2e vague du covid-19 : témoignages et débat « Des solutions pour faire face au danger de la maladie et au danger pour les libertés ».

Dans une récente prise de position le soulignait « Coronavirus : la vigilance sanitaire est indispensable, le départ de la macronie aussi ! » précisant l’analyse et les propositions détaillées par le rapport du dernier comité central du PRCF (lire ici). C’est qu’à nouveau depuis plusieurs semaines, l’épidémie de covid-19 flambe, et ce après un été qui a vu l’accueil et le déplacement de millions de touristes venus du monde entier sans contrôle sanitaire et une rentrée marquée d’abord par la réduction des préventions sanitaires tout particulièrement dans les écoles et entreprises. Bien sûr Initiative Communiste vous rend compte régulièrement des informations concernant cette pandémie de covid-19 (cliquez ici pour retrouver tous nos articles) mais en recherchant un équilibre éditorial conservant la priorité à l’information sur les luttes sociales, et celle pour la solidarité internationaliste et la paix, ainsi que concernant l’actualité de la renaissance communiste. En évitant de verser dans les polémiques. Ce qui n’interdit évidemment pas le débat.

C’est dans ce contexte que Initiative Communiste vous propose :

  • le témoignage d’un militant du qui a subi la maladie au début de la première vague – comme bien d’autres camarades et la rédaction peut témoigner que certains y compris des camarades jeunes et sportifs n’en sont toujours pas rétablis; qu’en nous lisant ils soient assurés de notre fraternité.
  • et deux points de vue, en contribution à la poursuite de la réflexion sur la situation.

Témoignages et points de vue, ils n’engagent pas le ni ne reflète sa position, ni celle de la rédaction.

Si d’aucun demande une expression communiste, observons qu’il peuvent compter sur les militants du pour en avoir adopté une à l’occasion de leur dernier comité central, riche des débats entre camarades et de leurs expériences venues de toute la France mais également des enseignements de la gestion de la crise par les pays socialistes ou d’inspiration socialiste.

Témoignage d’un militant du PRCF, malade lors de la première vague

« Pour moi la pandémie est bien là , en quelque sorte une 2 ème vague ,  sans doute avec moins de morts. Le covid aurait, dit-on, muté, serait moins violent . 

Ayant été infecté lors de la première vague et surtout  l’ayant transmis à mon épouse et ma fille,  je peux dire que j’ai eu la trouille d’y passer  et j’ai eu peur pour les miens. En théorie je suis immunisé, et pourtant  je ne le souhaite à personne  ( fièvre, plus d’appétit, de fortes  douleurs , une toux douloureuse), vu mon âge (67 ans) j’ai eu du pot.

Je vis normalement , je mets le masque, j’utilise du gel hydroalcoolique  et me lave très souvent les mains.

Je partage l’analyse du sur la néfaste politique sanitaire  depuis  le début  de l’épidémie et le sérieux de cette pandémie .  Et j’ai du mal à comprendre la sous-estimation de certains copains.

Bien sûr, c’est clair que Macron et ses sbires se servent de la pandémie pour accélérer  la mise en œuvre  de sa politique de casse  de l’hôpital  et des conquis des  travailleurs.  Ils foutent volontairement la trouille au peuple  pour que les gens ne bougent plus. Mais nous devons plus que jamais agir, en nous adaptant  par obligation . »

Bernard

Urgence sanitaire ou dictature du Capital ?

C’est sous un billet au titre percuteur « urgence sanitaire ou dictature sanitaire » que notre camarade Laurent Nardi questionne la situation de crise pour mieux pointer que la situation sanitaire ne doit pas faire oublier les responsabilités du Capitalisme, système économique en crise systémique qui se repait de la pandémie comme il se repait des guerres pour exploiter les travailleurs. Un point de vue à verser au débat donc :

Les restrictions (euphémisme) successives du gouvernement sont gravement liberticides et sanitairement inefficaces.  Elles empêchent largement l’activité syndicale et politique mais aussi associative, culturelle, sportive, de loisir, les rencontres familiales…

Dans le contexte de la crise aggravée du capitalisme mondial, la crise sanitaire permet de justifier des vagues considérables de licenciements et délocalisations, d’imposer aux salariés paupérisation et durcissement des conditions de travail, de jeter des millions de personnes dans le chômage et la misère.

