La lutte idéologique et la défense de la Révolution par Angeles Maestro

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La lutte idéologique et la défense de la

red rojaCommunication présentée au VII Rencontre Andalouse de Solidarité avec Cuba le 4 juin 2016

 Ángeles Maestro – Traducción – www.redroja.net

À mesure que la crise s’approfondit, redouble la barbarie. L’impérialisme a recours à des coups d´état plus au moins « mous » – c’est le cas en Amérique latine ou de l’invasion de pays dans le Moyen Orient. Les attaques militaires à des pays de la périphérie – comme Iraq, la Libye ou la Syrie – correspondent à la manipulation informative la plus exhaustive utilisée comme arme de destruction massive de consciences dans les pays du centre du système.

La chute de l’URSS et, avec elle, celle du dit Bloc de l’Est, a poussé nombre de ceux qui se proclament de la gauche politique, à théoriser   sur un monde idyllique dans lequel il serait possible que les peuples puissent dessiner ses propres modèles de développement sans des menaces militaires. La guerre dévastatrice contre l’Iraq en 1991, menée par les EE.UU. et d’autres pays européens avec la collaboration des Bases militaires de l’OTAN, montre clairement, d’une façon rapide et brutale, qui continue à détenir l’hégémonie et avec quel degré de cohérence est-il disposé à intervenir pour le montrer.

Dans le cadre d’une crise générale du capitalisme de plus en plus aiguë, l’escalade de la guerre et du terrorisme d’État qui ravage depuis lors une bonne partie de la planète – perpétrée par les impérialismes nord-américain et européen – ensemble avec l’inséparable sionisme –  fait que pour définir la situation soient nécessaires des concepts comme « Guerre-monde » et « État de guerre ». C’est à partir de ce point de vue que le Forum contre la Guerre Impérialiste et de l’OTAN fait ses analyses.[1]

À l’occasion de la I Guerre Mondiale la bourgeoisie européenne l’a appris très bien, la neutralisation de la opposition à la guerre même – et la prise de conscience que cela génère – de la part de la même classe ouvrière est plus important que les victoires dans les fronts de guerre, La crise capitaliste, avec l’énorme tension que la situation de guerre génère, ouvre des processus sociaux d’une instabilité profonde pour les classes dirigeantes qui peuvent devenir dans des processus révolutionnaires comme le montrèrent la Commune de Paris et la Révolution d’Octobre.

La lutte idéologique dans des pareils moments historiques – et ceux que nous vivons se ressemblent de plus en plus – est déterminante.

L’utilisation du prestige d’intellectuels, notamment de ceux qui autrefois ils défendirent des positions de gauche, est devenue, depuis la fin de la II Guerre Mondiale, une arme privilégiée au service de la destruction de la conscience anti-impérialiste des peuples. Le magnifique et très documenté travail de Frances Stonor Saunders « La CIA y la guerra fría cultural » [La CIA et la guerre froide culturelle] (2001) ne laisse pas lieu à l’accusation de paranoïa conspirative si souvent utilisée contre ceux qui signalent la longue main – comblée de pots de vin ou facilitations –  des entreprises culturelles du capital dans les brusques changements de position de la part de pas mal d’intellectuels et d’artistes.

L’un des indicateurs les plus expressifs de la confusion idéologique qui règne dans la gauche est le fait que les plus sauvages impérialismes puissent continuer à utiliser – avec quelque crédibilité dans ces domaines – l’argument de la défense des droits de l’homme et des libertés, tant pour justifier l’invasion de  pays comme pour évaluer la légitimité d’États qui sont résultats de processus révolutionnaires.

Un outrage pareil peut seulement se frayer chemin quand on oublie que le fait structurel définitoire de la société capitaliste est la contradiction entre capital et travail et, par conséquent, que les mêmes concepts de droits de l’homme ou de liberté, génériques, sont une mystification. C’est pour cela que la lutte de la bourgeoisie – qui n’oublie jamais quels sont ses intérêts – part toujours de la négation de l’existence de classes sociales antagoniques et de peuples opprimés par l’impérialisme.

