Alors que le régime Macron vient de confirmer avec morgue le maintien de la date du 12 décembre prochain pour la tenue du 3e referendum d’autodétermination de la Nouvelle Calédonie prévu par les accords de Nouméa, il est nécessaire d’entendre les explications des camarades de la Kanakie, et tout particulièrement de la jeunesse.

Les travailleurs du caillou peuvent compter sur l’indéfectible solidarité et coopération des communistes de France, comme en témoigne la récente prise de position adoptée par le PRCF (cliquer ici pour lire) au sujet du devenir de la Nouvelle Calédonie.

Entretien d’actualité avec le Conseil national des jeunes du Palika

Le collectif international des JRCF est heureux de présenter cet entretien avec le CNJP, principale organisation de jeunesse marxiste en Kanaky-Nouvelle Calédonie. Propos recueillis par Ambroise.

JRCF : Bonjour camarades, nous vous remercions de nous accorder à nouveau un entretien. Cette année 2021 est particulière pour vous : outre que  la fin des accords de Nouméa s’approche doucement, en juillet a été nommé pour la première fois un président indépendantiste à la tête du gouvernement de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie, Louis Mapou, lui-même issu des rangs du Palika. Qu’est-ce qui a changé avec cette nomination ?

CNJP : Le CNJP remercie les camarades du JRCF pour l’attention que vous portez à la situation en KANAKY NC et également pour le relais de la cause digne et noble que nous défendons.

L’accord de Nouméa signé en 1998, prévoit 3 consultations de la population calédonienne « intéressée », qui est appelé à se prononcer sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie [NC]. Par deux fois, en 2018 et 2020, le « Non » à l’indépendance l’a emporté, en passant de 56,40% à 53,26%. De la même manière que le « OUI » est passé de 43,60% à 46,74%. La fin d’année 2020 s’est achevé sur le conflit, soutenu par l’ensemble des composantes indépendantistes et le FLNKS, avec VALE pour l’usine du Sud (suite à l’annonce du départ de VALE) qui a laissé beaucoup de traces au niveau économique et social particulièrement. S’en est suivie en début 2021, une séquence politique très tendue, avec la chute du 16ème Gouvernement de la NC et la mise en place du 17ème GNC, présidé par un indépendantiste.

Plus tard en juin 2021, l’État [français] de manière « UNILATÉRALE », et contrairement aux annonces faites par le 1er ministre Édouard PHILIPPE lors du 19ème comité des signataires, a choisi la date du 12 décembre 2021, pour la 3ème consultation.

C’est dans ces conditions qu’il faut apprécier la nomination de notre camarade Louis MAPOU, entre en tant que président à la plus haute institution de la NC.

Ce qui change ? C’est d’être aux commandes du Pays, chose inédite et unique à la sortie de l’accord de Nouméa (gouvernement de DROITE depuis 1998 à 2020). De plus, il s’agit là de ne plus DIRE qu’il faut faire les réformes structurelles tant attendues, mais plutôt les RÉALISER ! Par ailleurs, c’est l’occasion de démontrer que nous capables, nous les indépendantistes, de gouverner différemment, avec ceux-là mêmes qui sont contre l’indépendance, contre l’émancipation du peuple premier, pour construire ensemble un Pays, et une communauté de destin. C’est la rupture, puisque la collaboration avec nos adversaires politiques semble être pour eux un pacte avec le diable, à fortiori avec un président issu du PALIKA (diabolisé depuis toujours, comme les marxistes/communistes), et un renoncement à une Calédonie au sein de la France.

Par ailleurs sur le plan sociétal et politique, cette arrivée au pouvoir nourrit beaucoup d’espoir de la part des populations discriminées, laissées pour compte, marginalisées, etc…Mais le peuple est souvent impatient, et le changement est attendu dans les délais très courts.

Enfin, c’est un Kanak qui est président de la plus haute institution de ce Pays, c’est quelque chose qui est au-delà de la symbolique et c’est pour nous, à la sortie de l’accord de Nouméa, à la veille de la 3ème et ultime consultation, tout simplement le sens de l’histoire.

