Retrouvez ci dessous le verbatim des interventions prononcées lors de la manifestation initiée par le COURRIEL à Paris ce 15 janvier 2022 pour appeler à la résistance pour la diversité linguistique, la défense de la langue française face à l’imposition du tout anglais. [A lire en ligne sur le site internet du COURRIEL : https://courriel-languefrancaise.com/articles/rassemblement-du-15-janvier-2022-place-moliere-a-paris]

 

Voici les discours prononcés le 15 janvier dernier, place Molière à Paris dans le cadre de la réunion publique organisée par l’association CO.U.R.R.I.E.L. les vidéos des interventions sont visibles ici.


 

Georges Gastaud (COURRIEL) :

Chers camarades, compagnons, concitoyennes et concitoyens, chers francophones venus d’ailleurs,

Au nom de l’association COURRIEL, initiatrice de ce modeste rassemblement de rue en l’honneur de Molière et de sa langue désormais si menacée, je remercie les organisations qui prendront la parole aujourd’hui, le Parti de la Démondialisation ou PARDEM, les Clubs Penser la France, le Mouvement pour le Socialisme du 21ème siècle, l’Association pour une Constituante, le Pôle de Renaissance Communiste en France et les Jeunes pour la Renaissance Communiste en France, la JRCF. Merci aussi à Albert Salon, infatigable fédérateur des luttes pour la résistance francophone, président d’honneur d’Avenir de la langue française et âme du Haut Conseil pour la langue française et la Francophonie ainsi qu’à Aymeric Monville qui parlera en tant que philosophe et éditeur. Merci également aux amis suisses, belges et québécois qui ont relayé notre message à l’international.

Chers amis,
La situation de notre langue, et celle aussi de la plupart des langues nationales d’Europe, si ce n’est de la planète entière, est bien plus préoccupante qu’il n’y paraît. Bien sûr, nous parlons tous français au quotidien, mais la destruction des langues est moins une affaire de surface que la résultante invisible de plaques tectoniques frottant en permanence les unes contre les autres au gré des rapports de forces plus ou moins souterrains entre blocs géopolitiques et classes sociales.
Aujourd’hui, tous les jours de grandes entreprises de France, à commencer par Renault ou PSA, basculent leur communication technique à l’anglais, des émissions de grande écoute comme The Voice Kids ou The Artists monopolisent les samedis soirs des Français sans que le CSA y trouve à redire. La masse des publicités télévisuelles est en franglais, voire carrément en globish. Et loin de contrarier cet arrachage linguistique et cette substitution délibérée en cours, comme leur en fait obligation l’article II de la Constitution et la loi Toubon de 1994, les autorités françaises nationales et territoriales l’encouragent puisque Valérie Pécresse déclare que « le français est une langue en déclin », puisqu’elle rebaptise « Navigo Easy » la carte de transport des Franciliens et qu’en outre, quand elle était ministre de l’enseignement supérieur de Sarkozy et qu’elle promouvait une destructive contre-réforme néolibérale de l’Université, elle déclarait se faire fort de faire sauter « le tabou des cours en anglais à l’Université ». Après elle, ce fut la socialiste Geneviève Fioraso qui officialisa de fait les cours dispensés en anglais à des francophones et par des francophones dans les universités françaises linguistiquement dévergondées et en cours d’américanisation galopante. Aujourd’hui, c’est le président de la République lui-même qui organise en France même des évènements internationaux intitulés « One Planet Summit », « French Tech » ou « Choose France » tandis que sa secrétaire d’Etat aux universités, Mme Vidal, décide, en contournant le parlement, d’officialiser inconstitutionnellement l’anglais comme langue officielle bis du troisième cycle. Déjà dans les années 2000, le gouvernement soi-disant gaulliste de l’époque avait multiplié les enseignements en anglais des disciplines non linguistiques des collèges et lycées. Ne parlons pas de ces collectivités territoriales sans honneur qui cultivent leur communication en globish, type « Loire Valley », « Lorraine Airport » ou « In Annecy Mountains ».