Un outil très utilisé – et peu analysé – au service de cette monumentale stratégie de confusion est le concept d’Europe comme instance « sociale et démocratique » face à l’impérialisme nord-américain, censé plus cruel. La dure réalité montre comment les intérêts des censées cultes bourgeoisies européennes ont fait couler, et continuent à le faire, des fleuves de douleur et de mort dans leurs colonies et ex-colonies. Les différences avec  les EE.UU. en ce qui concerne la brutalité militaire seulement peuvent se mesurer en fonction de leurs capacités d’armement  – toujours extrêmement supérieures à celles du pays attaqué – et pas en fonctions de ses intentions.

Dans les temps de la colonisation américaine on employa le prétexte de l’évangélisation pour perpétrer de massacres et pillages. Plus tard, le cas plus pervers au même temps qu’emblématique c’est peut-être celui de l’impérialisme français justifiant le colonialisme avec le prétexte d’apporter la « liberté, l’égalité et la fraternité » à des peuples dits « arriérés ».

La plaidoirie plus brillante contre l’hypocrisie « civilisatrice » européenne ce sont les paroles de Franz Fanon dans « Les Damnés de la terre » qui montrent au même temps comment ce qu’on appelle « État de bien-être » a été construit sur le sang des peuples saccagés : « Le bien-être et le progrès de l’Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres des Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes. Cela nous décidons de ne plus l’oublier ». Quand un pays colonialiste, gêné par les revendications d’Independence d’une colonie, proclame s’adressant aux dirigeants nationalistes : « si vous voulez l’indépendance prenez-la et retournez au Moyen-âge », le peuple nouvellement indépendant a tendance à acquiescer et à relever le défi. Et l’on voit effectivement le colonialisme retirer ses capitaux et ses techniciens et mettre en place autour du jeune État un dispositif de pression économique. L’apothéose de l’indépendance se transforme en malédiction de l’indépendance. La puissance coloniale par des moyens énormes de coercition condamne à la régression la jeune nation. En clair, la puissance coloniale dit: « Puisque vous voulez l’indépendance, prenez-la et crevez. » Les dirigeants nationalistes n’ont alors d’autre ressource que de se tourner vers leur peuple et de lui demander un effort grandiose. De ces hommes affamés on exige un régime d’austérité, à ces muscles atrophiés on demande un travail disproportionné. Un régime autarcique est institué et chaque État, avec les moyens misérables dont il dispose, tâche de répondre à la grande faim nationale, à la grande misère nationale. On assiste à la mobilisation d’un peuple qui dès lors s’éreinte et s’épuise face à l’Europe repue et méprisante.» (…) « Castro siégeant en tenue militaire à l’ONU ne scandalise pas les pays sous-développés. Ce que montre Castro, c’est la conscience qu’il a de l’existence du régime continué de la violence. L’étonnant, c’est qu’il ne soit pas entré à l’ONU avec sa mitraillette »[2].

Effectivement, bien que Fanon parle dans son œuvre surtout de l’Afrique, ce texte semble écrit en pensant à Cuba. Surtout parce que c’est à la Révolution Cubaine, avec la Chinoise et la Vietnamienne, qu’appartient le privilège de mettre au jour en même temps des processus de libération nationale et de construction du socialisme.

J’ai utilisé ce texte palpitante, qui dévoile toute l’hypocrisie de la bourgeoisie impérialiste européenne – y compris celle de quelques partis de gauche comme Ho Chi Min le dénonça devant le Congrès International  Communiste[3] – pour montrer que la plus grave colonisation est celle qui envahit les organisations de gauche, pour ainsi démolir plus facilement la conscience de la classe ouvrière et des gens des pays centraux de l’impérialisme.

J’essaie à travers les mots de Fanon, d’alerter contre cette gauche – une moitié ignorante, une autre moitié complice – qui réclame le retour du plus important leurre social-démocrate, l’État du Bien-être. Cet “état” qui est arrivé dans un moment concret de l’histoire, dans une corrélation déterminée de forces marquée par l’existence de l’URSS et la victoire contre le fascisme et dans le space qui est le nôtre, s’est produit aux dépens d’un développement important du pillage des pays périphériques. “Chaque fois il nous faut plus de tonnes de sucre pour acheter un tracteur” disait Fidel Castro à l’époque.

Je veux aussi souligner l’énorme violence implicite dans le pillage impérialiste face à la niaiserie de cet esprit pacifiste qui – au-delà de l’accusation légitime et indispensable de la guerre – essaie de nier le droit inaliénable des peuples à se défendre et à résister avec les armes.

