Hold-up révisionniste : Monsieur Le Monde et Madame France Culture bouleversent le marxisme !

Le 20 juillet, Le Monde sortait un article signé Philippe-Jean Catinchi destiné à annoncer un cycle de conférences radiophoniques sur France Culture, dirigé par une certaine Christine Lecerf et dont le titre est déjà tout un programme : « Grande Traversée : , l’inconnu ». L’article de Catinchi, intitulé « Sur , la « pensée saccagée » de Karl  », se situe dans la même veine que ce procédé archi-connu et désormais maintes fois éprouvé par les rastaquouères culturels s’essayant à l’exégèse du grand homme.

Ainsi, nous apprenons que le principal fondateur du socialisme scientifique serait en réalité un illustre « inconnu », « dont l’œuvre fut trop souvent dénaturée », trahie, « fossilisée », rendue captive d’un « hold-up » (l’expression citée par Catinchi est de Jacques Attali), rendue méconnaissable sous la forme de « ce «  » inventé par Lénine, qui dénature ce projet d’émancipation initial en un asservissement généralisé » (sic). Face à cette pensée qui, parait-il, « n’autorise pas de disciples » ( bien pratique pour ne jamais militer !), ce qui est bien curieux pour une démarche qui s’est toujours efforcée d’atteindre le plus haut degré de scientificité afin de fournir aux masses la « science de leur malheur » (selon la très belle expression de Marx) ainsi que les conditions objectives de leur affranchissement total, par l’organisation du prolétariat et la révolution sociale, il conviendrait de s’en remettre à France Culture et à l’émission de Christine Lecerf, qui nous dévoilerait gracieusement le Marx authentique, loin de la « vulgate » grossière et des « caricatures » de tous ceux qui se sont réclamés de sa pensée et de son combat pour construire dans la pratique le socialisme, et qui, apparemment, n’en auraient rien compris (contrairement bien entendu à Catinchi, Lecerf et Attali).

Ainsi, pour remettre de l’ordre dans cette « pensée saccagée », pour se débarrasser de cette transmutation du marxisme en « une légitimation théorique qui masque l’homme et sa pensée », Catinchi sort son gros balai : on y apprend que Marx fut « philosophe, historien, théoricien sans doute, poète aussi ». Fabuleux ! Que Marx ait eu pour passion la poésie et qu’il s’y soit essayé, c’est un fait, or, c’est un fait plus important encore que le grand œuvre de sa vie n’a pas été de faire œuvre de poésie, mais que la postérité l’a retenu pour des accomplissements d’une tout autre nature. Mais décidément ce Catinchi se sent d’humeur poétesse : contre la « fossilisation » de Marx en « icône » ou en « patriarche », il faut sortir la brosse romantique et les petites évocations fumeuses qui cachent la forêt. Ainsi, la pensée de Marx fondamentalement poète ne se laisse saisir dans « aucun rôle qui le dénature », tant il convient de ne pas la séparer de son « temps véritable », d’une “jeunesse turbulente, des exils successifs et des éblouissements urbains”, des « effervescences romantiques auxquelles il participe pleinement [comment exactement ? Pourquoi Catinchi n’explicite-t-il jamais cette « pleine participation » ?], des élans fusionnels qui posent l’amitié en valeur suprême – et la relation avec Friedrich Engels, de deux ans son cadet, a cette force incroyable qui rejoue l’entente inouïe de Montaigne et La Boétie. » Décidément, Catinchi a l’art des parallèles boiteux qui ne mènent à rien, sinon à noyer le poisson. Que ce « temps véritable » nous paraît édulcoré, romantiquement aventureux, France-Culture-compatible. « Effervescences romantiques », sous la plume de Catinchi, les révolutions démocratiques et populaires qui tentèrent de briser l’écorce de la vieille Europe de 1848, les premiers soulèvements de l’histoire du prolétariat organisé réprimés dans le sang, l’échec du prolétariat allemand en mars, la répression sanglante menée d’une main de fer par le ministre de la Guerre et général Cavaignac contre le prolétariat français barricadé à Paris en juin 1848 après la dissolution des ateliers nationaux par le gouvernement républicain bourgeois. « Effervescences romantiques », encore, les près de trente mille morts de la Commune de Paris de 1871, femmes, enfants et vieillards compris, exécutés par la soldatesque de Thiers en représailles du gouvernement ouvrier qui prit et garda pendant deux mois la capitale du monde. On ressort de cette description, plein de vague à l’âme, à l’idée d’un Marx tournoyant comme un soleil de villes en villes, passant d’un « éblouissement urbain » à l’autre, sans qu’aucune mention ne soit faite de la raison de ces nombreux exils : à savoir la traque et la surveillance systématique du révolutionnaire allemand par toutes les polices d’Europe.