Le virus est instrumentalisé pour instiller une peur paralysante dans la population. Ancrée dans le psychisme collectif, elle serait ainsi l’arme la plus efficace pour dissoudre les résistances et faire taire le rejet d’un système jusqu’alors de moins en moins accepté par les masses populaires.

Le grand capital se porte bien. Regardez les bourses mondiales : pas de chute, certaines multinationales ont mêmes fait des bénéfices records ! Croyez-vous que les puissances financières aient accepté de perdre des marchés et des revenus à cause de la récession déclenchée par les confinements et autres couvre-feu ?  Bien sûr que non ! Elles ont rapidement calculé les profits gigantesques que l’après-crise pouvait offrir. Et je ne parle pas des grands groupes pharmaceutiques et labos pour lesquels des sommes considérables sont détournées des budgets publics…en attendant qu’un ou des vaccins soient mis sur le marché, avec l’énorme  potentiel de gain que l’on imagine, à l’échelle de la planète.

Le gouvernement et les médias à la recherche permanente de la sensation et de l’émotion, nous rabâchent à longueur de journée leur discours moralisateur et infantilisant. Le chantage au confinement généralisé devient l’argument récurrent.

Si l’on veut éclairer les consciences et aider à des  comportements raisonnés, il faut lutter pour que le « garder raison » prédomine en toutes circonstances.  Loin de moi de négliger ou de minimiser la portée de l’épidémie et ses conséquences parfois tragiques mais elle doit être analysée de manière relative et objective.

Ainsi les derniers chiffres officiels pour la France (au 24 octobre) (le nombre de morts est sujet à caution : je peux témoigner personnellement que nombre de morts de la grippe ou de malades en fin de vie ont été imputés au coronavirus au printemps dernier) :

  • cas de COVID depuis le début :  1 041 075  soit 1,54% de la population,
  • décès : 34 508 soit 0,052 %,
  • hospitalisations : 15 008 soit 0,024 %,
  • personnes en réanimation : 2 441 soit 0,0037 %

[NDLR : les chiffres des hospitalisations et hospitalisations en réanimation ci-dessus nous semblent erronés, retrouvez un bilan détaillé récent en cliquant ici]

Le taux d’occupation des lits de réanimation est un des épouvantails utilisés. Mais dans ce taux, l’on comptabilise aussi les patients en soins intensifs (lire ici les explications de Libération), ce qui ramène le taux d’occupation moyen national en seule réanimation à 24 % [NDLR pour cause de covid-19 sur les 5400 lits de réanimations, 6000 lits de soins intensifs et 8200 lits de surveillance continue soit 19600 lits], loin de la saturation avancée, avec, il est vrai, des disparités régionales fortes et des difficultés locales parfois importantes et stressantes.

La situation au 31 octobre 2020 – ndlr

La réalité des chiffres montre que l’on est donc loin du discours dominant qui présente les choses de manière effrayante, servant de base à une surenchère sécuritaire des ayatollahs de la dictature sanitaire et politique. Par comparaison, rappelons qu’en 2003, l’épidémie de grippe a touché 5 millions de français. En 1969 la grippe de Hong-Kong a fait plus de 30 000 morts dans l’indifférence quasi générale.

De nombreux scientifiques émérites ont des analyses opposées à la « stratégie » officielle.   On voit bien comment on essaie de les marginaliser et de les étouffer pour laisser  place au seul discours répressif (masque partout, fermeture d’établissements, couvre-feu, militarisation de l’application de ces mesures ) qui n’empêche pas la propagation du virus. La gestion du Covid en Suède ne peut qu’interpeller et faire réfléchir. Ce pays n’a jamais confiné, ni imposé le masque, ni de couvre-feu. Pourtant son taux de contamination et de décès est dans la moyenne des pays industrialisés, inférieur à la Grande-Bretagne, aux États-Unis, à l’Italie, l’Espagne, la Belgique etc…

La seule voie viable est de mettre en application efficacement le tryptique : test – traçage- isolement et protéger la population à risque (anciens, pathologies ).

