Un suprématisme européiste décomplexé et hostile à la souveraineté nationale et populaire

Jour après jour, les droites ne cessent de rivaliser dans la radicalisation antirépublicaine et antihumaniste. Dernier venu dans la course à l’échalote en faveur de l’identitarisme raciste : Philippe Juvin, professeur de médecine, membre des soi-disant « Républicains » et eurodéputé qui a, comme tout bon anticommuniste, adopté la résolution du Parlement européen du 19 septembre 2019 assimilant le communisme au nazisme. Candidat à l’investiture pour l’élection présidentielle dans le cadre de la « primaire » des soi-disant « Républicains » désireux de séduire l’électorat réactionnaire, celui-ci a affirmé ses convictions racistes sans ambiguïté lors du dernier pseudo « débat » qui se déroulait sur Europe 1 et C-News (un cadre incontestablement inspirant pour tous les réactionnaires) : « Nous avons inventé beaucoup de choses : l’histoire, la philosophie, la politique, la liberté… Et j’assume de croire que notre modèle de civilisation est supérieur ». « Maladresse » ? « Provocation » ? Non, profonde conviction réaffirmée avec force le lendemain : « Il ne s’agit pas d’un jugement moral, nous avons inventé, nous les Européens, la liberté, l’autocritique mais je crois que ces valeurs de liberté, très spécifiques à l’Union européenne, à la civilisation européenne, ce sont des valeurs supérieures et qu’elles méritent d’être défendues entre nous. »

Que Philippe Juvin soit inculte, à l’instar de ses collègues pseudo « républicains », de la Macronie et du monde lepéno-zemmourien, cela ne saurait surprendre. Sans doute ces euro-nationalistes ignorent-ils qu’il existe un « islam des Lumières » remontant à Averroès, Avicenne et tant d’autres savants, philosophes, historiens, linguistes, etc., qui ont donné leurs lettres de noblesse à une brillante civilisation islamique et à une pensée riche sur des valeurs comme celle de la liberté. Sans doute ignorent-ils la richesse de la pensée confucéenne et d’autres nombreux courants philosophiques et historiques ayant émergé en Chine dès l’Antiquité. Sans doute ignorent-ils l’existence d’Anton Wilhelm Amo, ancien esclave ghanéen devenu penseur des Lumières allemandes qui démontra le lien consubstantiel entre le capitalisme et l’esclavagisme, ou celle d’Ahmed Baba, penseur des XVIe-XVIIe siècles de l’empire Songhaï illustrant l’« âge d’or » intellectuel régnant dans nombre de royaumes africains (Ghana, Mali, Ethiopie, Monomotapa) au Moyen Âge. Sans doute encore ignorent-ils la pensée circulaire des peuples amérindiens, dont l’historien Georges E. Sioui donne la définition suivante : « La philosophie amérindienne est principalement caractérisée par un mode de pensée circulaire, c’est-à-dire que cette philosophie entend reconnaître les relations qui unissent entre eux tous les êtres et tous les actes. Ajoutons également qu’il n’y a pas de séparation entre sacré et profane, ni d’éléments permettant de légitimer la domination des espèces par une d’entre elles qui serait supérieure aux autres. L’idée biblique selon laquelle l’être humain a été créé par Dieu pour dominer le reste de la création, qui n’existe que pour servir ses intérêts, est étrangère à la philosophie circulaire. »