De ce point de vue, il est très révélateur que ne soient à aucun moment évoquées ses activités directement politiques. Que Marx ait joué un rôle inestimable dans l’organisation et la fondation des premières organisations révolutionnaires de la classe ouvrière, Catinchi ne semble même pas en être au courant, peut-être parce qu’il préfère enfouir sa tête sous des livres de poésie ?

La ficelle est grossière quand il s’agit de se dresser hypocritement contre les réductions de Marx à une « icône vieillie et barbue », alors qu’on ne fait en retour que le transformer en vieillard inoffensif, dépeint comme un prétendu « homme de cabinet, de l’écrit et des journaux, plus qu’[un] acteur de la rue » (sic!). Rien n’est plus éloigné de la réalité qu’un Marx dépeint comme « homme de cabinet », lui qui fut l’auteur d’une histoire au présent, engagée et polémique, technicien, agitateur, organisateur révolutionnaire infatigable, et l’un des chefs du premier parti mondial du prolétariat. N’en déplaise à monsieur Catinchi, il n’y a pas de contradiction, pour peu qu’on se donne la peine de le vouloir, entre une activité de théoricien, d’homme « de l’écrit et de journaux » et les actions que commandent la situation immédiate, tant sa plume a pu parfois appeler les fusils, à l’instar du dernier numéro de la Nouvelle Gazette Rhénane de mai 1849, réagissant à l’interdiction du journal par les autorités, et imprimé spécialement à l’encre rouge : « Nous n’avons pas de compassion et nous ne demandons pas de compassion de votre part. Quand notre tour viendra, nous ne ferons pas d’excuses pour la terreur. ».

On le voit bien, on est loin d’un temps « des élans fusionnels qui posent l’amitié en valeur suprême », et cette affirmation ridicule ne mériterait même pas qu’on si arrête si Marx, justement en tant que chef de parti, n’avait pas passé une la plus grande partie de sa vie à polémiquer contre les absurdités idéalistes et les niaiseries sentimentales du même cru que celles que nous sert monsieur Philippe-Jean Catinchi. Constituer le parti du prolétariat sur des bases solides, fonder le socialisme scientifique et la science de la révolution, tout cela ne pouvait se faire qu’au moyen d’une séparation sévère et définitive d’avec les éléments du socialisme utopique passé, dans tout ce qu’il comportait de rêveries métaphysiques, de châteaux dans le ciel et autres folâtreries religieuses que charrient les “élans fusionnels qui posent l’amitié en valeur suprême”. L’auteur d’un tel non-sens lira donc avec profit la circulaire contre Hermann Kriege formulée en 1846 par, entre autres, Marx et Engels, contre ce pseudo-communiste germano-américain, rédacteur du Volks-Tribun, s’improvisant apôtre de l’amour et de l’amitié universelle, surtout lorsqu’il s’agissait de s’ouvrir dans les faits à toutes les compromissions et collaborations avec la classe possédante. Contre de telles fanfares pseudo-philosophiques, relevant davantage de phrases inspirées et joliment nouées que d’analyses de conditions réelles et de considérations pratiques, Marx et Engels n’avaient pas de phrases assez dures1, et c’est encore un fait que les lectures révisionnistes et petite-bourgeoises du Monde n’arriveront pas à effacer.

Car personne ne s’y trompe : une telle présentation, édulcorée jusqu’à la caricature, ne relève pas seulement d’un innocent biais romantique. C’est louer en paroles pour réduire à l’impuissance dans les faits, car feindre d’accepter Marx sans le projet révolutionnaire qu’il porte et qu’il inaugure, c’est en réalité ne pas l’accepter tout court. C’est une vieille lubie bourgeoise qui se fait ainsi dernière stratégie à la mode : contre l’intensification mondiale de la lutte des classes, il faut mettre en place le « tout sauf Lénine », y compris en d’abord repeignant Marx en idéaliste romanesque, une sorte de Lucien de Rubempré, mais épicé à la sauce libertaire Mai-68.