L’objectif du pouvoir n’est seulement pas d’empêcher qu’une solidarité internationaliste entre les peuples se développe, mais d’obtenir – comme il l’a déjà fait en partie – que les “intellectuels” de la gauche européenne – “autour d’une table bien approvisionnée, une nappe importée et un vin vieilli”[4] – se convertissent en censeurs de l’accomplissement des “droits de l’homme” de la part des gouvernements de pays oppressés ou de gouvernements révolutionnaires[5].

La persécution à l’encontre de Cuba de la part des media, c’est probablement celle qu’a été menée avec le plus d’acharnement et persistance tout au long de l’histoire. La professeur Ángeles Diez, camarade du Forum contre la Guerre Impérialiste et l’OTAN, a écrit d’importantes analyses à propos de la manipulation médiatique à l’égard de Cuba et de Venezuela[6].

Le cas des exécutions de 2003. El País et ses « intellectuels » orchestrent encore une fois l’attaque contre Cuba.

J’apporte ici comme exemple certains événements difficiles pour Cuba et particulièrement éclairants. C’est ici que s’est révélé avec toute clarté la féroce attaque médiatique, représentée surtout par le journal espagnol El País, le silence sur la très grave situation de harcèlement que vivait Cuba à ces moments-là, le rôle pénible des « intellectuels »  au service du Group PRISA et l’humble mais très digne réponse de l’Alliance d’Intellectuels Anti-impérialistes.

En avril 2003 – en pleine invasion américaine d’Iraq – et dans le cadre d’une formidable escalade d’attaques contre Cuba juste après l’arrivée de G. Bush à la présidence, Cuba a fusillé trois délinquants qui avec un pistolet et cinq armes blanches essayèrent de séquestrer une embarcation de passagers.

Le récit des événements qu’on vivait dans l’île c’est Fidel qui le fit magistralement dans le cadre d’une Comparution spéciale le 25 avril de cet année-là, dont la lecture je recommande vivement[7]. Ce même mois un avion DC-3 cubain avec des passagers fut kidnappé et dévié à Miami. Les États-Unis n’ont pas rendus les ravisseurs pour être traduits en justice ce qui a encouragé à d’autres. Le 26 mars, l’USAID annonça la concession de fonds pour le projet de transition  en Cuba de l’Université de Miami pour un montant d’un million de dollars.  Une nouvelle tentative de kidnapping d’un avion de passagers, cette fois-ci avortée,

eut lieu le 31 mars. Á compter du 19 mars, lors de l’enlèvement du DC-13, on enregistra 29 projets de séquestration par la force de bateaux et d’avions ce qui n’arrivait pas depuis très longtemps. Le 2 avril s’est produit un nouvel enlèvement d’autre embarcation cubaine, avec 50 personnes à bord, 6 enfants et 5 étrangers.

C’est dans ce cadre de harcèlement croissant contre Cuba que  les trois sentences à mort se sont appliquées. On vivait dans cette période -Fidel l’explique avec précision- une grande escalade  de tension de guerre internationale : la destruction par l’OTAN de la République Fédérale de Yougoslavie, l’invasion de l’Afghanistan par la même Alliance, au même temps que la criminelle invasion de l’Iraq, sans oublier, comme le rappelle le Comandant, les exécutions extrajudiciaires des militants d’ETA de la main du gouvernement de Felipe González.

Le 7 juin de 2003, El País publiait toute une page avec ce titre : « Lettre ouverte contre la répression en Cuba » avec de signatures « du monde de la culture » promue par la Fundación Encuentro ;à la tête des signataires, Carlos Alberto Montaner, déclaré coupable en Cuba de terrorisme.

J’insiste sur ce personnage parce que c’est dans lui qu’ils déposent sa confiance ces « cinq-cents intellectuels » qui adhèrent à la plaidoirie contre la révolution cubaine. Montaner est sorti de Cuba en 196 ; en 1963 il s’intègre dans un group sélectionné par la  CIA et il est entraîné en Fort Benning (EEUU). Dès 1970 il réside à Madrid et il est connu comme fondateur de la Plateforme Démocratique Cubaine parrainée par la CIA pour intensifier le blocus contre Cuba, empêcher les investissements et renforcer l’isolement.

