72ème anniversaire d’Hiroshima : la dette impayée de l’impérialisme étatsunien

Alors que Trump, appuyé par son vassal Macron, menace la paix mondiale se lançant dans des provocations qui pourraient bien conduire à un conflit nucléaire mondial, personne ne peut oublier qu’il y a 72 ans les États Unis exterminaient la population de deux villes japonaises sous le feu nucléaire. Car oui le seul pays à avoir utilisé la ce sont les USA. Pour exterminer des civils par dizaines de milliers

L’appel des jeunes communistes à défendre la paix mondiale

Ce 6 août 2017, les Jeunes pour la Renaissance Communiste en France, aux côtés du Japon et de tous ceux qui ne souhaitent pas absoudre l’, ici étatsunien, de ses crimes impayés, commémorent le 72ème anniversaire du bombardement d’ par la bombe atomique nord-américaine.

Le 6 août 1945 au matin (8h15), le Japon est frappé à Hiroshima par la bombe atomique sinistrement nommée “Little Boy” par le bombardier B-29 américain “Enola Gay”. La déflagration de la bombe H fait monter la température au sol de 4.000 degrés. Les dégâts de la déflagration atomique et de la contamination provoque la mort de 140.000 personnes, suivies des 74.000 de la seconde bombe H, “Fat Man”, larguée à Nagasaki trois jours plus tard, entraînant la confirmation de la  capitulation du Japon, le 15 août.

Comme l’an dernier, et contre ceux qui pensaient naïvement qu’ Obama allait présenter des excuses officielles, il n’y aura pas de regrets exprimés. Le pouvoir change de main, l’Empire demeure. Et la vérité, une nouvelle fois, est tue, et remplacée par des paroles creuses et vides de sens (car coupés de toute analyse concrète et de toute remise en question politique) sur l’absurdité de la guerre.

Disons le clairement : le largage de la bombe atomique à Hiroshima, puis à Nagasaki, n’avait pas pour objectif de couper court à la guerre et d’éviter que la liste des morts dus aux affrontements ne s’allonge. Non, ces bombes, et l’ampleur de l’événement que cela représentait, avaient pour unique objectif de montrer à la face du monde que les USA pouvaient frapper là où ils le voulaient, et avaient à leur disposition une puissance de destruction illimitée.

A l’occasion de ce 72ème anniversaire, comme aux précédents anniversaires de cet événement meurtrier d’une barbarie sans précédent, le malaise se fait ressentir. Ce malaise provient d’un non-dit abyssal, le non-dit de l’autoproclamé “empire du bien”, incapable de reconnaitre de lui-même les limites inhumaines de sa volonté expansionniste, et les conséquences exterministes de sa volonté impérialiste. Aujourd’hui encore, les morts d’Hiroshima et de Nagasaki demeurent comme une dette impayée et ineffaçable.

En cette 72ème commémoration, plus que jamais,

Socialisme ou barbarie !

L’analyse de la géopolitologue américaine Diana Johsntone

“La décision de détruire Hiroshima et Nagasaki fut une décision politique et non militaire. Les objectifs ne furent pas militaires, les effets ne furent pas militaires. Les attaques furent menées contre la volonté de tous les grands chefs militaires. L’Amiral William Leahy, chef d’État-major interarmées à l’époque, écrit dans ses mémoires que « l’utilisation de cette arme barbare à Hiroshima et Nagasaki n’était d’aucune aide matérielle dans notre guerre contre le Japon. Les Japonais étaient déjà vaincus et prêts à se rendre … » Le général Eisenhower, le général MacArthur, et même le général Hap Arnold, commandant de l’armée de l’air, se sont opposés à l’usage de cette arme. Le Japon était déjà dévasté par des bombes incendiaires, faisait face à une famine généralisée à cause du blocus naval des États-Unis, se retrouvait démoralisé par la reddition de son allié allemand, et craignait une attaque russe imminente. En réalité, la guerre était terminée. Tous les hauts dirigeants américains savaient que le Japon était vaincu et cherchait à se rendre.

La décision d’utiliser les bombes atomiques fut une décision purement politique prise presque uniquement par deux politiciens seuls : un président novice, joueur de poker, et son mentor, le secrétaire d’État James F. Byrnes [1]

Le président Harry S. Truman était en réunion avec Churchill et Staline dans la banlieue berlinoise, à Potsdam, lorsqu’il apprit l’information secrète que l’essai atomique dans le Nouveau-Mexique avait été un succès. Les observateurs se souviennent que Truman devint « un autre homme », rendu euphorique par la possession d’un tel pouvoir. Alors que d’autres hommes moins superficiels furent ébranlés devant les implications d’une telle force destructrice, pour Truman et, en connivence, son secrétaire d’Etat, James Byrnes, le message voulait dire : « Maintenant, on peut tout se permettre »

À partir de là, leurs actes allaient procéder de cette conception – en premier lieu, dans leurs relations avec Moscou.

En réponse aux appels pressants des États-Unis depuis des mois, Staline avait promis d’entrer en guerre en Asie, trois mois après la défaite de l’Allemagne nazie, qui eut lieu au début de mai 1945. Il était bien connu que les forces d’occupation japonaises en Chine et en Mandchourie ne pourraient pas résister à l’Armée rouge. Il était clair que deux choses entraîneraient la reddition immédiate du Japon : l’entrée de la Russie dans la guerre et l’assurance des États-Unis que les membres de la famille royale ne serait pas traitée comme des criminels de guerre. Ces deux événements se sont produits dans les jours qui ont suivi le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki.

Mais ils ont été éclipsés par la bombe atomique.

Et c’était bien l’objectif recherché.

Car ainsi, le crédit de la fin de la guerre fut attribué aux bombes atomiques américaines.

Mais ce n’est pas tout.

La possession confirmée d’une telle arme donna à Truman et Byrnes un tel sentiment de puissance qu’ils pouvaient revenir sur les promesses antérieures faites aux Russes et tenter d’intimider Moscou en Europe. En ce sens, les bombes sur Hiroshima et Nagasaki ont non seulement tué sans raison des centaines de milliers de civils mais ont également déclenché la guerre froide.”

Le plaidoyer pour la paix d’Albert Camus après Hiroshima le 8 août 1945

Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique.

On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.

En attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d’aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d’idéalisme impénitent, ne songera à s’en étonner.

Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu’elles sont, annoncées au monde pour que l’homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d’une littérature pittoresque ou humoristique, c’est ce qui n’est pas supportable.

Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu’une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d’être définitive. On offre sans doute à l’humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d’une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

Au reste, il est d’autres raisons d’accueillir avec réserve le roman d’anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l’Agence Reuter annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam, remarquer qu’il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.

Qu’on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d’Hiroshima et par l’effet de l’intimidation, nous nous en réjouirons.

Mais nous nous refusons à tirer d’une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d’une véritable société internationale, où les grandes puissances n’auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l’intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.

Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison. ”

Albert Camus

Editorial de Combat, journal clandestin de la Résistance, du 8 août 1945