
Dans une récente publication, Joël Perichaud, Secrétaire national du Pardem aux relations internationales produit une analyse pertinente et factuelle de la nouvelle doctrine de sécurité nationale des USA que nous reproduisons ci après.
La publication, début décembre 2025, de la « nouvelle doctrine de sécurité nationale » (NSS) des États-Unis marque une rupture brutale par son caractère ouvertement militariste, autoritaire et idéologiquement réactionnaire. Sous couvert de réalisme stratégique, l’administration Trump assume une logique de domination impériale décomplexée, nourrie de références néofascistes, de déni climatique et de rejet explicite des droits humains et du multilatéralisme. Décryptage pour mieux comprendre la situation actuelle.
Pour comprendre la nouvelle doctrine en matière de politique internationale des États-Unis, il faut la situer dans son contexte.
La publication de ce document (1) survient dans le contexte d’une nouvelle guerre froide dont le début remonte а la fin des années 1990, quand les États-Unis ont lancé l’expansion de l’OTAN vers l’Est, l’extension de son aire d’intervention aux pays de l’ex-Yougoslavie et, quelques années plus tard, de l’Afghanistan.
La politique agressive des États-Unis, depuis plus de 25 ans, s’accentue depuis début 2025, date du retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
L’augmentation des dépenses militaires, ininterrompues depuis plus de dix ans, a bondi.
La « mondialisation heureuse » chantée par le forum de Davos et la plupart des partis et gouvernements du monde capitaliste occidental a du plomb dans l’aile.
En effet, l’internationalisation des chaînes de production incluant la Chine et les puissances du G7 (et du G8 avec la Russie jusque 2014-2015), l’augmentation du libre-échange, ne sont plus assez rentables pour les grandes entreprises américaines et donc ne conviennent plus aux dirigeants américains de tous bords.
Les pays membres de l’Union européenne (UE), en particulier l’Allemagne, la France, l’Italie, la Pologne et les Pays Baltes, ont repris le chemin des guerres internationales, voire mondiales, sous la conduite des États-Unis. L’exemple le plus significatif est la guerre par procuration des USA contre la Russie. Washington a délégué la guerre économique et le réarmement aux pays de l’UE, l’Allemagne en tête, pour affronter la Russie. économiquement et, si nécessaire, militairement.
Mais les sanctions contre la Russie ont des effets inverses à ceux escomptés : l’économie russe se porte de mieux en mieux. Quant au soutien à l’Ukraine, malgré une issue très incertaine de la guerre, il sert de prétexte à une pression maximale sur les salaires, sur les conditions de vie des peuples de l’UE et à une augmentation massive des dépenses militaires des pays membres.
De leur côté, les États-Unis, considèrent que leur offensive ne devrait pas porter directement contre la Russie mais contre la Chine. Cette dernière, en effet, représente une concurrence autrement plus puissante économiquement et politiquement que la Russie et est l’un des pays fondateurs des BRICS. Cela est clairement énoncé dans le document de stratégie de sécurité nationale publié début décembre 2025 par Washington.
Le capitalisme à l’échelle mondiale est en crise, incapable de retrouver un rythme de croissance soutenu

Du point de vue capitaliste néolibéral, une croissance non soutenue est un gros problème pour accumuler massivement des profits. Cette crise, particulièrement forte pour les membres du G7, exacerbe les tensions entre le bloc dominé par Washington d’une part et, d’autre part, la Chine qui maintient une croissance soutenue même si celle-ci faiblit.
La préparation et la réalisation de conflits armés fait partie des réponses que les classes dirigeantes (capitalistes) des différents pays utilisent périodiquement pour trouver une réponse aux crises économiques et à la recherche d’expansion ou de maintien de leur influence. On l’a vu à plusieurs reprises au XIXe et au XXe siècles.
Le NSS justifie le recours à la force et aux guerres
« Nous voulons recruter, former, équiper et déployer l’armée la plus puissante, la plus meurtrière (« létale ») et technologiquement la plus avancée au monde pour protéger nos intérêts, dissuader les guerres et, si nécessaire, les remporter rapidement et de manière décisive, avec le moins de pertes possible pour nos forces.
Et nous voulons une armée où chaque militaire est fier de son pays et confiant dans sa mission.
Nous voulons la dissuasion nucléaire la plus robuste, la plus crédible et la plus moderne au monde, ainsi que des systèmes de défense antimissile de nouvelle génération, y compris le Dôme d’or pour le territoire américain, afin de protéger le peuple américain, les intérêts américains à l’étranger et les alliés des États-Unis. » (NSS 2025 , p. 3).
Le texte indique, à plusieurs endroits, que les États-Unis se donnent le droit de mener des opérations militaires et à recourir à la force, où bon leur semble, pour défendre leurs intérêts. D’ailleurs, dans l’introduction du document, Trump se vantait, un peu trop vite et faussement, du succès de l’intervention militaire en Iran contre des installations nucléaires civiles. Il écrivait : « nous avons détruit la capacité d’enrichissement nucléaire de l’Iran ».
En 2025, en violation du droit international, les USA ont eu recours systématiquement à la force que ce soit en mer Caraïbe contre le Venezuela (sous prétexte de lutte contre le trafic de drogue), au Yémen, en Syrie, au Nigeria…Sans oublier leur soutien inconditionnel à l’armée israélienne et au gouvernement néofasciste de Netanyahu dans l’accomplissement du génocide contre le peuple palestinien.
L’année 2026 s’est ouverte avec l’agression militaire de grande envergure des USA contre le Venezuela : enlèvement et séquestration du couple Maduro à New York pour le traduire devant la justice des États-Unis sur la base de fausses accusations et annonce, là aussi trop rapide et fausse, de la prise de contrôle des ressources pétrolières du Venezuela.
Dans la région Indo-Pacifique, les États-Unis menacent d’utiliser la force contre la Chine si Washington considère que ses intérêts sont en jeu. La libre circulation en mer de Chine (ou ailleurs) serait un des prétextes possibles pour justifier une action militaire.
Saigner les vassaux…
Les guerres américaines coûtent cher, très cher. Alors pourquoi ne pas faire supporter une grande partie du poids financier aux soi-disant alliés ? La justification, mensongère une fois de plus, est clairement exposée dans le NSS : Trump écrit que les administrations précédentes : « ont permis à leurs alliés et partenaires de faire supporter le coût de leur défense au peuple américain » (NSS 2025, p. 1).
D’où la pression exercée sur les » alliés « , en fait des vassaux, pour les amener à accélérer l’augmentation des dépenses militaires qu’ils avaient déjà entamées depuis une dizaine d’années. Le NSS affirme que : « Le président Trump a établi une nouvelle norme mondiale avec l’Engagement de La Haye, qui engage les pays de l’OTAN à consacrer 5 % de leur PIB à la défense, engagement que nos alliés de l’OTAN ont approuvé et qu’ils doivent désormais respecter. » (NSS 2025, p. 12).
Effectivement, le secrétaire général de l’OTAN (ancien Premier ministre hollandais Rutte) a déclaré lors du sommet de l’Alliance atlantique à La Haye en juin 2025 : « Papy a raison de se fâcher contre les membres de sa famille quand ils ne se comportent pas bien »… Plus servile, tu meurs…
Fin juillet 2025, Ursula von der Leyen a elle aussi fait acte de soumission en allant rencontrer Trump sur un terrain de golf en Écosse pour lui promettre que l’UE allait effectivement acheter plus d’énergies fossiles et plus d’armes aux entreprises US et pour accepter l’augmentation des tarifs douaniers.
La ʺ générosité ʺ de Washington envers ses alliés est une légende car les USA ne dépensent que pour eux-mêmes et pour exercer leur domination sur une grande partie de la planète. Selon le Pentagone, les États-Unis disposent de plus de 700 sites militaires dans 80 pays dont plus de 220 bases militaires permanentes avec un nombre important de militaires.
Les bases étasuniennes à l’étranger représentent 80 % des bases étrangères dans le monde. C’est beaucoup plus que tout autre pays. Par exemple, la Russie dispose d’une vingtaine d’installations militaires permanentes à l’étranger, soit dans des pays de l’ex-URSS, soit en Syrie avec un total de 15 à 20 000 soldats. La Chine dispose d’une seule base militaire permanente à l’étranger, à Djibouti, comprenant 400 militaires chinois.