Il faut rendre les tests obligatoires avec des centres de dépistage nombreux dans les quartiers, écoles, entreprises… comme cela se fait en Chine. Et que l’État assume ses responsabilités afin de ne pas couler la Sécu. Pour résumer : « Oui aux mesures sanitaires de fond, non à la fuite en avant dans les mesures sanitaires liberticides et inutiles » !

Face  à un sujet aussi complexe et impactant, il est bien normal que les avis soient multiples, c’est pourquoi il est nécessaire de conduire un débat ouvert permettant de dégager une expression communiste juste et  utile.

Pour finir : je sors d’un confinement de 15 jours, d’abord en tant que cas contact puis comme positif au COVID. Mon symptôme le plus « grave » a été une température de 38,2° pendant une journée.  Dans 95% des cas le coronavirus est une maladie bénigne. Il faut l’éradiquer en faisant les bons choix sanitaires et sociaux.


« APPRENDRE A VIVRE AVEC » …

Par Vendémiaire.

Et nous y revoilà !

Après sept mois de gestion capitaliste de la crise sanitaire de la COVID19, les résultats sont là. Le MEDEF refuse de considérer les lieux de travail comme les principaux lieux de contamination, l’UE rassure (les marchés !) que les frontières du marché unique resteront ouvertes, et Macron le gymnaste « RE-confine » en pirouette tout en laissant le scolaire et le professionnel tourner à plein régime.

Nos amis les bêtes peuvent néanmoins être rassurés : ce « RE-confinement » s’imposera bien pour eux​, n’ayant le droit qu’à une heure de sortie par jour et dans un rayon d’un kilomètre pour faire leurs besoins et se dégourdir les papattes. On ne rigole pas avec le corona !

Face à une deuxième vague épidémique à laquelle bon nombre de nos concitoyens ne croyaient plus (que certains orateurs réactionnaires des réseaux a-sociaux et anti-sociaux se rassurent, le masque chirurgical bloque bien les gouttelettes de postillons éventuellement porteuses du virus mais n’empêche​nt pas de débiter et de relayer des âneries !), la politique gouvernementale, qui prétend par la voie d’Emmanuel Macron « ne pas opposer la santé et l’économie », est bien une politique qui préfère les profits des gros monopoles (pas des artisans et des commerçants) à la santé des travailleurs et du peuple, ces derniers étant simplement invités à respecter les gestes barrières… Tu parles d’un confinement… Pourtant​, le monde ne manque pas d’exemple​s de réussite et de succès en termes de lutte contre l’épidémie. Encore faut-il aller les chercher autre part qu’au sein de la supranationale, antidémocratique, autoritaire et capitaliste Union européenne, et même au-delà d​u fumeux « Occident » présenté comme une prétendue « communauté internationale » (UE + Royaume-Uni + Etats-Unis + Japon + Australie + Nouvelle-Zélande = 1 petit quart de la planète…)

Vietnam, Cuba, Biélorussie, Chine ou encore un bon nombre de pays pas forcément socialistes​ comme la Russie qui ont la chance, ou l’intelligence d’esprit et de classe, de ne pas se laisser « librement concurrencer » par la mondialisation capitaliste ! Ainsi, préservant entre autres des industries d’État et comptant sur une vision planifiée et de long terme de l’économie, la santé fut primordiale pour ces pays qui ont, eux, bien agi « quoi qu’il en coûte » (dans la « France » de Macron​, cela coûte surtout aux travailleurs et aux plus défavorisés).

Mais les euro-capitalistes ne veulent pas d’un confinement total, même de courte durée, organisé et planifié, qui leur ferait perdre ne serait-ce que deux semaines dans la course mondiale aux profits puisque les échanges et les productions non-prioritaires s’arrêteraient.

Alors que la santé de la population et le juste combat pour la disparition de la Covid19 exige un confinement total et strict, articulé à des vagues massives de tests et à l’isolement des personnes infectées pour pouvoir assurer un dé-confinement surveillé mais efficace, c’est tout l’inverse qui nous a aujourd’hui imposé.

