Quel bilan pour 2017, quelles actions pour changer la situation en 2018 !

Entretien d’Initiative communiste avec , secrétaire national du PRCF. QUEL BILAN POUR  ?


Initiative Communiste – Et d’abord, quel bilan pour les progressistes à l’échelle internationale ?

Georges Gastaud : L’impérialisme, si « dignement » représenté par le fascisant Trump, représente de plus en plus un danger majeur pour la survie même de l’humanité, voire pour l’avenir du vivant. Dans les années 90, quand j’affirmais dans mon livre « Mondialisation capitaliste et projet communiste » (Temps des cerises) que l’exterminisme est devenu le stade suprême de l’impérialisme, des marxistes qui m’avaient mal lu m’objectait que cette analyse était exagérée et démobilisatrice. Aujourd’hui, l’évidence est là. Que ce soit sur le plan politico-militaire, avec l’explosion de la course aux armements dans le cadre de l’OTAN, avec la politique belliciste « au bord du gouffre » de Trump (menace d’araser la Corée du Nord et ses 25 millions d’habitants, décision irresponsable sur Jérusalem, multiplication des actes visant à encercler la Russie et la Chine, attaques illégales contre la Syrie, flirt indécent avec le régime pronazi de Kiev…), sur le plan du sabotage délibéré du droit et des institutions internationales (pourtant dominées par les USA, ONU, UNESCO…), de l’environnement (le climato-scepticisme des dirigeants US est une insulte à la raison), ou, tout bonnement, sur le plan des dysfonctionnements économiques (envol explosifi des inégalités entre peuples et entre individus), le maintien du capitalisme-impérialisme au 21ème siècle met objectivement l’humanité tout entière en danger de mort et/ou de déchéance.

Le fond de cette irrationalité, qui s’exprime à toute heure par le culte insensé de la violence que génère ce système (des « Anges exterminateurs » autoproclamés tuent plusieurs fois par an, de préférence en massacrant des enfants, au cœur de la riche Amérique !), est évidemment d’ordre socio-économique et pour l’essentiel, Marx, puis Lénine, avaient signalé les tendances destructives du mode de production capitaliste (faut-il dire désormais, « mode de destruction »). Le premier disait que le capital n’enfante la richesse qu’en « épuisant ses deux sources, la Terre et le travailleur » et il prédisait par ailleurs que, si le communisme ne venait pas à bout du capitalisme, l’humanité devrait choisir entre un « effroi sans fin et une fin pleine d’effroi ». Pressentant l’avènement de ce qu’on n’appelait pas encore le fascisme, Lénine annonçait, en 1916, que « l’impérialisme, c’est la réaction sur toute la ligne ». Et pour cause, comment maintenir sans une énorme violence physique et symbolique de chaque instant un système où une minorité de plus en plus étroite et monstrueuse de parasites s’approprie l’essentiel des richesses alors même que la production et les échanges sont de plus en plus socialisés, voire mondialisés dans leur fonctionnement effectif ?

C’est pourquoi Fidel avait raison de clore ses discours par le slogan profondément anti-exterministe, « le socialisme ou mourir, nous vaincrons ». Car loin d’être démoralisante ou démobilisatrice, la prise de conscience du caractère exterministe, fascisant, inhumain du capitalisme doit conduire à mieux saisir la nécessité objective de la révolution socialiste qui est désormais une affaire de SURVIE pour les futures générations, voire pour celles qui existent présentement. La prise en compte de la dimension exterministe du système doit nous amener à comprendre qu’un Mouvement communiste international moderne, c’est-à-dire assumant le léninisme dans la modernité à l’inverse de ce que fit la « nouvelle pensée » de Gorbatchev ou l’eurocommunisme de Berlinguer et Cie, pourrait fédérer autour du prolétariat révolutionnaire de notre temps une masse d’hommes e de peuples qui ne se résignent pas à mal vivre, voire à dépérir et à déchoir dans un univers absurde, dirigé par la course mortifère au profit maximal. Ce communisme de l’avenir, dans la pleine continuité de la Commune, d’Octobre 17, de Stalingrad, des révolutions chinoise, vietnamienne, cubaine, disposerait de moyens plus étendus que jamais pour fédérer, sous la direction de la classe travailleuse, non seulement le camp anti-impérialiste provisoirement désorganisé, non seulement les hommes épris de Lumières que désole la marche actuelle à l’obscurantisme (fût-il blindé de « technologie »), non seulement les patriotes progressistes qui refusent que les Empires capitalistes broient les nations, les langues et la diversité culturelle mondiale, mais les milliards de jeunes qui, tout bonnement, veulent vivre une vie humaine sur ce que Jean Mallaury appelle la « Terre des hommes ».