À partir de là, il n’y a rien d’étonnant que tout l’héritage que le marxisme a charrié dans ses réalisations concrètes et dans les tentatives historiques pour construire le socialisme réel soit crânement rejeté d’un revers de main (au moyen d’une remarque lapidaire sur un prétendu « asservissement généralisé » – lequel ? Probablement l’asservissement insupportable de partir à la retraite à 60 ans, 55 ans lorsqu’on était une femme), au profit d’un verbiage mielleux qui ferait pâlir d’envie les pires des premiers socialistes utopiques. Peu importe que le socialisme réel ait permis de sortir des dizaines de millions de personnes de la misère matérielle, de l’arriération culturelle et civilisationnelle, de l’assujettissement économique et politique le plus total, de la soumission arbitraire à l’autocratie ou à une nation étrangère colonialiste ; peu importe que la chute des pays communistes dans le « paradis capitaliste » ait constitué une régression tous azimuts en ce qui concerne les droits politiques et sociaux des travailleurs, le niveau d’éducation, l’espérance et les conditions mêmes de la vie. Peu importe, de toute façon, pour ce genre de personnage, toute référence concrète à des données réelles : toute expérience concrète dans la construction du socialisme est à rejeter du seul fait que cette expérience a existé, car c’est bien là en réalité son crime. On l’accusera, au choix de contrefaçon « inventée par Lénine », de « léninisme », de « stalinisme », de « totalitarisme », de déformation, de tentative de justification de la part de dictateurs nécessairement sanglants et cyniques (l’histoire bourgeoise s’accommodant très bien de ce genre d’explication idéaliste), de « hold-up ». Et ce, même si les mêmes sont bien incapables de trouver quoique ce soit chez Lénine, pour ne citer que lui, qui soit en contradiction directe avec ce qui se trouve chez Marx. Nous les mettons d’ailleurs au défi : ils n’en trouveront pas.

Que Catinchi emprunte consciemment ce mot de « hold-up » à Jacques Attali n’a rien d’un hasard, ce dernier jugeant Marx « plus utile que jamais »2 lorsqu’il s’agit pour lui de faire l’éloge du mode de production capitaliste comme libération par rapport aux modes de production antérieurs et de la bourgeoisie comme « classe formidablement novatrice, porteuse de progrès et de lumière, acteur majeur du progrès et de la liberté »3 (ce que Marx reconnaissait certes dans les deux cas dans le Manifeste, mais en notant qu’ils cessent d’être tels dès lors 1) que tous les vestiges de la féodalités ont été détruits par la société bourgeoise, 2) que la concentration du capital et le développement des forces productives au niveau national et international atteignent un certain niveau, ce que feint d’ « oublier » Attali4). Et ce même individu d’affirmer dans un article sur sa conception de l’« utilité » de Marx: « De fait, quand on veut bien faire l’effort de pénétrer son œuvre, on en comprend l’incroyable actualité : Marx est un des premiers penseurs de la globalisation. Il reste un guide pour qui veut bien l’étudier sérieusement. Et qui veut bien comprendre que le socialisme ne se construit pas à la place du capitalisme, mais après lui »5 (sic !). Ainsi le socialisme ne se construit pas « à la place » du capitalisme (donc pas « contre » lui) mais « après lui » ! Comme si le capitalisme mondial allait s’effondrer naturellement, comme tombe un fruit trop mûr, sous le poids de ses contradictions, pour faire la place « non à un système de répartition de la rareté, mais une société d’abondance absolue »6 (sic). Comme si les États capitalistes et les monopoles qu’ils soutiennent, minés par leurs contradictions, allaient se priver de faire le choix de la guerre mondiale impérialiste et/ou du fascisme, afin de détruire les forces productives et/ou de maintenir des marges de profits satisfaisantes par le recours à la dictature ouverte du capital, comme ils s’en sont montrés capables par le passé. Prêter une telle conception nécessitariste et mécaniste à la pensée de Marx, qui voudrait que l’organisation économico-politique bourgeoise s’effondre toute seule pour laisser tranquillement la place à « autre chose » relève ou bien de l’ignorance crasse ou bien d’un mensonge éhonté pur et simple : Attali devra choisir .

