Émission Politique : les méthodes et la violence choquantes des éditocrates !

Jeudi 30 novembre 2017, France 2 recevait Jean-Luc Mélenchon pour Émission Politique. La  principale émission de politique de la principale chaîne de l’audiovisuel public.

Après avoir déroulé le tapis rouge au premier ministre Edouard Philippe puis à Marine Le Pen, il n’était rien que de plus normal que de recevoir la principale figure de l’opposition au régime Macron, le 4e homme de la présidentielle 2016, le député FI Jean-Luc Mélenchon.

Effarés, les télespectateurs ont pu assister à un véritable guet-apens monté par les éditorialistes de France 2. Avec un but évident, massacrer Jean-Luc Mélenchon pour dégager le terrain au pouvoir. Au- delà de la violence de l’expression  d’une présentatrice affichant son opposition à l’invité par des attaques répétées, les choix éditoriaux n’auront permis à aucun des téléspectateurs d’entendre et encore moins comprendre les propositions portées par Jean-Luc Mélenchon.

Cette émission – se tenant pourtant sur le service public – aura au moins eu, il faut l’espérer, le mérite de faire tomber les masques de la nature profondément totalitaire du régime.

À Initiative Communiste, on est d’autant plus à l’aise pour tirer la signal d’alarme que l’on n’a jamais ménagé nos critiques politiques contre les inconséquences de , en particulier son refus de prendre parti clairement pour la sortie de l’UE et de l’Euro minant sa crédibilité, on est d’autant plus à l’aise pour tirer la signal d’alarme

Manipulations grossières et guet-apens

élection Portugal - 2016Sur la forme, chacun retiendra que la rédaction de France 2 après avoir manipulé – à coups de ciseaux dans un montage mensonger – un discours de Mélenchon le 25 novembre lors de la convention de la FI à Clermont- Ferrand, Léa Salamé et Nathalie Saint Cricq ont présenté jeudi soir deux soutiens affichés de Macron comme de “françaises lambda”.Suscitant une large indignation. Après avoir dit qu’elle ne savait pas qui était ces militantes – une patronne millionnaire et une tradeuse new yorkaise pro- américaine soutien de l’opposition putschiste de Caracas – la rédactrice en chef de l’émission a simplement indiqué que “on n’estimait pas cette information nécessaire !“. Un vrai aveu d’une manipulation grossière.

Avant ils avaient invité le réac’ Philippe Val – l’ami de Sarko qui a laissé de terrible souvenir à la rédaction de France Inter où il avait chassé Didier Porte et Stéphane Guillon, coupable notamment d’avoir dénoncé les agissements de DSK… venu réciter un discours écrit d’avance pour insulter Mélenchon et tenter de fracturer la République dans la stratégie des néoconservateurs du choc des civilisations.

Français lambda disait Léa Salamé ? pourtant ce sont les ouvriers les salariés, les centaines de milliers de syndicalistes de la CGT qui sont les français lambda. Pas des patrons multimillionnaires, pas des traders de Wall Street, pas des gros céréaliers de la FNSEA, et encore moins l’ex-patron de France Inter sous le régime Sarkozy !

La haine de classe comme politique éditoriale

Sur le fond, ni la question actuelle de la paix – des crimes contre l’humanité commis par l’Arabie Saoudite au Yemen avec le soutien du pouvoir Macron en passant par la guerre en Syrie, la menace de guerre nucléaire en Corée, la crise en Ukraine…  – ni les questions internationales – concernant la sortie de l’Union Européenne – ni les questions de politique sociale, écologique et de développement n’auront été réellement évoquées. En bien ou en mal, les français auront été privés d’entendre les propositions de Jean-Luc Mélenchon sur le sujet. Ils auront en revanche eu droit aux réquisitoires successifs de François Langlet, puis du bras droit de Macron Castaner et enfin de la cheffe du service politique de France 2 l’indéboulonnable Nathalie Saint Cricq. Ce n’était pas l”émission politique” mais “faites entrer l’accusé”… Un véritable tribunal de l’inquisition, servi par des mercenaires défendant la leur prébende et leurs privilèges. Et suant la haine de classe face à un Mélenchon dont le programme remet en cause, fusse à la marge; la dictature totalitaire des capitalistes qui les emploient.

