Jacques SAPIR : L’Union Européenne, le fascisme mou

Dans deux récentes notes parues sur son blog, Jacques constate dans le premier texte le caractère fascisant de l’ et la nécessité d’un front. Deux points que les militants du PRCF portent dans le champ politique depuis longtemps et qui sont donc visiblement de plus en plus partagés.

Il argumente dans le second texte le fait que l’Euro, c’est les USA.

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/segesta3756/170615/la-grece-l--et-la-souverainete-par-jacques-sapir

La Grèce, l’Europe et la souveraineté

Par Jacques Sapir · 15 juin 2015

Quelle image restera-t-il de l’Union européenne à la suite de la crise grecque ? En effet, quelle que soit l’issue de cette crise, que cette dernière se solde par un défaut de la Grèce et une probable sortie de la zone Euro, par la reconnaissance du bien-fondé de la position grecque et un traitement politique de la dette, ou par une capitulation du gouvernement grec, les conséquences de cette crise sur l’UE et son image seront très profondes. La crise aura mis en pleine lumière l’opacité des processus de décision au sein tant de l’UE que de l’Eurogroupe ou de la Banque Centrale Européenne. Elle aura souligné le caractère anti-démocratique de nombre de ces décisions et son aversion profonde quant à la souveraineté des peuples. L’Union européenne, sans s’en rendre compte, a assumé le rôle de la défunte Union soviétique en développant l’équivalent d’une doctrine de la « souveraineté limitée ». Quel que soit donc l’issue de cette crise, son impact sur l’image de l’UE sera désastreux.

Le non-dialogue et ses fondements

Les conditions de gestion de cette crise ont été désastreuses, mais c’est un désastre dont la Commission européenne porte l’entière responsabilité. Dès l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement grec (l’alliance entre SYRIZA et les souverainistes de l’ANEL) il était évident que le cadre de la négociation ne pouvait être celui du « mémorandum ». Cette réalité a été refusée par les négociateurs de l’Eurogroupe qui ont constamment cherché à ramener le gouvernement grec à un cadre que ce dernier rejetait. La Commission européenne, et les diverses « institutions » européennes, ont affecté de croire que la négociation portait sur les montants d’aides alors que le gouvernement grec proposait de sortir de cette logique de l’aide et de traiter politiquement le problème de la dette, comme il fut fait en 1953 avec la dette de l’Allemagne. Ce refus de la part de la Commission d’entendre ce que lui disait le gouvernement grec a conduit à la transformation de ces négociations en ce que le Ministre grec des Finances, M. Yanis Varoufakis, appelle une « guerre »[1]. Comme l’on pouvait s’y attendre, cela a entraîné un durcissement de la position grecque. Aujourd’hui on assiste à une alliance de fait de la gauche de SYRIZA avec les souverainistes de l’ANEL, alliance qui conditionne largement l’attitude du Premier ministre Alexis Tsipras[2].

Si l’on est aujourd’hui au bord du gouffre, c’est largement parce que l’Union européenne a poursuivi dans cette négociations des objectifs eux aussi politiques : faire plier la Grèce afin de garantir qu’une remise en cause du cadre austéritaire voulu par l’Allemagne et par les pays qui ont accepté le rôle de vassaux de cette dernière, et il faut ici parler de l’Espagne, de la France et de l’Italie, ne puisse être remis en cause par des voies démocratiques. Progressivement, dans le printemps 2015, il est donc devenu évident que ce que cherchait l’Union européenne ce n’était point un accord avec la Grèce mais la reddition en rase campagne du gouvernement grec. Quelle que soit l’issue finale de ces « négociations », les peuples européens auront donc compris que du côté de Bruxelles il n’y avait que foi punique, et que M. Juncker ne pensait qu’à une paix carthaginoise.

De ce point de vue, et cela a une énorme importance, l’Union européenne a perdu la bataille de l’image. Elle s’est révélée telle qu’elle est en elle-même : une structure d’oppression et de répression, un ensemble profondément anti-démocratique. La réputation de l’Union européenne est désormais entachée par son comportement par rapport à la Grèce.

