Gorgé d’aides, le voyagiste TUI (Nouvelles Frontières, Marmara, Look etc.) lance un plan de licenciements massifs – entretien avec la CGT-TUI

TUI, c’est un mastodonte du tourisme international avec la plupart des grandes marques du voyage bien connues en France, et pourtant alors que le groupe a bénéficié d’aides très importantes – notamment avec le chômage partiel – il annonce un plan de licenciements massif en France. Plus de 500 postes supprimés. Face à ce coup de force profitant de la crise sanitaire pour mettre en œuvre un , les salariés ne comptent pas se laisser faire. La CGT-TUI mène une lutte exemplaire et se trouve à la pointe du mouvement pour faire converger les résistances contre les centaines de milliers de licenciements entrepris par le grand patronat sous couvert d’épidémie de covid-19. Entretien exclusif avec Lazare Raskallah, syndicaliste CGT-TUI, avec la commission Lutte du PRCF.

Initiative Communiste : Pouvez- vous vous présenter s’il vous plait

Lazare Razkallah : Je suis Lazare Razkallah, je suis le secrétaire du CSE de TUI France et je suis élu CGT.

Initiative Communiste : Pourriez-vous me présenter la lutte que vous menez ? Que se passe-t-il ?

Lazare Razkallah : Alors comme vous le savez peut-être, le secteur du voyage connaît quelques difficultés. Depuis le 15 mars dernier, suite aux recommandations gouvernementales, nous avons tous été confinés, en chômage partiel ou total : cela représente 900 salariés. Puis le 1, les salariés ont reçu un message de la direction : « connectez-vous au lien que nous vous envoyons, nous avons des annonces importantes à vous faire ». Je précise que beaucoup de salariés étaient sans contact depuis un long moment, ils étaient surpris. Nous avons donc vu notre directeur confortablement installé dans son fauteuil, au Maroc, annoncer qu’il devait licencier 500 d’entre nous, qu’il devait fermer toutes nos agences, qu’il allait supprimer la moitié des postes au siège, pour les recréer au Maroc, c’est donc une délocalisation pure et dure. Il resterait donc 300 emplois, sans accompagnement, sans aucune instruction, après plusieurs mois de confinement. C’est l’uberisation des licenciements.

« C’est une délocalisation pure et dure (…) ces entreprises ont profité largement des aides de l’État »

Le PDG est hollandais, c’est un grand groupe allemand, il détient en France les filiales, Nouvelles frontières, Marmara, Lookea, Look Voyage… Cela nous a tout de suite interpellés. Nous avons alerté les pouvoirs publics, car ces entreprises ont profité largement des aides de l’État.  Pourtant le 15 février, j’ai eu un entretien avec le PDG qui m’a dit qu’on avait fait une excellente saison d’hiver et que la saison d’été s’annonçait aussi rayonnante, ensuite que l’entreprise avait plus de 30 millions dans les caisses et donc que tout irait bien. Pourtant 1 mois de confinement plus tard, tout était noir et la moitié du personnel allait être licencié. On voit donc que la direction a essayé de préparer les élus syndicaux psychologiquement.

Initiative Communiste : Donc votre groupe a bien bénéficié des aides de l’État ?

Lazare Razkallah : Alors au niveau du groupe TUI mondial, le groupe a eu 5,5 milliards d’aides. Il faut savoir que cette entreprise est une institution en Allemagne. Les banques allemandes ont donné 5.5 milliards au groupe TUI et l’État est au capital de l’entreprise à 25% : c’est donc une entreprise primordiale en Allemagne. En France, TUI a bénéficié d’une centaine de millions, avec les charges reportées, du chômage partiel, reports de loyer, le groupe a négocié avec les compagnies aériennes et les groupes hôteliers des revues à la baisse des contrats. Malgré tout ça, 300 animateurs de clubs ont été licenciés et les CDD n’ont pas été renouvelés, sachant que les CDD n’ont pas le chômage. J’ai des animateurs qui m’ont écrit pour m’expliquer qu’ils sont retournés chez leurs parents ! Un autre a fait un procès et a gagné, mais TUI a fait appel ! Ils sont intraitables et violents avec le personnel, pourtant ils ont eu les aides de l’État.