Il s’agit donc bel et bien d’une politique, et pas seulement ni principalement de l’ « air du temps », comme on voudrait nous le faire croire. Aux sources de cette énorme aliénation, voire de cette colonisation linguistique qui n’a rien à voir avec une « créolisation », cher Jean-Luc Mélenchon, on trouve quatre sortes de décideurs :
• Au sommet de la pyramide, l’Empire anglo-saxon qui, depuis la fin de la seconde Guerre mondiale a investi des milliards pour imposer sa langue et sa culture sachant très bien que ce serait pour lui un énorme avantage politique, militaire et commercial
• Un peu plus bas, l’Union européenne qui, en plein Brexit, vient de décider sous l’impulsion d’Ursula von der Leyen et de l’Allemagne (qui a quelque scrupule à imposer sa langue au regard de l’histoire du continent), de faire de l’anglais la seule langue de travail de la commission européenne, du parquet européen et de la Cour des comptes européenne ;
Au-dessous encore nos dirigeants euro-atlantistes successifs qui, quelle que soit leur couleur politique depuis 1992, date du Traité de Maastricht, et malgré le Non retentissant des Français à l’euro-constitution en 2005, n’ont eu de cesse de marcher vers cet Empire continental et transatlantique et vers son marché unique mondialisé qui nécessite pour fonctionner au détriment des peuples et des travailleurs, une politique unique, une économie néolibérale unique et une langue unique permettant d’intensifier la concurrence sauvage entre les peuples et entre les travailleurs.
L’inspiratrice de cette politique que je n’hésite pas à dénoncer comme globalitaire, est le grand capital euro-mondialisé et ce n’est pas là une affirmation en l’air procédant d’un marxisme prétendument ringard, c’est la déclaration très officielle du Baron Seillière, ex-patron du MEDEF devenu chef de file du patronat européen et qui déclarait en 2004, devant le Conseil européen, qu’il ne s’exprimerait plus désormais devant les instances européennes qu’en anglais, « la langue des affaires et de l’entreprise ».

Les enjeux de cette politique de classe planétaire sont colossaux et il serait vraiment navrant que les représentants politiques et syndicaux du monde du travail et des luttes populaires continuent de s’en désintéresser comme ceux qui croient finaud de déclarer « PCF is back » ou qui trouvent désormais que la multiplication des pancartes en anglais dans Paris est un signe d’ouverture et de métissage, alors qu’une seule langue, parachutée d’en haut par l’oligarchie, celle du maître du dollar et du Pentagone, phagocyte tout, de Rome à Berlin, de Varsovie à Madrid et, de plus en plus hélas, de Bruxelles à Montréal.
Il s’agit d’abord, en imposant une langue unique mondiale, ce globish d’aéroport qui caricature la langue de Shakespeare en dévastant celles de Molière, de Dante, de Pouchkine et de Goethe, de désegmenter de manière sauvage le marché mondial de l’emploi. Ainsi seraient mis brutalement en concurrence non plus des dizaines, mais des milliers de travailleurs de par le monde pour un seul et même emploi. A l’avantage des salariés, des paysans, des artisans, ou du grand capital international, il suffit de poser la question pour y répondre aussitôt.
Ensuite, les langues n’étant pas seulement des moyens de communiquer la pensée mais le corps même de l’esprit prenant forme sociale, le reformatage en cours du monde, de l’Europe et de la France au globish est une manière d’instituer une novlangue managériale unique pénétrée de l’idéologie oligarchique. Il n’est pas neutre de dire affectueusement « le boss » et non « le patron », voire « le singe » ou « le taulier » comme disaient naguère les ouvriers de notre pays. Pas neutre de dire « le job », avec tout ce que cela comporte d’accoutumance aux petits boulots jetables, et non plus l’emploi, le travail ou le métier, puisque le français comporte bien des nuances pour désigner des choses si différentes.
Enfin, imagine-t-on l’immense contre-révolution, non seulement idéologique mais anthropologique, que comporterait le basculement à terme de la France, de l’Europe et du monde à un idiome unique ? En réalité, avisons-nous en à temps, le langage humain n’existe pas, il existe des langues humaines, toutes attachées à une culture et à une histoire singulière, et c’est l’échange entre ces langues plurielles, c’est cette diversité partagée qui fait l’humanité. Laquelle ne doit pas avoir pour perspective une uniformisation générale, avec pour arrière-plan la dévastatrice dictature de l’argent et de la marchandise, mais le partage des différences. Comment se fait-il notamment que tant de nos écologistes en vue, qui se battent à raison pour la biodiversité naturelle, ne saisissent pas que la pluralité des langues est à la culture ce que la diversité des espèces est à la nature : un gage d’équilibre dynamique.

