BDS, ouverture d’une enquête de la CPI sur les crimes israéliens et situation de la Palestine, Olivia Zemor, présidente de CAPJO Europalestine, répond aux questions d’IC.

S’il y a bien un sujet occulté des informations internationales des journaux télévisés depuis de long mois, c’est bien l’occupation sanglante de la Palestine par l’État d’Israël. Par exemple il n’aura pas été dit mots dans les nombreux reportages sur la campagne de vaccination contre le covid-19 menée en Israël, du cynisme de Tel Aviv qui a été jusqu’à refuser l’accès aux vaccins des Palestiniens travaillant en Israël alors que la campagne de vaccination a concerné les colons installés illégalement en Palestine. Pourtant la mobilisation pour la paix et la justice se poursuit, une mobilisation qui a plus que jamais besoin de la solidarité internationale. Avec des avancées symboliques importantes, telle que l’enquête ouverte par la CPI contre les crimes israéliens.

Olivia Zemor, présidente de l’association de solidarité CAPJO Europalestine , a accordé une interview exclusive à Initiative Communiste pour faire le point sur la situation

Initiative Communiste : Après les Émirats et l’Arabie saoudite (même si les choses s’y font moins franchement), le Maroc rétablit ses relations avec l’État colonialiste israélien. La lutte du paraît de plus en plus isolée et l’armée israélienne se croit tout permis en matière de répression. Comment réagissent les organisations de la Résistance?

Olivia Zemor : Les Palestiniens ne sont pas les Indiens d’Amérique. Ils sont toujours là. Ils sont même plus de 5 millions dans les territoires palestiniens occupés, ce qui ne résout pas le problème démographique d’Israël, qui s’était juré de se débarrasser de tous les Palestiniens. Ils reconstruisent leurs maisons démolies, replantent leurs arbres arrachés et se révoltent lors des raids de l’armée d’occupations dans leurs villes et villages. Et même si les médias dominants se taisent et occultent l’occupation, la et le camp de concentration de Gaza, le temps n’est plus où l’on pouvait cacher ces atrocités. Les vidéos circulent sur les réseaux sociaux, et les crimes israéliens ont amené :

  • un nombre croissant de gens dans le monde, y compris des juifs, à s’opposer à la politique du régime d’apartheid israélien. Aux USA où pour la première fois des voix s’élèvent au sein du congrès pour réclamer la fin de l’aide militaire américaine à Israël;
  • Les opposants israéliens juifs montent également au créneau confirmant, comme B’Tselem, qu’Israël est bien un État d’apartheid, posant comme l’avocat israélien, Michael Sfard, la question : « Comment dit-on Klu Klux Klan en hébreu ? », ou encore Avraham Burg, ancien président du parlement israélien qui demande à renoncer à sa « nationalité juive », tant il a honte de la politique de son pays, sans parler de la lettre ouverte des 60 lycéens israéliens qui déclarent refuser de servir dans leur armée d’occupation.
  • La CPI ne peut faire autrement, malgré toutes les pressions contraires, qu’annoncer l’ouverture d’une enquête sur les crimes israéliens, ce qui fait hurler les dirigeants israéliens. Donc la partie est loin d’être pliée.

Initiative Communiste: Macron a prétendu criminaliser les appels au boycott des produits israéliens, ce qui prouve que ce mode d’action n’est pas sans efficacité. Où en est-on de ce côté-là?

Olivia Zemor – Oui, une énergie folle, beaucoup de gens et de ressources sont engagés pour combattre la campagne BDS, ce qui prouve à quel point elle fait peur à Israël. Une grande victoire a été remportée avec l’arrêt de la CEDH du 11 juin 2020, qui a condamné la France à verser plus de 100.000 euros de dommages et intérêts à des militants condamnés pour leurs actions de boycott des produits israéliens.

Mais le lobby israélien ne baisse pas les bras en France. Il a obtenu de Dupond-Moretti, une nouvelle circulaire, diffusée en douce récemment, qui demande aux procureurs et aux présidents des tribunaux de continuer à condamner les boycotteurs (seulement ceux qui appellent au boycott d’Israël) pour « provocation à la discrimination à l’égard d’une nation ».

Mais nous n’allons pas en rester là et nous sommes en train d’organiser la contre-attaque !

Initiative Communiste : Y a-t-il du nouveau à espérer, ou à craindre, en raison de l’élection de Biden à la présidence des États-Unis?

Olivia Zemor – Pas grand chose à espérer, et on peut le voir aux menaces à peine voilées à l’encontre de la procureure, Fatou Bensouda, et des juges de la CPI, à l’annonce d’une ouverture d’enquête contre les crimes de l’État d’Israël ce vendredi 5 février.