IBM : lettre ouverte de la CGT à François Hollande

CGT IBMNous portons ci-dessous à votre connaissance une lettre ouverte de la -France au Président de la République, concernant l’entretien que celui-ci accorde ce mercredi 10 septembre à Mme Virginie Rometty, CEO d’ Corp, laquelle sera accompagnée de M. Alain Bénichou, Président d’-France.

IBM a toujours su se faire valoir auprès des Pouvoirs Publics. Mais les discours tenus ces derniers temps s’éloignent tant de la réalité que la CGT ne peut rester silencieuse. En effet, IBM-France est en voie d’auto-destruction, en se séparant de nombreux domaines d’activité, et en délocalisant ce qui reste de développement informatique au profit des pays offrant les plus bas coûts (ce qui n’est même plus le cas de l’Inde et de la Chine).

En France, IBM joue au bonneteau avec le Gouvernement pour masquer la réalité des destructions d’emplois. Un nouveau centre de services a été créé à Lille, avec une politique de bas salaires clairement affichée. La Région Nord-Pas-de-Calais s’est engagée pour 200.000 euros, en échange d’une promesse de création de 700 emplois en cinq ans. Mais simultanément, les PSE 2013 et 2014 ont liquidé à IBM-France 1200 emplois, et plus de 300 sont en cours d’externalisation ! Et ce double jeu marche puisqu’Arnaud Montebourg a récompensé le PDG d’IBM de la Légion d’Honneur en juillet

La filière informatique est essentielle pour la France. Il faut la défendre, et il faut bloquer la destruction des emplois organisée par les grandes multinationales. La CGT monte régulièrement au créneau pour faire entendre la voix des travailleurs, et elle compte sur un relais des média pour amplifier cette voix et ouvrir le chemin vers un réel avenir pour des dizaines de milliers de salariés.

www.initiative-communiste.fr site web du PRCF relaie ci-après la lettre ouverte qui nous a été transmises par les travailleurs d’IBM :

Confédération Générale du Travail – CGT IBM FRANCE

Monsieur le Président de la République,

Vous recevez en entretien officiel ce mercredi 10 septembre 2014 Mme Virginie ROMETTY, CEO d’IBM Corporation, ainsi que M. Alain Bénichou, Président d’IBM-France.

Nous comprenons l’intérêt que peut avoir a priori cette rencontre avec la plus haute responsable de la multinationale IBM, mais nous savons aussi que le discours tenu par IBM-France est en grand décalage avec la réalité vécue dans l’entreprise.

IBM-France, sur injonction d’IBM Corp, détruit méthodiquement ses emplois pour des objectifs purement financiers. Soit en se séparant de pans entiers d’activités, soit en délocalisant les emplois dans les pays aux plus bas coûts. Depuis 2011, IBM dans le monde est régie par une « roadmap 2015 » qui impose des orientations de fond visant exclusivement à faire croître à court terme le rendement financier pour les actionnaires. L’objectif précis est de faire passer le bénéfice par action de 11 US$ à 20 US$ en cinq
ans, soit 82 % d’augmentation du bénéfice mondial par action, qui est déjà à un niveau très conséquent. Ainsi, l’analyse des bilans financiers depuis 1996 met en exergue l’accroissement continu du montant des dividendes versés, alors que les investissements quant à eux ne cessent de diminuer.

Mme ROMETTY a d’ailleurs reconnu explicitement, dans « Business Week » du 19 septembre 2013, le choix stratégique d’IBM Corp » : « Si nous n’avions pas coupé dans les effectifs et cédé des actifs, nous serions une beaucoup plus grande entreprise, potentiellement à croissance plus rapide, mais nous serions une entreprise réalisant une marge inférieure ».

A IBM-France, entreprise pourtant fière d’être centenaire cette année, cette politique se traduit par de massives suppressions d’emplois. Depuis 1992 (date du premier ), ce sont 25000 emplois supprimés (77 % de l’effectif total), dont 23500 totalement détruits (les autres ayant été transférés dans d’autres sociétés). Le bilan est lourd pour nous autres salariés d’IBM, mais aussi pour l’économie française. C’est sur quoi nous souhaitons attirer votre attention.

L’an passé, en juin 2013, IBM a créé un nouveau centre à Lille, directement rattaché à une holding à Amsterdam. La promesse faite par M. Bénichou au Ministère du Redressement productif et à la Région Nord-Pas-de-Calais était de 700 embauches en 3 à 5 ans, dont 200 la première année. Mais en parallèle, IBM-France a procédé en seulement douze mois à plus de 1200 suppressions nettes d’emplois. Le compte n’y est pas : le solde est terriblement négatif. Pourtant, la situation économique d’IBM-France n’est pas mauvaise, et cette année elle a même réalisé 920 millions d’euros en opérations financières strictement capitalistiques dans d’autres sociétés IBM (IBM Belgique, et IBM International Financing).

Le Personnel de notre entreprise a mal vécu ce qu’il a considéré être une entourloupe de sa direction envers les Pouvoirs Publics, qui ont pour partie financé le centre de Lille (200.000 euros en 2013 versés par la Région, soit près de six fois le capital apporté par IBM).

Monsieur le Président, la CGT IBM est très attachée à la défense de l’emploi, ainsi qu’à la place des technologies de l’information et de la communication dans notre société française. A IBM-France, nous possédons des compétences élevées dans beaucoup des domaines de l’informatique, y compris les plus prometteurs pour l’avenir. Il faut les protéger et les valoriser. Nous espérons que vous saurez faire valoir à la Présidente de notre maison-mère IBM Corp. les intérêts communs de notre Pays et de l’entreprise IBM. L’avenir au sein de note collectivité de travail ne doit pas être une succession de PSE (Plans de Sauvegarde de l’Emploi qui se déclinent en réalité en Plans de Suppressions d’Emplois), mais le résultat d’une volonté affirmée de travailler au bénéfice réciproque de l’économie française et de la Compagnie IBM-France, les salariés devant avoir le juste retour de leur investissement professionnel.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute  considération.

Pour la CGT IBM France

Régine DELEBASSEE  – Déléguée Syndicale Centrale CGT

Lettre ouverte CGT à M. le Président de la République 9 septembre 2014