La façon sur laquelle cet organisme est basé est très illustrant. En 1991, après l’enfoncement de l’URSS et quand tout le monde attendait la chute de la Révolution Cubaine, Montaner adressa une lettre à de divers dissidents en les encourageant à créer la Plate-forme Démocratique Cubaine. La manière dans laquelle il reflète ses intentions sans ambages pourrait même être considérée une analyse marxiste. Dans cette missive, qui a été interceptée par les autorités cubaines cachée à l’intérieur d’une chaussure dans l’aéroport de La Havane, Montaner – en reflétant le “authentique” des idées politiques de ses intégrants – s’exprimait ainsi : “Cette institution [la Plate-forme] est composée de trois partis liés à autant de tendances idéologiques : libéraux, démocrates et sociale-démocrates. Ces trois tendances appartiennent à un arc démocratique commun, et cohabitent plus ou moins harmonieusement dans le même système d’économie de marché, pluralisme politique et défense des libertés. Si nous aurions à faire des différences – toujours nuancées- il faudrait dire que les démo-chrétiens mettent l’accent sur un certain ordre, les sociale-démocrates sur la justice, et les libéraux sur les libertés individuelles. Cela, bien entendu, seulement comme référence immédiate, parce que dans la vie quotidienne les limites sont beaucoup plus vagues. (…) Supposons qu’Elizardo, Payá, Mariela/Luque, Gustavo Arcos, Indamiro Restano décident de donner une vie à la Plate-forme à l’intérieur de l’Île. Cela peut être fait en assumant chacun la représentation de l’un des partis qui constituent la Plate-forme à l’extérieur. Gustavo, par exemple, s’il se sent confortable, même Mariela/Luque, peut assumer la présidence de l’Union Libérale Cubaine à l’intérieur de l’Île. Payá peut faire de même avec la Démocratie Chrétienne. Elizardo et Restano, qui se sont mus dans l’environnement social-démocrate, peuvent incarner en Cuba la Coordinatrice Social-démocrate … (…) Ce document pourra être sorti du pays par une délégation internationale formée par un libéral, un sociale-démocrate et un démocrate-chrétien, envoyés à Cuba à cette fin ; sitôt arrivés à l’étranger (à Caracas, Madrid, ou à Berlin, par exemple) ils doivent donner une conférence de presse et annoncer la constitution formelle de la Plate-forme à l’intérieur l’Île. Simultanément, nous aurions tout préparé pour annoncer à grand bruit la consolidation en Cuba d’une opposition modérée, respectable et avec une grande reconnaissance internationale (…) De plus … la Plate-forme reprendra dans sa faveur, – en faveur de la cause de la liberté de la Cuba – le poids de centaines (souligné dans l’original) des partis politiques du monde entier, et ouvrir la voie à l’aide que les Fondations européennes destinent aux causes politiques. Chaque International a au moins une Fondation qui a l’habitude de contribuer économiquement aux groupes affiliés… “[8]

Ce personnage est  le promoteur du susdit texte, publié dans El País, où l’on accuse Cuba d’utiliser  « la commotion internationale générée par la guerre d’Iraq »  pour « réprimer la dissidence », tout en ignorant les faits dévastateurs qui témoignent justement le contraire. Les arguments étaient les mêmes que El País brandissait  dans son éditoriale du 12 avril : « Que depuis 43 ans de pouvoir absolu, et à l’abri de la guerre d’Iraq, Fidel Castro ait déchainé la plus grand vague de répression de la dernière décade, montre jusqu’à quel point il craint pour la survie du régime pétrifié qu’il incarne et qui méprise l’opinion internationale. Son recours à des méthodes relevant plutôt du communisme c’est un rappel brutal de que avec  un Castro vif n’importe quelle possibilité de démocratisation de Cuba est un songe ».

Le 6 juin la UE avait adopté des sanctions économiques contre Cuba sur proposition de l’ et que d’autres pays assumaient : « L’Union Européenne, les pays candidats et ceux de l’Espace Économique Européen annoncèrent hier le début d’une série de sanctions diplomatiques contre Cuba. À travers une lettre ouverte adressée  à la  Communauté internationale, l’UE déplore les exécutions et les détentions massives  des dernières semaines et demande la liberté immédiate de tous les prisonniers politiques. L‘UE avait déjà laissé en suspens les négociations pour incorporer Cuba dans les accords commerciaux de préférence auxquels l’Île voulait s’adhérer »[9].

Le texte du 7 juin venait légitimer ces sanctions de la « démocratie européenne » promues sans doute par le gouvernement d’Aznar, mais aussi appuyées chaleureusement par le PSOE et la social-démocratie européenne. Entre les signatures apparaît la liste habituelle d’intellectuels du group Prisa comme Pedro Almodóvar, Ana Belén, Víctor Manuel et Joaquín Sabina. Parmi les politiciens, dirigeants du PSOE comme Jose Mª Maravall o Joaquín Leguina et Gaspar Llamazares à l’époque coordinateur générale de IU. Face au grave scandale surgi entre la militance de cette dernière organisation, au point de demander sa démission, Llamazares publia – deux jours après ! – une lettre où il disait qu’on avait ajouté sa signature sans son consentement.  Entre temps les cinq héros cubains étaient déjà dans les geôles d’EE.UU.

Quelques jours après, et justement dans El País, on publiait  – comme publicité payée et dans la section culture –  une demi-page avec un manifeste intitulé « Avec Cuba, contre l’Empire ! » avec une centaine de signatures, promu par l’Alliance  d’Intellectuels Anti-impérialistes[10] dans lequel on lisait[11] : Les soussignés/ées nous dénonçons avec inquiétude et indignation la croissante débilité du monde de la culture face aux pots-de-vin et les chantages du pouvoir. Dans ce sens, nous considérons spécialement grave la « Lettre ouverte contre la répression en Cuba » publiée le 7 juin dans le journal El País et signée par plus de cinq-cents autoproclamés « intellectuels, artistes et politiciens du monde démocratique ». La « lettre ouverte… »  ne dit rien sur l’embargo, rien sur les agents américains infiltrés en Cuba, et appelle « opposition pacifique »  les sicaires et les conspirateurs payés par Washington. Comment est-il possible un tel aveuglément –ou hypocrisie – chez tels paladins du « monde démocratique » ? Ont-ils oublié que Cuba est dans une situation de siège et de menace continuée d’invasion depuis plus de quatre décades? Reprocher aux cubains qu’ils se défendent des continuelles agressions de la part de la plus grande et plus impitoyable puissance de guerre du monde, c’est une attitude éthique si inadmissible  comme l’invasion d’Iraq[12].

 

Il faut signaler que quelques signatures –comme celle de l’écrivaine Rosa Regás parmi d’autres – apparurent dans les deux communications. La raison en est que, face à l’étonnement de quelques membres de l’Alliance en voyant sa signature dans le premier manifeste, sa réponse fut que Juan Cruz, fondateur et membre éminent de El País, lui avait demandé si elle était d’accord pour signer contre la peine de mort.

Ce qui est évident c’est que la crédibilité des campagnes orchestrées pour criminaliser des dirigeants de pays qui s’opposent  à l’impérialisme – ou bien pour justifier les attaques militaires qui les suivent – demande la complicité des « intellectuels » situés dans les domaines de la gauche. C’est le cas de tous ceux qui continuent dans la liste d’embauchés du Group Prisa ou d’autres moyens « alternatifs » comme Santiago Alba qui, dès l’appui aux « révolutions de couleurs » ou la lutte contre les « tyrans »,  ont joué un rôle très important pour justifier l’intervention de l’OTAN en Lybie ou de la « communauté internationale » en Syrie[13]. L’affaire devient plus grave s’ils peuvent y ajouter des dirigeants politiques d’organisations de gauche.  Sans entrer dans d’autres considérations plus profondes, ce qu’on ne peut pas nier, c’est que ces intellectuels ou dirigeants politiques ne peuvent pas plaidoyer ignorance.

