“Face à la mondialisation capitaliste et son Union Européenne exterministe, le socialisme, une question de survie”: entretien avec Georges Gastaud.

ENTRETIEN D’INITIATIVE COMMUNISTE AVEC GEORGES GASTAUD, PORTE-PAROLE DU PÔLE DE RENAISSANCE COMMUNISTE EN FRANCE – 17 MARS 2020

Intiative Communiste – Partages-tu le sentiment répandu dans certains milieux de l’extrême-droite et de prétendue extrême-gauche que « le gouvernement en fait trop », que le confinement décidé est « liberticide » et qu’au final, ce coronavirus n’est qu’un prétexte à fliquer les individus ?

Georges Gastaud – Absolument pas. Nous communistes sommes historiquement liés à une classe hautement responsable qui sait ce que signifie la discipline et l’autodiscipline personnelle et collective. Laissons les couches supérieures des métropoles, les fameux bobos, étaler leur incroyable irresponsabilité « ludique », en clair leur individualisme pseudo-libertaire. Cette crise est grave, les Chinois ont bien fait d’y répondre avec une extrême rigueur et une grande rapidité et c’est au contraire l’Union européenne qui a affiché son incroyable incurie et le régime Macron qui a mis un temps fou à réagir fort, Macron encourageant même les gens à sortir comme si de rien n’était le 6 mars dernier.

Depuis des semaines, avec nos modestes moyens, nous avons alerté sur l’énorme retard à l’allumage du gouvernement et Buzyn nous donne aujourd’hui raison en indiquant à quel point, en tant que ministre de la Santé, elle a été peu écoutée par le roi Macron. Mais aujourd’hui, en tout premier lieu, il faut appeler les communistes, les syndicalistes de terrain, les vrais patriotes, à appliquer rigoureusement les mesures-barrières et à les propager autour d’eux et, partout où c’est possible, à s’organiser de manière responsable, dans le cadre des mesures-barrières, pour venir en aide aux personnes seules, téléphoner aux camarades isolés, soutenir les familles frappées par un deuil, etc. En un mot, discipline, autodiscipline, solidarité et responsabilité !

Initiative Communiste. – Peut-on dire que la mondialisation est la vraie cause de la pandémie ?

Georges Gastaud – La mondialisation en général, non, car ce qui existe réellement, c’est la mondialisation CAPITALISTE, et son principal vecteur en Europe, l’UE, avec sa destructive « économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée » (traité de Maëstricht). La dialectique, et même la simple logique, nous enseignent qu’une aberration poussée jusqu’au bout se renverse en son contraire : comble de la « fluidité » d’après ceux qui, en globish, se nomment des « everywhere » (= des gens sans attache territoriale, en clair les nouveaux nomades friqués de la « mondialisation heureuse »), et qui méprisent les « anywhere » (= les imbéciles sédentarisés, ou qui aimeraient l’être, comme vous et moi), la mondialisation néolibérale aboutit logiquement, à son contraire : le confinement entre quatre murs ! Qu’elle est belle la « chute de tous les murs » que promettait la re-mondialisation du capitalisme qui a suivi la destruction du camp socialiste ; et pour finir, quelle complémentarité perverse entre la dérégulation générale chère aux néolibéraux et le « On est chez nous ! », la sédentarité absolue, qu’impose in fine le confinement universel. L’essence de leur mondialisation « dé-segmentant » les activités humaines ? C’est tout bonnement la mise en quarantaine des relations humaines !

En réalité, la mondialisation capitaliste n’est autre qu’une dé-segmentation sauvage des relations territoriales, mais aussi linguistiques (tout-anglais), culturelle (marché unique mondial dominé par l’ « American Way of Life »). En ce sens, leur mondialisation est comparable à la destruction des digues emportées par un fleuve en crue qui détruit tout sur son passage, ravageant l’environnement et le cadre de vie, exportant les virus à la vitesse de l’avion, sans parler de ce que la classe ouvrière a vécu la première au cours des années 90 dans l’indifférence des couches moyennes supérieures : privatisations dures, délocalisation, désindustrialisation, précarisation générale  à l’aune des « flux tendus » et du « just in time »…