Les États-Unis maintiennent en permanence plus de 250 000 militaires en dehors de leur territoire dont plus de 50 000 au Japon, 35 000 en Allemagne, 22 000 en Corée du Sud, 12 000 en Italie, 10 000 en Grande-Bretagne… Et, avec les rotations de personnel, le nombre de personnes est beaucoup plus important. Bien entendu, les grandes entreprises capitalistes étasuniennes en tirent un très grand profit, en particulier celles du complexe militaro-industriel, qui fournissent le matériel militaire et son entretien.
De surcroît, le coût financier net de la présence étasunienne à l’étranger n’est pas financé uniquement par les USA car de nombreux pays paient une partie de la présence US sur leur territoire. Le Japon finance à 70% la ʺ présence ʺ, plutôt l’occupation US de son territoire, l’Allemagne prend en charge entre 20 et 30%, l’Italie 30 et 40%, la Grande-Bretagne paie de 20 à 25%.
Dans tous les cas les dépenses militaires américaines à l’étranger servent directement les intérêts US et ne représentent, sous aucune forme, générosité ou solidarité. N’oublions pas que toutes les interventions américaines dans le monde ont servi à renverser ou à tenter de renverser des régimes progressistes (Cuba, Saint Domingue, Vietnam, Grenade…) ou des gouvernements devenus gênants comme celui de Saddam Hussein en Irak ou des Talibans en Afghanistan. Les interventions militaires des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sont responsables de millions de morts. Elles ont permis aux États-Unis de prendre le contrôle de territoires particulièrement riches en matières premières et notamment en pétrole.
Passons brièvement sur le passage du NSS qui tente de présenter Trump comme un faiseur de paix.
Mensonges et propagande sont la règle : « Le président Trump a consolidé son héritage en tant que président de la paix[…]a mis fin а la guerre à Gaza avec le retour de tous les otages vivants auprès de leurs familles. ».
En réalité, le gouvernement néofasciste de Netanyahu a renforcé le régime d’apartheid à l’encontre des Palestiniens avant de passer à la phase du nettoyage ethnique et du génocide.
Et le NSS n’évoque pas les parties du monde où Trump est directement responsable d’agressions : Yémen, Venezuela, Nigéria…
Mondialisation, libre échange, écologie, ʺ droits humains ʺ et Dieu…
Trump critique les administrations précédentes et « les élites de la politique étrangère américaine » qui « ont fait des paris extrêmement malavisés et destructeurs sur la mondialisation et le soi-disant ʺ libre-échange ʺ, ce qui a érodé la classe moyenne et la base industrielle sur lesquelles repose la prééminence économique et militaire américaine. » (NSS 2025, p. 1).
Si Trump est protectionniste et agressif en matière de droits de douane, c’est que l’économie des États-Unis a beaucoup perdu en compétitivité et que, sur le marché mondial et intérieur, les industries locales ne sont plus en mesure de répondre à la concurrence des produits chinois et d’autres pays. La Chine dispose d’avantages compétitifs structurels, notamment des avantages décisifs de coûts (salaires chinois inférieurs aux salaires aux États-Unis) et d’échelle. Ces avantages lui permettent de pratiquer des prix inférieurs à ceux des producteurs états-uniens (véhicules électriques, panneaux solaires, matériel informatique, etc.)
De son côté, la Chine est devenue une fervente avocate du libre-échange, des règles de l’OMC, de la libre concurrence tandis que les États-Unis, suivis par l’UE, la Grande-Bretagne, le Canada, sont devenus de plus en plus protectionnistes et utilisent les tarifs douaniers pour rendre les produits chinois et d’autres concurrents plus coûteux.
Sur le plan écologique, Trump est dans le déni.
NSS 2025 : « Nous rejetons les idéologies désastreuses du ʺ changement climatique ʺ et du ʺ zéro émission nette ʺ qui ont tant nui à l’Europe, menacent les États-Unis et subventionnent nos adversaires. » (NSS 2025, p. 14).
Et, sans prendre de gants, affirme qu’il veut :
« – Restaurer la domination énergétique américaine (pétrole, gaz, charbon et nucléaire) et relocaliser la production des composants énergétiques clés est une priorité stratégique absolue. Une énergie bon marché et abondante permettra de créer des emplois bien rémunérés aux États-Unis, de réduire les coûts pour les consommateurs et les entreprises américains, d’alimenter la réindustrialisation et de maintenir notre avantage dans les technologies de pointe telles que l’IA.
L’augmentation de nos exportations nettes d’énergie renforcera également nos relations avec nos alliés tout en limitant l’influence de nos adversaires, protègera notre capacité à défendre nos côtes et, le cas échéant, nous permettra de projeter notre puissance. » (NSS 2025, p. 14).
L’administration Trump va aggraver la crise écologique en augmentant l’extraction et la production d’énergies fossiles.
Avec Trump, plus de faux semblants : le NSS 2025, comme le NSS 2017 (premier mandat de Trump) ne fait aucune référence au respect des droits humains. Dans le NSS 2025, les mots ʺ droits humains ʺ, ʺ protection sociale ʺ, ʺ droits sociaux ʺ n’apparaissent pas une seule fois. Les auteurs ont délibérément évacué ces notions du document stratégique. En réalité elles servaient de prétexte aux gouvernements des États-Unis, démocrates ou républicains, pour mener des actions qui les piétinaient et violaient la charte des Nations unies. En effet, le NSS 2015 de B. Obama utilisait 9 fois ʺ droits humains ʺ et dans le NSS 2022 de Joe Biden ʺ droits humains ʺ apparaissaient 20 fois…
Dans sa critique de la Chine ou de la Russie, Trump n’utilise plus la rhétorique hypocrite des droits humains. Il se réfère uniquement aux « droits naturels de ses citoyens, dons de Dieu » (the God-given natural rights of its citizens) (NSS 2025, p. 3) et, page 9, il est écrit que « tous les êtres humains possèdent des droits naturels égaux donnés par Dieu » (all human beings possess God-given equal natural rights)
En ce qui concerne les monarchies dictatoriales du Golfe, plus question de parler de démocratisation. Le NSS 2025, p. 28, énonce clairement que « cela nécessitera d’abandonner l’expérience malavisée des États-Unis qui consiste à faire pression sur ces nations pour qu’elles abandonnent leurs traditions et leurs formes de gouvernement historiques ».
Bref, la seule nouveauté de Trump est l’abandon de la rhétorique sur la promotion des droits humains, le respect du droit international et des traités internationaux chère aux Démocrates US.
Et c’est cohérent avec le NSS 2025 qui attaque les institutions de l’ONU. Dès la page 2, le document dénonce les précédentes administrations qui : « ont lié la politique américaine à un réseau d’institutions internationales, dont certaines sont animées par un anti-américanisme pur et simple et beaucoup par un transnationalisme qui cherche explicitement а dissoudre la souveraineté des États ».
Sans qu’elles soient nommées, Trump s’en prend régulièrement à l’ONU, à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), à l’UNESCO, à l’UNRWA (Agence de secours et de travaux pour les réfugiés Palestiniens de l’ONU), à l’OCHA (bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU), au HCR (Haut-Commissariat pour les réfugiés), à l’UNICEF (fonds pour l’enfance), à la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture), au Programme alimentaire mondial (PAM / WFP), au Haut-Commissariat aux droits de l’homme (OHCHR), à la Cour pénale internationale (CPI), à la Cour de justice de La Haye…
C’est pourquoi les États-Unis se retirent de plusieurs de ces institutions, coupent leur financement ou ne reconnaissent plus leur compétence. Le 7 janvier 2026, Trump a annoncé le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales, dont 31 organisations onusiennes (2).
Notons aussi que le NSS 2025 ne fait aucune référence au droit des peuples à l’autodétermination ni au droit des peuples à exercer leur souveraineté sur les ressources naturelles de leurs territoires car ces droits universels présents dans différents traités des Nations unies sont en contradiction directe avec la politique internationale de Trump.
En ce qui concerne l’immigration, le document est clair
« Nous voulons un contrôle total sur nos frontières, sur notre système d’immigration et sur les réseaux de transport par lesquels les personnes entrent dans notre pays, légalement et illégalement. Nous voulons un monde où la migration n’est pas simplement » ordonnée « , mais un monde où les pays souverains collaborent pour stopper, plutôt que faciliter, les flux migratoires déstabilisateurs, et exercent un contrôle total sur les personnes qu’ils admettent ou non. » (NSS 2025, p. 3).