 

JRCF : Vous devez aussi affronter depuis un peu plus de deux mois une grave crise du coronavirus, après une longue période où le virus était absent de l’archipel. La Kanaky-Nouvelle-Calédonie a prise diverses mesures pour contrer l’avancée du virus, y compris l’obligation vaccinale. Pouvez-vous nous en dire plus ? Avez-vous eu des contestations par rapport à l’obligation vaccinale ?

CNJP : La Nouvelle-Calédonie est entrée en confinement strict au 6 septembre 2021 suite à une propagation du virus et une contamination exponentielle de la population calédonienne. À la vue d’une situation sanitaire dramatiquement dégradée, la Nouvelle-Calédonie,  le président du GNC, en coordination avec le Haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, ont demandé la mise sous « état d’urgence » de la Nouvelle-Calédonie, afin de pouvoir bénéficier de la solidarité nationale, plus précisément de la réserve sanitaire de l’État.

À titre d’information, c’est également au nom de cette solidarité nationale que dès janvier 2021, en période « COVID-FREE », la NC a bénéficié d’un convoi exceptionnel de 14 000 doses.

Par ailleurs, après échanges avec le conseil d’État, l’application de l’obligation vaccinale aux entrant en NC, ne pouvait être réalisée à condition que les Calédoniens eux-mêmes y soient assujettis au préalable. C’est ainsi et dans des conditions d’urgences que le GNC a délibéré et mis en place l’obligation vaccinale et l’instauration du PASS sanitaire (pour le dé-confinement) à partir du 31 octobre 2021. Cette date a été repoussée, suite aux différents débats entre les organisations civiles et sociales et le GNC, au 31 décembre 2021.

À ce jour, beaucoup de manifestations « ANTI-TOUT » prennent lieux dans tout le pays sans être représentatives, mais contribuent à ralentir la progression de la vaccination (57,56% de vaccination) et retardent l’objectif d’immunité collective, repoussée finalement au mois de mars 2022 désormais.

Notre analyse est que beaucoup d’informations arrivent de partout (réseaux sociaux, journaux TV, etc..) et touchent l’ensemble des Calédoniens, qui ont en définitive une mauvaise appréciation de la situation et sont moins enclins à suivre les instructions de nos institutions. Cette forte influence des réseaux nourrit également la défiance vis-à-vis des institutions, du corps politique soi-disant « corrompu, » à la botte de l’industrie pharmaceutique, etc.

Une vague de turbulence qui parcourt ce pays à la veille de la dernière consultation, et dans un pays économiquement en crise (finances publiques, et climat des affaires en dégradation)

Cela donne le contexte et permet de mieux apprécier les conditions et les enjeux, des réformes à mener par un gouvernement indépendantiste.

Entretien d’actualité avec le Conseil national des jeunes du Palika

JRCF : Un rapport de l’IRSEM pointe la « menace » chinoise sur la Nouvelle-Calédonie en cas d’indépendance. Certaines personnes du FLNKS ont critiqué cette partie du rapport sur Twitter. Qu’en pensez-vous ?

CNJP : Le CNJP remarque tout d’abord que c’est un rapport réalisé par un organisme français « Théodule », qui sort tout juste avant l’ultime consultation, la 3ème, comme un énième épouvantail pour influencer le choix des Calédoniens. Quid de la neutralité de l’État dans le dossier calédonien ?

Plus inquiétant, non seulement il n’y a pas de soutien de la Chine ou du parti communiste au niveau des partis indépendantistes (nous le PALIKA on le saurait), mais  de telles assertions basées sur des suspicions ne sont-elles pas mises en avant pour justifier une stratégie militaire hostile envers la Chine avec pour terrain de jeu, le PACIFIQUE ? Qu’est-ce que nous, KANAKY NC, aurait à gagner ? Ce sujet ouvre encore le débat de la stratégie française dans le PACIFQUE mis à part l’axe INDO-PACIFIQUE annoncé en grande pompe par le président MACRON et dont on comprend maintenant qu’il s’agit de contenir la Chine au nom des « valeurs démocratiques ».

