Nouveau CNR : gare aux contrefaçons – par Georges Gastaud

Par , fils de Résistant, secrétaire du PRCF.

PASSEISME OU POSITION D’AVANT-GARDE ?

Quand, en 2003, au cœur des luttes pour les retraites de la fonction publique, les syndicalistes communistes de la FNARC (qui allait devenir le PRCF en 2004), lancèrent les premiers le mot d’ordre de « Résistance ! » en faisant lien entre la casse sociale de Raffarin et le ciblage maastrichtien des acquis du (retraites par répartition, Sécurité sociale, nationalisations…), plus d’un militant lensois du NPA et de Lutte ouvrière, sans compter certains dirigeants syndicaux affiliés au PCF « euro-constructif », eurent tôt fait de nous traiter de « passéistes ». Pourtant, toute l’évolution sociopolitique de la France depuis 2003 a montré que les syndicalistes franchement communistes avaient mis dans le mille : il est de plus en plus clair que la « construction » euro-atlantique, celle qui associe l’UE (cette dictature supranationale et néolibérale pilotée par Berlin), l’euro – ce clone du Mark porteur d’austérité continentale – et l’OTAN, – cette police mondiale de l’impérialisme étatsunien -, déroule à l’envers le film des Jours heureux voulus par les initiateurs du CNR.

Thorez et Duclos, dirigeants du PCF

Cette même “construction” défait méthodiquement l’œuvre des ministres communistes qui, en 1945, à la faveur de la victoire mondiale des peuples sur l’impérialisme allemand, et suite au renforcement du prestige mondial de l’URSS (principal vainqueur militaire de Hitler) et à l’autorité conquise chez nous par les FTPF et autres FTP-MOI, mirent en place la Sécu, les retraites solidaires, la généralisation des conventions collectives, un Code du travail protecteur et les comités d’entreprise (A. Croizat), la nationalisation d’EGF, de la SNECMA, des banques, des Charbonnages et de Renault (M. Paul, M. Thorez, F. Billoux), la première forme du SMIG, le statut des mineurs et le statut des fonctionnaires (Thorez), tout en mettant sur orbite le CEA (Joliot-Curie) et en lançant le grand projet humaniste d’une Education nationale de qualité pour tous (plan Langevin-Wallon) ; bref, le programme du CNR et les réalisations grandioses qu’en ont données en un temps très bref les ministres communistes de 1945 forment un condensé de cette « exception française » que maudissent tant « nos » capitalistes : lesquel ne supportent tout bonnement pas l’inscription, dans l’histoire de la nation, fût-elle restée structurellement capitaliste, des luttes d’un mouvement ouvrier et démocratique dont les origines renvoient aux Sans Culottes, aux républicains de 1830 et de 1848, aux Communards et au combat social, laïque et anti-impérialiste de Jean Jaurès.

UE ATLANTIQUE OU C.N.R., LE MEDEF A CHOISI DEPUIS LONGTEMPS !

Car le cours des événements a ridiculisé les railleries de ceux qui ignorent l’histoire révolutionnaire de notre pays.

Dès 2005, la victoire du Non populaire à la Constitution européenne a fédéré les thématiques jumelles de la souveraineté nationale et du progrès social contre « l’économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée » chère à l’Europe de Maastricht. A sa grande surprise, le bloc des « sachants » qui voulaient liquider à la fois l’Etat-nation « obsolète » et les acquis sociaux de 1945 au nom de l’Europe fédérale en marche, dut s’incliner devant le rassemblement majoritaire, centré sur la classe ouvrière, de ceux qui gardaient au cœur les valeurs cardinales du CNR : c’est en effet un mixte de protection sociale, de démocratie populaire et de dignité nationale qui, dès avant 1940, sous les plis mêlés du drapeau rouge et du drapeau tricolore, avaient cimenté les avancées du ; et c’est aussi cette inspiration rouge/tricolore qui orienta les propositions des communistes lors de la rédaction du programme intitulé Les Jours heureux à l’initiative de Pierre Villon et de Jacques Duclos.