C’est pourquoi COURRIEL, qui est ouvert à toutes les sensibilités républicaines, internationalistes et progressistes, vous appelle à conjuguer vos résistances linguistiques à vos résistances civiques et démocratiques générales. Chaque fois que, refusant le tout-anglais en tant qu’individus ou en tant qu’organisations, voire en tant que syndicalistes menant la lutte dans tous ses aspects, vous imposerez le débat, vous briserez du même coup ce consensus linguistique mortifère, cette omertà sur le débat linguistique qui tente de tuer en silence la langue de Molière, d’Hugo et d’Aragon, qui est aussi celle de Césaire et de Fanon.

N’écoutez pas Macron qui feint un anticolonialisme de façade quand il déclare vouloir « affranchir le français de la France » car c’est l’inverse qu’il veut faire pour aligner le french site sur les normes régressives de l’Empire maastrichtien : affranchir la France de sa langue pour arracher son histoire, ou pire, pour la muséifier et réduire le français au rôle de langue « domestique » tandis que les Français deviendraient à jamais un peuple domestiqué.

En ce 400ème anniversaire de Molière où les hommages creux se multiplient pendant que l’on tue la langue lumineuse de ce génie de l’esprit critique et du rire à la française, refusons de dire « yes » et « OK » aux Tartufes qui tuent notre langue en feignant de l’encenser. L’Internationale que nous voulons ne doit pas être le tombeau glacial de la diversité, et la langue de l’avenir, comme l’a dit le grand écrivain italien Umberto Eco, ne saurait être autre chose que la traduction.

Vive la langue de Molière, à bas le tout-anglais globalitaire.
Langue française, langue de la République, non, non, non au tout-anglais !

André Bellon (Association Pour une Constituante) : « Il y a un lien entre ce néolibéralisme qui détruit les peuples et la disparition de la langue qui est un bien public du peuple »

