Pedro Castillo, le président nouvellement élu en juin courant au Pérou, n’a eu dès lors ou le résultat des élections s’est fait connaître novembre 2021 aucun répit de la part du fujimorisme et de l’oligarchie péruvienne. L’extrême droite péruvienne avec le soutien des autres secteurs représentant l’oligarchie péruvienne et les multinationales étrangères, n’a eu de cesse de tout faire pour empêcher de gouverner Pedro Castillo et le parti qui le soutient, libre, qui se revendique du marxisme et du mariatéguisme. Chaque millimètre de la vie publique et des institutions de l’Etat péruvien a été converti en tranchées fortifiées depuis lesquelles la coalition d’ultra droite, dirigée par l’oligarque Keiko Fujimori, a alimenté un feu nourri et constant contre le nouvel exécutif et sa majorité parlementaire.

Pour l’œil non averti, il serait possible de penser qu’il s’agit d’une énième crise de gouvernabilité qui fait rage au depuis des années. Mais le caractère de la lutte a acquis une nouvelle dimension depuis le triomphe de Pedro Castillo et de Pérou Libre. Des luttes âpres entre partis politiques et égos de chefs dont le caractère opportuniste n’est plus à démontrer, nous sommes passés maintenant à une lutte acharnée entre deux camps, deux blocs. D’un côté le bloc populaire regroupé autour de la candidature de Pedro Castillo et Pérou libre, soutenu critiquement par le Parti Communiste Péruvien et d’autres organisations du mouvement ouvrier, syndicats, associations, etc. Et de l’autre, le bloc dirigé par Fujimori défenseur indéfectible de l’oligarchie péruvienne.

Toutes les formes de luttes ont été mises sur la table, du rejet des résultats des élections jusqu’à l’appel, sans complexe, à l’intervention de l’armée péruvienne pour renverser le président démocratiquement élu comme il est de tradition dans le fascisme latinoaméricain. La a ainsi été instrumentalisée pour ouvrir des enquêtes contre Pérou Libre et certaines figures dirigeantes comme Vladimir Cerròn sous le prétexte d’un lien supposé avec Sentier Lumineux, l’éternel leitmotiv de la droite péruvienne pour décrédibiliser ses adversaires). L’idée provenait sans doute du lawfare utilisé par la droite latinoaméricaine pour attaquer toute opposition politique, le cas le plus emblématique étant celui de Dilma Roussef au Brésil ou de Kirchner en Argentine.

La pression constante mise sur les épaules du cabinet ministériel de Pedro Castillo a forcé plusieurs ministres à démissionner depuis cet été à tel point que Castillo lui-même s’est vu contraint de demander la démission de presque l’intégralité de son cabinet à commencer par le premier ministre Guido Bellido, de Pérou libre et ce, à peine après 100 jours de gouvernance. Contrairement aux théories individuelles d’une mésentente imaginaire entre Bellido et Castillo, relayées invariablement par la presse étrangère mainstream parmi lesquels nos bons médias bourgeois mainstream « français ». C’est bien là le harcèlement constant de l’opposition d’ultra droite et l’opportunisme des modérés qui se prétendaient être les alliés de la majorité qui a forcé la décision de Castillo, même s’il est vrai que cela a provoqué une levée de bouclier au sein du parti Pérou Libre et notamment des députés de la majorité qui se sentent trahis d’une certaine façon. Explications :