Pour ne retenir qu’un exemple de cette émission, aussi bien François Langlet que Christophe Castaner se sont violemment attaqués aux propositions fiscales de la France Insoumise. Ce dernier ne s’est pas caché – s’appuyant sur le simulateur fiscal mis en ligne – que les riches de ce pays c’est-à-dire ceux gagnant plus de 4000 € par mois payeraient plus d’impôts s’il arrivait au pouvoir. À l’inverse, l’immense majorité des travailleurs dont les salaires sont bien moins élevés verraient leurs impôts baisser. L’exact inverse de la politique fiscale de Macron prenant aux pauvres (APL, augmentation de la CSG, taxe sur les logements etc…) pour donner aux riches avec la suppression de l’ISF… Cela expliquerait-il la connivence entre ces éditocrates gagnant des fortunes et le pouvoir et leur virulence à s’en prendre aux propositions fiscales de Mélenchon ? Chacun jugera.

JBC pour www.initiative-communiste.fr


Scandalisés par les méthodes de France 2 durant l’émission politique, le politologue Thomas Guénolé porte plainte devant le CSA

Cauchemar en cuisine politique.

Pujadas/Salamé, bonnet blanc et blanc bonnet contre Mélenchon

Maxime VIVAS

Menée par Léa Salamé, une escouade a traqué Jean-Luc Mélenchon le jeudi 30 novembre sur France 2. Le gibier leur a échappé, les chasseurs sont tous égratignés par leurs épines et on compte quelques malencontreuses balles tirées par les assaillants dans leurs propres pieds.

Les réseaux sociaux fourmillent de commentaires indignés contre France 2 et contre cette équipe de mercenaires politiques cachés derrière des cartes de journalistes. France 2 devrait s’en inquiéter.
Le politologue Thomas Guénolé vient de déposer une plainte au CSA, lequel est également saisi par des Internautes.

La chaîne publique (si, si !) a changé l’animateur et le nom de l’émission. « Des paroles et des Actes » est devenu « L’émission politique ». Mais la tambouille est toujours frelatée, saucée au fiel, épicée au guet-apens, empuantie par des menteurs militants baptisés « invités surprises ». Du Mélenchon-bashing méthodique, du mensonge, de la malveillance, des approximations peu professionnelles.

D’un bout à l’autre, Léa Salamé, Nathalie Saint-Cricq, François Lenglet, sonnent l’hallali. En renfort, Jean-Baptiste Marteau, ex-responsable départemental des jeunes de l’UMP de l’Oise, l’homme qui tronqua volontairement une phrase de Mélenchon à la convention des Insoumis pour en dénaturer le sens.

Dans les émissions précédentes, on opposa à Jean-Luc Mélenchon un boulanger ? C’était celui de l’Elysée.

Une agricultrice ? C’était une adhérente de la FNSEA (qui le nia en direct).

Une petite patronne de PME ? C’était une millionnaire pro-Macron.

Hier, c’était une commerçante florissante et apolitique (1) qui a peur des Prud’Hommes et surtout Laurence Debray, une historienne qui se dit Vénézuélienne. Fille de Régis Debray, elle est née à Paris. De nationalité française, c’est une macroniste de la première heure, ex-banquière aux USA. Léa Salamé l’a présentée en début d’émission comme «  d’origine vénézuélienne », puis, à deux reprises, elle affirme (têtue) que le Venezuela est son pays. L’invitée elle-même essaie d’embrouiller : « Le Venezuela est mon pays » (Mélenchon doute),« J’y ai vécu » (Mélenchon aussi, si l’on en croit Léa Salamé, très en forme dans le dilettantisme).

Accompagnant cette avalanche de mensonges sur la nationalité de l’intervenante, les « éléments de langage » de l’opposition putschiste vénézuélienne fusent :

Florilège :
Au Venezuela, « le pain n’arrive jamais », « tous les Vénézuéliens sont en prise avec la faim », ils vivent « une souffrance au quotidien », sa tante « passe sa vie à faire la queue pour trouver du pain ou du papier toilette » ou « de l’argent liquide », « elle fait la queue dès 4 heures du matin  », « le sucre et le café valent de l’or  », « les opposants sont tabassés », « quiconque critique le gouvernement peut atterrir en prison ».

