Un ultime référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, alias Kanaky, est prévu en décembre 2021 au terme d’un processus que l’ONU qualifie officiellement de « décolonisation ». Cette date, choisie de manière antidémocratique sans l’accord des organisations indépendantistes kanakes, est cependant contestée par le FLNKS qui demande à la reporter pour cause d’impossibilité d’exercice normal de la démocratie. Le mot d’ordre de non-participation au référendum a d’ailleurs été lancé. Nous soutenons bien entendu cette demande de report et nous dénonçons l’absence réelle de volonté de discussion de la part du gouvernement français

Le PRCF, dont les fondateurs furent les initiateurs d’une Lettre au CC du PCF émanant de la cellule Eloi Machoro de Lens (du nom d’une figure de la gauche indépendantiste kanak assassinée sur l’ordre de Mitterrand), ne peuvent que regarder avec sympathie la marche de la Nouvelle Calédonie vers la pleine souveraineté, y compris vers l’indépendance complète si le suffrage en décide ainsi, au titre du droit universel des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce processus émancipateur concerne non seulement la Nouvelle Calédonie en général et le peuple kanak en particulier, mais le peuple français dans son ensemble étant donné que, comme le disait Engels : « un peuple qui en opprime d’autres ne saurait être libre ». Sur le plan des principes, ce processus historique de décolonisation concerne aussi les autres DROM – même si les réalités diffèrent pour chacun des DROM, nécessitant une analyse spécifique –, étant entendu que le PRCF n’a aucunement, en tant qu’organisation du pays historiquement dominant, à se substituer aux populations intéressées dans leur demande, ou pas, d’une indépendance politique complète.

 

Si le Oui à l’indépendance l’emporte à Nouméa en décembre 2021, il importe que le processus de décolonisation aille à son terme et que l’indépendance ne soit pas qu’un nouveau mot pour masquer une néo-colonisation, qu’elle s’opère sous l’égide du grand capital métropolitain ou sous les auspices des puissances impérialistes voisines de la Nouvelle-Calédonie devenue formellement indépendante. C’est pourquoi il convient de soutenir en Nouvelle-Calédonie les forces de la gauche patriotique qui militent pour une « indépendance kanak et socialiste » donnant au peuple, et spécialement à la classe ouvrière de Nouvelle-Calédonie, la maîtrise plénière du sol et de l’industrie du nickel. Bien entendu, il faudra faire en sorte que soient respectés les personnes et les droits de l’ensemble des habitants du territoire : Kanaks bien entendu, mais aussi Calédoniens d’origines européenne, vietnamienne ou malgache, et que différents clans liés à des intérêts impérialistes « français » ou « océaniens » (Corée du Sud, Australie, Nouvelle Zélande…) ne l’emportent pas sur les intérêts populaires, notamment sur ceux de la classe ouvrière plurinationale qui extrait, traite et transporte le nickel calédonien. Il nous faut aussi dénoncer certains secteurs des forces loyalistes (anti-indépendantistes) issues de la française, qui pointent du doigt un possible retour aux « événements », soit à la quasi-guerre civile des années 1980.

 

Si le Non l’emporte, les mêmes exigences de décolonisation doivent l’emporter pour que l’ensemble du territoire bénéficie en toute occurrence de l’autodétermination, du progrès social et du développement.

 

Par ailleurs, dans l’état de délitement où le processus d’euro-dislocation maastrichtienne de la France a plongé notre pays, il faudra d’emblée être en garde contre l’exploitation du référendum calédonien par les forces « girondines » de France qui ne manqueront pas d’instrumenter un vote pour l’indépendance au profit des menées euro-séparatistes qui fissurent d’ores et déjà le territoire national avec la complicité de l’Elysée. Il revient aux communistes, et plus largement aux syndicalistes de classe et aux patriotes républicains sincères, de faire en sorte que le processus de décolonisation de ce qui subsiste de l’empire français ne soit pas exploité par les forces anti-ouvrières, anti-laïques, anti-langue française et anti-républicaines de la métropole pour accélérer l’euro-dislocation galopante du territoire métropolitain (Collectivité unique de Corse, marche à la « Collectivité unique » de Bretagne, « Collectivité européenne d’Alsace », « euro-département de Moselle », « Catalogne Nord », « Euro-région » Nord, « Communauté de communes de Genève », « Charte européenne des langues régionales et minoritaires », « Loi Molac » désétablissant le français en tant que langue commune de l’école, etc.) sur fond de fédéralisation à l’allemande de l’ex-République française indivisible et de balkanisation sournoise de l’Europe, hormis le pays-centre. Ce processus d’euro-balkanisation, contre lequel le PRCF met en garde depuis plus de dix ans, vise en effet à démanteler les Etats  nationaux (France, Italie) ou multinationaux (Tchécoslovaquie, Yougoslavie, partie occidentale de l’URSS, mais aussi Belgique, voire et Espagne…) alors qu’à l’inverse, la RFA s’est « réunifiée » sur des bases impérialistes (1990) après l’annexion sous influence de la RDA, et que l’UE se transforme de manière précipitée (« saut fédéral européen ») en un Empire du grand capital piloté depuis Berlin et supervisé par Washington avec la collaboration empressée du grand capital « français » et des euro-gouvernements successifs.

 

Pas plus que le danger d’euro-dislocation de la France métropolitaine ne doit servir d’objection social-impérialiste à notre soutien à la décolonisation des outremers, quelle qu’en soit la forme (indépendance ou autonomie dans le cadre de la République française) choisie par les peuples concernés, pas davantage la décolonisation des outremers, y compris la marche aux indépendances et aux souverainetés, ne doit servir de prétexte à précipiter l’euro-délitement de l’Hexagone. Car ce sont en définitive les mêmes forces impérialistes qui inspirent le néocolonialisme dans les outremers et qui détruisent méthodiquement la nation française ; et à l’inverse, c’est une seule force sociale, le prolétariat, qui peut à la fois mener à bon port la décolonisation totale des outremers et la reconstruction en métropole d’une République sociale et souveraine en marche vers le socialisme. 

 

En outre, le PRCF, militant en faveur de la paix, dénonce les campagnes calomnieuses et bellicistes à l’encontre de la Chine populaire, accusée de tenter de faire main basse sur la Kanaky dans le fameux rapport de plus de 600 pages de l’IRSEM, au risque de faire de l’archipel un théâtre ne serait-ce que diplomatique de la guerre que l’impérialisme états-unien et ses valets veut mener contre la Chine.

 

Les commissions « Corpol » et « Cominter » du PRCF sont chargées de dialoguer sur ces bases avec les forces communistes et/ou patriotiques de gauche dans les outremers.