Et en attendant ? « En attendant, la seule action politique à laquelle il [Marx] croyait, c’était l’organisation mondiale des travailleurs, pour faire face à un capitalisme de plus en plus global et tenter d’en accélérer la crise en empêchant les actionnaires de récupérer l’essentiel de la plus-value créée par le travail des salariés. »7 (!). Voilà à quelles conclusions ridicules, s’exposant d’emblée à une réfutation immédiate, mènent de telles mystifications : la conciliation de classe rampante, le réformisme le plus naïf, tout ceci servi et présenté comme « vitalité » nouvelle d’une pensée « saccagée » qui aurait été dissimulée sous les oripeaux imposteurs du « dogmatisme » ! Qui saccage qui ? À force de transformer le marxisme, à coup de relectures hypocrites et de troncages, en un couteau sans lame dont on a également jeté le manche, à force d’insister sur la dimension « insaisissable », « non assignée à résidence fixe » de la pensée de Marx, vous voilà servis. C’est d’un « marxisme » bien boiteux dont vous avez accouché là, et sa vue nous fait pitié.

Catinchi et Attali jouent ici la même gamme que le socialisme idéaliste, qui voudrait que le « socialisme n’ait jamais été réalisé », et qui partage pour cette raison l’essentiel du contenu du révisionnisme bourgeois le plus plat. En ce qu’ils font de la référence au socialisme un pur idéal régulateur inoffensif qu’on ne rencontre que dans les livres, détaché de toute question d’expérience pratique et de toute référence empirique, ces deux derniers se tournent tous deux contre toute expérience révolutionnaire concrète – par définition imparfaite – visant à renverser l’ordre économico-politique du capitalisme-impérialisme dont nous ne sommes toujours pas débarrassés actuellement, à instaurer la dictature démocratique de la classe exploitée sur l’ancienne classe exploiteuse, et ce jusqu’à la société sans classe. Révisionnisme bourgeois et socialisme idéaliste n’ont rien contre l’ « idée » d’une société socialiste du moment que cette dernière n’exerce pas la dictature du prolétariat, du moment qu’elle ne dispose d’aucun État, d’aucun pouvoir central organisateur, quand elle ne se défend ni contre les agressions extérieures (ce que toute société socialiste passée a connu et que les futures connaîtront nécessairement) ni contre les conspirations intérieures (ce que toute société socialiste passée a connu et que les futures connaîtront nécessairement) de ses éléments les plus réactionnaires. En somme, tous ces gens si respectables n’ont rien contre l’idée d’une société socialiste du moment que cette société n’existe pas !

À partir de là, tout est permis, et la dérive est sans rivage : on nous inventera un Marx adversaire de la dictature du prolétariat (ce qui est quand même un comble, lui qui voyait justement en cette notion sa principale innovation8), un Marx adversaire de toute centralisation, qu’il s’agisse du pouvoir politique d’État, du pouvoir militaire, ou même de l’organisation économique (planification centralisée), au profit de la notion anarchiste privée de tout réalisme d’un conglomérat de propriétés de groupe (propriété des travailleurs d’une fabrique ou d’une profession sur leur production particulière), un Marx libertaire et allergique à toute idée d’ « autoritarisme9. Face à de tels délires nous ne pouvons opposer qu’un rire grinçant, et nous ferons de même face à la remarque absurde selon laquelle la pensée marxiste « ignora la condition des femmes ». Marx s’est toujours attaché à l’étude de la condition des femmes, non seulement d’un point de vue technico-économique, dans le cadre du livre I du Capital, mais également en tant qu’elles sont des prolétaires et membres d’une classe révolutionnaire. Il est par ailleurs évident à quiconque qui a lu le livre I du Capital, ou d’autres textes, que l’exploitation économique des ouvrières se double d’une exploitation sexuelle de celles-ci par les prédateurs capitalistes : « …en France, les ouvriers d’usines appellent la prostitution de leurs femmes et de leurs filles l’heure de travail supplémentaire, ce qui est littéralement exact.10 ». De la même manière, en 1884, Engels publia L’Origine de la famille, de la propriété et de l’État, basé sur les conclusions des travaux de Morgan et sur certaines notes de Marx, et expliquant le lien réellement existant entre apparition du patriarcat et naissance des sociétés de classes, à partir du développement de la propriété privée. Peut-on vraiment prétendre sérieusement après cela que Marx « ignora la condition des femmes » ?

