Le programme de Jean-Luc Mélenchon : une première rupture progressiste.

Les chiffres entre-parenthèses correspondent aux chapitres du « L’avenir en commun »

Disons-le tout de suite pour ne plus y revenir dans cet article : le programme de J.L n’est pas marxiste et encore moins communiste. Mais de quoi parlons-nous ici ? D’une élection. Et le programme pour une élection est nécessairement un programme qui correspond aux besoins immédiats de la lutte des masses et non pas le programme de la révolution et de la construction de la société socialiste.  Il n’en demeure pas moins que ce programme propose une véritable alternative antilibérale. Son application constituerait une rupture, sinon avec le capitalisme (ce qui nécessite la conquête du pouvoir par les travailleurs et la socialisation des principaux moyens d’échange et de production), du moins avec l’ordre néolibéral européen.

Certains points de ce programme prêtent à discussion et doivent être précisés pour ne pas tomber dans la démagogie : le droit de vote à 16 ans et le vote obligatoire (3), la légalisation du cannabis (13/69), faire évaluer la police avec des questionnaires de satisfaction des usagers (13), le droit de révoquer un élu par référendum  sur demande d’une partie du corps électoral (3), la création d’une garde nationale (14), autoriser le changement d’état civil devant un officier d’état civil (5),  établir la filiation par reconnaissance comme principe par défaut (5), le but de l’exploration spatiale (80/82), les conséquences de l’économie de la mer ( 81 ).

D’autres aspects mériteraient d’être développés, leurs  objectifs et moyens mieux définis. Ainsi sur l’éradication de l’illettrisme (76), l’adhésion à l’ALBA (59/62), l’inversion de la logique des métropoles et des méga-régions (47).

D’autres propositions constituent des avancées sociales et sociétales souvent novatrices :  la formation gratuite à la conduite et passage du permis pendant le service citoyen (14), rendre l’impôt sur les revenus plus progressif avec un barème à 14 tranches (36), renationaliser les autoroutes (41),  créer un pôle public du médicament (67), contre l’agression publicitaire (79).

Encore plus important : l’ensemble des questions touchant à la 6è République, populaire, laïque, s’appuyant sur l’intervention populaire (4 à 11), aux droits des salariés (23 à 31), à la souffrance sociale (70), au vieillissement et à la perte d’autonomie (71), à l’école ( 73-74-75),  à la culture et au sport (77-78) sont en rupture avec toutes les politiques et conceptions libérales. Elles s’inscrivent dans une vision d’une société juste, intelligente, libérée du carcan du profit et de l’argent considéré comme but essentiel de la vie.

 Des avancées conséquentes mais parfois insuffisantes :

Sur la maîtrise de l’économie : si le programme affirme la mise au pas de la finance (19) et la remise en cause des programmes de privatisations (16), les mesures concrètes sont rares et limitées. Si la politique du rail est mise en avant  (surtout pour des raisons écologiques), rien n’est dit sur le rôle de la SNCF.  De même pour l’énergie où rien n’est dit sur EDF.  Pour résumer on est loin de la nationalisation des secteurs clefs de l’économie. Or comment casser le pouvoir de la bourgeoisie et l’empêcher de nuire sans contrôler  la finance et l’industrie ?

 Sur les questions européennes et internationales : au-delà du regret de « L’Europe de nos rêves », (49) qui fait sourire,  JLM a évolué de manière très positive.

Certes la stratégie choisie n’est pas une rupture immédiate. La sortie de l’Euro n’est pas envisagée. Il est question de « dévaluer l’Euro » (51) et de le transformer en monnaie commune (52). Le programme de JLM annonce une renégociation des traités européens (plan A) (51-52), mais qui peut croire au succès de cette négociation ?  L’exemple grec est suffisamment parlant. Il faut sortir de l’Europe unilatéralement, ce qui est prévu par le plan B de JLM (51-52). Alors que dans le chapitre 54 est exposée la volonté d’une réelle indépendance de la France que nous approuvons pleinement et que le chapitre 57 contient  la sortie de la France de l’OMC et la suppression des G20, G7, FMI, JLM continue à s’inscrire dans une vision supranationale sur la politique européenne de contrôle des frontières et sur la politique agricole (59). Dans ce même chapitre, il veut simplement mettre fin à l’indépendance de la BCE, sans remettre en cause son existence.

Si le positionnement de JLM n’est pas exempt d’ambiguïtés voire de contradictions, il ouvre des perspectives nouvelles pour poser la question longtemps taboue de la sortie de l’UE. Il va dans le sens des quatre sorties prônées par le PRCF (de L’UE, de l’Euro, de l’OTAN, du capitalisme). Sa formule « l’Europe on la change ou on la quitte » marque une rupture fondamentale avec les dogmes européistes. Elle rompt avec le slogan vermoulu et mensonger de l’Europe sociale défendu par le PCF et la Gauche Européenne.

 Sur d’autres questions, l’on peut exprimer des réserves, voir des désaccords.

Ainsi le rôle de la cour pénale internationale (58) est réaffirmé sans critiques sur cet organisme dirigé par les puissances impérialistes et dont la partialité est apparue clairement à plusieurs reprises.

Concernant  la Syrie on reste dans une logique d’ingérence (60).

Sur  le « conflit israélo-palestinien », le soutien à la lutte du peuple palestinien n’est pas suffisamment marqué (ainsi il n’y a rien sur le démantèlement des colonies israéliennes) (61).

Pour terminer, notons que la question de  la défense de la langue française est très timide, sans mesures concrètes pour arrêter l’invasion du tout-anglais (64).

Malgré ses lacunes, le programme de la France Insoumise est indiscutablement progressiste.

Son application ouvrirait une nouvelle phase de la lutte de classe à la condition que, comme y invite le PRCF, les vrais communistes s’adressent fortement à la classe ouvrière. Utiliser la candidature Mélenchon et  lui assurer le meilleur résultat est donc essentiel pour que se développe un large mouvement populaire, capable de briser la tenaille  vraie droite / fausse gauche et d’ouvrir une alternative vitale pour le monde du travail.

Laurent NARDI

Commentaire de lecteur “Le programme de Jean-Luc Mélenchon : une première rupture progressiste.

  1. 13 mars 2017 at 11:55

    Merci Laurent pour ton esprit de synthèse qui permet d’avoir une vue d’ensemble sur le programme Mélenchon de la France Insoumise. Puisse cette France revenir sur les 40 annuités d’une retraite à 60 ans contenues dans le programme alors qu’avant Balladur c’étaient 37.5 annuités. Il est certain qu’un soutien critique ne peut se prévaloir d’une analyse pour le moins critique, sinon distanciée en mettant, comme tu l’as si bien fait, en balance les propositions du P.R.C.F. au cœur d’une transformation révolutionnaire de la société et notre projet de Socialisme.
    Amitiés fraternelles,
    A.L.