« L’ère des migrations de masse est révolue – qui un pays admet sur son territoire ?– en quel nombre et d’où ? – définira inévitablement son avenir. Tout pays qui se considère souverain a le droit et le devoir de définir son avenir. De tout temps, les nations souveraines ont interdit les migrations incontrôlées et n’ont accordé la citoyenneté qu’à de rares occasions aux étrangers, qui devaient également satisfaire à des critères exigeants. L’expérience de l’Occident au cours des dernières décennies confirme cette sagesse ancestrale. Dans de nombreux pays, les migrations de masse ont mis а rude épreuve les ressources nationales, accru la violence et la criminalité, affaibli la cohésion sociale, perturbé le marché du travail et compromis la sécurité nationale. L’ère des migrations de masse doit prendre fin. » (NSS 2025, p. 11).
L’application de ce choix politique est volontairement brutal
En 2025, les autorités étasuniennes, notamment les agents de l’agence fédérale de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), ont procédé à des rafles et à des arrestations massives, violentes, dans les transports en commun, près des écoles, des églises, des hôpitaux, etc. débouchant, selon l’administration Trump, à plus de 2,5 millions de départs (incluant déportations et départs volontaires) et à une augmentation très importante des arrestations et des poursuites pénales pour les délits d’immigration illégale visant à créer un climat de peur, voire de terreur, parmi la population immigrée. Les expulsions atteignent, selon certaines sources, plus de 600 000 personnes (https://cis.org/Arthur/DHS-600000-Deportations-Inauguration-Day). Pour flatter la partie de son électorat qui se sent déconsidérée et créer la peur chez les possibles futurs migrants, Trump utilise des termes racistes et déshumanisants du même registre que ceux utilisés par le gouvernement de Nétanyahou qui pratique l’apartheid l’encontre des Palestiniens.
Mais les déportations pratiquées par l’ICE ne datent pas de Trump : Pendant le mandat de Biden (2021-2024) et selon l’ICE, il y a eu 545 252 déportations officielles. Et, durant les deux mandats de Barack Obama le nombre d’expulsions a été très élevé : 2 749 706 expulsions en 8 ans (2009-2016) soit, une moyenne de 942 par jour (3)
Il faut dire que le NSS 2025 reprend la théorie de la guerre civilisationnelle, la théorie du ʺ grand remplacement ʺ qui, aux États-Unis, est la théorie du ʺ white genocide ʺ, diffusée sous une autre forme par Steve Bannon, l’un des principaux architectes idéologiques du trumpisme dans sa dimension nationaliste, autoritaire et d’extrême droite. Steve Bannon parle de « guerre civilisationnelle », de « destruction de l’Occident », d’ « immigration de masse comme arme politique » et dénonce les « élites mondialistes qui trahissent les peuples ».
Selon la théorie du grand remplacement, les populations européennes seraient progressivement remplacées par des populations non européennes (souvent musulmanes), du fait de l’immigration, des différences de natalité, et des politiques menées (volontairement ou non) par les élites politiques, économiques et médiatiques. Cette théorie parle d’un remplacement culturel, civilisationnel et démographique, qu’elle attribue surtout à l’immigration extra-européenne et à l’islam. Elle présente ce phénomène comme une menace existentielle pour l’identité, la culture et la civilisation européenne. C’est ce que reprend le document de Trump publié par la Maison Blanche le 4 décembre 2025.
Trump affirme que le déclin économique de l’Europe « est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d’une disparition civilisationnelle. Parmi les grands défis auxquels l’Europe est confrontée, on peut citer les activités de l’Union européenne et d’autres instances transnationales qui portent atteinte à la liberté politique et à la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et engendrent des conflits, […], l’effondrement du taux de natalité, ainsi que la perte des identités nationales et de la confiance en soi. ». (NSS 2025, p. 25).
Dans cette optique, Trump supprime les politiques dites de DEI (Diversity, Equity, Inclusion, Diversité, Equité, Inclusion – https://www.whitehouse.gov/fact-sheets/2025/03/fact-sheet-president-donald-j-trump-removes-dei-from-the-foreign-service/ ) et indique que le NSS « Réinstaure une culture de la compétence, en éradiquant les pratiques dites « DEI » et autres pratiques discriminatoires et anticoncurrentielles qui dégradent nos institutions » (NSS 2025, p. 6).
Les pratiques DEI supprimées peuvent inclure des quotas, des politiques préférentielles, des priorités de recrutement ou de promotion accordées à des groupes sous-représentés, des programmes d’inclusion ou des formations sur la diversité, etc. Trump a fait interdire dans le recrutement, la promotion, l’embauche ou le maintien dans des services publics (y compris les armées, le corps diplomatique, etc.), toute prise en compte de race, genre, origine, ou toute forme de préférence fondée sur ces critères.
À propos des forces armées Trump affirme dans le NSS 2025 : « Nous avons éliminé l’idéologie radicale du genre et la folie du wokisme de nos forces armées et avons commencé а renforcer notre armée grâce а un investissement d’un trillion de dollars ».
Dominer la planète
L’administration Trump affirme sa volonté de domination totale sur l’hémisphère occidental (Amériques de la Patagonie au Sud, au Canada, au Groenland au Nord) où elle mêne des opérations militaires agressives en commençant par le Venezuela, riche en pétrole.
Le NSS 2025 affirme en ce qui concerne l’hémisphère occidental : « Nous empêcherons nos concurrents non hémisphériques de déployer des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de posséder ou contrôler des actifs stratégiques vitaux, dans notre hémisphère. Ce ʺ corollaire Trump ʺ à la doctrine Monroe relève du bon sens et représente une restauration potentielle de la puissance et des priorités américaines, conforme aux intérêts de sécurité américains. » (NSS 2025, p. 15)
Concernant la Chine, le document marque une nouvelle étape : il ne se contente plus de constater la rivalité mais, désigne explicitement l’erreur historique des élites états-uniennes ayant favorisé l’ascension de la Chine. Celle-ci est présentée comme une menace directe pour l’économie, la cohésion sociale, les chaînes d’approvisionnement, la sécurité nationale et même la stabilité culturelle des États-Unis. Traduction : la conflictualité est élargie aux sphères économiques, technologiques, idéologiques et sociétales par l’augmentation de la présence états-unienne, de sa force militaire et de ses intérêts économiques dans l’Indo-Pacifique, là où les USA sont en confrontation avec la Chine.
Concernant l’Europe, Trump décide d’apporter un soutien appuyé aux partis d’extrême-droite dont certains sont déjà au pouvoir (Italie, par exemple) et exige des gouvernements de l’UE qu’ils se comportent en vassaux dociles de Washington notamment, en augmentant fortement leurs dépenses miliaires, ce qui bénéficie directement à l’industrie d’armement états-unienne. Dans ce sens, on trouve dans le NSS 2025, la phrase suivante à propos de l’Europe : « Nous voulons travailler avec des pays alignés qui souhaitent retrouver leur grandeur passée ». Le choix du terme ʺ aligné ʺ devrait se passer de commentaire pour tous les défenseurs des souverainetés nationales…
Concernant le Proche-Orient, Trump prétend que cette région revêt moins d’importance que par le passé et qu’il va respecter les régimes politiques en place dans les monarchies dictatoriales du Golfe. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient…
Concernant la Russie, Trump est favorable à un partage d’influence si Moscou ne prend pas d’initiative hors d’un périmètre qui inclut certains des anciens pays membres de l’URSS, dont l’Ukraine. Trump cherche ainsi, sans grandes chances de succès, à convaincre la Russie de prendre ses distances par rapport à la Chine.
Trump consacre très peu de place à l’Afrique. Il considère ce continent uniquement comme un réservoir d’où extraire des matières premières et où il faut protéger les intérêts des États-Unis. Le NSS 2025, p. 29, explique qu’il s’agit « d’exploiter les abondantes ressources naturelles et le potentiel économique latent de l’Afrique »
En conclusion
La doctrine de politique internationale rendue publique début décembre 2025 ne constitue pas une simple inflexion conjoncturelle de la politique étrangère des États-Unis, mais l’aboutissement cohérent d’un processus engagé depuis plus d’un quart de siècle dans le cadre de la ʺ nouvelle guerre froide ʺ. Ce document marque une radicalisation : il assume sans fard une logique de domination impériale, de recours systématique à la force et de rejet du droit international, des institutions multilatérales et des droits humains universels. Avec Trump, cette orientation prend une forme idéologique par son caractère ouvertement prédateur, violent, réactionnaire, autoritaire et néofascisoïde.
Trump rompt avec les politiques de façade des administrations précédentes qui combinaient l’exercice de la violence impérialiste avec une rhétorique libérale et humanitaire totalement hypocrite. Les droits humains, les droits sociaux, l’autodétermination des peuples et la référence au multilatéralisme disparaissent totalement du discours stratégique officiel. Ils sont remplacés par une vision du monde fondée sur les « droits naturels donnés par Dieu », la souveraineté absolue des États dominants, la hiérarchie des civilisations et la légitimation de la coercition militaire permanente.
Cette doctrine s’inscrit dans un contexte de crise structurelle du capitalisme mondialisé, (le néolibéralisme) marqué par une longue dépression, une concurrence exacerbée entre grandes puissances, grandes entreprises multinationales et l’incapacité des puissances impérialistes du G7 à maintenir leur hégémonie économique. Face au déclin des États-Unis, qui s’accélère, les USA font le choix délibéré de la fuite en avant militariste et d’une politique impérialiste brutale. La Chine est désignée comme l’adversaire principal, non parce qu’elle remettrait en cause le libre-échange mais précisément, parce qu’elle s’y est insérée avec succès, contestant la suprématie économique, technologique et géopolitique états-unienne. La Russie, puissance économique de second rang, sert quant à elle de repoussoir et de justification pour une militarisation accélérée de l’UE sous tutelle de l’OTAN mais n’est plus considérée, temporairement du moins, comme un ennemi.
Le NSS 2025 révèle aussi une convergence profonde entre impérialisme externe et autoritarisme interne des USA. La dénonciation de la mondialisation libérale s’accompagne d’un nationalisme économique agressif non pensé dans sa globalité (donc le contraire du protectionnisme), d’une offensive contre les migrants, de l’adoption des thèses du ʺ grand remplacement ʺ et d’une guerre idéologique contre les politiques sociales.
La domination militaire, la prédation économique, le productivisme fossile et le déni climatique forment un tout cohérent, au service des intérêts du complexe militaro-industriel et de la classe capitaliste états-unienne.
Enfin, loin d’être un » faiseur de paix « , Trump est l’architecte d’un monde instable, violent et inégalitaire, où la force prime sur le droit et où la guerre est un instrument ordinaire de gestion de la crise du capitalisme néolibéral. Rappelons que ce n’est pas une nouveauté et que l’Histoire a déjà mainte fois démontré la nocivité et l’impact de ces politiques sur de nombreux peuples…En ce sens, la nouvelle doctrine de politique internationale des États-Unis menace directement les peuples visés par l’impérialisme américain (Palestine, Amérique latine, Afrique ou Asie) et constitue un danger majeur pour l’ensemble de l’humanité.
Elle renforce le risque de conflits internationaux majeurs, comme en Iran, et d’une conflagration mondiale.
Face à ces politiques de droite dure menées par les États-Unis, avec le soutien de l’UE et de tout l’Occident global, l’enjeu pour les classes dominées, quel que soit leur nation, est plus que jamais de reconstruire des solidarités internationales, de s’opposer à toutes les formes d’impérialisme et de lutter pour un projet radicalement alternatif fondé sur la paix, la souveraineté nationale et populaire, l’égalité des droits, la justice sociale et les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes.
https://pardem.org/la-nouvelle-doctrine-de-securite-nationale-nss-des-usa-et-ses-implications
Notes
1 – Document complet : The White House, “National Security Strategy of the United States of America November 2025”, publié le 5 décembre 2025, https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Sec…
2 – United Nations Department of Economic and Social Affairs, ECOSOC – Economic Commission for Africa, ECOSOC – Economic Commission for Latin America and the Caribbean, ECOSOC – Economic and Social Commission for Asia and the Pacific, ECOSOC – Economic and Social Commission for Western Asia, International Law Commission, International Residual Mechanism for Criminal Tribunals, International Trade Centre, Office of the Special Adviser on Africa, Office of the Special Representative of the Secretary-General for Children in Armed Conflict, Office of the Special Representative of the Secretary-General on Sexual Violence in Conflict, Office of the Special Representative of the Secretary-General on Violence Against Children, Peacebuilding Commission, Peacebuilding Fund, Permanent Forum on People of African Descent, UN Alliance of Civilizations, UN Collaborative Programme on Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation in Developing Countries, UN Conference on Trade and Development (UNCTAD), UN Democracy Fund, UN Energy, UN Entity for Gender Equality and the Empowerment of Women (UN Women), UN Framework Convention on Climate Change (UNFCCC), UN Human Settlements Programme (UN-Habitat), UN Institute for Training and Research (UNITAR), UN Oceans, UN Population Fund (UNFPA), UN Register of Conventional Arms, UN System Chief Executives Board for Coordination, UN System Staff College, UN Water, UN University (Source: White House )
3 – Résumé détaillé des expulsions réalisées par les différentes administrations au pouvoir à Washington depuis 1993 : https://factchequeado.com/teexplicamos/20250820/obama-deportations-trum… )
Retraites tactiques : pourquoi la révolution vénézuélienne tient bon
Le Pardem publie cette réflexion de e Manolo de los Santos(1) sur la situation au Venezuela. Manolo De Los Santos est directeur exécutif de People’s Forum (NYC) et chercheur à l’Institut Tricontinental de Recherche Sociale. Ses articles paraissent régulièrement dans Monthly Review, Peoples Dispatch, CounterPunch, La Jornada et d’autres médias progressistes. Il a codirigé, plus récemment, Viviremos : Venezuela vs. Hybrid War (LeftWord, 2020), Comrade of the Revolution : Selected Speeches of Fidel Castro (LeftWord, 2021) et Our Own Path to Socialism : Selected Speeches of Hugo Chávez (LeftWord, 2023).
Les premières heures du matin du 3 janvier 2026 ont marqué un tournant dans la lutte séculaire du Venezuela et de l’Amérique latine pour l’autodétermination et l’indépendance.
L’opération « Absolute Resolve », ordonnée par l’administration Trump, a constitué l’attaque militaire la plus brutale et la plus directe contre un État souverain de la région de mémoire récente. Au cours d’une opération choquante qui a fait des centaines de morts, le président Nicolás Maduro et la première dame Cilia Flores ont été illégalement enlevés sur le sol vénézuélien et transportés aux États-Unis, où ils font désormais l’objet d’accusations fabriquées de toutes pièces dans un centre de détention fédéral de New York.
Au cours des deux mois qui ont suivi cet acte de guerre, un torrent de spéculations a émergé de la part de soi-disant experts et commentateurs de tous bords politiques. Ces spéculations ont suivi trois axes principaux :
• Le succès de l’opération prouve qu’il y a eu une trahison au plus haut niveau de la révolution bolivarienne.
• La présidente par intérim Delcy Rodríguez et les autres dirigeants sont en train d’abandonner le projet bolivarien et la transformation socialiste, livrant le pays, son économie et ses ressources, à l’impérialisme états-unien.
• En matière de relations étrangères, les dirigeants vénézuéliens ont abandonné leur anti-impérialisme historique.
Prises ensemble, ces affirmations reviennent à proclamer que le changement de régime a réussi au Venezuela.
Ces affirmations erronées reflètent la dépendance accrue de l’immédiateté des réseaux sociaux, de nombreux militant(e)s ne cherchant même plus à mener d’analyse ou de contre-enquête. Ce phénomène reproduit à gauche la forme de communication de Trump.. Comprendre la trajectoire actuelle de Caracas exige une évaluation lucide des événements du 3 janvier 2026, un examen approfondi de la situation financière et commerciale du Venezuela, et de 25 ans de construction de pouvoir populaire autour de la démocratie représentative, ainsi qu’une analyse honnête des rapports de force internationaux dans lesquels le pays évolue. Il est nécessaire de comprendre ce qui a changé dans cette nouvelle situation. Pour démêler la complexité du présent, certains exemples de l’histoire des États socialistes peuvent servir de guide.
Un examen attentif des faits prouve que ce à quoi nous assistons n’est pas une capitulation, mais un repli tactique face à une force écrasante, pour lequel il existe des analogies évidentes dans l’histoire révolutionnaire.