C’est sans doute cela, « apprendre à vivre avec le virus », c’est-à-dire ne pas le combattre mais l’accompagner dans son expansion meurtrière, en le tentant de le contrôler a minima (oserait-on imposer des obstacles à la « libre circulation du corona » ??) et en « confinant » tous les 5 mois le peuple au triptyque bien connu « métro, boulot, dodo ».

Dans ces conditions, étant donné le rôle désormais clair de la logique économique capitaliste dans l’expansion mondiale du virus, seuls deux choix s’offrent aux travailleurs et au peuple de France pour sortir de cette crise sanitaire qui n’est que le cache-sexe de la crise systémique, sociale et économique de la mondialisation capitaliste ​et qui, à n’en pas douter, ne sera pas la dernière (et probablement pas la dernière vague de coronavirus) : soit nous attendons passivement qu’un vaccin soit enfin trouvé ou qu’une mutation virale rende inoffensive la Covid19 (et assumons les morts en conséquence d’une telle attente providentielle) ; soit nous préparons notre pays et notre peuple à sortir, comme le propose le PRCF depuis toujours, de l’UE capitaliste porteuse de régression sociale et de crises sanitaires, de l’euro et de son austérité permanente, de l’OTAN fauteuse de guerre impérialistes, et enfin du capitalisme qui ne mène les peuples, les nations et l’humanité toute entière qu’à l’exterminisme guerrier et/ou environnemental.

Oui, « le socialisme ou la mort » n’aura jamais été autant d’actualité…
… Alors il faut vaincre, et nous vaincrons, et nous vivrons !


« Évitons la peur comme le déni, pour mieux dénoncer la responsabilité criminelle du système capitaliste »

Le débat sur la politique à adopter face à la pandémie de covid-19, s’il est utile, est un débat piégeux. Piégeux car il se déroule sur le terrain mouvant et instable d’une connaissance scientifique et médicale en construction, incertaine. Faites parfois de vives polémiques scientifiques qu’il n’appartient pas de trancher au plan politique, sans toutefois méconnaitre les conditions d’exercice de la science. Piégeux car la situation sanitaire – nombre de personnes contagieuses, de malades, de malades graves hospitalisés et de malades décédés – évolue rapidement de jour en jour. Dans des ordres de grandeur d’autant plus vertigineux que l’infection n’est pas nécessairement synonyme de symptômes pour tous et tout le temps, et fort heureusement de conséquences dramatiques sur la santé pour tous (rappelons que 95% des infectés n’ont pas de maladie ou peu grave), perturbant notre capacité à appréhender à nos niveaux individuels non pas la maladie et la pandémie. Piégeux aussi car il est chargé de nos émotions, des émotions qui nous renvoient à notre condition humaine, fragile face à la maladie et à la mort. Des émotions que ne manquent assurément pas d’exploiter les propagandistes d’un système capitaliste qui montre chaque jour d’avantage son incapacité à assurer la sécurité sanitaire et économique de notre nation comme de toutes celles sous son joug. Dans ces conditions, nos mots peuvent être difficiles à trouver, à être compris. Je ne partage ainsi pas les vocables de « dictature sanitaire » au simple regard des mesures de restriction des libertés pour des motifs sanitaires. Lorsque Cuba ou la Chine décident par exemple de mesure de confinement des populations il me semble proprement impropre de parler de dictature sanitaire alors que l’objet des mesures est d’assurer par des restrictions limitées dans le temps la santé de tous et la stabilité de la société face à un choc épidémique bien réel, face auquel ni la Chine ni Cuba ne néglige aucune piste de traitement au demeurant (interferon alpha 2B, hydroxychloroquine, vaccins…). Bien sûr, on peut, fort de notre capacité à raisonner de façon dialectique, remarquer combien la classe capitaliste cherche à user à son avantage de la pandémie, utilisant à l’excès d’une rhétorique de la guerre et de la peur. Ce n’est pas avec le covid-19 que l’on observe pour la première fois sa propension à jouer de la stratégie dite du choc, en opportunité, en restreignant par exemple de fait les capacités des syndicalistes et de l’opposition progressiste à mobiliser dans des actions de rue. En activant les mécanismes de prédation, de destruction de la suraccumulation de capitaux au profit des stratégies de concentration des multinationales et de renforcement des impérialismes. Mais ouvrir les yeux sur cette frénésie criminelle et indécente ne doit cependant pas conduire à dénier la réalité de l’épidémie.