Faut-il pour autant rejeter la mondialisation en soi ? Nullement, et d’abord parce que c’est impossible à notre époque en raison même de la nature ultra-socialisée des forces productives  Le sans-frontiérisme néolibéral (« libre » circulation des capitaux, des marchandises, des services, de la main-d’œuvre) aboutit à son complément rabougri, le rêve autarcique de l’extrême droite. Mais entre la dérégulation sauvage et les eaux stagnantes de l’autarcie, une autre « hydraulique » possible est possible : de même que depuis l’Egypte antique, les ingénieurs ont inventé la noria et les écluses pour égaliser le cours des fleuves, transformer la crue du Nil en bienfait, drainer le trop plein d’eau vers les zones sèches, bref, mettre sagement à niveau le dénivelé d’un fleuve pour permettre sa navigabilité spatialement et temporellement durable et continue, de même nous sommes forcés de choisir, sous peine de disparition de l’humanité – par les guerres impérialistes, les infections planétaires, les catastrophes climatiques, etc. : préférons-nous une mondialisation néolibérale intrinsèquement virale ou l’échange co-régulé d’Etats souverains, égaux et solidaires se distribuant le travail de manière réglée, rationnelle, écologiquement soutenable, en un mot planifiée, pour construire un monde juste où, pour pasticher Marx, « le développement de chaque pays » serait « la clé du développement de tous » ?

Bref, face à cette mondialisation sauvage, qui n’est autre chose que l’exterminisme contre-révolutionnaire continué par d’autres moyens, la question du socialisme-communisme de nouvelle génération, qu’il ne faut pas opposer à la lutte pour la souveraineté des peuples, n’est plus seulement une question de justice et de mieux-vivre, c’est une question de survie pour les jeunes générations. Et pour chacun, l’occasion d’une réflexion forte sur le sens de sa propre vie.

Initiative Communiste – Face à un phénomène aussi transnational que la circulation d’un virus, ne faut-il pas « plus d’Europe » ?

Georges Gastaud – Je fais observer que dans cette crise, l’UE a montré de A à Z sa totale faillite morale et même technique. L’Italie, la France, ont dû réagir seules et au moyen de ce bon vieil « État-nation » qui, même mal commandé par Macron, a fini par prendre le taureau par les cornes grâce aux services publics de notre Etat « jacobin » centralisé et égalisateur. Pendant ce temps, Ursula Von der Leyen, la patronne de la commission de Bruxelles, sommait (sans être écoutée, et tant mieux !) les Etats nationaux de préserver à tout prix « le marché intérieur européen » et les quelques milliards qui ont été lâchés par Bruxelles visaient seulement à sécuriser l’économie capitaliste. Et surtout, c’est au nom de l’euro, donc des critères d’austérité de Maastricht qui volent aujourd’hui en éclats, que l’hôpital public, l’école, les services du SAMU ou des sapeurs-pompiers, ont été strangulés de manière irresponsables durant trente ans par les Mattéi, Bachelot, Touraine, Buzyn et autres bourreaux en blouse blanche au service de Maastricht. Nous communistes du PRCF qui depuis notre fondation ne cessons de dire : « l’euro, l’UE, IL FAUT EN SORTIR SI ON NE VEUT PAS Y RESTER ! », ne pouvons qu’écrire « persiste et signe » sous chacun de nos tracts depuis les années 90 où les fondateurs du pôles ont refusé le virage « euroconstructif » et pro-PS des Robert Hue, Francis Wurtz, Herzog et Cie.

Depuis des années le PRCF alerte…

Cela ne signifie nullement qu’il faut s’enfermer dans ses frontières : il faut coopérer d’État à État, sans s’enfermer dans la forteresse Europe, et par exemple, accepter la main tendue de la Chine ou de Cuba qui nous tendent la main sans faire preuve de mépris néocolonial et de grossiers préjugés anticommunistes à l’égard de ces pays qui sont en pointe sur les innovations biomédicales. Entre le nationalisme obtus des Le Pen et le sans-frontiérisme absurde de l’Europe germano-atlantique, il faut passer par la ligne de crête : celle de la coopération entre les pays de tous les continents. Pas au moyen de l’UE, qui y fait obstacle en nous subordonnant à Trump, mais en sortant par la gauche de cette Europe ouverte à tous les virus et fermée à toutes les solidarités.

À ce sujet je veux dire que, sans relancer le débat sur la nature sociale de la Chine populaire, le discours sinophobe de nos médias est proprement raciste et scandaleux. Tant mieux si les Chinois ont réussi à juguler l’épidémie, tant mieux pour nous s’ils ont de l’avance sur notre réseau médical qui a été frappé plus tard. Comme l’a affirmé Xi Jinping, il faut partager en toute transparence la science, la technique et les innovations médicales et en finir avec un esprit de guerre froide antichinois aussi ringard que suicidaire.

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