14-19 : La mémoire nous joue des tours… et Jolie Môme nous la ravive !

Depuis le samedi 10 novembre 2017, la compagnie propose un spectacle intitulé « 14-19 : La mémoire nous joue des tours » au de la Belle-Etoile à Aubervilliers, ce que vous pouvez retrouver en détails sur leur site : http://cie-joliemome.org/?cat=4 Plusieurs camarades du PRCF ont eu l’occasion d’assister à leur représentation le samedi 11 novembre et le samedi 9 décembre, tout en incitant de nombreuses personnes, adhérents ou non du Pôle, militants ou non, élèves, étudiants ou travailleurs, à assister à ce remarquable spectacle.

Un spectacle qui revisite toute l’ de Première Guerre mondiale en évoquant de nombreuses questions sciemment et honteusement évacuées

En effet, la compagnie Jolie Môme, qui avait déjà réalisé une magnifique prestation pour clôturer le rassemblement organisé (et réussi) par le PRCF le 4 novembre 2017 afin de célébrer le Centenaire de la Révolution d’Octobre, récidive de manière magistrale dans ce spectacle qui revisite la Première Guerre mondiale en évoquant de nombreuses questions sciemment et honteusement évacuées par les « programmes » concoctés par le Ministère de « l’Inéducation privatisée ». Pacifisme des socialistes, trahison de Léon Jouhaux et des socialistes ralliés à la guerre bourgeoise au nom de « l’Union sacrée », rôle majeur de Lénine, Rosa Luxemburg ou Karl Liebknecht, fraternisation des soldats français et allemands en 1917, mutinerie des marins de Kiel en 1918, trahison des sociaux-démocrates (manipulés par les généraux et le prince Max de Bade) qui arment les corps francs (vivier du futur parti nazi) et font assassiner les spartakistes, mobilisation des soldats coloniaux et exploitation des femmes (qui s’engagent aussi dans le combat pour la paix comme Jeanne Labourbe ou Emme Goldman) : enfin une vision rafraîchissante et critique sur la grande boucherie, exécutée avec talent, enthousiasme et dynamisme par les artistes de la Compagnie. On découvre plus que jamais que, comme l’affirmait Jean Jaurès, « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». A cela s’ajoute un excellent scénario entrechoquant les temporalités, la petite Sam Labourbe se retrouvant tout à coup transportée dans une époque qui, après l’avoir brièvement déroutée, la promeut porte-étendard de l’Internationale. Un joli clin d’œil pour rappeler que la Révolution est bel et bien l’affaire de toutes et tous ces anonymes qui se réalisent dans le refus de monter au front, dans le combat en faveur de la paix et de l’Internationale, dans la camaraderie et la solidarité.

on rit, on s’amuse, on participe

De la subtile partie de poker géopolitique d’avant-guerre à l’écrasement des mutins de la mer Noire, du ralliement à l’Union sacrée de Jouhaux et Montéhus à la fin de la guerre, de la première scène où les élèves du lycée Clemenceau apparaissent comme la caricature de lycéens incultes à la scène finale où ils prennent fait et cause pour l’Internationale (troublant ainsi leur professeure adepte du discours officiel sur la Grande Guerre) : on rit, on s’amuse, on participe et on admire une pièce qui surpasse de très loin une quantité de cours de secondaire (et de supérieur). De surcroît, on réalise encore plus l’immense et scrupuleux travail accompli par les artistes, les metteurs en scène et les techniciens aussi bien dans les décors, les costumes (de la dominante Goldy à la social-démocratie aux bretelles rouges bien cachées et ne pesant rien face à sa cravate rose), le choix des paroles et les jeux de mots. Un superbe travail d’histoire, où les élèves en apprennent souvent beaucoup plus que durant leur scolarité dans le secondaire en termes de réflexion critique et de générale et historique.

Plus qu’une pièce de théâtre et un magnifique spectacle, qui ravive la mémoire et fait réfléchir pour se projeter dans le futur

Plus qu’une pièce de théâtre et un magnifique spectacle de 1h30 – le tout précédé par un bon repas et achevés par des verres dans une atmosphère fraternelle et festive –, « 14-19 » est un cours d’histoire qui ravive la mémoire, l’entretient et introduit des éléments de réflexion dans une période où tant de repères se brouillent. Salutaire au même titre que d’excellents ouvrages comme 1914-1918. La Grande guerre des classes de Jacques Pauwels ou La guerre de 1918-1922 : quatorze puissances liguées contre la Révolution russe de Youri Korablev et Anatoli Chouryguinine (publiés aux éditions Delga, qui regorge d’ouvrages de référence sur la Grande Guerre et sur la Révolution d’Octobre), « 14-19 » s’inscrit dans ce combat fondamental et indispensable en ces temps d’offensive massive des forces réactionnaires envers l’histoire, à savoir porter la voix des exploités et opprimés tout en dénonçant les manipulations et les mensonges grossiers. Car comme l’affirme Simon Weil que reprend volontiers Jolie Môme : « Croire en l’histoire officielle, c’est croire des criminels sur parole » !

HF pour www.initiative-communiste.fr