En tant que syndicaliste, délégué au CHSCT de mon administration, j’observe par ailleurs que l’une des principales restrictions à l’activité syndicale c’est d’abord l’épidémie elle-même. Inquiets d’une maladie dont on constate par le témoignage de cas positifs et cas contacts qui se multiplient chaque jour, mes collègues revendiquent d’abord d’avoir accès à du télétravail, pour échapper aux transports en commun bondés, de même qu’aux cantines qui sont parmi les premiers lieux de contamination, et la grande majorité ne veut plus venir s’entasser dans des bureaux collectifs, et dans un même mouvement assister à des réunions syndicales en présentiel. À tort ou à raison ? ce n’est qu’un constat.

Pour autant il faut aussi constater que dans les bars et restaurants, ici à Marseille et comme je l’ai vu à Paris, c’est bien souvent pour certains, dans toutes les classes d’âge, le grand lâchage le soir venu, avec des densités et nombre de personnes bien souvent très au-delà du raisonnable au regard de l’absence de précautions prises. De fait, des règles contraignantes me semblent donc nécessaires, d’autant plus que culturellement, à la différence de certains pays nordiques, nous n’avons pas l’habitude de nous les imposer à nous-mêmes par un pesant contrôle social.

Le constat c’est aussi que le régime Macron nous a mis dans une situation impossible en ne prenant et ne planifiant pas les mesures nécessaires pour stopper la circulation du virus à l’issue du déconfinement et son retour depuis les zones de circulation active où l’épidémie se poursuivait avec parfois des formes variantes du virus (des tests dans tous les lieux de travail, des tests aux frontières, des tests à la rentrée scolaire : c’est ce qu’à fait à l’inverse la Chine avec succès, supprimant la circulation du virus…). Maintenant il y a des zones croissantes d’épidémie très actives sur tout le territoire, le contrôle sur les chaines de transmission est totalement perdu. C’est ce qui a motivé sans doute dans un premier temps la prise de mesures aussi spectaculaires que peu efficaces pour agir, frapper les esprits et surtout protéger la responsabilité pénale des responsables de la Macronie et de ses hauts fonctionnaires, tel que le couvre feu. Mais faisons crédit tout de même que ne rien faire n’améliorait pas non plus la situation. Faut-il d’ailleurs jeter dans le même sac l’ensemble des mesures en termes d’efficacité, du port du masque au couvre-feu en passant par l’aération des lieux clos ?

De grâce, ne minorons pas non plus l’effet des propagandistes libertaires et fascistes, appelant à l’unique responsabilité individuelle pour dégager le Capital du moindre frais sanitaire. Alimenté par les Trump, Bolsonaro mais pas seulement. Ce discours prospère d’autant plus facilement que l’éducation scientifique est parfois faible et surtout qu’il peut rebondir sur un sentiment extrêmement répandu et naturel de toute population exposée à un risque qu’elle sait réel et sérieux et surtout qu’elle sait permanent : le déni. C’est un mécanisme élémentaire de préservation, qui permet d’éviter l’angoisse, la dépression et de continuer à vivre dans une certaine insouciance. Cependant, il faut en être conscient car le déni pas plus que la peur n’empêche le danger. Ce n’est ainsi pas faire acte de révolution que de refuser de porter un masque « parce que c’est Macron qui le demande ». Surtout quand ce masque ne présente aucun risque, qu’il tend au contraire à limiter la propagation (les statistiques asiatiques sont édifiantes de ce point de vue), qu’il est peu contraignant à porter, et que son port généralisé peut justement faire baisser le niveau de peur dans la population (c’est grâce au masque que l’on arrive à mobiliser des milliers de personnes dans des manifestations de rue, sans cela, combien ne viendraient pas ?)
n’est-ce donc pas notre responsabilité de militant que de faire acte d’explication et d’exemple? On serait d’ailleurs bien incohérents, après avoir revendiqué d’avoir tous accès aux masques, de prioriser le travail en présentiel uniquement sur les activités essentielles au mois de mars dernier, et aujourd’hui de plaider pour le refus du masque et l’absence de toute règle sanitaire collective. Un des enjeux qui doit nous rassembler et bien celui-là : faire face à la maladie est-ce une problématique individuelle comme le prétendent les capitalistes, ou la réponse face à l’épidémie ne peut être elle que collective (On assume ensemble et collectivement des contraintes sociales, dans le but de réduire le risque, de se rassurer et se déculpabiliser pour faire face aux épreuves de la maladie etc…).