Par cette pique « bon genre » et faussement féministe, Catinchi prétend jouer, toujours contre l’héritage bien marxiste des expériences concrètes de construction du socialisme11 (et en premier lieu, contre le prétendu « hold-up » de Lénine), les figures de « la fille [de Marx] Éléanor, « l’héritière légitime, la voix qui nous parle aujourd’hui » (Rachel Holmes) [légitime au nom de quoi ? de son sang ?], puis Rosa Luxemburg […] ». Passons sur la référence douteuse à l’ « évidence » de la « légitimité » de la fille de Marx, dont l’héritage révolutionnaire n’est aujourd’hui malheureusement pas impérissable : il s’agit là encore, à travers la référence à Luxemburg, assassinée par le gouvernement social-démocrate allemand avec l’appui de la milice proto-fasciste des Freikorps,de favoriser les expériences révolutionnaires qui furent des échecs ainsi que les figures qui les incarnaient, contre celles qui construisirent concrètement le socialisme et qui profitèrent réellement aux opprimés. C’est aussi cracher sur la mémoire de cette communiste convaincue, qui n’eut jamais de mots assez durs pour le féminisme bourgeois aveugle à la lutte des classes12 : ces « brebis dociles » de ce féminisme bourgeois peuvent bien vouloir embrigader Rosa Luxemburg sous leur bannière, elles n’y parviendront pas, car ce ne sont rien d’autres que des falsificateurs bornés. C’est peu dire que nous préférons nos camarades victorieux plutôt que morts, de même que nous préférons les révolutions réussies plutôt que les insurrections avortées : nous nous réclamons davantage de ceux qui portèrent les premières que nous nous complaisons dans le deuil éternel et inoffensif des sublimes héros tombés sous les coups de la bourgeoisie, même lorsque celle-ci vient, toujours après coup, jeter son regard faussement apitoyé sur leur aura de martyrs.

« À peine un feu s’éteint qu’un feu s’embrase » disait Aragon, et il en est de même pour la pensée de Marx comme pour toute théorie révolutionnaire digne de ce nom, venant se nourrir au foyer de l’expérience révolutionnaire concrète des masses, laquelle ne semble d’ailleurs pas prête de s’arrêter de si tôt. Par conséquent, son héritage concret ne saurait cesser de troubler la mauvaise conscience de ceux qui tentent de le fixer en une référence « romantique » parmi d’autres, plaisante et convenable, définitivement marquée par un « impossible achèvement du grand œuvre ».

Nous les laissons donc à leurs « relectures », à leurs « rénovations » débilitantes : la « pensée vivante » qu’ils appellent en parole de leurs vœux se fera définitivement sans eux, puisque, comme nous l’avons montré durant notre examen, nous n’avons trouvé chez ces nouveaux exégètes cultivés rien que du vent, et rien qui vaille.

1 “Kriege prêche ainsi, au nom du communisme, la vieille chimère religieuse élucubrée par la allemande, qui est en contradiction directe avec le communisme. La foi, et plus précisément la foi dans « l’esprit-saint de la communauté » est bien la dernière chose qui soit exigée pour la réalisation du communisme.” (Circulaire contre Hermann Kriege, « Section troisième – Fanfaronnades métaphysiques »)

2http://www.attali.com/societe/karl-marx-plus-utile-jamais/

3Ibid.

4Comme le disait Lénine, à partir de l’époque impérialiste du capitalisme, la bourgeoisie cesse d’avoir le moindre rôle progressiste pour « devenir réactionnaire sur toute la ligne ». En témoigne l’histoire du Moyen-Orient depuis un siècle : la bourgeoisie internationale a utilisé les pires éléments réactionnaires et féodalistes contre les courants communistes et progressistes, et a armé les bien mal-nommés « Talibans » contre les communistes afghans – on a fait mieux comme « classe formidablement novatrice, porteuse de progrès et de lumière, acteur majeur du progrès et de la liberté » !

5Ibid.

6Ibid.

7Ibid.