Les principales allégations qui prétendent révéler une « trahison » sont examinées ci-dessous, mais il convient d’abord de faire une distinction théorique importante entre le gouvernement et le pouvoir étatique. Les administrations et les ministères élaborent et mettent en œuvre toute une série de politiques, publient des déclarations, etc., et passent temporairement des mains de la « gauche » à celles de la « droite ». Les institutions permanentes du pouvoir étatique (l’armée, les tribunaux et la police) représentent le pouvoir réel dans toute société. Presque tous les gouvernements de gauche de la région qui ont été élus ces dernières années, ne détenaient pas le pouvoir étatique. Face à la subsistance de l’État capitaliste (en particulier dans l’armée), ces gouvernements ont éprouvé des limites évidentes quant à leur capacité à contester réellement l’ordre capitaliste et à transformer la réalité sociale. Le projet bolivarien est également né d’un mouvement électoral, Chavez occupant initialement seulement des fonctions gouvernementales, mais avec une différence importante. Des décennies de tentatives de coups d’État financés par les États-Unis, de luttes internes et d’autres crises ont progressivement conduit au remplacement des forces fidèles à l’ancien ordre dans le système judiciaire, la police et l’armée par des forces formées par la révolution bolivarienne et fidèles à celle-ci. Le Parti Socialiste Unifié du Venezuela maintient sa mission qui consiste à promouvoir le pouvoir de la classe ouvrière et à construire le socialisme. La lutte peut se dérouler par à-coups, avec des avancées et des reculs, en fonction du rapport de forces, mais à chaque étape, le parti s’efforce de préserver ses acquis et de minimiser ses pertes.
Il est important de faire ce rappel car les concessions du Venezuela sont principalement faites au niveau du gouvernement, et non au niveau de l’État et du parti.
Affirmation n° 1 : Le succès de l’opération états-unienne du 3 janvier prouve une trahison au plus haut niveau de la révolution bolivarienne.
Les soi-disant « preuves » :
- Aucun militaire américain n’a trouvé la mort lors de l’opération visant à enlever Nicolas Maduro et Cilia Flores.
- Plus de 150 avions américains ont pénétré l’espace aérien vénézuélien sans être abattus par les défenses aériennes sophistiquées fournies par la Russie.
- L’extraction « pacifique » de Maduro et Flores n’a pu se faire que grâce à la « collaboration » du cercle restreint de Maduro. Il n’y a pas eu de riposte militaire immédiate de la part des Vénézuéliens.
La réalité : une résistance face à une supériorité militaire écrasante
On en sait désormais beaucoup plus sur les événements du 3 janvier. Contrairement au récit imposé par les médias occidentaux et répété aussitôt, sans réfléchir, par une partie de la gauche, il y a eu une résistance. Les témoignages des survivants et les déclarations du président Trump lui-même confirment que les services de sécurité présidentielle, aux côtés des unités militaires vénézuéliennes et d’un contingent de combattants internationalistes cubains, ont engagé le combat avec les forces attaquantes. Trente-deux combattants cubains sont tombés aux côtés de plus de 50 Vénézuéliens des forces de sécurité et de la garde présidentielle, qui ont défendu le président au péril de leur vie.
Tout d’abord, les systèmes de guerre électronique étatsèuniens ont totalement paralysé les défenses aériennes et les infrastructures de communication du pays. Selon le ministre vénézuélien de la Défense, Vladimir Padrino Lopez, les États-Unis ont utilisé le Venezuela comme un « laboratoire » pour tester des technologies d’armement jamais utilisées auparavant. Padrino est bien connu comme le chef militaire qui a constamment dénoncé les efforts des États-Unis pour corrompre et soudoyer l’armée afin qu’elle se retourne contre Maduro et la révolution bolivarienne, ainsi que les précédentes tentatives d’assassinat par les États-Unis. Il incarnait « l’union militaire-civique » du pays qui a bloqué pendant des années les efforts de changement de régime sous la bannière « toujours loyaux, jamais traîtres ».
Le compte rendu officiel vénézuélien du 3 janvier n’a toujours pas été publié, étant donné que le pays reste encerclé militairement (nous y reviendrons plus tard). Mais des rapports non officiels provenant de témoins et de survivants corroborent les commentaires de Padrino. Ils racontent qu’avec toutes leurs communications et leurs défenses aériennes hors service et toute l’électricité de la région coupée, les forces militaires vénézuéliennes ont été frappées par des drones et une sorte d’arme sonique qui a neutralisé les soldats. Ils ont été instantanément soumis à une puissance de feu rapide et écrasante qui a entraîné un massacre unilatéral, même s’ils ont riposté.
Dans son discours sur l’état de l’Union, Trump a rendu hommage au pilote du premier hélicoptère Chinook, qui a atterri dans l’enceinte présidentielle, transportant les unités d’élite de la Delta Force qui ont ensuite mené l’opération au sol et kidnappé le président. L’hélicoptère a essuyé des tirs nourris, blessant gravement le pilote. Les États-Unis ont également admis qu’il y avait eu d’autres victimes, mais aucun décès.
En préparation de cette opération, il a depuis été révélé que le raid avait été répété à grande échelle, dans une réplique exacte du complexe de Nicolás Maduro, construite dans le Kentucky. Pendant des semaines, les commandos de la Delta Force se sont entraînés à « enfoncer des portes en acier à un rythme toujours plus rapide » et à mémoriser la disposition des couloirs et des pièces sécurisées. Comme Maduro était connu pour changer régulièrement de lieu de résidence, ils n’ont lancé l’opération qu’après avoir confirmé qu’il se trouvait à cet endroit précis. Des moyens aériens spécialisés pour les opérations nocturnes ont été fournis par un groupe connu sous le nom de « Night Stalkers ».
Mais la violence ne s’est pas simplement arrêtée là. Dans des communications qui ont fuité, et depuis confirmées par plusieurs sources, Delcy Rodríguez a révélé que dès les premiers instants du contact, le 3 janvier, l’administration Trump avait lancé un ultimatum. Rodríguez a déclaré : « Les menaces ont commencé dès l’instant où ils ont kidnappé le président. Ils ont donné à Diosdado, Jorge et moi 15 minutes pour répondre, sinon ils nous tueraient. » Selon elle, tout refus de négocier entraînerait non seulement des enlèvements, mais aussi la décapitation et l’anéantissement des dirigeants restants de l’État vénézuélien. On leur a également dit que l’armée états-unienne continuerait à encercler le pays. Chaque déclaration et chaque décision qu’ils prendraient seraient examinées de près pour déterminer s’il s’agissait d’un signe de soumission ou de résistance, et leur vie pourrait être prise à tout moment.
Il s’agissait d’une négociation sous la menace des armes, littéralement, et cela n’est pas terminé. Le moment exigeait un leadership capable d’effectuer une retraite nécessaire pour sauver la révolution, sans fracturer son unité interne.
Les États-Unis ont réussi leur opération du 3 janvier, mais pas à cause de la trahison des dirigeants vénézuéliens. Ils ont réussi parce qu’après plus de 25 ans de tentatives de coup d’État, de guerre économique et de campagnes de déstabilisation infructueuses, l’impérialisme a finalement déployé son arme la plus puissante : une intervention militaire directe soutenue par une supériorité technologique qu’aucun pays indépendant du monde en développement ne peut actuellement contrer avec succès.
Une attaque hybride écrasante n’a pas pu surmonter les réalités politiques
Les États-Unis ont atteint leur objectif de capturer Maduro, mais ils n’ont pas atteint leur objectif de renverser le gouvernement ou l’État. Les dirigeants restants, la vice-présidente Delcy Rodríguez, le ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello, le ministre de la Défense Vladimir Padrino, le président de l’Assemblée nationale Jorge Rodríguez, ainsi que le noyau dur du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) et les forces armées bolivariennes, ont immédiatement pris des mesures pour stabiliser les institutions et maintenir la continuité du commandement.
Les États-Unis n’ont pas prévu d’occupation à plus grande échelle en raison de la résistance anticipée et de la mobilisation armée de millions de Vénézuéliens. L’appel du président Maduro à développer massivement les milices bolivariennes a incité plus de huit millions de citoyens à s’armer. Combiné à l’armée professionnelle vénézuélienne, qui n’a pas été fracturée, cela a créé un scénario dans lequel toute invasion terrestre dégénérerait en une guerre populaire prolongée, avec des coûts politiques et matériels inacceptables pour les États-Unis. Le chavisme bénéficie toujours d’un solide soutien, ce que l’administration Trump a tacitement admis lorsqu’elle a déclaré qu’il fallait faire preuve de « réalisme » et reconnaître que la droite vénézuélienne ne disposait pas du soutien nécessaire pour diriger le pays.