Merci à Georges Gastaud qui a organisé cette rencontre. Nous sommes ici devant la statue de Molière et la fontaine du même nom.
Qui aurait dit, il y a 400 ans, alors que la langue française était en train de devenir la langue de la culture en Europe, qui aurait dit qu’aujourd’hui, nous serions amenés à nous rassembler pour essayer d’en défendre les restes.
Qui l’aurait dit, en 1992, lorsque nous avons réussi grâce, disons-le, à des manœuvres, à faire inscrire en l’article 2 de la Constitution, que la langue de la République est le français. Quand je dis « nous », rendons à César ce qui lui appartient, c’était Xavier Deniau et moi-même, RPR et PS, ce qui prouvait une sorte de rassemblement de la nation française qui a permis cet amendement à Maastricht. Quel paradoxe !
Il importe donc, en ce 15 janvier 2022, de se poser la question « Pourquoi en sommes-nous là ? ». Qu’est-ce que tout cela signifie ? Car, en attaquant la langue, on attaque une histoire, on attaque une nation, on attaque un peuple. Et l’émiettement de la langue, c’est bien sûr toutes les pressions, celle de l’anglais évidemment, celles des langues régionales qui ne comprennent pas qu’il n’y a pas d’hostilité par rapport à elles, qu’il y a simplement une complémentarité entre la langue nationale et les langues régionales. Mais c’est fondamentalement l’émiettement d’une nation et d’un peuple qui amène à celui de la langue, c’est la conséquence que ce que Gastaud évoquait tout à l’heure, c’est-à-dire le néolibéralisme qui entraine la dilution du peuple lui-même.
La langue devient privée alors qu’elle est un bien national, un commun, un bien public. Chacun peut y mettre ce qu’il veut. En bref « Construis toi-même ta petite langue française. C’est ainsi qu’en fonction des orientations de chacun, orientations sexuelles, d’origine, de religion,… chacun construit sa petite langue. C’est ainsi qu’un organisme privé, le dictionnaire Robert, invente le « iel ». Chacun y va de son petit truc. Il n’y a plus de langue commune.
Il y a un lien entre ce néolibéralisme qui détruit les peuples et la disparition de la langue qui est un bien public du peuple. Les 2 choses sont concomitantes. Lorsque nous avons créé l’Association pour une Constituante, c’était pour reconstruire le peuple en tant que corps politique souverain. Et ce corps politique souverain a un certain nombre de biens qui lui appartiennent par l’Histoire, et, bien sûr par leur souveraineté naturelle et, dans ces biens, il y a la langue.
Nous essayons donc de défendre, à notre manière, la langue et je suis heureux de voir qu’à notre manière, nous la défendons tous. Continuons à le faire, en tous cas nous avons notre espace qui nous appartient car nous sommes souverains et nous défendons la langue qui est un des attributs de notre souveraineté. Merci.

Gilliat De Staerck ( JRCF) : « Nous voulons une France indépendante et riche de diversité pour notre jeunesse, pas une France uniformisée sous l’emprise de la culture unique anglo-nordaméricaine. »

Chers amis, chers camarades,

Nous sommes très heureux d’intervenir aujourd’hui, pour l’ensemble des Jeunes pour la Renaissance Communiste en France, le mouvement de jeunesse du PRCF, afin de porter, à l’occasion des 400 ans du baptême de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière, une voix de la jeunesse de ce pays sur ce combat de la défense de la diversité linguistique face au tout-anglais globalisé du monde des affaires.

Cette voix, c’est celle qui refuse que notre avenir soit dépouillé de notre langue maternelle et commune qu’est le français. C’est celle qui refuse de voir l’anglais marketing, celui qui ne rend nullement hommage à la langue de Shakespeare bien au contraire, envahir nos rues, nos enseignes, nos universités et nos cours, nos documents au travail et les discussions d’un certain nombre de jeune de notre pays… C’est celle qui alerte la jeunesse sur l’enjeu de classe que représente cette lutte, car ce globbish est la langue de l’oligarchie capitaliste, des exploiteurs de la Terre, des hommes et des femmes, et celle de l’UE qui compte bien l’accoler comme langue officielle, aux côtés de celles actuelles, à chacun des pays actuellement pris dans son étau.

Cette voix, la notre, c’est celle qui explique que le riche patrimoine linguistique de notre nation, passant du français à l’alsacien, du breton au corse, du catalan au ch’ti et bien d’autres, ne peut être mis réellement en valeur qu’en s’associant à la défense du caractère commun et constitutionnellement unique du français comme langue de la République et du travail.
C’est aussi celle qui, tout en continuant à vouloir disposer du choix de
l’apprentissage de l’anglais, souhaite que notre pays s’outille pour ouvrir son enseignement à l’apprentissage d’autres grandes langues du monde, ceci tout autant pour des besoins nationaux évident que pour ouvrir les consciences d’un grand nombre de jeunes concitoyens, comme le russe, le mandarin, l’arabe, le portugais ou même encore l’hindi.