Les droits de l’homme de tout le monde. Santé publique et Révolution

Aurait-on beau le répéter, jamais il le serait suffisamment : Cuba a les meilleurs indicateurs sociaux et concrètement en santé de toute l’Amérique latine. Le taux de mortalité enfantine  (TMI), l’indicateur plus sensible du niveau social d’un pays, à Cuba, entre 2014 et 2015, est de 4 pour chaque mil nés vifs. Cet indicateur place Cuba dans le premier rang de la région américaine, devant les EE UU (6/1000) et au même niveau que l’État espagnol[14]. Tout en étant un pays peu industrialisé, son TMI se place parmi les plus bas du monde. À l’égal que l’URSS, la Chine ou le Vietnam, Cuba casse la loi de fer qui fait coïncider le degré de développement économique avec les indicateurs de santé. Les révolutions socialistes sautent par-dessus ces barrières et font éclater les murs du sous-développement : ils étalent ce trésor, soigneusement caché par le système,  parce qu’il montre les limites du capitalisme et la validité humaniste, irréfutable, du socialisme. Comme on le sait, ce n’est pas une nouveauté, il a été impossible d’éviter la reconnaissance mondiale du  fait que, dès la Révolution, le TMI, les autres indicateurs de santé et l’ensemble des indicateurs sociaux de développement, se sont améliorés à pas de géant laissant très en derrière des pays capitalistes avec un niveau égal de développement.

Dans un article publié en 2006 dans l’International Journal of Epiemiology, Richard Cooper disait ceci: “Cuba est un exemple de la façon dont un modeste investissement dans les infrastructures combiné avec une stratégie en santé publique bien dessinée, peut générer des niveaux de santé pareils aux niveaux des nations plus industrialisées. Si l’expérience cubaine se généralisait à d’autres pays de maigres revenus, la santé du monde changerait ».

Sans vouloir ôter un puce de l’admiration qui méritent ceux qui dessinèrent la santé publique cubaine et récréèrent dans son pays le modèle socialiste soviétique, il faut affirmer que les réussites de son système sanitaire ne sont pas seulement la conséquence d’un programme technique qu’on puisse transplanter à d’autres pays pour y avoir les mêmes résultats.

Par exemple en 1984, des professionnels de l’État espagnol qui occupaient des postes directifs dans le Ministère de Santé – formés à Cuba – ont tenté de faire la réforme de l’Attention Primaire. Le fait a été que, dans très peu de temps, quelques Équipes d’Attention Primaire, pluridisciplinaires et avec assez de dotation de moyens, ont démontré que – sans le proposer expressément – elles pouvaient diminuer la dépense pharmaceutique 50 %. Le résultat a été que la dite réforme fut avortée par les pressions de l’industrie pharmaceutique.

La santé publique cubaine est inhérente à sa révolution. Exactement de la même façon que la santé, la maladie et la mort reflètent le mode de vie social et, dans des sociétés divisées en classes sociales, les inégalités abyssales devant la maladie et la mort[15]. À ce sujet je veux souligner quatre faits :

1 º Tandis que dans des sociétés capitalistes les indicateurs sociaux reflètent la moyenne de situations énormément  inégales en fonction de la classe sociale, en Cuba les déviations de la moyenne sont beaucoup plus petites. Il arrive comme dans le revenu per capita qui mette dans le même sac des situations si diverses comme celles d’un banquier et celles d’une chômeuse.

2 º L’accès à tout le système sanitaire, y compris toute sorte de médicaments, des dentistes et des ophtalmologistes, est absolument gratuit. Il s’est maintenu tel quel malgré le blocage et dans les conditions si dures de la “période spéciale”.

3 º Le comportement des indicateurs de santé dans des situations de grave crise a été tout à fait différent à Cuba de celui d’autres pays capitalistes. Pendant l’étape postérieure à l’enfoncement de l’URSS, dans laquelle Cuba a eu une chute du PIB proche de 30 %, les indicateurs de mortalité se sont maintenus stables. Ce qui  arrive systématiquement, dans des crises semblables dans des pays capitalistes, c’est une augmentation de la mortalité générale proche de 20 % et un développement du taux de suicides de 40 %.[16]

4 º Le facteur qui détermine dans une plus large mesure l’état de santé de la population est l’organisation sociale et la participation de la population dans les tâches de santé, ensemble avec personnel sanitaire. La structure sociale cubaine, en particulier l’intervention directe des Comités de Défense de la Révolution (CDR) dans les tâches de santé, est une condition inhérente au processus révolutionnaire, sans laquelle les réussites obtenues seraient impensables.

