’Assemblée nationale, Cilia Flores. Il s’agissait d’un enlèvement politique d’un Chef État, d’une violation flagrante de toutes les conventions relatives à l’immunité souveraine (Convention sur la prévention et la répression des infractions contre les personnes jouissant d’une protection internationale, y compris les agents diplomatiques 1973), destiné à mettre en scène le triomphe total du pouvoir impérial et marque une rupture majeure dans le droit international. Le président Nicolás Maduro a été diabolisé par tous les moyens possibles depuis son accession à la présidence en 2013 ; il a été humilié lors de l’enlèvement lui-même, ainsi que lors de l’« audience de présentation » des chefs d’accusation inventés devant le tribunal colonial de New York, mais ils n’ont pas réussi à le détruire et son geste symbolique, le « V » de la victoire, qui a démontré sa force de caractère. . La première grande victoire de cette journée n’a donc pas été militaire – pour l’instant –, mais morale et politique pour tout un peuple, et elle s’est jouée sur le terrain de la représentation que l’empire croyait contrôler entièrement. « Pour l’instant », nous avons perdu la bataille, mais pas la victoire finale, jusqu’à ce que nous retrouvions notre indépendance et notre souveraineté et que nous reconstruisions l’unité continentale tant désirée et rêvée par notre peuple et par les femmes et les hommes libérateurs.
Notre tâche consiste à construire des espaces de résistance et à réarticuler la solidarité internationale qui est passée par la Palestine et Gaza, les peuples iranien et cubain, et par tous les peuples du monde qui luttent pour défendre leur souveraineté et leur indépendance face à toute forme de soumission à l’impérialisme américain et à l’État colonial d’Israël.
Michel Mujica Ricardo
Ancien ambassadeur de la République bolivarienne du Venezuela auprès de la République française
![Elections municipales 2026 : les résultats du second tour [la carte ]](https://www.initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2026/03/20260322-le-monde-resultat-municipales-carte-350x250.jpg)