Enfin c’est celle qui souhaite, dans un esprit pacifique, internationaliste et anti-impérialiste, sauvegarder non pas seulement sa langue mais celle de presque 300 millions de locuteurs sur la planète qui, inévitablement, ne sont majoritairement pas des citoyens de ce pays. Sauvegarder aussi les liens internationaux et très importants pour la jeunesse du monde que pourrait  reforger une francophonie anti-impérialiste réelle débarrassée de l’emprise du monde des affaires capitalistes qui tente de la neutraliser, ayant bien saisit qu’elle pourrait être un obstacle majeur à leur mondialisation si les peuples concernés, les travailleurs et la jeunesse de ces pays s’en saisissaient pour réaffirmer leur indépendance tout autant que leurs liens linguistiques internationalistes.

Face à la mondialisation capitalo-linguistique qui s’exerce en Europe par l’entremise de l’UE et qui impose ses intérêts à notre pays, nous appelons la jeunesse, les travailleurs et le peuple français à se saisir de ce combat linguistique. A défendre bec et ongle le français comme langue unique et commune de la République et du travail, seul rempart suffisamment solide pour empêcher le tout-anglais globalisé d’allumer définitivement la mèche du séparatisme linguistique et de l’éclatement régionalo-communautaire de la France, tout en préservant la riche diversité de langue qui compose notre nation.
Nous voulons une France indépendante et riche de diversité pour notre jeunesse, pas une France uniformisée sous l’emprise de la culture unique anglo-nordaméricaine.
Vive TOUT AUTANT la France, la République et le français !


 

Jean-Luc Pujo – Clubs Penser la France

« La langue de la République est le français ». 

Article II de la Constitution française

« ARE YOU READY GUYS ? »
« ARE YOU READY ? »

Chers amis, vous avez tous compris !

Vous avez tous compris car « cette langue de l’occupant » est partout !

Comme le disait Michel SERRES : « Il y a plus de mots anglais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands sous l’Occupation ! »

Grace à qui ?

Grace à une pseudo-élite « collabo de la pub et du fric » !

Mais pourquoi cette trahison ?

Pourquoi cet abandon ?

Nous sommes tous en train de devenir des québécois dans notre propre pays, assiégés que nous sommes en France même !

Quelle honte !

 

Voyez comme ils procèdent : l’Occupant est partout !

Dans le commerce le plus florissant !

Dans le commerce le plus branché !

Dans nos entreprises mondialisées !

Pire !

Dans nos Universités !

Dans nos services publics !

Dans nos administrations mêmes !

L’Etat trahi !

L’Etat affaissé…

Et plus que tout …

La Langue désapprise, la Langue reniée.

La honte même du seul parlé français.

En un mot, la Langue instrument pervers de division sociale,

La Langue, nouvelle « Classe sociale » !

Au peuple piétiné, forcément le français, langue vernaculaire !

Aux élites, tellement moderne, forcément l’anglais, langue branchée !

 

Pourquoi ce crime ?

Pourquoi ce crime infâme ?

On nous dépossède de notre Langue parce que l’objectif ultime, l’objectif supérieur, est celui de nous déposséder de notre Liberté, notre liberté de penser, nous priver – au final – de l’esprit élevé de la France…

Parce que nous nous souvenons que … « (…) le Français, c’est l’idiome de la liberté » selon les mots de Domergue, le grammairien.

Langue de la Liberté, langue géniale qui exerça depuis le Grand siècle – et sur l’Europe entière – une influence civilisée qui ne devait rien à la force mais tout à son génie résumé d’un trait :

« Tout ce qui n’est pas clair n’est pas français »[1] !

 

 

Nous le savons, en France, la Langue est une affaire d’Etat.