Conclusion inévitable pour Juvin comme pour ses acolytes : « Il y a un peuple européen, assurément » ainsi qu’une « nation européenne ». Autant d’affirmations confirmant qu’à l’instar de Macron (que les faux « Républicains » prétendent combattre) et de tous ses satellites jusqu’aux forces euro-gauchistes faisant du drapeau bleu à étoiles jaunes leur nouvel étendard d’un pseudo « internationalisme » et au pôle lepéno-zemmourien refusant de sortir de l’euro et de l’UE, tous le soi-disant « patriotes » capitulent, une fois de plus, face au supranationalisme. Autant d’éléments par ailleurs qui se rattachent à un fantasmé « Occident », terme choisi par l’ultra-droite néofasciste pour s’organiser en 1969 avec, en son sein, des activistes comme Patrick Devedjian – auquel Ian Brossat ne trouva rien de mieux que de lui rendre un hommage public vibrant après son décès au printemps 2020 – face aux dangers que représenteraient « les Arabes », « les musulmans », « les Africains », « les Chinois », et bien entendu les « islamo-gauchistes » prenant la suite des « judéo-bolcheviques » des années 1920-1930. Colonialistes refoulés adhérant, de moins en moins inconsciemment, aux discours essentialistes d’un Jules Ferry ou d’un Joseph Chamberlain – les chantres respectifs des impérialismes français et britannique à la fin du XIXe siècle –, les réactionnaires se lâchent de plus en plus dans un contexte de promotion des peurs comme celle du « grand remplacement » (quand bien même ils n’abordent le véritable grand remplacement, celui de la souveraineté nationale et populaire et de la langue française par la mensongère « souveraineté européenne » et le tout-anglais), du « déclin de l’Occident » (Oswald Spengler, 1918, théoricien de la « prussianité » et admirateur de Mussolini) ou de montée en puissance de la Chine et de la Russie – sans oublier la nouvelle « Grande Peur », cette « tempête sociale et politique » (Edouard Philippe) portée par les gilets jaunes, les syndicalistes de combat et les travailleurs, retraités, lycéens et étudiants en lutte qui effraient l’ordre oligarchie bourgeois.

Un révisionnisme réactionnaire au service du prétendu « choc des civilisations »

Cette « parole libérée » – en fait, qui s’est toujours exprimée ouvertement, même si cela fut plus difficile après la Seconde Guerre mondiale (et pour cause !) – profite pleinement du révisionnisme négationniste porté par l’ensemble des droites depuis des années. Avec comme symbole de cette réécriture réactionnaire de l’histoire, Philippe Pétain. Pétain, dont la mémoire continue de hanter des militants du prétendu « Rassemblement national », à commencer par le père de la grande prêtresse Marine Le Pen pour lequel « Pétain n’est pas un traître ». Pétain, présenté comme un « bouclier » ayant « sauvé les Juifs français » selon Éric Zemmour, qui pousse son raisonnement jusqu’à affirmer que les communistes ont… collaboré avec les nazis (à croire que Mein Kampf était une déclaration d’amour envers le marxisme-léninisme !). Pétain, auquel Macron, adepte de la « complexité » avec les figures de la droite réactionnaires (de Louis XVI à Pétain en passant par Maurras), a rendu hommage à l’occasion du 11 novembre 2018 en s’évertuant à distinguer le « grand soldat » (affirmation déjà contredite en son temps par Clemenceau notamment) du chef de l’Etat français – comme si Pétain n’avait pas déjà ses lubies contre-révolutionnaires quand il officia à Verdun et qui feront de lui le héraut de la « Révolution nationale » en 1940. Macron, dont la pensée complexe lui permet également de chanter les louanges de Charles Maurras – porte-parole de la croisade contre le « judéo-bolchevisme » qui appelait à « fusiller dans le dos » Léon Blum en 1935 et qui fut condamné à mort à la Libération pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi – tout en vantant le « pays réel » contre le « pays légal » (dont il est pourtant le plus zélé représentant), au point qu’un certain Zemmour se félicite que « Charles Maurras inspire Emmanuel Macron ».

De moins en moins complexées, converties au trumpisme, ces droites croient dur comme fer au « choc des civilisations », essentialisant le monde en blocs monolithiques prompts à être caricaturés et stigmatisés, au profit d’un « Occident » qui serait la mère de toutes les inventions et de toutes les grandes idées – sans, naturellement, avoir contribué au racisme, à l’esclavagisme ou au colonialisme. Elles procèdent ainsi à un « vol de l’histoire » décrié par l’anthropologue britannique Jack Goody, hostile à un tel discours euro-centriste qui clamerait la supériorité de l’Occident sur le reste du monde tout en lui restant imperméable. Un tel discours ouvre, symétriquement, la porte à la « haine de soi » portée par des « identitaristes de gauche » peu adeptes du matérialisme dialectique, réduisant le fantasmé « Occident » aux seuls esclavagisme, colonialisme et racisme, tout en dévalorisant voire niant les apports historiques en Europe : sciences, logique et régimes politiques de la Grèce, droit romain, pensées chrétiennes médiévales, communes, humanisme, Lumières, révolutions, etc. En somme, un discours renvoyant « l’Europe » à la seule domination coloniale sur le monde et niant les apports spécifiques des pays d’Europe dans l’histoire, et particulièrement de la Grèce détruire par la maléfique Troïka associant Banque centrale européenne (BCE, que de doux rêveurs euro-gauchistes croient pouvoir modifier de l’intérieur), Fonds monétaire international (FMI) et Commission européenne. Un discours tout autant caricatural sur « l’Europe raciste » que Goody dénonce également, au même titre que des pratiques dégradantes et antihumanistes ayant sévi au sein d’autres civilisations – l’esclavage n’est pas l’apanage exclusif de la bourgeoisie d’Occident.