Au Pérou, la constitution libérale d’inspiration américaine comme la plupart des républiques latinoaméricaines indépendantisées au XIX siècle définit un régime présidentiel avec une stricte séparation des pouvoirs et la possibilité mutuelle de se contrecarrer, ce qui reste assez éloigné de l’autoritarisme présidentiel d’inspiration bonapartiste de notre Vème république en France. D’où de grandes limitations pour mener à bien les actions du gouvernement de Castillo. Car malgré sa victoire, le parti de Castillo n’a obtenu que 19% au premier tour des élections, ce qui ne lui confère qu’une majorité relative au parlement de 36 députés sur 130, bien insuffisante pour obtenir la majorité absolue et le vote de confiance indispensable à l’ du gouvernement. Cette situation ouvre la voie à l’obligation de négocier avec d’autres forces politiques, libérales, qui ont d’ores et déjà monopolisé le contrôle de la chambre législative comme la présidence, la vice-présidence, etc. du congrès, exigeant sous la pression invoquée de l’extrême droite, des « concessions » à Castillo. Après un premier vote de confiance en juillet dernier, le parlement a de nouveau signifié son opposition au cabinet du premier ministre Bellido, courant octobre, poussant par voie de fait ce dernier à la démission. Étant donné que le nouveau cabinet est composé en majorité de libéraux membres d’autres partis Pérou Libre inaugure alors un travestissement du projet politique initial de Castillo et de Pérou Libre au caractère de transformation radicale. Cette situation, qui n’a en soi rien d’original, dixit la situation de Maduro au Venezuela entre 2014 et 2021, ou celle de Salvador Allende en 1971 entre autres exemples, permet donc aux forces politiques de l’oligarchie péruvienne de bloquer virtuellement et de façon complète l’action de l’exécutif et de l’empêcher de gouverner où d’appliquer son programme, l’objectif étant, à terme, de l’obliger à choisir entre sa démission purement et simplement ou la soumission totale aux intérêts de l’oligarchie : virage magique à cent quatre-vingt degrés auquel la troïka de l’UE nous a déjà habitué avec le cas du gouvernement de Tsipras-Syriza en Grèce.

Cette situation nous rappelle que, malgré tout le pathos libéral, la lutte des classes reste bien réelle, l’oligarchie bourgeoise étant toujours organisée et consciente de ses intérêts, seule une mobilisation massive des classes populaires, des ouvriers, et des peuples indigènes du Pérou sont à même de sauver la possibilité d’une vraie transformation radicale de la société péruvienne en fonction de ses propres intérêts.

Pour conclure, nous ajouterons un bref aperçu de la position des communistes au Pérou. En effet, les camarades du Parti Communiste Péruvien ont pris la courageuse décision de soutenir le nouveau gouvernement de Castillo tout en gardant un regard critique sur les contradictions de celui-ci. Au cours d’une discussion sur le thème que signifie être communiste, ils nous livrent leur vision de la situation actuelle du Pérou et de leur raison d’être :

« Il y a une offensive très forte contre le communisme entretenue par les médias et la droite non seulement au Pérou mais aussi au niveau mondial. Il est temps pour les communistes de faire face à l’adversité. Face à l’extrême droite qui qualifie tout comme relevant du communisme, il est temps de montrer que les communistes sont bien là et quelles sont leurs propositions politiques destinées à la population. Comment obtenir le pouvoir pour la classe ouvrière ? Comment construire une société socialiste et fortifier le camp Anti-impérialiste ? Les communistes doivent travailler à l’unité la plus grande de la classe ouvrière contre le capital. Les communistes doivent favoriser par tous les moyens les conditions pour une révolution socialiste dans le monde entier. Le contexte actuel avec le développement de puissances émergentes et ré-émergentes comme la Russie et la Chine a permis de créer un scénario où le mouvement anti-impérialiste se développe contre l’hégémonie occidentale. Au Pérou les communistes doivent mener une lutte conjointe avec toutes les forces populaires sans pour autant abandonner leurs positions. Être communiste au Pérou signifie passer de à l’offensive pour soutenir la transition politique de l’actuel gouvernement, la tenue de la constituante et la rénovation de la nation péruvienne pour ouvrir la voie au socialisme. Lutter contre la réaction fujimoriste tout en radicalisant le processus de transition, lutter contre le fascisme, revendiquer une démocratie, montrer que les communistes défendent la démocratie multipartiste mais avec un nouveau contrat social au service des classes populaires. Défendre une vision de la démocratie qui diffère de la démocratie libérale bourgeoise. Être communiste implique lutter aussi contre toutes les formes d’oppression comme le machisme et l’oppression des femmes ».

La société péruvienne a raison d’aspirer au changement : les communistes aux côtés des travailleurs ou à l’avant-garde combattent les forces réactionnaires au côté du Président élu : Pedro Castillo. Pérou Libre, libre des intimidations, avance pas à pas pour aider le gouvernement élu démocratiquement à sortir de l’étau du fujimorisme et ouvrir la voie au socialisme.

BD pour www.initiative-communiste.fr

Le PRCF a évidemment soutenu, la manifestation de soutien au Pérou libre et démocratique organisée à Paris ce samedi 6 novembre, où des camarades étaient présents.