« La République n’aurait jamais pu forger une nation ouverte à la pensée si elle n’avait pas commencé par unifier la langue française et par enseigner la grammaire à tout le monde » nous rappelle Manuel de Dieguez.

Langue et politique, langue et territoire, langue et conscience indissolublement mêlés dans l’esprit des Conventionnels.

«  Le Français doit devenir la langue de tous les français. Nous devons aux citoyens l’instrument de la pensée publique, l’agent le plus sûr de la Révolution, le même langage » car chez un peuple libre, la langue doit être une et la même pour tous » proclame l’Abbé Grégoire lors de la séance célèbre du 4 juin 1794.

Mais qui, aujourd’hui,  cherche à déstructurer l’unité de la Nation ?

Ici, par l’abandon de la Langue ; Là, par l’abandon de nos territoires.

Toujours la même méthode, et par le bas et par le haut.

Toujours le même objectif !

Il faut renverser la France, 200 ans de République, Mille ans de Monarchie.

En finir avec la France !

Effacer la grande œuvre du génie français… voilà le dessein secret.

 

Il nous revient, chers amis, chers camarades, chers compagnons, ici et maintenant, de remercier tous les mouvements de lutte et d’éveil à cette triste réalité.

Plus particulièrement aujourd’hui, remercier l’association COURRIEL pour cette initiative heureuse.

Mais nous devons – d’abord et avant tout – travailler tous ensemble – pour « RESISTER » !

Pour appeler tous les Français à RESISTER !

Comprendre avec Marc Fumaroli que « Dans un monde massifié, le français deviendra la langue des résistances ! »

Dire avec Michel Serres que – OUI ! – le français est «  langue des pauvres » – dans le sens profond où l’entendait VOLTAIRE :

« De toute les langues de l’Europe, la française doit être la plus générale, parce qu’elle est la plus propre à la conversation : elle a pris ce caractère dans le peuple qui la parle. L’esprit de société est le partage naturel des Français ; c’est un mérite et un plaisir dont les autres peuples ont senti le besoin »[2].

Le français, langue universelle, expression du génie populaire de notre Nation.

Voilà notre proclamation – Ici et maintenant – en ce jour anniversaire de la naissance de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière

Et nous pouvons terminer avec cette expression magnifique du génie français – toujours Molière :

“Tous les vices à la mode passent pour vertus.[3]

Ainsi du « Globish Anglais ».

Merci Molière !

 

« Vive la Langue Française » !

« Vive la Langue Française, expression du génie français ! »

Je vous remercie.

[1] Rivarol

[2] « Dictionnaire philosophique », Voltaire ;

[3] « Dom Juan » de Molière ;


 

Michelle Dessenne (PARDEM) : « défendre la langue française n’est pas un combat secondaire. C’est au contraire une des conditions essentielles pour concevoir une nouvelle société débarrassée du capital mondialisé et de porter haut les couleurs de la devise de notre pays ; liberté, égalité, fraternité »

 

Bonjour à tous, vous qui avez bravé le froid pour nous rejoindre tout près de la Fontaine Molière, dont nous célébrons le 400e anniversaire.

Mais le temps n’est pas seulement au froid. Il est depuis plusieurs années celui de la médiocrité organisée par un système politique mondialisé qui surexploite les humains, la nature, fracasse les nations et annihile la souveraineté des peuples. Le néolibéralisme, fondé sur le libre-échange cherche par tous les moyens à réduire la vie culturelle, médiatique et la langue à peau de chagrin. Car il ne se veut pas seulement un « modèle » économique. Il porte une volonté de substituer les civilisations à une seule : celle de la mondialisation néolibérale. Le fameux «village mondial », uniformisé, totalement organisé pour répondre aux besoins de création de profit quels que soient les dégâts engendrés …

Oui le néolibéralisme est une idéologie, celle du capitalisme mondialisé, du libre-échange, de l’écrasement des peuples, avec une volonté continue de faire disparaitre les nations et de fracasser les cultures et les langues. Ainsi la novlangue managériale est-elle globale, véhiculée par les experts, les consultants, les financiers, les multinationales, l’Union européenne et avec le consentement de nombreux gouvernements, dont celui de Macron.