parisot-besoin d'aire

Avec un sens de classe dont sont bien incapables les alter-européistes de la gauche et d’une certaine extrême gauche établies, c’est dès novembre 2007 que Denis Kessler, alors n°2 du MEDEF, a vendu la mèche dans Challenge: il y déclarait cyniquement que la tâche dévolue à Sarkozy consistait à « démanteler le programme du CNR”. Un programme, ajoutait Kessler, issu de la triste époque où « le PCF obtenait 30% des voix », où la CGT comptait des millions d’adhérents et où « l’Armée rouge campait à 1500 km de Paris »… Précisant cette stratégie patronale aux relents néo-collabos évidents, le manifeste patronal Besoin d’aire écrit en décembre 2011 à la demande de Laurence Parisot expliquait à son tour que l’Etat-nation français était périmé : désormais. pour mener la chasse aux profits à l’échelle continentale et mondiale, il convenait de détricoter l’Etat jacobin et de « reconfigurer les territoires » (de nos jours Macron appelle cela le « pacte girondin »), de mettre en place les « Etats-Unis d’Europe », de les arrimer à l’ « Union transatlantique » et de multiplier les traités libre-échangistes transcontinentaux ; chemin faisant, on en profiterait bien sûr pour liquider les « pesanteurs » sociales accumulées dans ce pays retardataire et regrettablement frondeur qu’est la France.

A l’occasion de la crise de l’euro (2008), les patrons du CAC-40 unanimes avaient multiplié les déclarations communes avec leurs homologues allemands pour appeler Angela Merkel à assumer sans complexe la gouvernance de l’Europe. Chef de file francophone de Businesseurope et ex-président du MEDEF, le Baron Sellières, n’avait pas eu honte de déclarer devant le Conseil des chefs d’Etat européens de 2004, au grand dam de Chirac (qui quitta la salle), que le syndicat patronal européen ne s’exprimerait plus désormais officiellement qu’en « anglais, la langue des affaires et de l’entreprise ».

Quand on examine le programme macronien de « Nouveau Monde », on constate ainsi qu’il n’est rien d’autre que la mise à exécution accélérée de la feuille de route du MEDEF : fort inconstitutionnellement, il s’agit de substituer la « souveraineté européenne » et la « défense européenne » (intégrée à l’OTAN) à la souveraineté et à la défense nationales, de liquider la « république laïque et indivisible » (le “jacobinisme”) en « différenciant les territoires » et en « réparant » le « lien abîmé avec l’Eglise catholique » (sic) (rappelons que la constitution européenne préconisait le “dialogue institutionnel avec les religions”) ; le “nouveau monde”, c’est aussi la mise à l’encan de la hiérarchie des normes sociales, la fin des retraites solidaires, la mise en extinction des statuts, la privatisation des services publics. C’est aussi le linguicide inavoué de la langue française et sa rapide éviction, dans tous les domaines “de prestige” (recherche, Université, etc.), au profit du tout-globish de la mondialisation.

DEUX LOGIQUES DE CLASSES QUI S’EXCLUENT

Bref, autour de la confrontation entre « construction européenne » et héritage du CNR, deux logiques de classes s’affrontent :

# La logique du CNR, qui fustigeait les « féodalités financières » et recentrait la nation sur le monde du travail,

visait expressément à construire une société où les intérêts capitalistes seraient jugulés, où l’indépendance nationale se verrait garantie. De la sorte, le CNR « historique » s’avéra fort inclusif politiquement : il s’ouvrit à la SFIO, pourtant très discrète en tant que parti durant la guerre et dont les députés avaient majoritairement voté les pleins pouvoirs à Pétain; de même le CNR fit-il coexister les représentants de la CGT avec ceux de la CFTC.

Mais ce même CNR resta étanche au grand patronat – totalement compromis dans la collaboration avec Hitler! – et il tint organiquement à l’écart l’extrême droite qui avait fourni à Vichy son armature politico-idéologique. Bref, le CNR historique fut antifasciste, antiraciste, patriotique, social, démocratique et ouvert à demi-mots aux mots d’ordre anticapitalistes. Si bien que, contrairement à ce que prétendaient les idéologues trotskistes d’alors, la participation ministérielle communiste de 45/47, interrompue directement sur pression américaine en France, en Italie et en Belgique, fut bel et bien une forme de lutte de classe, tant les milieux droitiers et privilégiés – y compris ceux qui avaient signé à contre-coeur Les Jours heureux – se refusaient à appliquer sincèrement ce programme exagérément rouge à leurs yeux.

