Le rapport du vieux sénateur réactionnaire Gérard Longuet sur les enseignants vient de sortir le 9 juin. Le propre des rapports LR, quand ils traitent de la Fonction publique et de l’Éducation nationale, mais aussi des retraites, des salaires, de n’importe quel sujet intéressant de près ou de loin les travailleurs, c’est d’exploiter les situations de crise, de maltraitance, de précarité, de salaires insuffisants que les politiques austéritaires ont délibérément créées dans tous les secteurs pour enfoncer encore davantage le fonctionnaire de base, l’ouvrier, l’employé, le chômeur, le petit retraité issu du prolétariat. C’est à ce type d’exercice bien rodé que se livre le rapport Longuet sur les enseignants. Constatant que le nombre de candidats au CAPES s’écroule, et que par conséquent, le niveau du concours baissant, les recrutements peuvent poser problème, Longuet ne propose surtout pas d’augmenter substantiellement les salaires de profs – lesquels se sont écroulés en longue durée depuis que, pour mettre en place et assurer la monnaie unique européenne, les salaires ont été désindexés des prix (depuis Mitterrand-Delors-Le Pors: « tournant » dit « de la rigueur » de 1983) et le point d’indice a été bloqué (depuis 2008), ni de s’interroger sur les conditions de travail, qui se sont dégradées en continu au fil des contre-réformes maastrichtiennes successives (Jospin-Allègre, Darcos, Chatel, Vallaud-Belkacem, Blanquer…), ni de se demander si les inlassables campagnes de dénigrement du Figaro, du Point, etc. contre les fonctionnaires ne devraient pas faire une pause, mais tout bonnement, d’AGGRAVER les choses et de porter le coup de grâce à l’Éducation nationale en

  • détruisant le statut de la fonction publique: c’est à quoi revient le rapport Longuet qui propose de surpayer les profs de sciences en leur donnant une prime… quitte à les faire haïr des autres profs, y compris de ceux qui sont déjà en poste – Au fait, avec des profs payés différemment, que devient l’égalité en droit des disciplines et l’égalité en droit des élèves de toutes les séries? Des primes aussi aux élèves choisissant les sciences et des pénalités pour les autres pendant qu’on y est?
  • détruire l’idée même d’Éducation nationale en modulant le salaire des profs selon les lieux d’exercice;
  • imposant aux enseignants de rester 35 h sur place dans les bahuts, c’est-à-dire en réalité, comme l’avait déjà fait Sarkozy, les faire travailler plus sans les payer davantage: voilà qui rendra le métier plus attractif, c’est évident !

Mystérieusement, il semble qu’il y ait encore des enseignants pour voter pour les LR, voire pour les macronistes qui ont sensiblement le même programme destructif que la droite officielle.

On attend encore une réaction virulente des syndicats enseignants qui, il est vrai, n’ont même pas été capables de prononcer les mots « retrait de Parcours Sup et de la contre-réforme du lycée » quand on leur a demandé leur avis sur le nouveau ministre choisi par Macron pour amuser la galerie sur les sujets « sociétaux » et faire oublier l’affreux Blanquer sans toucher à ses réformes destructives. Il est vrai qu’en cinq années de casse blanquérienne sans précédent du bac et du lycée, les mêmes directions syndicales auront inventé on ne sait combien d’arguties pour ne jamais exiger la démission du pire ministre que l’Éducation nationale ait eu depuis Claude Allègre. Et le pire, c’est que nombre de trop gentils enseignants syndiqués ont gobé ces arguties…

Au fait une proposition simple: pourquoi payer au même tarif tous les sénateurs? Diminuons sensiblement ceux qui défendent des circonscriptions électorales nanties et de « tout repos »; payons-les tous au prorata de leur présence au Palais du Luxembourg, les économies seront importantes.

Enfin, vu qu’il y a fort peu de lois émanant du Sénat qui sont retenues, encore moins que de loi émanant de l’Assemblée nationale, diminuons fortement le traitement des sénateurs qui, convenons-en, ne servent pas à grand chose si ce n’est à constamment aggraver dans un sens réac les projets de loi du gouvernement. Diminuons aussi fortement les traitements de l’ensemble des parlementaires et des ministres puisque ces couteuses personnes-là ne font la plupart du temps que transposer en droit français les directives européennes. Enfin, payons les parlementaires au prorata du pourcentage d’inscrits ayant participé aux élections législatives. Après tout, cher Longuet, nous vivons dans une « société ouverte » et il faut mettre un terme à cet abus de statuts pour nantis qui caractérise notre France bloquée dénoncée sans trêve par les néolibéraux.

Après tout, Monsieur le Néo-libéral européen qui voulez appliquer vos recettes régressives aux enseignants, pourquoi ne pas vous les appliquer à vous-mêmes, vous qui ne savez manifestement pas ce que c’est qu’une vraie vie de travailleur?

par Floréal PRCF