Autocritiques en panne. Par Floréal (PRCF)

AUTOCRITIQUES EN PANNE – par Floréal, PRCF – 10 mai 2018

 Lors du second tour de la présidentielle, certains dirigeants « communistes » ont appelé à voter Macron « pour faire barrage » à la fascisation, qu’ils confondaient et qu’ils confondent encore avec la lepénisation (laquelle n’en est que la pointe avancée). Tels autres blogueurs « marxistes » ont fait pis encore à cette occasion : sans honte, ils ont présenté le vote Le Pen comme un « moindre mal » par rapport au vote Macron-Thatcher. Comme si Macron, le chef de file du camp euro-atlantique en France, et Marine Le Pen, figure de proue de l’euro-nationalisme hexagonal et continental, n’étaient pas les deux mâchoires de l’étau libéral-fascisant, antisyndical, répressif et atlantiste qui malaxe notre pays et ses acquis sociaux…

Par ailleurs, concernant la présidentielle états-unienne, on a vu aussi certains « marxistes » autoproclamés, présenter le vote Trump comme un moindre mal face à la « belliciste » Clinton. Quelle finesse d’analyse à la lumière des derniers développements syriens, vénézuéliens, russes et iraniens de la politique archi-agressive de l’irresponsable Trump et de son équipe typiquement « néoconservatrice » !

De tels conseilleurs « marxistes » ne feraient-ils pas mieux d’allumer leur propre chandelle avant de prétendre au rôle de géopoliticiens « marxistes » ? Ils font carrément penser à des aveugles politiques qui se mêleraient de guider des borgnes ou des bien voyants… Car le marxisme n’est que pédantisme sans l’utilisation appropriée du critère de la pratique (Engels). Or l’expérience montre très clairement aujourd’hui que…

·     loin de barrer la route à la fascisation, Macron la catalyse et l’accélére : en effet, ce destructeur euro-thatchérien des acquis sociaux matraque à tour de bras le mouvement étudiant, les migrants, le mouvement syndical, il grave dans la loi l’état d’urgence et flique comme jamais la Toile et les réseaux sociaux. Bien souvent, dans les facs comme à la frontière alpine, Collomb a fermé les yeux sur les agissements des fascistes « traditionnels » avant d’envoyer les troupes de l’État policier finir le sale travail ;

·     Non seulement M. Le Pen ne cesse de durcir son honteux discours xénophobe et antimusulman, non seulement elle tance les syndicats de lutte, mais elle a rompu désormais avec l’époque Philippot où le FN feignait au moins d’être pour une amorce de Frexit ; comme l’a récemment montré un article de G. Gastaud, les deux mâchoires de l’euro-fascisation, la mâchoire brune et la mâchoire bleue-étoilée, sont en train de fusionner pour ne plus former qu’un seul estoc politique ciblant à la fois le monde du travail, les nations souveraines d’Europe et la paix mondiale. Il n’est que de voir la manière dont l’UE tente d’interdire la grève en Grèce avec l’appui de Tsipras, comment elle s’acoquine avec des gouvernements autrichien ou est-européens truffés de néo-nazis, comment elle relance avec l’OTAN la course aux armements contre la Russie, comment elle stimule la criminalisation du communisme en amalgamant officiellement l’Allemagne nazie et son principal vainqueur, l’Union soviétique.

·     Entre Trump et le camp Hillary Clinton, c’est désormais à qui fera la course en tête dans la brutale contre-offensive belliciste en cours contre la Russie, l’Iran, la Syrie, dans le soutien aveugle aux menées déstabilisatrices de Netanyahou, dans l’aide militaire apportée au gouvernement russophobe et pronazi de Kiev, dans le blocus non déclaré du Venezuela bolivarien, dans la guerre commerciale ouverte contre la Chine, etc.. L’ « isolationnisme » de Trump, son « opposition au système » n’étaient qu’un leurre à gogos dans lequel sont tombés bille en tête quelques « marxistes » autoproclamés qui eussent profondément consternés le grand Karl.

Devant une telle faillite analytique, on serait en droit d’obtenir une autocritique en règle. Mais ne rêvons pas, devant les pires démentis du réel, certains « matérialistes » de parade trouveront toujours des subterfuges pour justifier leurs errements et continuer de tromper – parfois de bonne foi, ce qui est presque pire encore ! – la classe ouvrière…