Non seulement le néolibéralisme institue et impose une « novlangue » des affaires – oserais-je dire ici, au pied de la fontaine Molière, « business », management, marketing, benchmardking – mais il la fait entrer dans tous les domaines de la vie sociale, personnelle : qui n’a jamais entendu « je gère » à propos d’une relation affective ? Je gère mon stress, ma vie familiale, ma carrière. Je m’investis dans mon travail, j’investis en Bourse, j’investis en achetant mon logement et même un manteau onéreux parce que je garderai longtemps. Les exemples sont foison. En pleine inconscience du sens réel des mots.

Les médias, aux mains de la finance et des richissimes, enfoncent quotidiennement dans nos cerveaux cette langue qui n’en est pas une, qui nous expulse du monde réel et nous conduit, au fil des ans, à ne plus nous penser que comme consommateur, concurrent, individu coupé de nos semblables. Le tout anglais qui relègue le citoyen français au passé, qui ne reconnaît l’individu que comme un agent consentant par l’utilisation de formules inculquées par les dominants et leurs alliés. Un globish sans littérature, ni poésie, avec un vocabulaire ré-duit à des techniques, dont raffolent les publicitaires qui vendent sur le marché mondial, s’est infiltré à l’Université tout autant qu’à l’école et même au sein des partis politiques et des organisations syndicales. Le parler « novlangue » est moderne, le globish est tendance. Ceux qui le refusent sont toquards et ne feront pas long feu !

L’objectif des dominants, dirigeants, spéculateurs et autres gros actionnaires est de la faire vivre dans le quotidien de tout un chacun, chômeur comme travailleur, ouvrier comme enseignant, journaliste comme cinéaste. De créer une rupture d’identité collective : celle des individus composant un peuple et une nation avec leur histoire, leur vécu commun, leur conscience d’appartenir à une entité politique nationale qui se pense avec des mots renvoyant à une représentation historique et sociale. La domination de la langue des vainqueurs s’infiltre, insidieusement, partout, en tout domaine, afin d’estomper puis de faire disparaitre la possibilité de se com-prendre, pour dire notre réalité, de penser l’avenir et le changement de politiques.

Comme l’euro, la monnaie unique imposée aux peuples des pays de l’Union européenne nous a privés du pouvoir de battre monnaie, le globish en-ferme la pensée dans un registre préformaté et dis-qualifie ceux qui la refusent ou tout simplement qui n’y accèdent pas. Elle crée des divisions entre ceux qui maîtrisent le jargon des dirigeants et méritent ainsi d’entrer dans le club de « l’employabilité » et ceux qui méritent bien d’en être exclus…

Alors défendre la langue française n’est pas un combat secondaire. C’est au contraire une des conditions essentielles pour concevoir une nouvelle société débarrassée du capital mondialisé et de porter haut les couleurs de la devise de notre pays ; liberté, égalité, fraternité. Loin, bien loin, de la doxa de l’Union européenne qui a adopté et maintenu l’anglais comme langue de l’UE alors seulement que deux pays sur 27 la pratiquent : Malte et l’Irlande ! L’UE confirme ainsi, s’il en fallait, son rôle clé dans la mise en œuvre du néolibéralisme. Il faut sortir de ce système infernal le plus vite possible !

