La mémoire de Maurice Audin méritait mieux – Par Floréal, PRCF.

LA NOBLE MÉMOIRE DE MAURICE AUDIN MÉRITAIT MIEUX ! – Par Floréal, PRCF.

N’en déplaise à la droite ultra, en particulier à l’odieux Eric Zemmour qui poursuit de sa haine post mortem le martyr Maurice Audin, les honnêtes gens – y compris les militaires fidèles au drapeau de la Révolution française – doivent se réjouir du fait que l’État français ait enfin reconnu l’assassinat précédé de tortures qu’ont perpétré des officiers français exécutant les ordres du gouvernement social-colonialiste d’alors (Guy Mollet étant président du Conseil et Mitterrand officiant à la « justice » !) à l’encontre du jeune et brillant mathématicien communiste Maurice Audin, porté disparu en 1957. Il est désespérant que, plus d’un siècle après une célèbre « Affaire » à l’occasion de laquelle le haut état-major perclus d’antisémitisme fut convaincu d’usage de faux à l’encontre du capitaine Dreyfus, certains tentent encore de blanchir ceux qui ont massivement pratiqué la torture contre un peuple luttant pour son indépendance. « Quand elle est française, une erreur n’est plus une erreur », prétendait jadis une ganache « antidreyfusarde » qui, par ces mots d’une rare sottise (2 + 2 ne feraient-ils pas 4 pour tous les peuples ?), croyait clouer le bec des Zola, Clémenceau, Jaurès et autres suppôts bien connus du Kaiser ! Certains individus n’ayant rien oublié ni rien appris, l’assassinat d’un homme préalablement dépecé vivant ne serait donc plus un crime dès lors qu’il aurait été commis au nom de notre pays… C’est l’inverse qui est vrai, car ces pratiques répugnantes cinglent au visage tout Français digne de ce nom !

Pour notre part, nous assumons fièrement la trajectoire admirable de toutes celles et de tous ceux qui, durant les guerres coloniales – « ces guerres du mensonge » pour parler comme Jean Ferrat – ont sauvé l’honneur de la France en défendant le droit inaliénable des colonisés à l’indépendance. Nous sommes fiers qu’Audin et Henri Alleg, qui figura au comité de parrainage du PRCF, aient été d’irréprochables militants communistes et que ce dernier ait écrit La Question, ce texte admirable préfacé par Sartre, qui devrait figurer dans les bibliothèques scolaires à côté des textes de Voltaire réhabilitant Calas ou de V. Hugo plaidant pour les Communards livrés au lynchage d’État. Libre à d’autres de justifier la « gégène » et d’admirer les sinistres généraux Massu et Aussaresses : La France que nous aimons, nous les communistes, est celle qui, en 1793, a agi pour la liberté de tous les peuples ; et c’est cette France-là que défigure la classe privilégiée qui n’invoque le patriotisme que pour opprimer d’autres peuples tout en dissolvant sournoisement le nôtre dans l’Empire euro-atlantique en gestation.

Toutefois la manière dont le pouvoir macronien, relayé par le député-mathématicien Cédric Villani, a traité le cas Audin ne mérite pas les vibrants éloges dont l’ont comblé certains « communistes » assoiffés de respectabilité bourgeoise. Sans parler du moment choisi pour reconnaître la responsabilité de l’État dans l’assassinat d’Audin*, qui ne voit que la manière superficielle et politicienne dont Macron a traité le cas Audin ne permet pas de faire la lumière sur l’usage massif de la torture par l’Armée coloniale à l’encontre des patriotes algériens et des communistes français ?  C’est d’une autocritique franche, globale, du colonialisme et du néocolonialisme qui lui a succédé qu’a besoin notre pays pour se réconcilier avec lui-même, pour porter à nouveau sans hypocrisie les valeurs universalistes de liberté, d’égalité et de fraternité, pour renouer chaleureusement avec l’Afrique francophone et avec tous les Français d’origine extra-européenne. Loin de relever de l’auto-flagellation, cette autocritique salutaire est indispensable à la France (le mensonge détruit, la vérité reconstruit !) si elle veut s’extraire à temps de l’autodestruction, du dégoût de soi et de la servitude volontaire dans lesquels l’enfonce l’oligarchie hexagonale adonnée aux passions mauvaises du tout-anglais, de l’auto-phobie nationale (à chaque minute on nous somme d’imiter humblement « nos voisins allemands », « les pays scandinaves » ou « nos amis anglo-saxons » !) et de ses deux méprisables retombées masochistes : la xénophobie d’État façon Valls-Collomb-Le Pen-Wauquiez, et l’euro-dissolution de la France du CNR dans l’Empire transatlantique en marche. Or comment sauver notre indépendance et notre ADN républicain sans reconnaître que la colonisation a globalement été un suicide républicain, une manière d’instiller la schizophrénie politique et ce que j’appellerai la double haine (celle de soi et celle d’autrui) dans l’inconscient civique des héritiers de Valmy et de Fleurus ? « Un peuple qui en opprime d’autres ne saurait être libre », disait déjà Marx à propos de l’oppression anglaise pesant sur l’Irlande… tout en empoisonnant la conscience de classe des prolétaires anglais.