Contenez votre nausée car du gras, du lourd, de l’indigeste arrive.
Après le débat, des intervenants vont analyser«  les propos tenus par Jean-Luc Mélenchon lors de la première partie de “L’Emission politique. Comment analysent-ils le rôle de cet opposant virulent à la politique d’Emmanuel Macron ? » (dixit Salamé). Notez « virulent » dont le Larousse nous donne la définition : « d’un caractère agressif, très violent et mordant ».

L’équipe ? Léa Salamé, entourée de Nathalie Saint-Cricq, François Lenglet, Jean-Baptiste Marteau et Brice Teinturier (directeur d’Ipsos, contrôlé par le groupe mondial NYSE Euronext ), a réuni autour d’une table : Yassine Belattar, humoriste (? !), Pascal Bruckner, essayiste ; Amélie de Montchalin, députée LREM de l’Essonne, Bernard Kouchner, ancien ministre des Affaires étrangères (ex-éléphant PS passé chez Sarkozy).

Cette bande organisée est opposée à Clémentine Autain seulette, présentée par France 2 comme « députée LFI de Seine-Saint-Denis » (en fait elle est député du mouvement Ensemble, élue sous cette étiquette et elle siège avec les Insoumis, comme d’autres, qui ne sont pas à la FI).

D’emblée, en quelques minutes, le ton est donné : Mélenchon ? « Méchant, idiot utile, potiche, égocentrique ».

C’est immédiatement après ce début d’analyse que je suis parti me coucher. Pas vous ?

Maxime VIVAS

Note :
(1) Un lecteur nous écrit à son sujet : « Pauline Laigneau, Française lambda qui apporta la contradiction à JLM, a écrit dans la presse un article pour l’élimination des droits des travailleurs. On me souffle dans l’oreillette qu’elle a participé à une université d’été du Medef, qu’elle est vice-présidente du conseil des chefs d’entreprise France-Inde, pays où elle a conduit, avec Gattaz, 1 délégation de 50 patrons ».

URL de cet article 32628
https://www.legrandsoir.info/pujadas-salame-bonnet-blanc-et-blanc-bonnet-contre-melenchon.html

Portrait d’une imposteure *

Face à Jean-Luc Mélenchon dans l’émission politique de France 2, le 30 novembre 2017, Pauline Laigneau, chef d’une entreprise florissante de vente de bijoux s’en est pris aux Prud’Hommes. Elle a été présentée par Léa Salamé comme une Française lambda.

Laigneau est une imposteure.

En août 2015, elle participait à l’université d’été du Medef, une organisation qui l’avait « agréablement surprise ».

Le 02/01/2016 , dans l’hebdomadaire Le Point, elle dynamitait tous les droits sociaux : « L’heure n’est plus à la demi-mesure ; le temps des réformes à la marge est passé. Il faut faire table rase et reconstruire. Jeter aux orties code du travail, 35 heures, un bon nombre d’impôts et toute cette sédimentation administrative que personne ne comprend et qui empêche notre pays d’aller de l’avant ».

du 25 au 29 septembre 2017 elle était à New-Delhi avec Pierre Gattaz, le président du MEDEF (elle est vice-présidente du conseil de chefs d’entreprise France-Inde), le président de la task-force « Ville durable de MEDEF International » et d’autres chefs d’entreprises. [erratum]

Elle est membre du club privé « Wine business club Paris-Shangri-la » qui réunit tous les mois des leaders comme Pierre Gattaz (encore lui !), Christine Lagarde, Charles Beigbeder, Jean-Marie Messier, Guillaume Pépy, Stéphane Richard, Matthieu Pigasse, Arnaud Montebourg, Jacques Attali, Luc Ferry, Michel-Edouard Leclerc et bien d’autres (voir ici, liste partielle avec photos) dont lou ravi socialiste en peau de lapin : Pierre Arditi.

Savez-vous que lors de l’émission, Léa Salamé, Pauline Laigneau, Laurence Debray (la fausse Vénézuélienne) et tout le reste de la bande ont craché leur mépris aux téléspectateurs, jugés d’emblée assez ignares pour avaler les plus gros mensonges ? Plaignez ceux qui ne pratiquent pas les réseaux sociaux et offrez-leur le cadeau de Noël de notre adresse : legrandsoir.info

Théophraste R.

* L’Académie n’a pas prévu de féminin à « imposteur » et c’est dommage car il y avait plusieurs dames qui méritaient le qualificatif sur le plateau de France 2, jeudi.

Voir aussi : https://www.legrandsoir.info/pujadas-salame-bonnet-blanc-et-blanc-bonn…

Des chiffres pour appréhender l’anti-Mélenchonisme de la presse

Lucas Gautheron

Étudiant à l’ENS de Cachan et militant de la France Insoumise.

L’étude de la base de données europresse, qui permet d’estimer la tonalité d’un article, et celle des images utilisées pour représenter Jean-Luc Mélenchon, grâce à un algorithme de reconnaissance d’émotions, permettent d’aller plus loin dans l’analyse du “Mélenchon bashing”.

Connivence, solidarité de classe, soumission à la logique de marché et aux actionnaires : nombreuses sont les raisons qui, comme l’a montré Serge Halimi dans Les nouveaux chiens de garde [1], poussent les médias dominants et leur cohorte d’experts et éditocrates à se comporter en défenseurs de l’ordre social établi et de la contre-culture néolibérale. Il a aussi été démontré, grâce à La fabrication du consentement [2] de Chomsky et Herman ou L’opinion, ça se travaille [3] de Serge Halimi et Dominique Vidal, comment le système médiatique agit docilement au service des impérialismes nationaux, et en France d’une stratégie alignée sur celle de l’Otan.

Manifestement, ces idées sont à contre-courant de celles que porte Jean-Luc Mélenchon depuis des années. Quand en 1999, il s’oppose aux frappes de l’OTAN en ex-Yougoslavie, la presse les soutient largement en reprenant sans discernement la communication de l’organisation militaire [3] dont il prône aujourd’hui la sortie. Quand, en 2005, il est en première ligne de l’opposition au projet de traité constitutionnel européen, les médias mènent une campagne caricaturale pour le « oui » [4]. Quand il participe à tous les mouvements sociaux d’envergure des dernières années, la presse les dénigre activement. Dans ce cadre médiatique déjà naturellement défavorable à Jean-Luc Mélenchon, il est illusoire d’espérer qu’il puisse y bénéficier d’un traitement tout à fait honnête. Il est intéressant de constater que ce n’est effectivement pas le cas, sur la base d’analyses quantitatives conformes aux résultats indépendants de Thomas Guénolé.

La base de données europresse, qui regroupe 3500 titres de presse, est capable d’estimer la tonalité de chacun de leurs articles parmi trois options : positive, neutre, ou négative. Cette méthode, qui repose sur la comptabilisation des mots à connotation positive ou négative, possède certes des limites – en particulier, elle est incapable de déceler les sarcasmes -, mais sur de grands échantillons d’article, elle reproduit assez fidèlement les résultats obtenus par des analystes. Observant ainsi la tonalité moyenne, mois par mois, des articles mentionnant plusieurs personnalités politiques, on peut estimer la teneur globale de leur traitement médiatique. Extrayant les données pour la période de janvier 2012 à aujourd’hui, on obtient les résultats suivants :

Figure 1: Fraction d’articles à tonalité négative selon europresse pour
chacune de ces personnalités politiques sur la période du 1er janvier 2012 à
aujourd’hui.

Les personnalités politiques sur ce graphe peuvent être classées en deux catégories. La première est celle de ceux qui jouissent d’une certaine bienveillance médiatique, avec une tonalité négative moyenne aux environ de 30 %. Il n’est pas surprenant de voir que le taux le plus faible (26 % seulement) est atteint, parmi cette liste, pour Alain Juppé. En 1995, l’excellent documentaire de Pierre Carles, Juppé, forcément…, exposait la campagne médiatique qui l’avait soutenu lors des municipales à Bordeaux. Cette année là, l’appui des médias au « plan Juppé » et leur mobilisation contre le mouvement social qui le combattait avait suscité la création de l’association de critique des médias Acrimed. Onze ans plus tard, à grand renfort de unes et sondages, il nous était vendu, en vue des primaires de la droite et du centre, comme le meilleur « rempart » contre le Front National [5].

En face, la seconde catégorie qui apparaît est celle des « cibles » du système médiatique, dans laquelle on retrouve Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ainsi que… Jean-Luc Mélenchon.

