Communiqué de la commission culture du PRCF -10 mai 2022

Nouvelle attaque contre le service public ! 

Quand la Macronie entend le mot culture, elle sort le revolver

 

De Sarkozy à Hollande et à Macron, la constance des attaques contre le monde de la culture et de la recherche n’a d’égale que la réduction annuelle des budgets du ministère de la Culture. Le programme du Conseil national de la Résistance prévoyait de donner à tous « la possibilité effective […] d’accéder à la culture la plus développée », on sait combien il est devenu la cible à abattre pour achever de déconstruire l’héritage émancipateur de la Libération.

Dernière victime en date de la ravageuse « austérité » budgétaire : la Bibliothèque nationale de France ! Fin mars, la direction a annoncé fièrement la réouverture de la communication directe des documents aux lecteurs de sa bibliothèque de recherche sur le site parisien de Tolbiac… 3 heures par jour. Un retour à la normale après deux ans de pandémie ? Que nenni ! L’officialisation d’une politique très réfléchie de réduction maximale des services au public, en vue de redéployer les effectifs de plus en plus maigres de l’établissement sur d’autres sites destinés à rouvrir (site parisien de Richelieu) ou à ouvrir (Conservatoire de la presse à Amiens) dans un avenir plus ou moins proche. Le tout maquillé sous une rhétorique d’amélioration de l’accueil du public partout sauf au sein de la bibliothèque de recherche ; et de soi-disant prise en compte des conditions de travail des personnels affectés au service qui n’en demandaient vraiment pas tant.

Trois heures de communication directe des documents dans la plus grande bibliothèque de recherche de France, ce serait risible si ce n’était pas aussi profondément méprisant pour celles et ceux qui la fréquentent que pour celles et ceux qui y assurent le service public. Et ce serait encore faire trop d’honneur à la direction que d’imaginer que c’est par naïve méconnaissance des nécessités de la recherche qu’elle propose une telle réforme. Il faut habituer le public aux restrictions des services, l’habituer à la future délocalisation des collections qui imposera des communications pudiquement qualifiées de « différées » (le temps de faire venir les ouvrages de plusieurs centaines de kilomètres pour le bien de l’environnement). Parallèlement, il faut faire plier le personnel, lui imposer de renoncer à son éthique du service public, précariser les agents en charge des communications pour les réduire au silence, toutes pratiques puisées au modèle entrepreneurial revisité par le management néolibéral de l’État.

Et de ce point de vue, il faut reconnaître que Laurence Engel, la présidente, flanquée de son directeur général, Kévin Riffault, un ancien camarade de Macron à l’ENA, n’a rien à envier à Maggie Thatcher en son temps. 17 000 signataires cumulés, entre lecteurs et personnels, contre la réforme ? De fausses signatures. Les votes unanimes des organisations syndicales contre la réforme dans les instances consultatives ? Des cris dans le désert. La colère des représentants des lecteurs et de l’association des lecteurs ? Des voix inaudibles ou illégitimes.

Et pourtant ils se battent, lecteurs et personnels, et ne lâchent rien car à ce stade, c’est de survie qu’il s’agit, survie d’une certaine conception de la recherche et des métiers de la conservation patrimoniale, survie de la production scientifique déjà entravée de toutes parts, survie du service public de la BnF, établissement unique en France voire au monde.

Le PRCF apporte tout son soutien aux travailleuses et aux travailleurs de part et d’autre des banques de salle de la BnF dans leur combat pour défendre le service public de la culture.

 


Le compte rendu de la CGT BNF

GRÈVE À LA BnF : PLUS DE 450 ABSENTS COMPTABILISÉS !

Après plusieurs mois de mobilisation et une pétition signée par plus de 700 collègues pour des créations de postes, des moyens budgétaires et pour la défense des missions, la journée de grève du 10 mai a été une réussite avec plus 450 absents comptabilisés.

De nombreux services et salles de lecture sont restés fermés et un rassemblement réunissant quelques 150 agents et usagers s’est tenu en présence d’une représentante des lecteurs et de l’Association des lecteurs, ALUBnF ainsi que d’un sénateur (Pierre Laurent) venus soutenir la mobilisation.

Dans le même temps, une pétition en ligne initiée par l’ALUBnF a réuni plus 14 000 signataires (https://www.mesopinions.com/petition/art-culture/bibliotheque-nationale-france-retour-aux-communications/175704)

Face à une direction qui ne lâche rien et qui refuse de négocier et face à un Ministère de la culture aux abonnés absents, cette journée de grève par son ampleur démontre la détermination des personnels de la BnF.

Les sujets de mécontentement sont nombreux et s’empilent depuis l’automne dernier :

  • baisse de effectifs sur le site François Mitterrand  (-40 postes) alors que 304 postes ont déjà été supprimés à la BnF,
  • fin de la communication aux lecteurs des documents conservés dans les magasins le matin,
  • retour de la grande précarité avec la fin des CDI pour les contractuels à temps incomplet, « les vacataires »,
  • non revalorisation des primes à l’ancienneté des titulaires (perte de 500 à 1500 euros par an), absence de primes de fin d’année pour une partie des contractuels,
  • augmentation de la charge de travail à Richelieu avec la réouverture du site, etc.

D’ors et déjà, l’intersyndicale CGT, FSU et SUD appelle à une nouvelle assemblée générale jeudi 12 mai à 12h30 hall Ouest.