Bien entendu, il ne s’agit nullement de culpabiliser dans leur masse nos compatriotes Pieds-Noirs, dont beaucoup votaient initialement communiste, et qui se sont peu à peu retrouvés les otages de la guerre sans nom qui a résulté de l’intransigeance obtuse des gros intérêts coloniaux appuyés par Paris. Avant la deuxième Guerre mondiale, Thorez et le PCF avaient d’ailleurs dessiné les lignes possibles d’une décolonisation pacifique de l’Algérie. Une décolonisation démocratique qui eût préservé la situation des travailleurs « européens » d’Algérie, comme on disait alors, tout en rendant les Algériens maîtres chez eux et en donnant un tout nouveau départ aux relations entre les deux peuples riverains du même lac azuréen. Encore eût-il fallu que la social-démocratie, Mollet et Mitterrand en tête, ne s’affichassent pas à nouveau, comme elle en a pris l’habitude depuis août 1914, comme la plus zélée servante, non pas de la patrie française et de la paix, mais comme l’esclave obséquieuse de l’impérialisme français, cet ennemi mortel des peuples colonisés et du peuple français lui-même !

Quoi qu’il en soit, il n’était pas indispensable que, à l’occasion de la Fête de l’Huma, la direction du PCF toujours avide de respectabilité, crût bon d’offrir une tribune à Cédric Villani (figure de proue des députés LREM), donc à Macron en chute dans les sondages, alors même que le président et ses députés-godillots, Villani en tête, démolissent l’école publique et l’Université (Parcoursup, contre-réforme du lycée, contre-réforme Vidal…) et les acquis sociaux du CNR (statuts, retraites par répartition, etc.). On ne sache pas en effet qu’Audin, Alleg et tous les communistes torturés en Algérie, aient jamais milité pour que fussent détruites les grandes réformes mises en place par les ministres communistes en 1945. Car avant de décerner indirectement un brevet d’anticolonialisme à Villani et Cie, il conviendrait de leur demander de cesser ICI ET MAINTENANT leurs ingérences sanglantes au Mali, en Côte d’Ivoire, en Libye, en Syrie ou en Ukraine : car il est trop facile de blanchir le  néocolonialisme actuel en accusant (très mollement) le colonialisme déjà largement discrédité d’avant-hier. D’autant que, les assassinats d’État continuent de nos jours puisque Hollande n’a pas fait mystère, dans son livre Un président ne devrait pas dire ça, d’avoir commandité des « exécutions extrajudiciaires » (Macron n’était-il pas ministre à cette époque ?), que sous la présidence de Mitterrand, le leader indépendantiste Eloi Machoro n’est pas mort, que l’on sache, d’un rhume mal placé… et que le super-faucon Trump, qui organise la torture à l’échelle industrielle à Guantànamo, sera le 11 novembre prochain l’hôte chouchouté du grand « progressiste » Macron !

C’est donc le peuple français lui-même qu’il faut gagner, du même mouvement, à la bataille contre le néocolonialisme « françafricain » et au combat connexe pour tirer la France du terrible néo-colonialisme économique, politique et linguistique dont elle est la cible, avec l’active collaboration de Macron et du sieur Villani**, lesquels passent leur temps à aligner notre pays sur les normes régressives du futur « Pacte transatlantique »… 

Sans flatter l’actuel pouvoir colonisé/colonisant, les vrais communistes feront vivre la mémoire d’Audin, d’Alleg et des autres patriotes algériens dans le seul tombeau qui soit digne d’eux : la conscience, à la fois patriotique et internationaliste, des travailleurs des deux rives de la Méditerranée.

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* Après la mise à mort du Code du travail et du statut des cheminots, après la pluie de mauvais coups contre les retraités, les fonctionnaires et les chômeurs, après les cadeaux fiscaux consentis aux richards, ce pouvoir a besoin de mesures symboliques, ne dérogeant ni aux « critères de Maastricht » ni au « service de la dette », pour rafistoler le mythe d’un Macron « en même temps » de droite et de gauche…

** C. Villani est un adversaire déterminé de l’utilisation du français dans les publications scientifiques et un sectateur convaincu du tout-anglais scientifique! Joli « patriote » en vérité…