A partir de ces constats historiques, on peut dire que sont les dignes héritiers, et surtout, les dignes continuateurs du CNR, toutes celles et tous ceux qui, de nos jours, veulent construire un rassemblement majoritaire qui soit à la fois indépendantiste (pas de tutelle néo-impériale sur la France, qu’elle émane de Bruxelles, de Berlin, de Washington ou des GAFAM sur notre pays), anti-oligarchique (nationalisation des banques et des entreprises stratégiques, reconstruction planifiée du « produire en France »), social (augmentation des salaires et des retraites, reconstruction des services publics et de la protection sociale, etc.) et antifasciste : un nouveau CNR ne pourrait ainsi, sans déshonneur, s’ouvrir à tels partis racistes qui confondent sciemment l’aspiration légitime à la souveraineté du peuple avec les idéologies néocoloniales ou xénophobes héritées de l’Empire français. En résumé, si la logique du CNR n’était certes pas communiste, vu qu’il s’agissait d’un rassemblement pluriel de la Résistance, elle était encore moins anticommuniste car c’était impossible dans le cadre du rapport des forces issu de la Résistance: sans la résistance militaire acharnée des FTPF et des FTP-MOI sur le sol nationaI, sans le Traité d’amitié que De Gaulle eut l’intelligence de signer avec Staline en 1944, chacun sait que la France aurait eu droit en 1945, non pas à un gouvernement français républicain, mais à l’AMGOT et à une monnaie arrimée au dollar ; elle eût été traitée en pays vaincu, et non en membre du futur Conseil de sécurité de l’ONU !

Notons aussi que, avec l’émergence de la Sécu à la française, telle que l’a conçue Croizat, on était aux confins de ce que, très conflictuellement, le capitalisme peut tolérer en son sein de prémices du communisme : le principe implicite de la Sécu n’est-il pas en effet: De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins (c’est la définition du mode de répartition communiste chez Marx !).

# Or, la logique néolibérale et capitaliste de la « construction » européenne est totalement antinomique de celle que nous venons de décrire :

entièrement dominée par la mise en place de ce que Bruno Le Maire (droite) ou Dominique Strauss-Kahn (ex-PS) n’hésitent plus à appeler l’ « Empire européen »; ouvertement centrée sur Berlin et militairement supervisée par Washington, la “construction” européenne n’est ni nationale, ni internationale (l’internationalisme suppose des Etats souverains, égaux et solidaires!), mais supranationale et néo-impériale.
C’est aussi une logique intrinsèquement antisociale puisque tout est fait, au nom du monétarisme imposé par Berlin et figé dans les dispositifs encadrant l’euro, pour raboter sans fin les « dépenses publiques » civiles, de santé, d’éducation, de protection du travail, pour privatiser les services publics (remplacés par des “services d’intérêt général” dispensés par le privé…), pour corseter la démocratie.

Il s’agit également d’une logique insidieusement totalitaire (« l’économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée » gravée dans le Traité de Maastricht interdit toute forme de socialisme, qu’il s’agisse de sa forme marxiste ou de ses ersatz sociaux-démocrates : d’où la crise existentielle des partis anciennement communistes qui ont rallié le Parti de la Gauche Européenne, ou qu’il s’agisse des partis de l’ainsi-dite Internationale socialiste.

Enfin, soyons clairs, la “construction” européenne est porteuse d’une logique brutalement anticommuniste, contre-révolutionnaire et clairement fascisante. Qu’est-ce en effet que cette UE dominée par Berlin où…

  • 90 nostalgiques du Reich siègent au Bundestag…
  • des néonazis entrent et sortent sans cesse du gouvernement de Vienne,
  • de francs nostalgiques du Duce comme Matteo Salvini peuvent à tout moment gouverner l’Italie…
  • on fraie avec un “Parlement” ukrainien dont les communistes ont été exclus et que préside le fondateur du Parti national-socialiste ukrainie…
  • dans les Pays baltes, les russophones sont discriminés et les PC interdits, mais on laisser parader les admirateurs des SS baltes de la Wehrmacht…
  • le PC polonais est en voie d’interdiction tandis que le gouvernement clérical de Varsovie détruit les droits des femmes et musèle la justice…
  • un « parlement » européen de la honte, députés Insoumis français exclus, vient d’adopter une motion mettant sur le même plan le Troisième Reich exterminateur et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. La même résolution amalgame froidement la swastika à l’emblème ouvrier et paysan de la faucille et du marteau; ce qui revient à criminaliser les communistes tout en banalisant les nazis…

Les eurocrates pourront toujours après cela déplorer, la main sur le cœur, l’ “irrésistible montée du populisme de droite en Europe”…

NOUVEAU C.N.R. : GARE AUX CONTREFAÇONS !

Il suit de ces observations que toute une série de « nouveaux CNR » qui sortent de terre en ce moment tels des champignons après l’averse, ne sont que contrefaçons que doivent savoir reconnaître ceux qui veulent vraiment qu’adviennent à nouveau des « Jours heureux » dans notre pays en crise.