Reductio ad Lepenum

On peut être surpris de constater que Jean-Luc Mélenchon est aussi repoussant (46 % de contenu négatif), pour la presse, que l’extrême droite. Pourtant, une des méthodes récurrentes de dénigrement de Mélenchon est, très précisément, l’assimilation fallacieuse à l’extrême droite. Pendant la période du 1er février au 22 avril 2017 de la campagne présidentielle, 17 % des articles à son sujet faisaient aussi référence à Marine Le Pen. Pour Benoit Hamon, qui était pourtant jugé suffisamment proche du candidat de la France Insoumise pour que soit envisagée une candidature commune, ce chiffre n’atteint même pas les 4 %. Durant cette même période, seuls 8 % des articles sur Nicolas Dupont-Aignan mentionnaient également la candidate du Front National, bien qu’il la ralliera après le premier tour. On peut ainsi lire que Mélenchon et Le Pen sont « jumeaux », « mariés », « en couple », « unis », « en tandem », « main dans la main ».

Cette rhétorique absurde est particulièrement fréquente dans Le Monde, dont on se souvient de la une illustrée d’un dessin de Plantu intitulé « L’ascension des néopopulismes » représentant les deux, côte-à-côte, lisant le même discours, et arborant un brassard rouge inspiré de celui des SS. Le « journal de référence », ne s’est d’ailleurs pas retenu, pendant la campagne présidentielle, de publier des textes tels que « Le Pen, Mélenchon : un même danger pour l’Europe » ou encore « Les programmes de Le Pen et Mélenchon pourraient nuire gravement à la science ». Et le même journal, qui en général ne se gêne pas pour rassembler l’extrême droite xénophobe du Front National et la gauche écosocialiste de la France Insoumise derrière l’étiquette confuse des « populismes », de critiquer, très sérieusement, l’appellation alt-left pour désigner les progressistes aux États-Unis car elle fait écho à l’alt-right néofasciste : « En mettant sur le même plan suprémacistes néonazis, militants antiracistes et défenseurs des droits civiques, Donald Trump reprend à son compte une vieille stratégie d’extrême droite. […] Sa mention par les tenants de l’alt-right rentre dans une logique de ”fausse équivalence”, une stratégie consistant à mettre en scène des comparaisons, sans tenir compte du contexte politique ou des faits historiques ».

Lepénisme médiatique contre Mélenchon-bashing

On regrette que les éclairs de lucidité du Monde soient d’horizon si limité. Car la paille américaine de l’équivalence alt-left/alt-right conduit au même effet justement dénoncé que la poutre française de l’assimilation Mélenchon/Le Pen : la dédiabolisation de l’extrême droite. Et cette dédiabolisation, les médias en ont bien souvent été l’instrument. « Grâce à Marine Le Pen, le côté macho et patriarcal du parti d’extrême droite appartient désormais au passé », décrète Europe 1. « La rébellion ne se niche plus dans le vote rouge mais bleu marine » affirme Le Monde.

À l’inverse, Mélenchon fait l’objet d’un processus de diabolisation médiatique, par la construction d’un personnage tyrannique et colérique reposant en partie sur des choix iconographiques particuliers (couleurs sombres, visage ombragé) et le recours à des photographies peu avantageuses. En étudiant 1985 photographies de personnalités politiques utilisées en illustrations d’articles du Monde avec un algorithme de reconnaissance d’émotion par apprentissage automatique [6] (figure suivante), on observe ainsi que Mélenchon semble exprimer de la colère dans un tiers des images. Ce taux est inférieur à 10 % dans le cas de Marine Le Pen.

Figure 2: Émotions liées à 1985 photographies illustrant les articles au sujet de chacune de ces personnalités politiques sur le site du Monde, depuis le 1er janvier 2012. L’identification des émotions est réalisée par un algorithme d’apprentissage automatique.

Cette dédiabolisation de Marine Le Pen, parallèle au dénigrement de figures alter-systèmeprogressistes comme Mélenchon, n’est pas le seul moteur médiatique de l’extrême droite. Il faut aussi ajouter la large diffusion des thèmes du Front National par la médiatisation croissante des « faits-divers qui font diversion » , et des unes racoleuses sur l’immigration ou l’islam à tel point que les français estiment en moyenne à 30 % la population musulmane en France alors qu’elle est en réalité d’à peine 8 % [7]. De tels dysfonctionnements du système d’information nous conduisent à déplorer, malgré la forme d’hostilité manifestement de façade de la presse quantifiée plus haut, la réalité du lepénisme médiatique. Et quand il faut vraiment choisir entre « les extrêmes » , pour certains le choix est vite fait. Il faut se souvenir des jubilations de la presse lorsque Mélenchon perdit à Hénin-Beaumont en 2012 face à Marine Le Pen.