8« Maintenant, en ce qui me concerne, ce n’est pas à moi que revient le mérite d’avoir découvert l’existence des classes dans la société moderne, pas plus que la lutte qu’elles s’y livrent. Des historiens bourgeois avaient exposé bien avant moi l’évolution historique de cette lutte des classes et des économistes bourgeois en avaient décrit l’anatomie économique. Mon originalité a consisté : 1. à démontrer que l’existence des classes n’est liée qu’à des phases historiques déterminées du développement de la production ; 2. que la lutte des classes mène nécessairement à la dictature du prolétariat ; 3. que cette dictature elle-même ne représente qu’une transition vers l’abolition de toutes les classes et vers une société sans classe. » [Lettre à J. Weydemeyer du 5 mars 1852].

9 A ces propos d’Engels, Marx souscrivait en tous points : « Ont-ils jamais vu une révolution, ces messieurs [les anti-autoritaires] ? Une révolution est à coup sûr la chose la plus autoritaire qui soit, un acte par lequel une partie de la population impose à l’autre partie sa volonté à coup de fusils, de baïonnettes et de canons, moyens autoritaires s’il en fut. Force est au parti vainqueur de maintenir sa domination par la crainte que ses armes inspirent aux réactionnaires. Est-ce que la Commune de Paris aurait pu se maintenir plus d’un jour si elle ne s’était pas servie de l’autorité d’un peuple en armes contre la bourgeoisie ? Ne pouvons-nous pas, au contraire, la blâmer de ce qu’elle ait fait trop peu usage de cette autorité ? » (Engels, A propos de l’autorité).

10 (Manuscrits de 1844, GF, p .190)

11 Inutile de préciser que Catinchi ne fait aucune référence au « hold-up » et aux réalisations concrètes du socialisme réel en matière d’amélioration de la condition féminine, lui qui a plus fait pour les femmes que tout le féminisme bourgeois. Après la révolution de 1917, en Russie, les femmes acquièrent le droit de vote (bien avant les nations capitalistes, en France il faudra attendre 1944) et d’éligibilité, de divorce, l’accès à l’avortement gratuit, la socialisation des tâches domestiques. La constitution de la République socialiste fédérative soviétique de Russie (10 juillet 1918, Vème Congrès des Soviets) pose le principe d’égalité des droits entre les hommes et les femmes, notamment sur le plan politique. Pour ne prendre que l’exemple de l’Union Soviétique, la législation communiste garantissait aux femmes 1/3 des sièges dans toute assemblée (taux qui est tombé jusqu’à 5 % actuellement dans certains pays capitalistes). « Sous la loi soviétique, les femmes avaient droit à quatre mois de congé maternité à plein salaire après la naissance, et un an de salaire partiel si elles choisissaient de rester à la maison avec leur enfant. De plus, elles avaient droit de prendre jusqu’à trois années de congés avec la garantie que leurs emplois seraient préservés. » (Michael Parenti, Le mythe des jumeaux totalitaires, « Le paradis capitaliste passe à l’Est (II) »). En Russie capitaliste, la nouvelle constitution adoptée supprime toutes les dispositions qui offraient la garantie aux femmes d’un droit au congé maternité, à la sécurité de l’emploi pendant la grossesse, aux soins prénatals, et à des garderies abordables. « Le nombre de femmes assassinés par an – essentiellement pour leurs maris et leurs petits amis – a grimpé de 5 300 à 15 000 pendant les trois premières années du paradis capitaliste », et les organisations du Parti chargés de prévenir de genre de crimes n’existent plus (Ibid.). « Dans tous les pays communistes, près de 90 % des femmes exerçaient un travail dans une économie de plein emploi. Aujourd’hui, les femmes comptent pour deux tiers des chômeurs. Celles qui travaillent sont redirigées vers des emplois qualifiés, dans des proportions anormales, et sont dissuadés de suivre une formation professionnelle. Plus de 30 % des chômeuses sont des travailleuses qualifiés et techniciennes qui gagnaient auparavant des salaires supérieurs à la moyenne nationale. La perte des avantages liés à la maternité et aux services de garderie a créé des obstacles encore plus importants à l’emploi féminin » (ibid.).

12Un seul texte pour s’en convaincre : https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1912/05/suffrage.htm – « S’il n’était question que du vote des femmes bourgeoises, l’Etat capitaliste ne pourrait en attendre rien d’autre qu’un soutien effectif à la réaction. Nombre de ces femmes bourgeoises qui agissent comme des lionnes dans la lutte contre les « prérogatives masculines » marcheraient comme des brebis dociles dans le camp de la réaction conservatrice et cléricale si elles avaient le droit de vote.

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