L’Union européenne telle qu’en elle-même

UE-dictature1L’Union européenne se présentait comme une construction nouvelle, ni un « super-Etat » ni une simple association. En affirmant péremptoirement, par la bouche de M. Barroso, que l’UE est un projet « sui generis »[3], les dirigeants européens s’exonèrent de tout contrôle démocratique et enterrent ainsi le principe de souveraineté nationale, mais sans le remplacer par un autre principe. C’est le fait du Prince dans toute sa nudité. Ceci fut réaffirmé, de manière plus brutale, par Jean-Claude Juncker, le successeur de l’ineffable Barroso à la tête de la commission européenne : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »[4]. Cette révélatrice déclaration date de l’élection grecque du 25 janvier 2015, qui justement vit la victoire de SYRIZA. En quelques mots, tout est dit. Le Droit Constitutionnel, autrement dit les normes par lesquels nous nous donnons des règles afin d’organiser notre vie en communauté, se concentre normalement sur la question de la Souveraineté. Or, c’est cette question que les oligarques de Bruxelles et Francfort voudraient bien faire disparaître. On a bien vu le schéma mis au point, consciemment ou inconsciemment, à Bruxelles, et que révèle tant le discours de Barroso que la déclaration de Juncker n’a pas d’autres fins que d’exclure la souveraineté et de laisser les dirigeants de l’Union européenne sans contrôle démocratique sur leurs actes. Mais, la déclaration de Juncker va même plus loin[5]. Elle refuse à un pays le droit de remettre en cause des décisions prises dans les traités. Nous sommes bien aujourd’hui dans le cadre d’une nouvelle « souveraineté limitée ». Ces termes reprennent le discours de l’Union soviétique par rapport aux pays de l’Est en 1968 lors de l’intervention du Pacte de Varsovie à Prague. Ils affectent de considérer les pays membres de l’Union européenne comme des colonies, ou plus précisément des « dominion », dans le cadre du Commonwealth, dont la souveraineté était soumise à celle de la métropole (la Grande-Bretagne). Sauf qu’en l’occurrence, il n’y a pas de métropole. L’Union européenne serait donc un système colonial sans métropole. Et, peut-être, n’est-il qu’un colonialisme par procuration. Derrière la figure d’une Europe soi-disant unie, mais qui est aujourd’hui divisée dans les faits par les institutions européennes, on discerne la figure des Etats-Unis, pays auquel Bruxelles ne cesse de céder, comme on l’a vu sur la question du traité transatlantique ou TAFTA, ou encore en ce qui concerne la crie ukrainienne.

Retrouver la souveraineté, reconstruire l’Etat, refonder la démocratie

Cette révélation de la vraie nature de l’Union européenne conduit certains auteurs à la comparer à un «  mou »[6]. Laurent de Sutter, professeur de droit et directeur de collection aux Presses universitaires de France, donne ainsi cette explication : « Ce délire généralisé, que manifestent les autorités européennes, doit être interrogé. Pourquoi se déploie-t-il de manière si impudique sous nos yeux ? Pourquoi continue-t-il à faire semblant de se trouver des raisons, lorsque ces raisons n’ont plus aucun sens – ne sont que des mots vides, des slogans creux et des logiques inconsistantes ? La réponse est simple : il s’agit bien de fascisme. Il s’agit de se donner une couverture idéologique de pure convention, un discours auquel on fait semblant d’adhérer, pour, en vérité, réaliser une autre opération »[7].

Il convient alors d’en tirer toutes les conséquences, même si la formule de « fascisme mou » peut choquer. Il est clair aujourd’hui que le combat visant à recouvrer la souveraineté est un préalable essentiel. On ne pourra débattre des questions importantes qu’une fois que cette souveraineté sera rétablie et l’Etat reconstruit. C’est en cela qu’il faut saluer la décision, même si elle apparaît bien tardive, de Jean-Pierre Chevènement de quitter le MRC (qu’il avait fondé) pour se situer dans un espace de débat transcendant les « …sensibilités historiques car on ne sortira pas la France de l’ornière sans cela »[8]. Il est désormais clair que les divergences ne se feront plus sur un axe « droite-gauche », du moins tant que la question de la souveraineté ne sera pas tranchée. « Il n’y a d’irrémédiable que la perte de l’Etat » avait dit Henri IV[9]. Quand il fit cette déclaration devant les juges de Rouen, car un Parlement à l’époque était une assemblée de juges, il voulait faire comprendre qu’un intérêt supérieur s’imposait aux intérêts particuliers et que la poursuite par les individus de leurs buts légitimes ne devait pas se faire au détriment du but commun de la vie en société. En redonnant le sens de la Nation, il mit fin à la guerre civile. Nous en sommes là aujourd’hui. On peut le déplorer mais il faut le constater, et en tirer les conséquences qui s’imposent.

Il est donc clair aujourd’hui que devrait se dessiner un front uni des souverainistes. Contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas une formule facile. Comme tout front uni, il n’est pas appelé à être une formule magique, produisant une unanimité factice, mais un instrument tactique visant un objectif politique précis. Il imposera, à terme, que l’on distingue bien les critiques qui pourraient être faites au sein de ce front, de celles que nous devrions réserver à nos ennemis.