En tout état de cause, le mouvement de libération de KANAKY NC et de son peuple s’est très tôt (année 80) inscrit dans le cadre de l’indépendance des Pays du Sud et en dehors de la logique d’affrontement Est-Ouest. C’est ainsi que nous avons, via le FLNKS, été soutenus par le mouvement des pays non-alignés, notamment pour la réinscription de la NC sur la liste des territoires non-autonomes de l’ONU et pour la reconnaissance du droit inaliénable du peuple de la Nouvelle-Calédonie à l’autodétermination et à l’indépendance.

Ainsi, pour l’heure, notre pays et notre combat, ne font l’objet d’aucun soutien, ni de menace et encore moins d’ingérence provenant de la République Populaire de Chine ou du Parti Communiste Chinois. Notre pays n’a pas d’ennemi et nous n’en voulons pas.

 

JRCF : Enfin, normalement le dernier référendum sur l’indépendance doit avoir lieu après décision du gouvernement français le 12 décembre prochain. Cependant le FLNKS a décidé d’appeler au car les conditions pour qu’il puisse se dérouler normalement ne sont pas présentes. Pouvez-vous nous expliquer cette position ?

CNJP : Comme le prévoit l’accord de Nouméa et la loi organique, les groupes politiques indépendantistes au congrès de la NC (sorte d’assemblée nationale) à l’instar de 2018 et 2020, ont demandé que se tienne la 3ème consultation. Pour rappel, à l’issue du 19ème comité des signataires, le 1er ministre E. PHILIPPE a déclaré qu’il était préférable de distinguer les échéances électorales nationales et locales à l’avenir en NC. Le PALIKA avait également insisté lors de son congrès annuel en novembre 2020, sur le fait qu’il n’était pas opportun de tenir cette consultation, afin que le dossier calédonien ne soit pas instrumentalisé pendant les présidentielles nationales.

D’autre part, l’État a transmis aux Calédoniens, un document relatif aux conséquences juridiques et financières du « OUI » ou du « NON » en fin 2020. Un document à charge contre le « OUI », dont nous ne nous pas imprégnés suffisamment pour battre la campagne auprès des populations.

Par ailleurs, le gouvernement MACRON souhaite que le dialogue sur l’avenir institutionnel du pays se tienne au lendemain de la consultation. Le PALIKA a toujours insisté sur le fait qu’il a toujours été dans l’esprit de dialogue, qu’il a défendu à juste titre une consultation au 2ème semestre 2022 au plus tard pour disposer d’un temps plus grand, nécessaire à la discussion.

À tout cela, vient se rajouter depuis le 6 septembre 2021,  une crise sanitaire grave et dramatique pour la population calédonienne et particulièrement la communauté Kanak, car fortement touchés.

C’est pourquoi la demande de report est motivée par :

-Une campagne biaisée (nouveau document de l’État, délai court avec la crise covid-19 ;

-Un contexte sanitaire qui ne permet d’organiser dans les meilleures conditions, la campagne pour le « OUI » et la consultation

-Un dossier calédonien comme enjeu des présidentielles (on le voit déjà avec les récents sujets : axe indopacifique ; les « menaces » chinoises, la diplomatie française dans le Pacifique, etc.

-La tenue apaisée de la consultation avec tous les acteurs, dans les meilleures conditions : 2nd semestre 2022 ;

-La possibilité de donner du temps à la discussion ;

Rappelons encore une fois la parole donnée de l’État, au travers du premier ministre d’alors M. Édouard PHILIPPE à la sortie du 19ème comité des signataires.

Toutefois, si la date était maintenue, le Front de Libération Kanak et Socialiste, a déjà appelé à la NON PARTICIPATION (et ce n’est pas un ), et cela pour les mêmes raisons évoquées précédemment.

Dans cette situation et pour la suite, les discussions bilatérales souhaitées par l’État semblent à l’heure, très mal engagées.