Refus de vote de la résolution de l’ONU condamnant le nazisme et ses résurgences : le nouveau Munich de l’UE et de l’OTAN.

29.11.2020 – Initiative communiste reproduit ci-dessous un commentaire fort pertinent de l’analyste marxiste italien Manlio Dinucci. 

LE VENT MAUVAIS DE MUNICH SOUFFLE À NOUVEAU SUR L’EUROPE

signature des accords de Munich

Au-delà du cas particulier évoqué par l’auteur, celui de l’Italie, on constate une nouvelle fois que le honteux amalgame « antitotalitaire » qui prétend renvoyer dos à dos le nazisme et le communisme historique, n’est qu’une sale couverture idéologique pour une dangereuse entreprise néo-munichoise de fascisation du sous-continent européen et de marche à la guerre de revanche antirusse. On se souvient en effet qu’à la conférence internationale de Munich, en 1938, les gouvernements « démocratiques » anglais (Chamberlain) et français (Daladier), ignorant les protestations tchécoslovaques et soviétiques, avaient lâchement donné leur feu vert à Hitler pour dépecer la Tchécoslovaquie… et, implicitement, pour attaquer ultérieurement l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Or c’est en pointillés cette inavouable alliance nauséabonde, puante de russophobie recuite, d’anticommunisme fascisant et d’antisoviétisme revanchard, qui avance à grand pas en Europe avec la complicité et sous le pilotage peu discret de l’UE et de son « partenaire stratégique », l’OTAN. 

L’U.E./OTAN MÉNAGENT LES NEONAZIS ET S’ACHARNENT SUR LES COMMUNISTES.

En effet, tandis que les eurodéputés quasi-unanimes (du RN aux Écolos en passant par LAREM, les LR et le PS) recommandent aux États membres de l’UE de légiférer contre les organisations communistes dignes de ce nom qui utilisent « encore » la faucille et le marteau (l’emblème ouvrier et paysan bien connu du « communisme totalitaire » qui flotta jadis, portés par le drapeau rouge libérateur, sur le Reichstag vaincu), ces mêmes États membres de l’UE/OTAN n’ont rien à refuser à l’Ukraine postsoviétique, dont le « parlement » actuel, préalablement purgé de ses députés communistes, est présidé très officiellement par le créateur du « Parti national-socialiste ukrainien ». Manlio Dinucci le prouve ci-dessous en partant du cas particulier, mais fort significatif de l’Italie (il y a peu encore, gouvernée par le néo-mussolinien avéré Salvini, et actuellement gouvernée par un membre du Parti démocrate, l’ex-PCI « refondé » – en réalité, dénaturé et détruit – par Achille Occhetto, Massimo D’Alema et Cie).

L’EUROPE GERMANO-ATLANTIQUE, UN ENDROIT INDÉCENT POUR TOUT VRAI PROGRESSISTE.

Nous le disons avec solennité à l’adresse des militants communistes et insoumis de France, mais aussi aux militants syndicaux qui s’obstinent à colporter la fable suicidaire d’une possible « réorientation de l’UE dans le sens du progrès social, de la paix et de la démocratie »: l’UE stratégiquement arrimée à l’OTAN, dominée par l’impérialisme allemand revanchard et supervisée par le méga-prédateur étatsunien, n’est pas un endroit décent: ni pour des militants communistes, ni pour d’authentiques syndicalistes, ni pour de véritables insoumis ni, plus généralement, pour tout ami véritable de la démocratie, du progrès social, de l’indépendance nationale et de la paix.

LE VOTE MACRON, REMPART CONTRE L’EXTRÊME DROITE OU TREMPLIN POUR SA RELANCE?

Quant à ceux qui ont suivi les consignes de leurs partis respectifs, petits ou grands, appelant à voter Macron au second tour de la présidentielle 2017, soi-disant pour « faire échec à l’extrême droite », ils sont contraints et forcés de constater derechef que leur vote, loin d’avoir constitué un quelconque barrage à l’extrême droite nostalgique de Vichy, aura en réalité servi à légitimer et à consolider un président « marcheur » qui piétine en permanence l’intérêt de la France, de la mémoire antifasciste et de la paix: car, comme le rappelle ci-dessous Dinucci, TOUS les pays membres de l’OTAN, France macronienne incluse, se sont abstenus comme l’Italie à propos de la résolution de l’ONU condamnant le nazisme. Sans commentaire!

Avis à chaque organisation se réclamant de la démocratie durant qu’il en est encore temps car, comme disait Marx, « l’histoire ne repasse pas les plats ».

Georges Gastaud, fils de Résistant, directeur politique d‘Initiative communiste. 


