Avec le confinement, les frontières européennes ont fini par être fermées. Mettant en évidence le recours massif au travail détaché – dans le bâtiment et les travaux agricole notamment – pour permettre aux patrons d’exploiter des travailleurs qu’ils font venir de pays à plus faibles salaires. Exerçant ainsi un dumping anti-social pour effondrer les salaires. Une de ces merveilles concoctée par l’Union Européenne pour mettre en concurrence les peuples les uns contre les autres, et ce pour le seul profit de la classe capitaliste. Il y aurait en tant habituel plus d’un millions de travailleurs détachés exerçant en France, le deuxième pays de l’UE comptant le plus de travailleurs détachés.

Alors que tous nous étions interdit de sortir de nos domiciles, puis d’une zone de 100 km, puis des frontières du pays, sans attestation, les lobbys exploiteurs des travailleurs détachés ont réussi à obtenir la réouverture des frontières pour les travailleurs détachés. Notamment pour alimenter le secteur de l’industrie, du BTP, de l’intérim et des ouvriers agricoles : cadences infernales et très bas salaires y sont la règle, et avec la fermeture des frontières, obligés d’employer au SMIC français, les gros exploitants agricoles se plaignaient de la fonte de leurs marges auprès du ministre de l’Agriculture. Lequel en retour faisait un cinéma écœurant pour appeler on s’en souvient les travailleurs de France à aller travailler dans les champs. Tout en signant le 20 mai un circulaire pour autoriser la libre circulation des travailleurs détachés.

Bien évidemment cette réouverture des frontières s’est faite quoi qu’il en coûte, c’est-à-dire sans aucun contrôle sanitaire, notamment avec des tests de dépistage. Et ce qui devait arriver s’est produit : un foyer de contamination dans les exploitations agricoles maraîchères et fruitières de la Durance, qui concernent plusieurs milliers d’ouvriers et exploitants.

image d’illustration CC0

Foyer de contamination à Noves dans les exploitations agricoles intensives de la Durance et de Camargue

202 tests réalisés et déjà 30 cas positifs, c’est l’inquiétant bilan de la reprise de l’épidémie de coronavirus dans un foyer de contamination au sein des travailleurs détachés ouvriers agricoles, pour la plupart originaire d’Amérique du sud ou d’Afrique, que la société d’intérim espagnole Terra Fecundis a fait venir pour travailler dans des exploitations de Maillane et Noves dans les Bouches-du-Rhône. Des travailleurs hébergés qui plus est dans un camping à Noves, en chambre collectives qui n’avaient pas eu droit à des tests de dépistage à leurs arrivées. Pire ces ouvriers sont loués auprès de différentes exploitations et travaillent sur différents lieux, augmentation la probabilité de propager la maladie, encore et encore. En quelques jours le nombre de cas a bondi de 2 à une trentaine… Rien d’étonnant lorsque l’on sait les conditions d’exploitation : habitats précaires, transports entassés dans des minibus, travail 7 jours sur 7.

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Et le bilan pourrait être encore plus lourd puisque ce sont 4000 ouvriers agricoles sous statut de travailleurs détachés qui sont exploités dans les champs et serres sous l’égide de cette entreprise.

Les journalistes de La Provence souligne que Laboral Terra a été assigné le 16 juin dernier au tribunal d’Aix-en-Provence par des salariés marocains. Terra Fecundis, elle, doit faire face à un procès en correctionnel à Marseille, avec des accusations qui portent sur 112 millions d’euros de cotisations sociales non-versées… En 2017 une enquête avait mis en évidence des violations manifestes et organisées des droits fondamentaux des ouvriers agricoles principalement marocains et sud-américains.

Une équipe spécialisée de pompiers a été dépêchée en urgence pour réaliser 500 tests par jour et espérer tester rapidement l’ensemble de ces milliers d’ouvriers agricoles employés dans tout le département.

L’union européenne c’est le dumping social avec les travailleurs détachés

Une fois de plus est mis en évidence l’écrasante responsabilité du capitalisme dans la crise sanitaire. Avec des millions de chômeurs en France, était-il vraiment impossible d’organiser les récoltes agricoles ? Mais cela aurait supposer de mettre une fin immédiate au dumping social. Une pratique promue et organisée par l’Union Européenne du Capital. Exclusivement au détriment des travailleurs, que ce soient les immigrés, qui se trouvent ainsi piégés dans les pires conditions d’exploitation, et des travailleurs du pays qui voient ainsi s’exercer une violente guerre contre leurs salaires et conditions de travail.

Pour sortir du covid-19 comme de l’exploitation, le capitalisme, et son Union Européenne, il faut en sortir.

Jbc pour www.initiative-communiste.fr