Bien que Cuba soit une puissance mondiale en biotechnologie et progressions médicales-chirurgicales, le pilier basique du système de santé est la médecine et l’infirmerie de famille[17]. Tant le docteur ou doctoresse comme l’infirmière ou l’infirmier vivent dans le propre quartier (d’à peu près 600 personnes) dans des maisons construites par les propres voisins. Le personnel sanitaire connaît parfaitement les voisins, comment ils/elles vivent, en quoi ils/elles travaillent, quels problèmes peuvent les affecter, etc. Les programmes de détection précoce sont faits avec la collaboration indispensable des membres du CDR, aidés par le voisinage. Ils reprennent et portent pour analyser l’urine de la femme enceinte pour que le diagnostic soit précoce, ils rappellent et accompagnent la personne hypertendue ou diabétique pour son contrôle périodique, ils organisent les clubs de 120 ans avec toute sorte d’activités psychophysiques pour les aînés, ils discutent avec le personnel médical les problèmes qui surgissent,… Les exemples sont infinis. Ce que j’essaie de détacher est que c’est la force spirituelle d’un peuple, qui a fait une révolution précisément pour mettre l’être humain au centre de la vie, l’artisan fondamental des réussites sanitaires et sociales.

Ce peuple a le droit et le devoir sacré de défendre sa Révolution

Ce n’est pas que de mots. Tous les peuples qui ont fait les révolutions sociales qui ont changé la structure du pouvoir politique et, surtout, ceux qui ont pris en main la propriété de leurs ressources naturelles et moyens de production, se sont trouvés face à la réaction organisée la plus féroce.

Et la tant décriée dictature du prolétariat n’est que l’utilisation de tous les moyens et la force nécessaire pour assurer le maintien de la Révolution.

On raconte que deux jours après la prise du Palais de l’Hiver en octobre 1917, quand quelqu’un est entré dans le bureau de Lénine, l’a trouvé en chantant et en dansant. Croyant qu’il pourrait avoir perdu la raison, il lui demande la cause de sa joie ; il répondit : “Nous avons résisté 48 heures!”

Après la Commune de Paris le prolétariat international conscient savait que c’était plus difficile soutenir la victoire que la conquérir. Et que, comme il est arrivé en 1871 et dans la guerre internationale contre le nouveau-né état soviétique, les confrontations  plus féroces entre les puissances capitalistes se dissolvent comme du sucre pour devenir la « Sainte Alliance » de la bourgeoisie  contre la classe ouvrière. Et que face à ça il n’y a que le poing de fer dans les moments algides, ainsi que la fermeté et toujours la vigilance révolutionnaire.

C’est pourquoi, dans les temps de crise capitaliste très grave que nous vivons, Cuba est modèle aussi, et surtout, dans la construction de pouvoir populaire. Comme correctement se détache du n º 2 de la revue Cuba + de Cadis: “Quand l’indignation a éclaté ici en Espagne, on parlait même d’une Spanish’s Revolution parce que beaucoup de gens allaient sur les places montrer sa force. Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour se rendre compte de qu’il n’y a pas de Révolution sans une structure de pouvoir populaire qui se construise là où les gens se rassemblent : dans les centres de travail, d’étude, dans les quartiers. L’histoire montre qu’il n’y a pas de Révolution sans prise du pouvoir et sans l’organiser dès la base au moyen de ses comités de défense. Comme il ne semble pas que cette fois-ci Spain va être différente[18], il ne serait pas donc mal d’apprendre de l’expérience des comités de défense de la Révolution (CDR) de Cuba…

Cette force puissante de défense de l’immense œuvre révolutionnaire, qui groupe dans son sein 92,4 % des Cubaines et de Cubains âgé/es de plus de 14 ans, est le symbole de l’unité d’un peuple décidé à maintenir son identité comme nation et à perpétuer la volonté souveraine de construire la société socialiste.

Peut-être ce sont les mots qui résonnaient dans la tête d’un clairvoyant Fidel Castro Ruz quand, à l’occasion de la visite d’Obama a dit : “nous n’avons pas besoin que l’empire ne nous offre rien”.