L’administration Trump a plutôt mené une frappe chirurgicale d’une précision extraordinaire, afin de modifier l’équilibre des forces et d’obtenir un moyen de pression sur le gouvernement vénézuélien, qu’elle devait accepter de ne pas pouvoir renverser. Aucune fanfaronnade de Trump et Rubio sur un « changement de régime » ne peut changer cette réalité fondamentale.
Mais lorsque Delcy Rodríguez, désormais présidente par intérim, a accepté d’entamer un dialogue avec l’administration Trump après l’attaque, beaucoup de militantes et militants de gauche ont réagi avec confusion et consternation. Oui, Maduro et les dirigeants avaient promis une guerre populaire et, si nécessaire, une guérilla à l’image de celle du Vietnam. Mais le fait est que les commandos états-uniens étaient partis ; il n’y avait plus de force d’occupation à combattre. Cela doit être compris comme une caractéristique de la force durable de la révolution, et non comme une faiblesse.
Alors comment la révolution bolivarienne pouvait-elle s’asseoir à la table des négociations avec les forces mêmes qui venaient d’assassiner ses défenseurs et d’enlever son président ? La réponse réside dans les conditions matérielles de survie et dans une bonne compréhension de la stratégie révolutionnaire. La base sociale organisée et l’unité militaire de la révolution ont représenté une sorte de moyen de dissuasion pour l’occupation étrangère, mais ce moyen de dissuasion ne peut expulser les énormes forces militaires états-uniennes qui l’entourent encore, imposant un blocus naval total de son pétrole tout en pointant des armes sophistiquées sur leurs têtes. Le 3 janvier, le gouvernement a reconnu la réalité militaire et a pris la décision tactique de maintenir les institutions du pouvoir étatique sous son contrôle, afin de gagner du temps et de survivre pour continuer à se battre.
Cette décision a clairement nécessité certaines concessions à l’Empire, mais cela aussi doit être examiné de plus près. Tout comme les fausses allégations de trahison du 3 janvier sont désormais facilement réfutées, il en va de même pour les allégations de trahison des deux mois qui ont suivi.
Affirmation n° 2 : « La présidente par intérim Delcy Rodríguez et les autres dirigeants ont abandonné le projet bolivarien, livrant le pays, son économie et ses ressources à l’impérialisme états-unien. »
Les soi-disant « preuves » sont :
- Le Venezuela a effectivement ouvert ses vastes réserves pétrolières à l’exploitation et à la vente par des compagnies privées étrangères.
- Le Venezuela a entamé un processus de « réconciliation » avec l’opposition de droite, notamment en libérant 2500 prisonniers arrêtés lors des déstabilisations et condamnés pour trahisons, conspirations, violences ou assassinats.
- Des responsables états-uniens ont été accueillis au palais de Miraflores avec des sourires et un accompagnement musical, comme on le fait généralement pour les alliés et les amis.
La réalité : un nouveau rapport de forces
Un rappel d’abord. Depuis le 3 janvier, le rapport de forces a été fondamentalement modifié. La plus grande armada régionale de l’histoire de la marine états-unienne est restée positionnée au large des côtes vénézuéliennes.
Personne ne vient en aide au Venezuela. Si l’on examine la région, on constate en fait que les gouvernements de droite en Argentine, au Paraguay, en Équateur, au Salvador, au Pérou et en Bolivie se réjouissent ouvertement de l’attaque. Les gouvernements progressistes du Brésil, de Colombie et du Mexique se sont contentés de condamnations rhétoriques. Le soutien stratégique de la Russie et de la Chine, bien que significatif les années précédentes, s’est avéré insuffisant pour dissuader l’agression impérialiste et a également été principalement rhétorique. Chaque pays a ses propres priorités militaires stratégiques. Une intervention directe comporte également le risque d’une guerre mondiale et, compte tenu de leur éloignement géographique, ils ne disposeraient pas de forces militaires dans la région.
Les accords qui se dessinent entre Caracas et Washington représentent un compromis amer mais nécessaire. Selon leurs termes, le Venezuela a accordé aux États-Unis un contrôle significatif sur ses exportations de pétrole, revenant à un modèle de licence similaire à celui précédemment utilisé par Chevron et d’autres sociétés avant le renforcement du blocus. Après avoir obtenu leurs licences, les compagnies pétrolières étrangères ne seront plus tenues de céder une participation majoritaire à l’État vénézuélien (qui reste propriétaire souverain des gisements) comme c’était le cas dans le cadre des précédentes coentreprises ; les taxes seront réduites et elles seront libres de vendre leur pétrole sur le marché étranger sans passer par la compagnie publique vénézuélienne PDVSA. Au lieu de cela, le département états-unien de l’Énergie a commencé à commercialiser le pétrole brut vénézuélien avec l’aide de négociants en matières premières et de banques, et Washington s’est arrogé le droit de déterminer quelles entreprises peuvent participer à la reconstruction des infrastructures énergétiques du pays. Dans le cadre de cet accord, pour la première fois depuis des décennies et sans avoir son mot à dire, le pétrole vénézuélien serait même expédié par des pétroliers étrangers vers Israël, un pays avec lequel le Venezuela a rompu toute relation en 2009 pour protester contre une autre étape du génocide du peuple Palestinien (opération « plomb durci »).
En échange, le Venezuela a obtenu l’accès aux revenus de ses ventes de pétrole par l’intermédiaire de deux fonds souverains à l’étranger, contrôlés de facto par les États-Unis. Ces fonds, bien que soumis à la surveillance des États-Unis, fournissent au pays ce qui lui a été refusé pendant des années en vertu du régime de sanctions : des ressources pour investir dans la santé, l’éducation, les infrastructures, et les projets portés par les milliers d’autogouvernements communards dans tout le pays. Cet accord est abusif et humiliant, et le secrétaire d’État Marco Rubio l’a ouvertement qualifié de « prise de tout le pétrole » par les États-Unis. Mais il permet à l’État vénézuélien de survivre.
S’agit-il d’une négation de la souveraineté du Venezuela sur ses décisions en matière pétrolière ? Dans une certaine mesure, oui. Mais les éléments essentiels de l’accord correspondent au désir de longue date du Venezuela de rétablir ses exportations de pétrole vers les États-Unis, et ressemblent à ce que Maduro lui-même aurait proposé lors des négociations avec l’administration Trump. Cela comprenait une offre de réouverture de l’exploitation et de la propriété pétrolières états-uniennes en échange de la levée des sanctions. Cela correspond également aux informations rapportées par le journaliste brésilien Breno Altman. Sur la base de discussions avec le fils de Maduro, Nicolas Maduro Guerra, Altman a rapporté : « [Le président Maduro] est informé, et son message est toujours un message de soutien à la présidente par intérim, Delcy Rodríguez. »
Le fait est que les infrastructures pétrolières du Venezuela ont été construites principalement pour desservir le marché états-unien, et que les raffineries du sud des États-Unis ont été en grande partie construites pour traiter le pétrole brut vénézuélien. D’un point de vue purement économique, ces pays restent des partenaires commerciaux naturels malgré leurs divergences idéologiques. Même sous Chávez, les États-Unis ont acheté 60 % des exportations pétrolières du Venezuela pendant une grande partie de sa présidence, ce qui constituait la majeure partie des revenus du pays. Même l’expropriation des projets pétroliers étrangers au Venezuela a été adoptée par Chávez non pas principalement par principe, mais plutôt en réaction aux tentatives de sabotage et à la détérioration des relations avec les entreprises qui ont refusé ses conditions et quitté le pays.
En substance, les États-Unis étaient déjà en train d’écraser l’industrie pétrolière vénézuélienne, avec des effets dévastateurs. Tout d’abord, les compagnies pétrolières ont bloqué la vente de pièces et de technologies uniques nécessaires à l’entretien de leurs infrastructures abandonnées. Puis ont suivi une décennie de sanctions financières et commerciales, la saisie de ses comptes à l’étranger (dont certains restent, de manière ridicule, entre les mains de Juan Guaidó) et enfin un véritable blocus pétrolier. L’économie vénézuélienne dans son ensemble a été fortement touchée par cette perte de revenus, avec une inflation galopante, une pénurie de devises fortes et l’effondrement d’une série d’autres industries. C’est là la véritable cause de l’émigration vénézuélienne. En injectant des milliards de revenus dans l’économie vénézuélienne, même dans ces conditions injustes de siège, cela conduira sans aucun doute à une amélioration des conditions de vie. De nombreux migrant.e.s rentrent peu à peu au pays, et des millions de personnes devraient participer à la consultation populaire vénézuélienne du 8 mars, afin de voter pour sélectionner 36.000 initiatives menées par des communes, allant de la rénovation des services publics à des projets économiques, qui bénéficieront d’un financement public.
L’accord avec l’administration Trump a également conduit le Venezuela à amnistier plus de 5000 personnes et à libérer des milliers de prisonniers. Cet accord concerne aussi près de 800 personnes condamnées pour différents crimes liés au renversement du gouvernement, y compris des actes violents. Les personnes condamnées pour meurtre et « violations graves des droits humains » ou « crimes contre l’humanité » ne seront pas libérées. Cette amnistie, que les médias occidentaux ont baptisé « libération de prisonniers politiques », doit plutôt être comprise comme une décompression stratégique. Elle élimine un prétexte supplémentaire à une intervention humanitaire, isole les secteurs les plus intransigeants de l’opposition d’extrême droite et démontre que l’État bolivarien conserve l’autorité de définir l’approche de ses propres processus judiciaires. On peut supposer que le gouvernement vénézuélien espère également que cela conduira à la reconnaissance d’autres gouvernements de la région et du monde entier. Depuis les élections de 2024, le gouvernement n’a pas été en mesure de maintenir des relations politiques et commerciales normales avec la plupart des gouvernements de la région, à l’exception de Cuba, du Nicaragua et de quelques petits pays des Caraïbes.
Négociation sous la menace des armes : Brest-Litovsk dans les Caraïbes
L’histoire de la révolution russe nous offre ici une leçon indispensable. En 1918, la jeune République soviétique faisait face à l’avancée de l’armée impériale allemande avec une armée en ruine et sans capacité de résistance efficace. Vladimir Lénine, contre les objections des soi-disant « communistes de gauche » qui exigeaient une « guerre révolutionnaire » pour défendre l’ensemble du territoire, a conduit le jeune État révolutionnaire à signer l’humiliant traité de Brest-Litovsk. Cet accord cédait de vastes territoires, dont l’ensemble de l’Ukraine et quarante pour cent de la base industrielle de la Russie, à l’impérialisme allemand. Il s’agissait, à tous égards, d’une défaite massive.
Les détracteurs de Lénine ont qualifié cela de trahison de la révolution, et en particulier de tous les ouvriers, paysans et nationalités opprimées des territoires cédés qui s’étaient battus et avaient tout sacrifié en 1917, pour finalement être renvoyés au capitalisme dans le traité de paix de Brest-Litovsk.
Pourtant, Lénine comprenait ce que ses détracteurs ne comprenaient pas : l’objectif n’était pas de mourir en beauté, mais de préserver l’instrument politique de la révolution. Comme l’a déclaré le regretté commandant Hugo Chávez après l’échec de la rébellion de 1992, « nous devons battre en retraite aujourd’hui pour avancer demain ». Le traité a fourni le répit nécessaire pour consolider l’État soviétique, construire l’Armée rouge et finalement vaincre non seulement l’Empire allemand, mais aussi les forces combinées de la contre-révolution et de l’intervention étrangère. Ceux qui ont dénoncé Lénine comme un traître en 1918 ont été démentis par l’histoire. Les territoires cédés ont tous fini par être récupérés.
Pourtant, cela ne marqua pas la fin des reculs et des compromis. Face à la famine causée principalement par la guerre civile, Lénine accepta l’aide humanitaire des organisations caritatives capitalistes américaines, établit des relations avec les pays qui venaient d’envahir le pays et rétablit des liens économiques et commerciaux étroits avec l’impérialisme allemand. Abandonnant le « communisme de guerre », il orienta l’État vers la réintroduction massive des relations de propriété capitalistes et invita les entreprises étrangères à s’installer dans le pays. Cela a notamment permis à l’État soviétique de signer des accords avec la Ford Motor Company (dirigée par Henry Ford, sympathisant fasciste) pour s’implanter dans le pays.
C’est dans cette optique qu’il faut considérer les mesures prises aujourd’hui par le gouvernement, par l’intermédiaire de Delcy Rodríguez. S’asseoir en face du secrétaire états-unien à l’Énergie Chris Wright, recevoir le directeur de la CIA John Ratcliffe à Miraflores, ne constituent pas des actes de capitulation, mais de survie dans des conditions de contrainte extrême. Qu’elle sourie ou qu’elle échange les mêmes salutations protocolaires que lors d’autres visites d’État n’a aucune importance. L’objectif est de renoncer à ce qui peut être temporairement sacrifié, le contrôle total du pétrole, l’accès au marché, voire le maintien en détention de 800 personnes condamnées pour des crimes violents, afin de préserver ce qui ne peut être remplacé : l’État révolutionnaire, le parti et la vie de ses cadres dirigeants qui ont joué un rôle indispensable dans la cohésion du projet bolivarien dans son ensemble. On ne peut sous-estimer l’histoire longue, anticolonialiste, qui a débuté il y a des siècles avec les résistances indigènes face à l’impérialisme espagnol, reprise par Simon Bolivar et son armée victorieuse d’ex-esclavisées et esclavisés afrodescendants, puis réincarnée dans la synthèse bolivarienne d’Hugo Chavez, et qui reste portée, depuis 26 ans, par une direction collective. Une fois ces fondements préservés, un recul aujourd’hui peut devenir un pas en avant demain.
Affirmation n° 3 : En matière de relations étrangères, les dirigeants vénézuéliens ont abandonné leur anti-impérialisme historique.
Les soi-disant « preuves » :
- Lorsque les forces états-uniennes et israéliennes ont attaqué l’Iran le 28 février 2026, le ministère vénézuélien des Affaires étrangères a publié une déclaration soigneusement formulée qui, tout en condamnant l’agression, condamnait également les représailles « injustifiées » menées par l’Iran contre les États du Golfe abritant des bases américaines. La déclaration a ensuite été supprimée.
- Delcy Rodriguez a publié une déclaration exprimant sa « solidarité » avec le Qatar après un entretien téléphonique avec son émir, un proche allié des États-Unis. Aucune déclaration de solidarité n’a été publiée à l’égard de l’Iran.
La réalité : le Venezuela reste sous pression et souhaite préserver ses relations avec le Qatar
Cette critique oublie que les relations avec le Qatar ont joué un rôle particulièrement important pour le Venezuela ces dernières années. Le Qatar a en effet accueilli les fonds souverains du Venezuela et contrôle donc l’accès du Venezuela à ses propres revenus pétroliers dans ce pays. Le Qatar a également été le médiateur et l’hôte des dernières séries de négociations entre les États-Unis et le Venezuela. Le Venezuela a publiquement remercié le Qatar en particulier pour son rôle dans la libération du prisonnier politique Alex Saab des prisons américaines.
Mais surtout, cette critique oublie que le Venezuela reste sous la menace directe d’une destruction totale par les États-Unis. Chaque mot et chaque déclaration font l’objet d’une surveillance étroite, avec des enjeux considérables. Le directeur de la CIA, M. Ratcliffe, a personnellement averti les responsables vénézuéliens que tout accord serait annulé s’il servait sert de « refuge » aux adversaires des États-Unis. Dans une telle situation, la diplomatie n’est pas une profession de foi sincère, mais un instrument permettant de préserver l’existence souveraine.
Les relations formelles étroites entre Caracas et Téhéran restent intactes, mais proclamer sa solidarité avec l’Iran contre les États-Unis dans cette guerre massive ne ferait pas seulement rompre une relation avec le Qatar qui est devenue très importante, cela fournirait également à Washington un prétexte pour une deuxième série de frappes bien plus dévastatrices.
Qui est vraiment Delcy Rodríguez ?
Une grande partie du récit de la « trahison » s’est concentrée sur la personnalité de la présidente par intérim Delcy Rodríguez. Cela manque de preuves réelles, semble totalement faux et constitue une tactique classique de la stratégie militaire et des opérations psychologiques des États-Unis.
