Massacres anticommunistes de 1965-66 en Indonésie : Pourquoi le Tribunal conclut au génocide !

génocide indonésienLe jury de juges professionnels et internationaux du Tribunal International des Peuples pour les crimes contre l’Humanité de en Indonésie (TIP ) a jugé à l’été 2016 que ces massacres anticommunistes de masses commis par la junte pro occidentale de Soeharto doivent être condamnés comme .

Nursyahbani Katjasungkana, coordinateur du TIP1965 a résumé dans une tribune parue le 8 aout dans le journal indonésien Jakarta Post pourquoi le tribunal a jugé qu’il s’agissait d’un génocide.

Pourquoi le Tribunal conclut au génocide.

Nursyahbani Katjasungkana, avocat, coordinateur de l’ITP 1865, procès qui s’est tenu au mois de nombre 2015 à la Haye aux Pays Bas. – 8 aout 2016
Traduction depuis l’anglais par www.initiative-communiste.fr

TPI 1965 indonésie La haye

Le 1965, Tribunal International des Peuples sur les crimes contre l’Humanité de 1965 en Indonésie s’est tenu du 10 au 13 novembre dans l’enceinte de la Niewe Kerk à La Haye au Pays Bas.

Le 20 Juillet, dans une vidéo diffusée simultanément à Jakarta, Amsterdam, Melbourne en Australie, Francfort en Allemagne, Phnom Penh et Stockholm le juge Zak Yacoob président du Tribunal International du Peuple sur les 1965 Crimes contre l’humanité en Indonésie (IPT 1965) a lu les principales conclusions du Tribunal. Les juges du tribunal, qui n’est pas une juridiction pénale, mais une commission d’enquête, a reconnu l’Indonésie coupable de crimes contre l’humanité dans le massacre systématique d’au moins 400.000 personnes.

Ces victimes ne sont pas seulement les dirigeants et les membres du Parti communiste indonésien () en 1965, mais aussi des membres d’associations affiliées ou des partisans engagés auprès du président d’alors Sukarno. Le tribunal a également constaté que l’Indonésie était coupable d’autres crimes contre l’humanité, y compris l’esclavage, les disparitions involontaires, la violence sexuelle et une campagne de propagande haineuse pour inciter à de tels crimes. Ces crimes ne sont pas seulement punissables en vertu du droit international et de ces conventions, mais aussi en vertu de la législation nationale de l’Indonésie, y compris celles sur les droits de l’homme.

Les procureurs du TPI 1965, dirigé par le célèbre avocat des droits de l’homme Todung Mulya Lubis, ont établi suffisamment de preuves au cours des audiences tenues en novembre dernier pour convaincre les juges à l’unanimité de juger que des crimes contre l’humanité ont bien eu lieu en Indonésie à la suite des actions du prétendu groupe G30S, qui se sont terminées par l’assassinat de six généraux et d’un lieutenant. Mais les juges ont été un peu plus loin que l’accusation.

Ils ont également étudié le rapport complet préparé par un groupe d’une quarantaine de chercheurs, dont la moitié est d’Indonésie. La Convention sur le génocide de 1948 définit le génocide comme la commission de l’un des actes suivants commis avec l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux à savoir (a) Meurtre de membres du groupe; (B) causer des lésions corporelles graves ou mentales à des membres du groupe; (C) soumission intentionnelle du groupe à des conditions de vie devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle.

logo_ipt65_pngLe rapport fait valoir que ce fut le cas en Indonésie, se référant également aux arguments de Daniel Feierstein, un chercheur faisant autorité sur la question du génocide, connu en particulier sur la violence et les meurtres en Argentine dans les années 1970 à 1980.

Le premier argument dans le rapport de recherche pour le TPI 1965 est que les meurtres de masse par l’armée et les milices formées et soutenues par l’armée constituent un génocide en tant que destruction partielle d’un groupe national indonésien.

Les éléments présentés ont démontré l’étendue de la réorganisation complète et intentionnelle par la terreur de la société et la destruction d’une partie importante de ce groupe – comprenant les dirigeants et les partisans du PKI et d’autres partisans de Sukarno. Et un processus de réécriture de l’histoire de l’Indonésie a été mené pour dépeindre le PKI comme un ennemi de l’État, en ignorant les attaques contre la République du mouvement Darul Islam et les rébellions régionales dans les années 1950.