À l’ONU l’Italie s’abstient sur le nazisme.

de : Manlio Dinucci 

L’art de la guerre. La signification politique de ce vote est claire : les membres et partenaires de l’OTAN ont boycotté la résolution qui, sans la nommer, remet principalement en cause l’Ukraine, dont les mouvements néo-nazis ont été et sont utilisés par l’OTAN à des fins stratégiques.

La Troisième Commission des Nations Unies -chargée des questions sociales, humanitaires et culturelles- a approuvé le 18 novembre la Résolution “Lutte contre la glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée”.

La Résolution, rappelant que “ c’est notamment la victoire remportée alors sur le nazisme qui a amené la création de l’Organisation des Nations Unies, appelée à empêcher de nouvelles guerres et à préserver de ce fléau les générations futures”, lance l’alarme sur la diffusion de mouvements néonazis, racistes et xénophobes dans de nombreuses régions du monde. Elle se déclare “profondément préoccupée par la glorification, quelle qu’en soit la forme, du mouvement nazi, du néonazisme et des anciens membres de l’organisation Waffen-SS”. Elle souligne ensuite que “le néonazisme n’est pas que la glorification d’un mouvement historique, mais qu’il s’agit d’un phénomène contemporain”. Les mouvements néonazis et d’autres analogues “alimentent les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, d’antisémitisme, d’islamophobie, de christianophobie, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée”.

La Résolution appelle donc les États des Nations Unies à entreprendre une série de mesures pour contrecarrer ce phénomène. La Résolution, déjà adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 18 décembre 2019, a été approuvée par la Troisième Commission avec 122 voix pour, parmi lesquelles celles de deux membres permanents du Conseil de Sécurité, Russie et Chine. Deux membres seulement des Nations Unies ont voté contre : États-Unis (membre permanent du Conseil de Sécurité) et Ukraine. Selon certainement une interne, les autres 29 membres de l’OTAN, dont l’Italie, se sont abstenus. Même chose pour les 27 membres de l’Union Européenne, dont 21 appartiennent à l’OTAN. Parmi les 53 abstentions se trouvent aussi l’Australie, le Japon et d’autres partenaires de l’OTAN.

La signification politique de ce vote est claire : les membres et partenaires de l’OTAN ont boycotté la Résolution qui, tout en ne la nommant pas, met directement en cause avant tout l’Ukraine, dont les mouvements néonazis ont été et sont utilisés par l’OTAN à des fins stratégiques. On a d’amples preuves que des brigades néonazies ont été entraînées et utilisées, sous gestion USA/OTAN, dans le putsch de la place Maïdan en 2014 et dans l’attaque contre les Russes d’Ukraine pour provoquer, avec le détachement de la Crimée et son retour à la Russie, une nouvelle confrontation en Europe analogue à celle de la guerre froide.

Emblématique est le rôle du bataillon Azov, fondé en 2014 par Andriy Biletsky, le “Führer blanc” partisan de la “pureté raciale de la nation ukrainienne, qui ne doit pas se mélanger à des races inférieures”.

Après s’être distingué par sa férocité, l’Azov a été transformé en régiment de la Garde nationale ukrainienne, doté de blindés et artillerie. Ce qu’il a conservé c’est son emblème, calqué sur celui des SS Das Reich, et sa formation idéologique des recrues modelée sur celle des nazis. Le régiment Azov est entraîné par des instructeurs étasuniens, transférés de Vicenza en Ukraine, et d’autres de l’OTAN. L’Azov n’est pas seulement une unité militaire, mais un mouvement idéologique et politique. Biletsky reste le chef charismatique particulièrement pour l’organisation de jeunesse, éduquée à la haine contre les Russes et entraînée militairement. En même temps, sont recrutés à Kiev des néonazis de toute l’Europe, Italie comprise.

L’Ukraine est ainsi devenue le “vivier” du nazisme renaissant au coeur de l’Europe. Dans ce s’insère l’abstention de l’Italie, y compris dans la votation de la Résolution à l’Assemblée Générale. Le Parlement accepte, comme quand en 2017 il a signé un mémorandum d’entente avec le président du parlement ukrainien Andriy Parubiy, fondateur du Parti national-social ukrainien, sur le modèle national-socialiste hitlérien, chef des brigades néonazies responsables d’assassinats et de féroces passages à tabac d’opposants politiques. C’est lui qui se congratulera avec le gouvernement italien sur le non-vote de la Résolution ONU sur le nazisme, dans la ligne de ce qu’il a déclaré à la télévision : “Le plus grand homme qui a pratiqué la démocratie directe a été Adolf Hitler”.

Manlio Dinucci……24/11Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio