Suite à une grève sans précédent à Leroy-Merlin en novembre ayant débouché sur une revalorisation de 4%, la CGT poursuit le combat au niveau de la branche du bricolage pour relever les grilles salariales pour l’ensemble des enseignes.

Entretien avec Romain Coussin, délégué syndical CGT Leroy-Merlin
Propos recueillis par le PRCF 93-77

Initiative Communiste – Ce mardi 25 janvier, une action de la CGT a eu lieu au magasin Leroy-Merlin de Saint-Denis (93). Quel en était l’objectif ?

RC délégué syndical CGT Leroy-Merlin – Le salaire minimum de la branche du bricolage est tombé sous la barre du SMIC suite à sa revalorisation en janvier. Alors ils se sont réunis en panique pour nous proposer un nouvel accord. Leur proposition est de 1605 € brut, tout juste quelques euros au-dessus. Pour nous ce n’est pas acceptable donc il n’y aura pas de signature, nous allons poursuivre les négociations. L’accord porte sur divers sujets mais le sujet du salaire sera un fil conducteur. Ce n’est pas seulement une question de relèvement du SMIC. Les entreprises de bricolage ont fait des bénéfices records pendant la crise covid. Les Français qui ne pouvaient pas sortir ou partir en vacances en ont profité pour améliorer leur logement. Leroy-Merlin a fait 9 milliards de chiffre d’affaires en 2021 avec plus de 800 millions d’euros de bénéfices. L’ambition 2022 est de dépasser les 10 milliards de chiffre d’affaires et la redistribution n’est pas au rendez-vous. Pourtant les salariés ont consenti à beaucoup de sacrifices. Au départ on a travaillé sans protection lors du premier confinement. On ne peut pas continuer comme ça. On a donc planifié une série d’actions pour sensibiliser les salariés et porter nos revendications. À la CGT de manière générale nous défendons un salaire minimum à 2000€ pour tous.

IC – Comment s’est déroulée cette première journée d’action ?

RC délégué syndical CGT Leroy-Merlin – On était près de 80 représentants CGT de toute la France. On avait choisi le site de Saint-Denis de façon symbolique car un des délégués syndicaux du magasin subit actuellement une procédure de licenciement totalement frauduleuse. On a commencé par un rassemblement devant le magasin avec différentes prises de parole de représentants nationaux. Il y a eu la prise de parole d’Eric Coquerel, député de Seine St Denis. Beaucoup de journalistes étaient présents étonnamment (France culture, France bleu, l’Humanité et même une télé suisse). Ensuite on a fait un tour du magasin 5-10 minutes pour interpeller les salariés sur la question des salaires. Le directeur n’a pas daigné descendre de son bureau. On avait surtout des huissiers de justice qui nous surveillaient.

IC – Quelle a été la réaction des salariés ?

RC délégué syndical CGT Leroy-Merlin – Ils ont eu beaucoup de messages de soutien envers leur collègue menacé de licenciement.
Mais on sent qu’il y a une méconnaissance des salariés sur le mécanisme de fixation des salaires. Ils ne savent pas comment fonctionnent les négociations salariales, le rôle de la branche, etc. On a vraiment un travail de pédagogie à faire. Les salariés se plaignent des salaires faibles, mais il y a un fatalisme spontané. Nous ce qu’on essaie de leur montrer c’est que c’est uniquement par la revendication et par la lutte qu’on obtient des hausses de salaires. D’ailleurs c’est ce qui s’est passé avec les NAO1 en novembre quand on nous a proposé 2% de revalorisation soit moins que l’inflation. On n’aurait jamais obtenu 4% si on n’avait pas fait 14 jours de grève. Ça a été un mouvement social sans précédent chez Leroy-Merlin. 3 entrepôts logistiques ont été à l’arrêt total (à Valence, à Lille et en Ile de France) ; on dormait sur place. Plus des actions sporadiques et des débrayages sur les magasins.

IC – Quelle aura été pour vous la leçon à tirer de cette journée d’action ?

RC délégué syndical CGT Leroy-Merlin – Il ne faut pas hésiter à aller vraiment à la rencontre des salariés pour faire de la pédagogie sur leurs droits, sur les salaires. Il y a beaucoup d’attentes, en plus en période électorale. C’est le moment ou jamais de parler des salaires.

IC – Comment la mobilisation va-t-elle se poursuivre ?

RC délégué syndical CGT Leroy-Merlin – D’autres actions moins centralisées et sur d’autres enseignes comme Castorama, Lapeyre, Bricodépôt vont avoir lieu. C’est très fortement probable qu’on fasse aussi des appels à la grève. C’est important pour nous d’agir au niveau de la branche car le patron de Leroy-Merlin nous dit qu’ils sont bien placés par rapport à la concurrence or ce n’est pas difficile quand on a des grilles de salaire de branche aussi basses ! Le salaire minimum à Leroy-Merlin est de 1710€ brut suite aux grèves de novembre et l’augmentation de 4% tandis que les autres enseignes sont toutes en dessous.


1 Négociations Annuelles Obligatoires