Tout d’abord, il faut dénoncer l’usurpation du CNR et des Jours heureux par Macron et le gouvernement Philippe.

Comment des “élites” qui dynamitent l’une après l’autre les conquêtes sociales de 1945, retraites solidaires remplacées par la régressive « retraite par points », soins médicaux gratuits pour tous cédant la place aux déremboursements médicaux et à la casse de l’hôpital public, indépendance nationale éradiquée au profit de la « souveraineté européenne » et de l’ « armée européenne », comment des eurocrates qui poussent à ce que l’anglais devienne l’unique langue officielle de l’UE, comment des “progressistes” qui traquent les migrants, comment un Macron qui qualifie Pétain de “grand soldat”, peuvent-ils avoir le front de se réclamer du CNR ?

Ces représentants patentés de l’oligarchie ont aussi peu leur place dans un futur « nouveau CNR » que le Comité des forges de sinistre mémoire eût pu trouver la sienne dans le CNR présidé par Jean Moulin !

Il faut aussi dénoncer la caricature de « nouveau CNR » qu’affichent ces « souverainistes » qui, sous couvert de « dépasser le clivage gauche-droite », nient ou minimisent la fascisation galopante de l’Europe et de la France (lesquelles croulent sous les lois liberticides et sous les pratiques répressives) et qui considèrent comme un acte anodin le fait de faire tribune commune avec des satellites politiques du RN – ce parti xénophobe héritier de Vichy et de l’O.A.S. – qu’il s’agisse de Dupont-Aignan (pressenti pour devenir le Premier Ministre de Le Pen en 2017 en cas de victoire d’icelle…) ou de Philippot, l’ex-numéro 2 du FN.

D’autant plus que ni Marine Le Pen, ni Dupont-Aignan ne veulent sortir de l’UE et de l’euro et qu’en conséquence, leur “patriotisme” n’est qu’une grossière TROMPERIE SUR LA MARCHANDISE, y compris d’un point de vue purement formel. Le CNR historique était certes ouvert à des patriotes issus de la droite, comme l’était le Général De Gaulle, mais il était fermé aux fascistes et son centre de gravité sociopolitique était clairement à gauche : c’est ce qu’attesteront les premières élections de l’après-guerre où le PCF obtenait près de 29% des voix, où la CGT devançait de très loin la CFTC et où, si la direction de la SFIO ne s’y était pas refusée, il eût été possible de sortir de la guerre avec un gouvernement d’union de la gauche à direction communiste.

C’est pourquoi le PRCF, tout en proposant un large Front antifasciste, patriotique, populaire et écologiste (FR.A.P.P.E.), refuse de cautionner la “dé-diabolisation” du FN et appelle à isoler totalement et définitivement le RN et ses satellites.

Il est grave que certains, sous couvert d’unir « les patriotes des deux rives », ferment les yeux sur l’actuel processus de fascisation européenne et hexagonale dont les euro-nationalistes à la Orban, Kaczynski, Le Pen et Cie sont la pointe avancée, sinon les seuls porteurs : non, l’ultra-droite n’est pas un « épouvantail » inoffensif, et pas davantage une alternative « nationale » à l’UE ; elle est plutôt sa soupape de sécurité et l’aile marchante de la fascisation et du racisme que portent aussi, sous des formes plus insidieuses mais non moins liberticides, les « progressistes » à la Macron.

Nouveau C.N.R. et LUTTE POUR LE SOCIALISME

C’est pourquoi un “nouveau CNR” digne de ce nom ne saurait être, comme le croient l’UPR et son président, une sorte de trêve des braves entre la classe laborieuse et le grand capital ; tout au contraire, et quelles que soient les formes qu’elle prendrait, l’émergence d’un nouveau CNR combattant l’UE-OTAN sous la triple égide de l’indépendance nationale, du progrès social et de la coopération internationale, ne manquerait pas de susciter un salutaire affrontement de classes entre, d’une part, la masse du peuple de France, travailleurs immigrés compris, centrée sur le monde du travail, et d’autre part l’oligarchie financière soutenue par le P.M.U. (ce Parti Maastrichtien Unique qui va des LR au PS en passant par EELV) et rejointe rapidement, anticommunisme aidant, par les pseudo-« nationaux » du RN.

