Les deux, mon Général! – Par Floréal, PRCF.

Les deux, mon Général ! – Par Floréal, PRCF.

 

Dieu que c’est dur de penser dialectiquement, c’est-à-dire en prenant les choses dans leur dynamique et en refusant les oppositions à deux balles !

Côté droit, on a un F. Asselineau qui veut bien, qu’il dit, « sortir de l’euro, de l’UE et de l’OTAN », mais PAS du capitalisme. Mais comment une dynamique de sortie de l’UE du capital pourrait-elle s’opérer en méconnaissant les luttes de la classe ouvrière, en regardant de haut ces syndicalistes CGT qui, parfois au prix de leur emploi, ont porté les luttes du printemps dernier et en méconnaissant ce fait patent : le MEDEF et le CAC-40 sont massivement pro-Maastricht alors que 79% des ouvriers ont voté contre la constitution européenne en 2005 ?

Coté gauche, on a des groupes gauchistes de tous pédigrés qui ne veulent QUE « le socialisme tout de suite sinon rien : » et qui regardent de très haut le « Frexit ». Lequel, en effet, jetterait bas le bon vieux mythe trotskiste (et social-démocrate, donc !) des « Etats-Unis socialistes d’Europe »… Bref, sous leurs airs « purs et durs », ces groupes gauchistes ne veulent surtout pas affronter la  petite bourgeoisie « alter-européiste » qui pousse des cris d’orfraie au seul mot d’indépendance nationale (ces étranges « marxistes » devraient lire Du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, où Lénine réfute le nihilisme national de certains socialistes).

Est-il si difficile de saisir, d’une part, que le Frexit est la condition nécessaire, sinon suffisante, pour que la question du socialisme, forclose par le très totalitaire traité de Maastricht (« l’UE est une économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée »), puisse concrètement revenir à l’ordre du jour en France ? Est-il si dur pour un marxiste, donc pour un matérialiste, de saisir que « qui peut le plus peut le moins » et qu’il est impossible de mettre la révolution sociale sur orbite, si l’on n’est même pas capable de monter et de lancer la fusée Brexit, donc de briser le broyeur d’acquis et de souverainetés nationales qu’est l’UE supranationale ?

Symétriquement, pour le Frexit aille jusqu’au bout, il devra prendre appui sur la classe ouvrière, qui est la classe sociale à la fois la plus anti-UE et la plus anticapitaliste. Le Frexit devra en effet affronter durement l’oligarchie capitaliste au lieu de s’enliser dans les méandres de l’article 50 si cher à l’UPR ? Et comment le monde du travail prendrait-il la tête du Frexit, comment conduirait-il ce que le PRCF appelle le « Front antifasciste, patriotique, progressiste et écologique », s’il n’a pas d’emblée sous les yeux des revendications (salaires, emplois, libertés syndicales, emploi industriel, remboursements sécu, retraites…) qui, inévitablement, produiront toute une série de bras de fer entre la nation laborieuse et le grand capital maastrichtien. Que ces affrontements de classes soient perdus par le camp du Travail et la France restera dans le capitalisme, tout en parachevant sa dissolution dans l’Empire euro-atlantique. Qu’ils soient gagnés par les travailleurs et, quoi qu’en disent les bourgeois « raisonnables » qui veulent « sortir de l’UE mais PAS du capitalisme », et la France sortira d’un même élan de l’UE… et du capitalisme !

La seule ligne claire qui puisse mener pour du bon au Frexit et au socialisme, est donc celle des quatre sorties : de l’euro, de l’UE, de l’OTAN ET DU CAPITALISME. Elle impose à la fois d’œuvrer à un large rassemblement rouge et tricolore contre l’UE du grand capital, et de reconstruire un parti de combat. Sans lequel la classe ouvrière sera mise à la remorque, soit du souverainisme de droite, voire du lepénisme, soit de la petite bourgeoisie altermondialiste et alter-européiste travestie en « révolution permanente » (quoique toujours ajournée…).

Front large, pluriel, multicolore contre le FN  et l’UE, mais aussi parti de classe indépendant, les deux constructions se complètent.

En réalité, ceux qui opposent stérilement ces tâches complémentaires ne conduiront ni au Frexit, ni au socialisme.

Ni a fortiori, à la reconstruction de l’avant-garde politique de la classe ouvrière qui manque si cruellement à notre peuple.