Notes

[1] http://www.euractiv.com/sections/euro-finance/varoufakis-greeces-creditors-have-turned-negotiations-war-315247

[2] Evans-Pritchard A., « Syriza Left demands ‘Icelandic’ default as Greek defiance stiffens », The Telegraph, 14 juin 2015, http://www.telegraph.co.uk/finance/11673989/Syriza-Left-demands-Icelandic-default-as-Greek-defiance-stiffens.html

[3] Comme Manuel Barroso, Barroso J-M., Speech by President Barroso: “Global Europe, from the Atlantic to the Pacific”, Speech 14/352, discours prononcé à l’université de Stanford, 1er mai 2014

[4] Juncker J-C, « La Grèce doit respecter l’Europe», Le Figaro, 29 janvier 2015, http://www.lefigaro.fr/international/2015/01/28/01003-20150128ARTFIG00490-jean-claude-juncker-la-grece-doit-respecter-l-europe.php

[5] Voir l’analyse qu’en fait C. Delaume, « Du traité constitutionnel à Syriza : l’Europe contre les peuples », in Le Figaro-Vox, 2 février 2015, http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/02/02/31001-20150202ARTFIG00405-du-traite-constitutionnel-a-syriza-l-europe-contre-les-peuples.php

[6] De Sutter L., « La raison délirante de l’Europe, un nouveau fascisme mou ? », in Libération, 10 février 2015, http://www.liberation.fr/monde/2015/02/10/la-raison-delirante-de-l-europe-un-nouveau-fascisme-mou_1199605

[7] Idem.

[8] Le Figaro, « Chevènement veut un «mouvement d’idées» allant de Mélenchon à Dupont-Aignan », 15 juin 2015, http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2015/06/15/25002-20150615ARTFIG00090-chevenement-veut-un-mouvement-d-idees-allant-de-melenchon-a-dupont-aignan.php

[9] Discours de Henri IV au Parlement de Rouen en 1597.

L’Euro est il soluble dans les Etats-Unis ?

Par Jacques Sapir · 19 juin 2015

Alors que l’on se rapproche de plus en plus de l’hypothèse d’un défaut de la Grèce, deux lignes d’arguments commencent à être développés par les eurolâtres de tout poil : la « catastrophe » qu’une sortie de l’Euro entraînerait pour la Grèce, mais aussi, plus subtilement, le fait qu’une telle sortie, affaiblissant, voire compromettant la survie de l’Euro, ferait en réalité le jeu des Etats-Unis. Cet argument est aujourd’hui mobilisé tant par des hommes politiques du centre-droit (François Fillon et Alain Juppé) que du centre gauche (essentiellement au P « S »).

Sur le premier argument, je renvoie les lecteurs à ce que j’ai écrit, et ce que tout le monde connaît. La situation de la Grèce est – hors le problème de la dette – relativement assainie aujourd’hui avec un quasi-excédent primaire (autrement dit les dépenses « hors dettes » sont couvertes par les recettes) et un déficit extrêmement faible de la balance commerciale. Une dépréciation de la nouvelle monnaie (la Drachme ?) de 20% à 30% serait suffisante pour que la Grèce devienne excédentaire du point de vue de la balance commerciale. Quant au risque d’inflation, compte tenu des pressions déflationnistes extrêmement fortes aujourd’hui dans l’économie grecque, il est des plus réduit. Une dépréciation de -30% devrait entraîner une hausse des prix de 6% la première année et de 4% la seconde. C’est donc le second argument qui apparaît le plus « intéressant » car il cherche à retourner la réalité des faits.

1.   Aujourd’hui (et depuis en réalité 2010) les Etats-Unis ont pris position en faveur de l’Euro

Ce sont eux qui ont fait pression sur le FMI pour qu’il assouplisse sa position. Mais, nous ne sommes plus dans la situation des années 1980 ou 1990. Les Etats-Unis ne sont plus tout puissants au sein du FMI, même s’ils conservent une voix dominante. Cela explique en partie les embardées dans la communication de cette institution, qui d’une part reconnaît que la dette grecque n’est pas soutenable, et de l‘autre exige le paiement des intérêts. Mais il faut savoir que les prêts du FMI se font, en général, hors des conditions de marché, et que leur contrepartie est que ces prêts ne peuvent être renégociés que dans un cadre global, si tous les acteurs (et tous les prêteurs) sont d’accord pour une telle renégociation. De plus, Mme Christine Lagarde, l’actuelle directrice du FMI, doit tenir compte non seulement des voix allemandes au sein de l’organisation mais aussi de la diversité des opinions selon les divers départements du FMI. Présenter le FMI comme un « obstacle » à un règlement est faux. Le véritable obstacle n’est pas sur les bords du Potomac, mais à Berlin. Dire cela n’excuse pas les erreurs qui ont été commises par le FMI sur la question grecque, mais doivent cependant conduire à les relativiser. La Commission de Européenne et la Banque Centrale Européenne ont eu une politique bien plus nocive que le FMI, et les conséquences de cette politique ont été largement plus désastreuses que celles du FMI.