Il est aisé de prévoir ce qui se passerait, socialement et politiquement, si un gouvernement d’unité antifasciste, patriotique, populaire et écologiste engageait la nationalisation franche du CAC 40 et les banques, s’il décidait de taxer, voire de confisquer les fortunes planquées dans des paradis fiscaux, s’il promouvait une constitution véritablement démocratique, s’il engageait la démocratisation en profondeur des appareils d’Etat, s’il touchait si peu que ce soit à la médiacratie oligarchique, s’il accordait des droits étendus aux travailleurs dans les entreprises, et surtout, si ce gouvernement anti-oligarchique entreprenait de sortir de l’euro et de l’OTAN pour déployer une politique étrangère pacifique tournée vers tous les pays de tous les continents (sans discriminer la Chine, la Russie et Cuba, en soutenant les droits nationaux des Palestiniens, en substituant au néocolonialisme actuel une coopération égalitaire avec l’Afrique….).
Qui ne comprend qu’alors, la minorité de privilégiés hurlerait à la « dictature rouge » toutes tendances confondues, comme elle le fait présentement en Bolivie, au Nicaragua ou au Venezuela en multipliant les coups d’Etat à l’encontre de présidents légalement élus ?

La question se poserait alors à chacun de savoir si ce qui lui importe personnellement le plus est que le territoire français demeure un bastion du monde capitaliste et impérialiste – auquel cas bien des patriotes bourgeois de la veille s’éveilleraient le lendemain euro-fascisants et néo-atlantistes par sordide intérêt de classe !– ou si au contraire, pour que la France redevienne une terre d’élection pour la liberté et les Lumières, il ne faut pas que, le plus tôt possible, notre peuple tranche démocratiquement la question du socialisme pour notre pays.

En bref, la lutte pour l’indépendance nationale ne peut manquer de poser la question du rôle dirigeant du monde du travail dans la lutte patriotique ; sans jamais rompre l’indispensable alliance des couches moyennes et des classes populaires contre le capital financier international et « national , il s’agit d’appliquer à notre époque la remarque de Jaurès selon lequel “l’émancipation nationale est le socle de l’émancipation sociale”; donc de saisir tout le potentiel révolutionnaire (pas seulement pour la France, dont la rupture avec l’UE aurait certainement des conséquences continentales) d’un progressiste, internationaliste et clairement anti-impérialiste et antifasciste.

C’est dans cet esprit que le PRCF promeut l’idée d’une Alliance pour une Gauche Antifasciste, Patriotique, Populaire et Ecologiste (AGAPPE) ; bien comprise, cette AGAPPE ne s’oppose pas à l’idée d’un rassemblement majoritaire intégrant des citoyens qui ne se classent pas spontanément à gauche ; mais elle est nécessaire pour que ce rassemblement ne dérape jamais vers un populisme de droite, c’est-à-dire vers un fascisme, et aussi pour que soit clairement maintenu le cap d’une rupture franche avec l’UE du capital.

Enfin, il faut démasquer les multiples tentatives concurrentes ou convergentes qui actuellement, sous le nom usurpé de Jour d’après, de Front populaire, de nouveau CNR, de nouveaux Jours heureux, brassent une cohue de contrefacteurs de droite et de “gauche”, les uns fermant les yeux sur la fascisation rampante de l’Europe, les autres désireux de faire croire qu’un nouveau CNR serait possible DANS LE CADRE de cette Europe conçue de A à Z pour abattre l’ex-camp socialiste, annexer les ex-pays socialistes au char de l’OTAN, araser les conquêtes sociales de l’Europe de l’Ouest, banaliser le fascisme et recycler l’impérialisme allemand, voire pour persécuter les communistes et les syndicats de lutte sur tout le continent.

Conclusion : nouveau CNR et UE sont comme l’eau et le feu

Qu’il soit clair que NOUVEAU C.N.R. ET U.E. SONT COMME L’EAU ET LE FEU.

Pour que renaissent de véritables « Jours heureux », pour que le « monde d’après », même repeint en bleu étoilé, en rose vif ou en rouge pâle, ne soit pas pire encore que le monde actuel, il faut au plus tôt sortir de l’UE par la voie antifasciste, anti-impérialiste et anti-oligarchique. Sans crainte de reprendre offensivement la bataille d’idées pour qu’advienne en France et dans le monde un socialisme-communisme de deuxième génération: la manière catastrophique dont l’euro-mondialisation capitaliste a, non pas “traité”, mais “conduit”, au sens quasi-électrique du mot, la pandémie du Covid 19, n’est qu’un ultime symptôme de cette urgence révolutionnaire proprement vitale.