De plus, après la prise du pouvoir par Soeharto , il est devenu presque impossible de lutter pour la justice sociale et les droits humains.

Un deuxième argument du rapport de recherche concerne l’ethnie chinoise. Il semble que la plupart des Chinois ont été assassinés parce qu’ils appartenaient à Baperki, une organisation d’Indonésiens chinois associée au PKI par les leaders de la dictature de l’Ordre Nouveau. Mais les motifs ethniques ont également joué un rôle dans les massacres de citoyens chinois-indonésiens, en particulier à Aceh, Medan dans le nord de Sumatra, à Makassar dans le sud des Sulawesi et à Lombok à Nusa Tenggara Barat.

Le tribunal a conclu que lorsque les personnes d’origine chinoise ont été tuées “avec l’intention spécifique d’annihiler ou de détruire ce groupe, en tout ou en partie” ce crime tombe également sous le coup de la Convention de 1948 sur les génocides.

La convention précise que les pays sont tenus de prévenir et de sanctionner de telles actions, qu’elles soient menées en temps de guerre ou en temps de paix. Toutefois, aucun pays n’a tenté d’empêcher ce génocide qui s’est déroulé sous le regard attentif de leurs ambassades.

Certains pays ont des lois qui criminalisent la négation de l’Holocauste ; ceux-ci comprennent l’Autriche, la Belgique, la France et l’Allemagne. Cela aide ceux qui luttent contre la résurgence du nazisme et du racisme. L’Union européenne s’interroge pour savoir si l’apologie, la négation ou la banalisation grossière des génocides et de crimes contre l’humanité doivent être criminalisées.

En Indonésie,  c’est le contraire qui se passe. Les défenseurs des droits de l’homme tels que les militants du TPI 1965 qui appellent l’Etat à prendre ses responsabilité pour le génocide sont appelés «ennemis de la nation». Certains groupes ont même appelé à la violence contre ces militants. Pourtant, si l’Indonésie veut se remettre du traumatisme de 1965, ce à quoi le président s’est engagé, si l’Indonésie veut faire en sorte que de telles atrocités ne soient plus jamais commises, il ne faut pas nier la classification du génocide, mais au contraire utiliser le rapport final du TPI 1965 comme base de réflexion et d’action.

C’est également ce qui est recommandé, entre autres, par le général à la retraite Agus Widjojo, le directeur de l’Institut de Défense Nationale. Le nouveau ministre de la coordination politique, des affaires juridiques et de la sécurité Wiranto, nous l’espérons continuera à engager le dialogue avec les victimes du génocide, comme son prédécesseur l’avait fait lors d’un symposium national en Avril 2016.

L’Indonésie est un grand pays. Son corps international de maintien de la paix, le contingent Garuda, a mis en œuvre près quelques 20 missions sur trois continents depuis 1956. Le pays devrait donc remplir son rôle international pour aider à établir la paix et à prévenir les crimes contre l’humanité partout dans le monde avec fierté.

Cette fierté est maintenant compromise parce que, contrairement à l’Allemagne, l’Indonésie n’a pas traité de façon concluante pour elle-même, son passé génocidaire traumatique.

Donc, quelles mesures peuvent être prises désormais? Le TPI 1965 soutient pleinement les recommandations antérieures de la Commission nationale sur la violence à l’égard des femmes (Komnas Perempuan) en 2007, et de la Commission nationale des droits de l’homme (Komnas HAM) en 2012. Les deux rapports ont documenté les violations graves des droits de l’homme et exhorté le gouvernement à susciter des investigations supplémentaires, y compris une enquête criminelle, comme base pour la réconciliation.

Trop de choses sont encore inconnues, jusqu’au nombre total de personnes assassinées, torturées où disparues qui n’est toujours pas établi alors que des centaines de fosses communes n’ont encore jamais ouvertes ou ne sont même pas reconnues. L’Indonésie, comme avec tous les pays qui étaient au courant du génocide en cours, mais qui n’ont rien fait pour l’empêcher, devrait ouvrir ses archives aux chercheurs.

La chemin national pour la découverte de la vérité, la réhabilitation des victimes, la réconciliation et la mémoire est ouvert en grand. La prochaine occasion pour l’Indonésie de parler avec fierté de ses efforts nationaux pour faire face à son génocide est l’examen périodique universel du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en Avril de l’année prochaine. Le sujet sera également évoqué devant le Conseil de sécurité de l’ONU.