2.   Les Etats-Unis ont en réalité un double intérêt à la survie de l’Euro

Commercialement tout d’abord, le fait que dans une monnaie « européenne » il y ait l’Allemagne implique une surévaluation relative de cette monnaie par rapport au Dollar des Etats-Unis. On le constate encore aujourd’hui. Si l’Euro éclatait, ce qui est – et le fait que cela soit reconnu depuis quelques jours du fait de la crise grecque est un immense pas en avant – désormais probable en cas de défaut de la Grèce, le mouvement des monnaies nationales serait une dépréciation pour le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la France et la Belgique, et une appréciation pour l’Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande. Or, les Etats-Unis achètent des biens industriels (des machines et des voitures à l’Allemagne) et vendent des produits aux autres pays. Ces mouvements de parité limiteraient leur capacité à vendre des produits (en Europe du Sud) mais rendraient plus onéreux les achats à l’Allemagne. Ils n’ont donc aucun intérêt commercial à un éclatement de l’Euro
Financièrement, la crise et la spéculation sur l’Euro servent de bouclier au Dollar des Etats-Unis qui, si toute l’attention nécessaire lui était consacrée montrerait des signes de faiblesses bien plus important qu’actuellement. Un Euro malade, mais maintenu en vie par des opérations artificielles, est en réalité dans les intérêts des Etats Unis. D’ailleurs, si l’on regarde l’évolution des monnaies utilisées comme réserves dans les Banques Centrales, on constate que, jusqu’en 2007, le dollar a plutôt profité de l’existence de l’Euro. Sa part s’est légèrement accrue. Présenter l’Euro comme un « anti-Dollar » est un travestissement des faits comme on peut le constater dans le graphique suivant.

Graphique 1

Sources : FMI

3.   Il est cependant clair que nous vivons le crépuscule du système monétaire international dominé par le Dollar. Mais, l’Europe (et plus précisément les pays européens) est relativement muette quant au système monétaire international

Les pays européens sont en réalité accaparés par les tentatives de faire survivre l’Euro qui a dépassé depuis longtemps sa date de péremption. En fait, l’existence de l’Euro est en réalité un obstacle à l’émergence d’une position européenne cohérente sur la réforme du système monétaire international. Alors que, dans les années 1960, puis 1970 et 1980, la France et l’Allemagne ont été porteuses de demandes très précises quant à une réforme du système monétaire international, depuis la mise en place de l’Euro, et en fait depuis la période préparatoire à cette mise en place, ces pays ont été absent d’une réelle réflexion sur l’architecture du système monétaire international. Ces deux pays se sont ralliés à l’idée d’une libéralisation absolue des mouvements de capitaux quitte à découvrir, come c’est le cas avec la crise grecque, qu’une telle liberté n’est pas sans entraves pour l’existence d’une politique monétaire indépendante. La France et l’Allemagne ont abandonné aux pays émergents, et concrètement à la Russie et à la Chine, l’initiative d’une remise en cause du système actuel dont les défauts sont désormais évidents. Que le rôle des pays émergents soit important était inévitable, et constitue même une bonne nouvelle en permettant de penser une réforme possible vers un système moins dépendant de la puissance américaine. Mais, le silence sur cette question de la France et de l’Allemagne, pour ne parler que de ces pays, aura des conséquences. La désertion de ce combat se fera à nos dépens. On peut donc considérer que l’existence de l’Euro, loin d’être la base d’une contestation du rôle du Dollar et de l’ordre monétaire international actuel, contribue en réalité à le renforcer.

4. Ce silence face aux Etats-Unis se combine avec une complaisance pour des projets de traités (le TAFTA) dont la nocivité est de plus en plus évidente

Il est évident aujourd’hui que les Etats-Unis cherchent à imposer aux pays européens à la fois une réduction des normes (en particulier dans le domaine sanitaire et écologique) mais aussi la prédominance des tribunaux d’arbitrage privés sur le droit des Etats. Quand François Fillon a fait sa déclaration sur la nécessité d’une « révolte européenne », il pensait probablement à cela. Mais, il faut comprendre qu’aujourd’hui il est bien seul chez les « Républicains » à défendre une telle position. Les dirigeants socialistes semblent eux aussi prêts à toutes les compromissions qu’ils déguiseront du manteau d’une « défense de l’unité européenne ». Très clairement on mesure ici que l‘Euro et la dimension « européenne », conçue comme un cadre supranational, sont un obstacle à toute politique réellement indépendante et nous conduisent vers la soumission, dans les faits si ce n’est dans le droit, aux Etats-Unis.