Les références révolutionnaires de la famille Rodríguez sont gravées dans la lutte et le sang. Le père de Delcy et de son frère Jorge (président de l’Assemblée nationale) était Jorge Antonio Rodríguez, un dirigeant de la Ligue socialiste, une organisation marxiste-léniniste, qui a reçu une formation à Cuba. Il a été torturé et assassiné par le régime de Punto Fijo en 1976, en étroite coordination avec la CIA, alors que Delcy avait sept ans. Delcy et son frère Jorge sont tous deux issus de cette tradition de lutte clandestine et de masse pour le socialisme. Le président Maduro lui-même était un cadre de la même organisation. Après son retour au Venezuela, où elle avait fait ses études à l’étranger, Delcy Rodríguez s’est lancée dans le mouvement chaviste et le gouvernement aux côtés de son frère, qui sont tous deux devenus les principaux conseillers de Maduro et comptent parmi ses négociateurs et représentants les plus fiables dans les affaires internes et internationales les plus sensibles. Elle a déclaré que la construction de la révolution bolivarienne serait une revanche pour le meurtre de son père, une forme de justice. Suggérer qu’il y ait eu trahison ou capitulation née de la lâcheté ou de l’opportunisme, c’est ignorer quatre décennies de formation politique et de sacrifices communs.
Dans sa première déclaration le 3 janvier, Trump a laissé entendre que Delcy Rodríguez avait exprimé sa volonté de coopérer avec les États-Unis et de répondre à leurs demandes. Certains membres de la gauche l’ont cru, interprétant cela comme un signe de capitulation. Sa conférence de presse le même jour a réaffirmé la souveraineté du Venezuela et ses propres exigences envers les États-Unis, notamment la libération du président Maduro. Le lendemain, après avoir présidé une réunion des dirigeants du parti et de l’État, au cours de laquelle l’unité de l’armée a également été réaffirmée, elle a publié un message appelant le gouvernement américain à travailler avec le Venezuela pour la paix et le développement, mais dans le cadre de la souveraineté et de l’égalité.
Cette déclaration faisait écho à toutes les déclarations faites par Maduro dans le passé et tout au long des années de tensions avec les États-Unis. Maduro lui-même a toujours appelé à la diplomatie et à des négociations directes de haut niveau pour éviter une guerre totale, et avait déjà proposé de négocier des accords économiques globaux avec les États-Unis pour les ressources pétrolières et minérales du Venezuela. De tels accords auraient sans aucun doute été conditionnés à la réduction et la minimisation des alliances stratégiques avec les « adversaires » des États-Unis, notamment l’Iran, la Russie et la Chine. On peut supposer que chacun de ces pays comprendrait cette décision, étant donné qu’ils ont clairement pris des décisions tactiques similaires difficiles dans un passé récent afin de préserver leur intégrité et leurs intérêts nationaux. Néanmoins, Delcy Rodriguez a affirmé à plusieurs reprises que le Venezuela continuerait à développer ses relations avec tous les pays.
Si le gouvernement vénézuélien dirigé par Delcy Rodriguez venait à signer un accord similaire à celui proposé par Maduro, mais maintenant que ce dernier a été kidnappé, cela ne constituerait pas une trahison. Cela soulève bien sûr la question de savoir pourquoi Trump a décidé de kidnapper Maduro, mais cela tient davantage à son désir de conserver sa réputation d’homme fort qu’à une différence politique fondamentale. Dans les semaines qui ont précédé le 3 janvier, certains médias de la classe dirigeante ont particulièrement raillé Trump, le qualifiant de « perdant » s’il concluait un accord laissant Maduro au pouvoir. Il avait besoin d’un trophée et voulait apparaître comme l’homme fort capable d’imposer ses conditions à n’importe qui. Trump revendique la victoire, affirmant que « nous sommes aux commandes ». Il le fait principalement à des fins politiques internes. Mais cela ne rend pas la chose vraie. Incapable de mener à bien un véritable changement de régime, il utilise essentiellement des mots pour déclarer faussement que « le régime a changé ».
Pour sa part, Delcy Rodriguez a déclaré que le retour de Maduro et Flores restait l’objectif central des négociations avec les États-Unis et a de nouveau réclamé à Donald Trump, au début du mois de mars, « la libération immédiate du président Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores, ainsi que la levée totale de l’embargo et des plus de 1000 sanctions qui sont maintenues contre le Venezuela » .
Neutraliser la droite et rechercher des relations normalisées
Une conséquence involontaire mais significative de cette négociation a été un revers politique majeur pour l’opposition soutenue depuis longtemps par les États-Unis, qui a été utilisée pour priver le Venezuela de relations internationales normales. La putschiste d’extrême droite María Corina Machado, qui a passé des années à réclamer une intervention militaire étrangère et à se réjouir des sanctions qui ont dévasté le peuple vénézuélien, est devenue insignifiante depuis le 3 janvier. Elle n’a rien obtenu de l’administration Trump qui traite désormais directement avec le gouvernement de Miraflores.
En établissant des relations directes entre États, fondées sur la seule matière première que l’impérialisme états-unien apprécie vraiment – le pétrole, les dirigeants bolivariens ont pris l’opposition à revers. Les États-Unis, dans leur pragmatisme brutal, ont choisi de négocier avec la seule force qui contrôle réellement le territoire et les ressources plutôt qu’avec des figures en exil qui n’ont aucun pouvoir réel. Dans leur retraite précipitée, Rubio et Trump sont allés jusqu’à discréditer publiquement la figure de l’opposition qu’ils avaient eux-mêmes choisie, reconnaissant ainsi de facto l’État bolivarien comme seule entité gouvernante. Une normalisation complète des relations et la reconnaissance du gouvernement vénézuélien sont encore loin d’être acquises et pourraient nécessiter d’autres retraites tactiques et concessions, mais si elles se concrétisent, elles seront considérées comme une victoire stratégique pour le projet bolivarien.
Photo : Caracas, le 3 mars 2026. Mobilisation populaire pour exiger la libération immédiate du président Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores, enlevés (et non « capturés » comme disent les médias) par la mafia d’extrême droite états-unienne il y a deux mois jour pour jour.
La tâche de la solidarité internationale
Pour les forces de gauche en dehors du Venezuela, le moment actuel exige de la clarté sur ce que signifie la solidarité. Cela ne signifie pas approuver ou défendre chacune des déclarations du gouvernement vénézuélien, compte tenu de la situation dans laquelle il évolue actuellement. Mais cela ne signifie pas non plus exiger des dirigeants vénézuéliens qu’ils se suicident dans un geste de pureté révolutionnaire ou d’honneur. Cela ne signifie pas non plus se faire l’écho de la propagande états-unienne sur les « divisions » et les « traîtres », sans preuves. Cela ne signifie pas non plus juger chaque décision tactique à l’aune d’une norme abstraite qu’aucun projet révolutionnaire dans l’histoire n’a jamais atteinte.
La solidarité signifie comprendre que Delcy Rodríguez, assise face aux représentants d’un empire qui cible depuis longtemps sa propre famille, est engagée dans le travail révolutionnaire le plus difficile qui soit : survivre dans des conditions de pression extrême, avec l’avenir de 30 millions de personnes en jeu. Son objectif est de préserver un projet qui a transformé l’État vénézuélien, restauré l’indépendance du Venezuela, instauré des réformes sociales impressionnantes, renforcé un secteur communard et résisté à une offensive économique, militaire et politique impériale soutenue dans un contexte d’isolement mondial et à une époque de contre-révolution. Se livrer au martyre révolutionnaire dans ce contexte ne mènerait à rien d’autre qu’à la liquidation de la gauche vénézuélienne et ferait reculer la révolution vénézuélienne pour des générations.
La révolution n’est pas terminée. Elle s’est temporairement repliée, a regroupé ses forces et lutte désormais par d’autres moyens. Le répit obtenu grâce à ces négociations, aussi coûteuses soient-elles, offre les conditions nécessaires à de futures avancées.
Nicolás Maduro reste le président légitime du Venezuela, même s’il est injustement emprisonné, privé même de la possibilité de payer ses frais juridiques. Le pétrole qui coule vers le nord dans le cadre de cet accord n’est pas un tribut, mais une rançon, payée pour garantir la vie du peuple vénézuélien et la continuité de l’État socialiste. Lorsque le rapport de forces changera, et il changera, le Venezuela se battra pour récupérer ce que l’impérialisme lui a temporairement pris.
Il ne s’agit pas de mourir pour la révolution, mais de vivre et de faire la révolution.