On est donc a 2 postes sur 3 supprimés. Cependant on n’est pas des victimes : on va se battre jusqu’au bout.

Initiative Communiste : On vous soutient à 100% dans cette lutte ! Du coup comment celle-ci prend forme ?

Lazare Razkallah : Nous avons fait plusieurs actions. La semaine dernière nous avons envahi la DIRRECTE (Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi, un service aux ordres du ministère du Travail et du ministère de l’Économie) avec les syndiqués CGT. On a fait cela car selon le tribunal, il n’y avait pas urgence à agir !

Au Tribunal administratif de Cergy, on a attaqué TUI en justice, le procès aura lieu le 2 mars. On ne va pas lâcher l’affaire, on va mettre la pression sur la justice car pour nous elle n’a pas fait son travail. En effet, pour m’expliquer, je suis en contact avec nos concurrents, dans leurs boites il y a eu quelques licenciements dans leurs tours opérateurs, mais les gros concurrents n’ont pas licencié en masse, ils attendent, ils bénéficient du chômage partiel. Même le PDG d’une très grosse entreprise qui travaille surtout en Asie refuse de licencier des collaborateurs, des employés, car ils ne veut pas se priver de leurs savoir faire et de leurs expertises quand le travail normal reprendra son cours peut-être dans 6 mois, un an. TUI a donc profité du chômage partiel, et en a profité pour faire un grand plan social, que nous pensons prévu depuis un bon moment : le covid a été le prétexte. Dès le mois de juin, le plan a été lancé alors que nous n’avons aucune visibilité sur la saison à venir.

123 millions ont été donné par TUI à la compagnie Corsaire sous la pression de Bruno Le Maire, alors que cette compagnie est minoritaire mais sous- traite notre travail ; et à nous uniquement 30 millions pour notre plan. Nous n’acceptons pas que l’argent public soit utilisé pour licencier notre personnel, avec notre argent en fait. On est scandalisé.

Le 13 juillet on est allé en référé, avec notre avocat et 50 salariés en soutien. On a vu la direction contre qui on se bat avec les gens de la DIRRECTE ! Ils marchent mais dans la main et ils se parlaient dans l’oreille. La directe aurait dû avoir un rôle de neutralité.

« On s’organise de plus en plus pour s’unir, (..) on se soutient mutuellement dans les luttes. Il faut tous se soutenir collectivement ! »

Initiative Communiste : Quelles autres actions pour l’avenir ?

Lazare Razkallah : Alors personnellement j’ai reçu ma lettre de licenciement hier mais je n’ai pas baissé la garde ! Je vais basculer en congé de reclassement, mais j’ai toujours mon mandat pour 11 mois. On va continuer la lutte. Le 2 mars on va soutenir notre avocat qui va se battre pour lutter contre le plan social. Certaines agences ont été fermées et pour certaines vendues, alors qu’il y avait des repreneurs qui voulaient reprendre les agences mais sans employés ! Où est le plan de sauvegarde de l’emploi ? Comment la DIRRECTE a-t-elle accepté ce plan de sauvegarde de l’emploi ? Comment un tel cynisme est-il possible ?

Hier on était au Bourget par exemple pour soutenir les femmes de ménage des hôtels du Bourget contre le plan pour les licencier. On soutient et on aide les Total GrandPuits qui sont en lutte ! les TUI on va devant l’Assemblée nationale soutenir nos camarades d’EDF.

On s’organise de plus en plus pour s’unir, on communique par des visioconférences, on se soutient mutuellement dans les luttes. Il faut tous se soutenir collectivement !

Lazare Razkallah , Initiative Communiste , on sera avec vous pour ce tous ensemble ! Bon courage pour la lutte.

Lazare Razkallah : Merci à vous !

Entretien réalisé le 3/02/2021 par Dark Vlador