VII Encuentro Andaluz de Solidaridad con Cuba. La Rábida (Palos de la Frontera) 4 de junio de 2016

traduction Red Roja


[1]             El Forum contre  la Guerre Impérialiste et l’OTAN commença ses travaux en 2014 poussé par l’Alliance d’Intellectuels Anti-impérialiste et le Collectif Anemoi, intégré par des militaires antifascistes, républicains et anti-impérialistes. https://forocontralaguerra.org

[2]     https://monoskop.org/images/9/9d/Fanon_Frantz_Les_damn%C3%A9s_de_la_terre_2002.pdf

[3]     Ce Congrès eut lieu à Moscou le 8 juillet 1924. Ho Chi Minh y prononça un discours très dure contre la passivité de la gauche et spécialement des partis communistes des pays impérialistes, envers la déprédation des peuples colonisés. Voici ses mots : “En ce qui concerne nos partis communistes en Grande-Bretagne, en Hollande, en Belgique et d’autres pays: qu’est-ce qu’ils ont fait pour faire face aux invasions coloniales perpétrées par la classe bourgeoise de leurs pays ? Qu’est-ce qu’ils ont fait à partir du jour où ils ont accepté le programme politique de Lénine pour élever à la classe ouvrière de leurs pays dans un esprit de juste internationalisme et d’un contact proche avec les masses travailleuses dans les colonies ? Ce que nos partis ont fait sur ce champ est pratiquement rien. Quand à moi, je suis né dans une colonie française et je suis membre du Parti communiste français, et je regrette de dire que notre parti a fait très peu pour les colonies ». Ce texte est inclus dans le livre les “Écrits politiques” de Ho Chi Minh, édité par le Parti du Travail du Mexique, en 2010.

[4]     De la “Canción en harapos” [Chanson en haillons] de Silvio Rodríguez. http://www.musica.com/letras.asp?letra=1249384

[5]     http://www.lahaine.org/mundo.php/carta-abierta-a-los-charlatanes

[6]     On peut consulter ici ses articles: http://www.rebelion.org/mostrar.php?tipo=5&id=Angeles%20Diez&inicio=0

[7]     http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/2003/esp/f250403e.html

[8]     Le texte apparaît reproduit dans un livre “El camaján”, edité à Cuba en 2003; auteurs: Arleen Rodriguez et Lázaro Barredo.

[9]     http://elpais.com/diario/2003/06/06/internacional/1054850414_850215.html

[10]     L’Alliance d’Intellectuels Anti-impérialistes pousse, dès 2014, le Forum contre la Guerre Impérialiste et l’OTAN https://forocontralaguerra.org/

[11]   Le Manifieste l’Alliance crée en 2002 à l’occasión de l’invasion de la part des EE.UU. et l’ OTAN de l’Afganistán  tout en sachant qu’on commençait une escalade de guerre mondiale sans précédents ; voir ici: https://www.nodo50.org/csca/agenda2002/iraq/manifiesto-aia.html

[12]   http://www.lahaine.org/mm_ss_est_esp.php/lan-egun-antifaxista-2010ko-vi-edizioa

[13]   “Carta abierta a los charlatanes de la “revolución” siria”. Bruno Guigue. La justification du drame syrien pour beaucoup d’intellectuels et militants de gauche français et espagnols coincide avec la politique exterieure de l’UE et des EEUU . Texte complet en: http://www.lahaine.org/carta-abierta-a-los-charlatanes

[14]   http://datos.bancomundial.org/indicador/SP.DYN.IMRT.IN

[15]   Ces aspects ont été analysés par moi même en rapport avec l’actuelle crise capitaliste en: Maestro, A (2010) “Crisis capitalista: guerra social en el cuerpo de la clase obrera”. http://www.lahaine.org/est_espanol.php/la-clase-obrera-paga-con-su-salud-y-con

[16]   Une étude très importante sur l’effet des privatisations massives dans la mortalité en l’ex-URSS, dans lequel se reflète l’exception de Cuba et de Finlande, les pays dans lesquels, bien que le PNB soit tombe dans des graves crises, il n’y a pas eu de diminutions dans la dépense sociale ; on peut consulter ici www.histecon.magd.cam.ac.uk/…/Stuckler_EUPHA_11_28_09_…Financial Crisis and Public Health – Centre for History and Economics

[17]   Une breve reférence aux aspects plus importants de ce modèle, voir ici: http://bvs.sld.cu/revistas/his/his_108/his05108.htm

[18]   Allusion au slogan “Spanish is different”