Dans ce contexte, ne nous trompons pas non plus sur l’ampleur de l’épidémie : le covid-19 n’est ni un gripette, ni une grippe un peu forte, pas plus qu’il n’a la mortalité d’Ebola. Les chiffres de l’INSEE pointant la surmortalité lors de la première vague ont confirmé les chiffres publiés par Santé Publique France, estimés à 30 000 décès en à peine deux mois et concentrés alors dans seulement deux régions du territoire, l’Île de France et le Grand Est. Et il s’agit bien de surmortalité du covid-19, car lors du démarrage de la vague de décès de l’épidémie de covid-19, l’épidémie saisonnière de grippe était déjà finie. Quant à la comparaison avec la grippe, je trouve utile de rappeler certains chiffres trop méconnus :

Du 1er Novembre 2018 au 31 Mars 2019, soit 5 mois, 10 723 personnes ont été hospitalisées pour cause de grippe, 1877 personnes ont été admises en réanimation et 289 en ont décédées. Soit en moyenne 2 décès par jour à l’hôpital. C’est-à-dire une mortalité de 4.3 morts à l’hôpital pour 1 million d’habitants. Cette épidémie de grippe était relativement modérée.
Pour le covid-19, le bilan provisoire, depuis le 1er mars 2020 jusqu’au 12 mai 2020 est de 96 979 personnes hospitalisées et 17003 décès enregistrés à l’hôpital. Ce qui correspond à 254 morts à l’hôpital du COVID-19 pour 1 million d’habitants. Soit respectivement 9 fois plus d’hospitalisations et 59 fois plus de décès !
Il ne faudrait pas non plus prendre comme référence la catastrophique grippe de 1969 comme une référence alors que c’est un énorme ratage sanitaire (on disposait alors d’un vaccin qui n’a pas été utilisé les firmes pharmaceutiques capitalistes ne s’étant pas entendues, tandis que la population n’était pas alertée ! ). Pour cette pandémie oubliée, on parle de 30 000 morts pour plus de 12 millions de malades en France, soit une létalité de 0.25%. La première vague épidémique du COVID-19 c’est 30000 morts pour 3 millions de malades soit une létalité de 1%. Soit a minima 10 fois plus que la grippe saisonnière et au moins 3 fois plus que la grippe de Hongkong. L’excès de mortalité statistique annuel moyen attribué à la grippe est de 6000 décès, mais il n’y a que 4 à 500 certificats enregistrés selon l’Inserm, qui chiffre par ailleurs en moyenne à 6 millions le nombre d’infectés par la grippe chaque année. La létalité habituelle, estimée selon la surmortalité de la grippe serait donc de 0.1% avec toutefois un taux d’attaque (transmissibilité) bien plus faible pour la grippe que pour le covid-19.

On n’aurait d’ailleurs qu’une vision très partielle de l’épidémie si l’on ne considérait que les décès, en oubliant les malades graves qui ont dû subir une hospitalisation parfois très lourde, ainsi que les malades moins graves mais qui eux aussi peuvent faire face à des séquelles, y compris pour les jeunes, des mois durant. Bien sûr pour justifier de la relance tout azimut de l’exploitation capitaliste, le régime Macron a semé le trouble en s’appuyant sur une batterie d’indicateurs. Dont le taux de remplissage des réanimations. Un taux de remplissage qu’il ne faudrait pas mésinterprété pour autant au seul timbre du covid-19 : que les réanimations soit saturées même si ce n’est qu’à 50% en raison des malades du covid-19 ne change rien au fait que cela signifie que des malades ou blessés ont vu s’en restreindre pour certains l’accès. Posant d’abord la question de la sous-dotation de la France en lit d’hôpitaux et tout particulièrement de réanimation et soins intensifs.