« Vous êtes au tapis, vous êtes KO » s’exclamait BFMTV , pendant que d’autres se félicitaient de le voir « dézingué » , « rhabillé pour l’hiver » (Europe 1), et « étrillé » après avoir « pris une douche » en se faisant « sortir » par cette « rouste » (Libération). Après tout, pour Yves Thréard du Figaro, « Mélenchon est le pire des xénophobes » . Et toutes ces petites voix médiatiques de résonner comme un écho de « plutôt Hitler que le Front Populaire ». La dépravation de la presse sous la collaboration, déjà, avait motivé les ordonnances – avortées – de 1944 pour la liberté de la presse, elles-mêmes inspirées du programme du Conseil National de la Résistance.

Que faire ? D’abord, remettre la question des médias dans le débat politique, même si cela implique d’assumer pleinement la conflictualité avec un système dysfonctionnel, plutôt que de le cautionner avec l’espoir d’en obtenir l’assentiment. Ensuite, bien sûr, il nous faut contourner les médias dominants, que ce soit en soutenant la presse alternative, ou en investissant les autres lieux du débat public – y compris la rue qui déplaît tant à certains. À ce titre, une initiative ambitieuse comme Le est salutaire. Elle semble d’ailleurs répondre à une véritable demande, puisqu’elle a collecté plus d’un million d’euros depuis le lancement de sa campagne, le 11 octobre.

[1] Serge Halimi. Les nouveaux chiens de garde. Liber, 2005.

[2] Edward Herman Noam Chomsky. La fabrication du consentement (French Edition). Agone, 1695.

[3] Dominique Vidal Serge Halimi. L’Opinion, ça se travaille. Agone.

[4] Henri Maler. Médias en campagne; retours sur le référendum de 2005”. SYLLEPSE.

[5] Laurent Dauré. Juppé, forcément… : le retour. Acrimed — Action Critique Médias, Nov 2015.

[6] Octavio Arriaga, Matias Valdenegro-Toro, and Paul Plöger. Real-time convolutional neural networks for emotion and gender classification. CoRR, abs/1710.07557, 2017.

[7] Pamela Duncan. Europeans greatly overestimate muslim population, poll shows. The Guardian, Dec 2016.

Oui, il y a bien un “Mélenchon-bashing” médiatique

Les chiffres le montrent : les contenus médias à tonalité négative ont été particulièrement nombreux en mai contre Mélenchon. Le problème n’est pas ici le manque de neutralité (illusoire) des médias, mais bien un manque de pluralisme des points de vue qu’ils expriment.

Jean-Luc Mélenchon subit-il un « bashing » massif de la part des médias mainstream ? Un indicateur quantitatif fiable et objectif permet de répondre à cette question. Il suffit de mesurer le pourcentage de contenus médias consacrés à la cible, et dont la tonalité est négative.

Ce travail a été fait en amont du présent article, à l’aide de données récoltées et analysées par Dentsu Consulting avec l’outil de veille Talkwalker. Il apparaît ainsi que durant le mois de mai 2017, 40.1% des contenus médias consacrés à Jean-Luc Mélenchon et à la France insoumise étaient à tonalité négative. À titre de comparaison, sur la même période, seulement 24.8% de ceux consacrés à Emmanuel Macron et à En Marche l’étaient. De surcroît, dans le cas d’Emmanuel Macron la négativité a surtout consisté à relayer les critiques de concurrents politiques (Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Yannick Jadot…), et non pas à exprimer un regard négatif porté par le média lui-même.

