Hommages à Mme Knoll / au colonel Beltrame : deux réflexions de Floréal

A propos des hommages publics rendus le 28 mars 2018, d’une part à Mme Knoll, et d’autre part au Colonel Beltrame. 28.03. 20181

1 – A PROPOS DE LA MARCHE BLANCHE EN HOMMAGE A MADAME KNOLL

L’assassinat bestial d’une vieille dame joviale, dont la presse nous dit qu’elle était juive et rescapée des rafles du Vel d’Hiv, n’appelle pas seulement une condamnation sans appel ; s’il est avéré qu’il s’agit en outre d’un attentat antisémite, autrement dit que cette personne a été torturée et assassinée parce que juive, cette affaire monstrueuse implique une riposte civique ferme et unanime de la part de tous ceux qui tiennent l’antisémitisme pour un déni honteux des valeurs universalistes de la citoyenneté républicaine laïque, laquelle, depuis 1905 au moins, ne veut rien connaître de la religion ou de l’ « origine » des Françaises et des Français.

 Pour autant, comment ne pas considérer comme profondément hypocrite l’indignation des Macron, Valls et Cie ? En Ukraine, dans les pays baltes, en Autriche, ces chevaliers blancs de la lutte contre l’antisémitisme fraient sans la moindre critique avec des gouvernements truffés de nostalgiques du Troisième Reich (le parlement d’Ukraine, dont sont exclus les communistes, n’a-t-il pas pour président un fondateur du Parti national-socialiste ukrainien ?). Qu’importe alors l’antisémitisme bestial de ces néo-hitlériens qui foisonnent dans l’Europe de l’Est puisque ce qui compte pour les dirigeants de l’UE atlantique, c’est que les dirigeants ukrainiens, polonais, hongrois, polonais, sont néolibéraux, antirusses, européistes et férocement anticommunistes…

 De même devons-nous dénoncer l’attitude scandaleuse et calomniatrice du CRIF qui prétend à tort parler au nom de tous les juifs de France et qui ne cesse de pratiquer un amalgame indécent entre l’antisémitisme criminel et la très légitime et très nécessaire critique du sionisme (lequel n’est pas une religion mais une option politique) et de la politique raciste, colonialiste et inhumaine du gouvernement israélien d’extrême droite à l’encontre des Palestiniens. Pour notre part nous combattons sans réserve l’antisémitisme, et nous appelons chacun à faire à cet égard comme si le sanglant colonialisme israélien n’existait pas. Pour autant, nous condamnons fermement le colonialisme sioniste : toute autre attitude ne serait d’ailleurs qu’un racisme déguisé, qu’une manière de traiter un État, parce que « juif », autrement que les autres Etats, alors que tout homme vaut en droit tout autre homme comme tout peuple vaut en droit tout autre peuple. Un = Un, c’est la base de tout idéal démocratique, comme de l’arithmétique. Il est lamentable qu’on doive redire de telles évidences au pays d’Émile Zola, d’Évariste Galois et de Jean Jaurès.

De même qu’est inacceptable la prétention du CRIF à interdire à J.-L. Mélenchon et aux Insoumis de participer à la “marche blanche” en hommage à Mme Knoll. Sans parler de la crapulerie qui consiste à amalgamer les fachos du FN, un parti dont le fondateur a multiplié les déclarations négationnistes, et les républicains progressistes de la FI… Et que dire des huées réactionnaires indignes à l’encontre de Mélenchon qui, lors de cette marche blanche, ont grossièrement violé la volonté de la famille de la victime : celle-ci refusait explicitement toute exclusive dans l’hommage rendu à Mme Knoll.

 2 – A PROPOS DU COLONEL BELTRAME

Par ailleurs, le PRCF salue la mémoire du Colonel Beltrame qui a sacrifié sa vie pour sauver une autre personne (et si possible, pour tenter de les sauver toutes face à la folie terroriste d’un fanatique). Qu’il soit exact ou pas que le colonel ait agi au nom de sa foi chrétienne, n’est pas ici ce qui compte le plus même si c’est évidement, tout-à- fait honorable. Ce qui compte surtout, c’est qu’en prenant volontairement la place d’un quidam retenu comme otage, le colonel a signifié le plus important : la dignité absolue de toute personne en tant que sa valeur est, comme telle, non quantifiable, donc supérieure à tout « prix », à toute valeur marchande : c’est le strict contraire du principe même des prises d’otage où l’autre est rabaissé au rôle de monnaie d’échange. Paradoxalement, c’est l’égalité entre tous les hommes, y compris l’égalité entre un héros et un quidam, alors que les choses ont des prix fort inégaux sur le « marché », qui fait que tout sujet humain est infiniment au-dessus de toute chose. Et si l’on y réfléchit bien, cet impératif moral jadis analysé par Kant et fortement redéployé par le Manifeste (le communisme s’y définit comme la société où « le développement de chacun est la clé du développement de tous ») condamne en son principe non seulement l’esclavagisme, qui chosifie les personnes, non seulement l’impérialisme, qui traite des peuples entiers comme des instruments, mais le capitalisme qui repose sur l’achat de la force de travail humaine, à son prix de marché, par les propriétaires des moyens de production. Avec pour contrepartie cette indignité que chaque prolétaire, pour faire vivre sa famille, doit apprendre à « se vendre » Que l’héroïque Beltrame*, qu’a fort bien salué Mélenchon au Parlement, ait eu conscience ou non de la portée civico-politique de son geste égalitaire, cela n’empêche nullement que c’est bien cela, l’égalité entre tous les hommes et la totale asymétrie de l’humanité et de la « choséité » qui s’en déduit, que dit son geste chevaleresque ; et c’est cela qui fait que tous les gens de cœur attachés à la liberté, à l’égalité et à la fraternité, honoreront ce geste et cette mémoire.

 Alors « union sacrée », comme nous y appellent les médias de manière politicienne ? Nullement, car comment « communierions- » nous avec un gouvernement qui, à l’occasion de l’éloge funèbre de Macron, va très certainement chanter sur tous les tons la sacralité de la personne au moment même où en tous domaines, il détruit les garanties sociales protégeant la personne des travailleurs, statuts, conventions collectives, Code du travail, services publics, secteur nationalisé industriel, pour « vendre » aux multinationales notre pays devenu « business-friendly » (en bon français : couché devant le capital), et pour transformer en marchandises un maximum d’activités humaines ? Alors, deuil national, oui, mais union sacrée avec Macron et ses pareils, jamais !

*Quel contraste entre l’attitude désintéressée du Colonel Beltrame et celle du Général De Villiers ! En effet, après avoir démissionné avec panache de sa fonction de chef d’état-major des armées pour s’opposer aux orientations militaires de Macron, après avoir écrit un livre intitulé SERVIR qui, sur les bases de classes qui sont forcément celles d’un officier chargé de hautes fonctions régaliennes, le général retraité entre désormais au service hautement rémunérateur d’un groupe capitaliste transnational, le Boston Consulting Group (85 bureaux dans 48 pays, plus de 12 000 employés, plus de 900 Directeurs associés et plus de 18 000 alumni). Les officiers, soldats et simples citoyens qui ont cru que le patriotisme – fût-il très marqué par l’approche droitière de ce mot ! – était la valeur suprême du général, ne manqueront pas de se dire que pour certains, l’état-major des multinationales a des charmes bien plus rémunérateurs que celui de la petite patrie française…