De la même façon, la comparaison des situations internationales doit être utilisée avec mesure : par exemple d’aucun se réfère à la Suède qui n’aurait que 20% de mortalité en plus que la France, ce pays n’ayant pas utilisé de mesures contraignantes fortes mais de simples prescriptions néanmoins très suivies : avec 59.41 morts par million d’habitants, elle compte 10 fois plus de décès que ses voisines la Norvège ou la Finlande, très comparables. Pour mémoire les pays asiatiques qui ont fermé les frontières en imposant des quarantaines, qui imposent le port du masque systématique, les traçages et l’isolement systématique des positifs, et utilisé pour certains des confinements sont à moins de 1 mort par million d’habitants. Cuba qui pratique le confinement local et le port du masque généralisé,et qui fait priorité que de détecter au plus vite les malades pour les soigner idem.

Par ailleurs, faut-il opposer dans la réalité du moment qui est celle de l’épidémie, la revendication d’une politique et stratégie sanitaire « idéale » ( dépister, isoler et soigner) à l’évidence efficace – dont nous n’avons objectivement pas les moyens au regard de la destruction de l’appareil productif et de l’absence de sa maitrise en l’absence de nationalisation – et les mesures d’urgence qui résultent de la nouvelle perte de contrôle sur l’épidémie ? La France teste désormais beaucoup, 1.6 millions de tests sur la dernière semaine soit 2.4% de la population chaque semaine, mais à l’évidence c’est toujours très en retard sur le nombre de malades contagieux . Il est vrai qu’en France le traçage (en milieu scolaire notamment) fait défaut, et l’isolement est quasi absent. Observons par ailleurs que la Chine comme Cuba réagissent très vigoureusement avec des mesures de confinement dès qu’il y a risque de perdre le contrôle sur la propagation de l’épidémie. Le confinement ou le couvre-feu auraient bien plus de sens il est vrai s’ils étaient combinés avec une stratégie de tests, d’isolements et de soins les plus précoces pour accélérer la sortie de la phase épidémique et sécuriser l’après.
L’autre question qui fait au demeurant débat est celle du soin : mais là encore doit-on entrer dans la polémique scientifique sur le traitement ? ou doit-on pointer l’impact du capitalisme qui fait commerce et privatisation du soin et du médicament, pesant ainsi sur la recherche et sur le choix des traitements (bannissement de médicaments peu couteux et maitrisés à l’efficacité certes non prouvée, mais achat de médicaments couteux, risqués, à l’efficacité encore moins prouvée, bannissement des vaccins chinois, russes, cubains…).

On le voit la crise pandémique a de quoi faire couler beaucoup d’encre. Au risque d’y passer énormément d’un temps et d’une énergie précieux pour les luttes à mener alors que le Capital se déchaine contre nos emplois, nos droits et libertés sociales et démocratiques. Au-delà des débats acharnés autour du covid-19, ne perdons donc pas de vue que l’essentiel pour impulser une sortie de crise c’est de tirer ensemble sur les points qui nous permettent de pousser à la mise en cause du Capitalisme, plutôt que de s’écharper sur l’appréciation de la gravité d’une épidémie et certaines formes de mesures sanitaires dont il nous est difficile scientifiquement d’avoir en direct la bonne perception ? Politiquement n’est-il pas préférable de soutenir par principe les solutions mettant en avant une réponse publique, collective, plutôt que celles renvoyant les questions de santé à la responsabilité individuelle ? L’expérience très réussie avec une gestion aussi performante qu’exemplaire de la crise épidémique par les pays socialistes ou d’inspiration socialiste à commencer par la Chine et Cuba ne devrait-elle pas de ce point de vue nous inspirer et nous conforter ? Et également nous rassurer sur la possibilité d’une vie sereine.

jbc le 29/10/2020