Face aux faux « patriotes » et vrais collabos, Alternative Rouge et Tricolore !

Au-delà de leurs inspirations idéologiques communes, ces droites partagent, derrière des grands mots, une même haine de la souveraineté nationale et populaire, versant tout à la fois dans un nationalisme xénophobe ET, en même temps, dans la promotion d’une « Europe » servant de rempart contre les « ennemis de l’extérieur ». Ce qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler ce discours lumineux de… Pierre Laval le 22 juin 1942 (deux ans après la signature de l’armistice franco-allemand et un an après l’attaque de l’Allemagne nazie et ses alliés/satellites contre l’URSS) : « On parle souvent d’Europe, c’est un mot auquel, en France, on n’est pas encore très habitué. On aime son pays parce qu’on aime son village. Pour moi, Français, je voudrais que demain nous puissions aimer une Europe dans laquelle la France aura une place qui sera digne d’elle. Pour construire cette Europe, l’Allemagne est en train de livrer des combats gigantesques. Elle doit, avec d’autres, consentir d’immenses sacrifices. Et elle ne ménage pas le sang de sa jeunesse. Pour la jeter dans la bataille, elle va la chercher dans les usines et aux champs. Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s’installerait partout. Ainsi donc, comme je vous le disais le 20 avril dernier, nous voilà placés devant cette alternative : ou bien nous intégrer, notre honneur et nos intérêts étant respectés, dans une Europe nouvelle et pacifiée, ou bien nous résigner à voir disparaître notre civilisation. » Un discours qui, « curieusement », recoupe totalement les assertions des droites, de Zemmour-Le Pen à Macron en passant par les LR.

En somme, les droites adhèrent au discours prônant l’existence d’un Herrenvolk, un « peuple des seigneurs » parfaitement analysé par l’historien et philosophe Domenico Losurdo et qui servit de matrice justificatrice à la fois de la domination capitaliste, de l’esclavagisme, du nazisme… et de la « construction européenne » inspirée du comte Richard de Coudenhove-Kalergi, dont le projet paneuropéen et dont la lecture de l’édifiant ouvrage Idéalisme pratique (1925), qui vante les mérites d’un ordre eugénique et hiérarchisé au service d’une noblesse européiste, méritent d’être grandement connus (et combattus). Seule une gauche patriotique et populaire suffisamment forte, que promeut le Pôle de Renaissance communiste en France (PRCF) dans le cadre de l’Alternative Rouge et Tricolore associant le drapeau rouge de l’internationalisme prolétarien et du mouvement ouvrier ET le drapeau tricolore de la souveraineté nationale et de la Révolution de 1793, peut combattre l’offensive réactionnaire et fascisante qui procède à une déformation négationniste de l’histoire et impose ses thèmes nauséabonds à une campagne présidentielle qui s’apparente à la fois à une vaste mascarade et à un immense défouloir pour les droites décomplexées. Et plutôt que de « débattre » avec ses représentants comme Valérie Pécresse (Fabien Roussel à la Fête de l’Huma), de promouvoir une « union nationale » avec Xavier Bertrand (Arnaud Montebourg) tout en reprenant les discours haineux sur les immigrés ou encore de se convertir à un utopique euro-réformisme sans oser brandir la menace de la rupture avec l’euro et l’UE (Mélenchon), il faut reconquérir la souveraineté nationale et populaire à travers ce qu’abhorrent les droites décomplexées, à savoir le Frexit progressiste !

par Fadi Kassem