40% des contenus à tonalité négative en mai

A contrario, si l’on élargit la période à mars-avril-mai 2017, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon sont grosso modo à égalité : 27% de contenus médias négatifs pour l’un, 31.1% pour l’autre. Cela signifie qu’après avoir eu droit à peu près à la même négativité médiatique en mars-avril (27-31%), à partir de mai Emmanuel Macron a vu la sienne rester stable (24.8%), tandis que celle de Jean-Luc Mélenchon s’envolait (40.1%). Cette divergence de traitement médiatique s’aggrave encore si l’on se focalise sur les tout derniers jours : du 26 mai au 1er juin, Emmanuel Macron demeure stable avec 28.3% de contenus médias négatifs, tandis que Jean-Luc Mélenchon subit un taux qui grimpe à 65,1%.

Il serait évidemment injuste de mettre tous les médias mainstream, tous leurs journalistes, dans le même sac d’un parti pris de diabolisation de Jean-Luc Mélenchon. Par exemple, la rubrique « Désintox » de Libération a rappelé le 6 juin dernier que son seul guide étant la détection de mensonges, Jean-Luc Mélenchon s’est classé très loin derrière Marine Le Pen et François Fillon, et juste derrière Emmanuel Macron, dans le classement de leurs articles négatifs consacrés aux candidats durant la campagne de premier tour de l’élection présidentielle.

Pour autant le constat demeure envers les médias pris dans leur globalité : une négativité massive, et qui monte en flèche, des contenus consacrés à Jean-Luc Mélenchon et à la France insoumise. Par parenthèse, cette montée en flèche des contenus médias négatifs envers Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise ne correspond pas à une flambée du rejet envers eux dans le public. Le dernier baromètre Ifop pour Paris Match indique au contraire que pour 39% des sondés Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise incarnent le mieux l’opposition, ce qui les place en tête, loin devant Marine Le Pen et le FN à 28% qui arrivent en deuxième place.

Cela exposé, le problème n’est pas le manque de neutralité des médias, pour cette raison simple : un média ne peut pas être neutre. Au contraire, tout média a obligatoirement une ligne éditoriale, c’est-à-dire une ligne politique ; et s’il n’en revendique pas, cela signifie juste que sa ligne politique n’est pas assumée publiquement, ce qui est malsain et malhonnête. Pour prendre quelques exemples, il n’est ni surprenant ni choquant que Le Figaro, journal de droite, ou Challenges, magazine libéral ayant fait très tôt campagne pour Emmanuel Macron, puissent émettre des contenus à charge contre Jean-Luc Mélenchon. Ou que Libération, dont le public, les journalistes et la ligne éditoriale sont éclatés entre différentes familles de la gauche, ait pu alterner à son égard des contenus positifs, neutres, ou négatifs jusqu’aux boulets rouges.

Manque de pluralisme des points de vue

En outre ce qui pose problème n’est évidemment pas l’existence d’un regard critique, voire dur, envers Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise, car cela est normal et nécessaire dans le débat public d’une démocratie. Ce qui pose problème en revanche, c’est le déséquilibrage colossal du traitement médiatique de notre vie politique en défaveur de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise, déséquilibrage qui va s’aggravant. Il nous révèle en effet ceci : il y a en France non pas un manque de neutralité (illusoire) des médias, mais bien un manque de pluralisme des points de vue qu’ils expriment.

De fait, alors que l’électorat de la « gauche du Non » aux politiques économiques actuelles a atteint au premier tour de l’élection présidentielle environ un quart des voix (scores de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon), nous manquons singulièrement de médias écrits, radios, télévisés, web, ainsi que d’émissions, d’experts et d’éditorialistes sur ces divers supports, qui expriment cette ligne politique.

Au-delà de l’utilité d’un rééquilibrage de nos médias pour le pluralisme de notre vie démocratique, c’est d’ailleurs aussi un enjeu dans la concurrence entre médias et entre émissions. Bis repetita : un Français sur quatre est d’accord avec cette ligne éditoriale. Et ce « 1 Français sur 4 » est aujourd’hui laissé en jachère. Donc un journal, un hebdomadaire, une radio, une chaîne info, une émission audiovisuelle, qui choisirait de laisser de la place à cet autre regard, verrait nécessairement son audience augmenter. Il ne faut pas chercher plus loin l’explication des succès d’audience des programmes de la chaîne YouTube de Jean-Luc Mélenchon. Si des médias mainstream ne se repositionnent pas rapidement sur cette ligne éditoriale ancrée à gauche, peut-être est-ce d’ailleurs cette chaîne-là qui se muera progressivement en multimédia de la gauche antisystème.