 


 

Francis Combe (poète) : « Si j’oubliais les mots »

Si  j’oubliais les mots …

 

Si  j’oubliais les mots secrets de mon pays

ils viendraient  dans  la nuit me parler à l’oreille

tels des vers qu’on  a cru à tout jamais perdu,

un poème oublié ou bien  jamais écrit

dont on cherche la trace un matin au réveil

dans un carnet ancien qu’on peine déchiffrer…

Si j’oubliais les mots secrets de mon pays

ils prendraient  le visage de la femme entrevue

aux portes du sommeil dont s’effacent les traits

et que désespéré on cherche à retrouver

dans le halo solaire de ses cheveux défaits

ils seraient cette main qui a frôlé la vôtre…

 

Ainsi le mot « charmille »… (ça tient à peu de choses

je ne peux y penser sans qu’aussitôt se lève

un rire de jeune fille, et la vision très brève

d’une table au soleil, près d’une haie de roses

des nappes de vichy en terrasse, un cours d’eau

trop étroit pour qu’y passe jamais un seul bateau

si ce n’est le jouet qu’une main d’enfant pose

la lumière dans un verre un papillon  qui bouge,

un hôtel restaurant avec des briques rouges ;

on pourrait l’appeler « A la Belle Payse »…

Il se tiendrait paisible au bord de la Baïse

dont le nom à lui seul est invite au plaisir

et dans ce charme qu’a pour moi le mot  « charmille »

je ne sais ce qu’il faut de raison retenir

de l’arbre ou bien du chant, de leur air de famille

des liaisons amoureuses que les sons et les signes

nouent  entre eux comme le font par leur col les cygnes

sur la moire du langage et les eaux noires des songes

comme lacs emmêlés dans ce lac où je plonge…

 

Si demain j’oubliais (et cela se pourrait

car nous oublions tout, les mots, les expressions,

leur sens et leur couleur et vivons dans un temps

et  un monde un peu fou où  un chiendent si vite

envahit le jardin familier de nos vies,

mots du  grand négoce nous rongeant jusqu’à l’os,

mots du commerce  hostiles au commerce des mots…

Est-ce possible ? Peut-être l’est-ce…  Mais laisse,  laisse…

Peu importe le plantain des mots que l’on importe

pour l’économie, les besoins de toute sorte,

la mode, la politique et autres servitudes

qui prolifèrent dans le jardin à notre porte.

 

Peu importe, en effet,  les mots que l’on importe

et que ce pays qui fut colonisateur

à son tour se fasse coloniser ; (beaucoup moins

par les anciens esclaves que par les nouveaux maîtres)

lesquels savent au moins  – c’est leur supériorité

sur les pauvres, noirs, jaunes ou arabes  – dans la rue

jamais du badaud ne se faire trop remarquer…

 

Après tout nous pourrions faire confiance au jardin…

La langue qui plus d’une fois a tourné dans sa bouche,

la langue des amours, des ruses, des passions,

la langue va-nu-pieds, la langue rouge des cœurs

la langue rebelle du peuple à la bouche d’or

qui repousse au pied des gibets, la mandragore,

peut tout avaler, et peut tout ressusciter

et peut de toute chose faire son miel et ses fleurs.

Car est vraiment de France ce qui est mélangé ;

est vrai qui est mêlé et pur qui est divers.

Français de tout temps sommes un peuple métissé…

 

Si  demain j’oubliais les mots  de mon pays ;

(moi qui n’ai jamais eu la religion des mots

et ne suis pratiquant de  leur culte absolu

moi qui ne crois pas que la poésie tînt d’eux

bien que je  connaisse et  leur vin et leur ivresse ;

moi qui dans leur foule ai plutôt grande tendresse

pour les plus communs, les plus simples, les plus pauvres,

tout en ayant parfois du goût pour les plus rares)

qu’ils viennent me chercher parmi  les amnésiques

comme un enfant perdu au milieu de la foule

qu’une amie en passant par hasard reconnaît

qu’ils viennent et me retrouvent, me prennent par la main

et qu’il me reconduisent vers le pain partagé,

vers la table commune et le jour ordinaire

où  l’on parle non pas pour s’écouter parler

mais  pour  s’entendre…  et même peut-être se comprendre…