Sur la rencontre Obama Shinzo Abé – Par Floréal (PRCF)

USA/RFA/Japon : vers une nouvelle Triplice ? – Par Floréal (PRCF) – 28 décembre 2016

 Chefs de file respectifs de l’impérialisme américain en déclin et de l’impérialisme japonais résurgent, MM. Obama et Shinzô Abé se sont retrouvés à Pearl Harbor. Le premier ministre japonais n’a pas davantage présenté ses excuses au peuple américain pour cette attaque criminelle et félonne, court-circuitant toute espèce de déclaration de guerre. Pas plus qu’Obama n’avait eu l’idée de présenter ses excuses à propos du crime de guerre énorme commis par son pays à l’encontre du peuple japonais quand il s’est rendu à Hiroshima. En clair, des impérialistes restent des impérialistes, jamais l’humanisme ne les étouffera et quand en apparence ils manieront la « repentance », ce sera uniquement parce qu’ils en escompteront des gains politiques, militaires ou économiques directs ou indirects. Non, le véritable but de la récente rencontre de Pearl Harbour, comme celui des commémorations du 6 juin 2014 où Hollande, Cameron et Obama « oublièrent » ensemble de convier les représentants du peuple russe (qui fut le vainqueur décisif de Hitler sur les champs de bataille de Stalingrad, Koursk et Berlin), est de renforcer une alliance impérialiste tournée contre la République populaire de Chine et contre la Fédération de Russie. En particulier, Shinzo Abé, dont le dangereux négationniste (le déni des crimes exterministes commis par le Japon impérial contre les populations de Chine) est justement fustigé par Pékin, est le champion avoué du réarmement nippon. Ce qu’il est allé chercher auprès d’Obama, c’est un feu vert lui permettant de se dégager au plus tôt de la constitution pacifiste qui fut imposée au Japon en 1945 et qui continue de lui interdire d’envoyer des troupes à l’étranger, en clair, d’envahir de nouveau autrui. Très bizarrement, des forces puissantes poussent en Allemagne au réarmement du pays qui prévoit d’augmenter sensiblement ses crédits militaires (déjà la RFA a participé au premier chef au démantèlement et à l’occupation de l’ex-Yougoslavie et le Deutsche Mark est devenu la monnaie officielle des micro-Etats qui ont résulté du partage impérialiste des Balkans). Bref, c’en est à se demander qui a gagné la seconde guerre mondiale

Il est vrai qu’à l’arrière-plan géopolitique de ce redéploiement militaro-stratégique, il y a la victoire de la contre-révolution en URSS et en Europe de l’Est, l’affaiblissement de la Russie postsoviétique qui en a résulté dans un premier temps et le renforcement continental de l’Allemagne « réunifiée ». Deuxième donnée : la Russie de Poutine, alliée à l’Etat syrien, vient d’infliger une défaite historique aux impérialistes euro-atlantiques en les empêchant de faire main basse sur la Syrie, comme ils ont fait main basse sur l’Irak ; et face à cette lourde défaite, l’impérialisme US a besoin de redorer le blason de ses deux principaux alliés « transatlantique » (Berlin) et « transpacifique » (Tokyo). Même si à terme, on ne peut jamais exclure que les requins brièvement réconciliés ne s’entredévorent (à nouveau), pour l’instant ils travaillent surtout de concert à refouler les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), ces Etats potentiellement rivaux, capitalistes pour la plupart, ou balançant entre néocapitalisme et fondements socialistes (Chine), dans lesquels continuent par ailleurs d’agir de puissantes forces « rouges ».

En pratique, il importe que notre constante dénonciation de l’impérialisme américain – déclinant, donc potentiellement plus agressif encore – ne nous empêche pas de dénoncer le nouveau réarmement allemand, dangereux à terme pour une éventuelle France progressiste et immédiatement menaçant pour la Russie, pour l’Europe de l’Est et pour l’Europe du Sud récalcitrantes à l’euro-austérité humiliante « diktée » par Berlin. N’oublions pas non plus que l’entente de Washington, de Tokyo… et de Séoul contre la Chine populaire, la Russie et la République démocratique populaire de Corée, est grosse d’une nouvelle guerre mondiale dont le point de départ est déjà aisé à localiser, qu’il s’agisse du Nord du Japon ou de la Mer de Chine