Dès aujourd’hui, les résistances se précisent et la Trilatérale impérialiste, celle que forment l’impérialisme US, l’Europe allemande et le Japon néo-militariste, subit de nombreux échecs. En Syrie, les égorgeurs chers à l’impérialisme et aux pétromonarchies, ont encaissé une retentissante défaite politico-militaire ; le dire ne signifie idéaliser ni Assad, ni Poutine, simplement constater que pour finir, le peuple syrien a tenu bon, avec l’aide de ses alliés traditionnels, face au projet de dépeçage de son Etat national, si imparfait soit-il. La jeunesse palestinienne est toujours debout et tous les progressistes doivent contrer la tentative du pouvoir visant à criminaliser le boycott des marchandises en provenance des territoires colonisés. En Ukraine, le pouvoir néonazi ne parvient à briser ni la population ouvrière russophone ni les courageux communistes ukrainiens persécutés. Les communistes polonais lèvent la tête contre la chasse aux sorcières et le PRCF n’est pas pour rien, en France, ainsi que le Comité internationaliste pour la solidarité de classe, ex-Comité Honecker, dans le développement de la solidarité internationale à leur égard. Les travailleurs grecs, à l’appel du PAME et du PCG, feront échec à l’odieuse tentative de Tsipras, le proconsul de Merkel et l’homme politique favori de M. Pierre Laurent en Grèce, pour étouffer le droit de grève. Même si ce n’est pas sans poser de problèmes, la Chine se développe puissamment, et globalement, le niveau de vie de sa population, y compris ouvrière, s’élève. Nul besoin d’idéaliser les « BRICS », ni de nier les éclatantes contradictions de classes qui s’y déploient (notamment face au pouvoir contre-révolutionnaire de Poutine), pour constater qu’ils sont un puissant obstacle à l’hégémonie mortelle de la « Trilatérale » et qu’en conséquence, ce serait une erreur gauchiste et sectaire que de rejeter dos à dos, dans les circonstances présentes, les pays victimes d’encerclement et ceux qui tentent de briser l’encerclement. Enfin, le Venezuela bolivarien tient bon avec l’appui de Cuba et de la Bolivie malgré la tenaille que l’impérialisme US et l’oligarchie locale tentent de refermer sur lui. On pourrait bien entendu citer bien d’autres résistances, ne pouvant faire le tour du monde dans un simple entretien, je me contenterai de signaler la résistance des peuples frères de l’Afrique francophone, en particulier la lutte du peuple togolais contre l’interminable dictature néocoloniale barbare que continue de porter à bout de bras « notre » impérialisme. Plus que jamais, le patriotisme des communistes du PRCF, qui sont passionnément attachés au grand héritage révolutionnaire du peuple français, est indissociable d’un internationalisme et d’un anti-impérialisme militants : car ce sont les mêmes qui oppriment en Afrique et qui, en France, détruisent le produire en France et jusqu’à la langue française, saccagée au profit du tout-anglais de nos « élites » macro-américanisées. Rappelons le mot de Jaurès, qui est d’ailleurs réversible, « si un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup y ramène ».

En résumé, ne perdons surtout pas courage. C’est les yeux ouverts sur les menaces et sur les possibilités de contre-offensive, y compris sur la nécessité que renaisse à terme une nouvelle Internationale communiste, que, le 4 novembre dernier, malgré la censure pitoyable de TOUS les médias, y compris l’Humanité, a réuni entre 300 et 400 personnes pour commémorer Octobre 17, lancer un « nouveau défi léniniste » et recevoir le salut fraternel de 30 partis communistes venus des cinq continents. Et tous ont conclu sur le mot d’ordre central du meeting, « les contre-révolutions sont des parenthèses de l’histoire, l’avenir est aux révolutionnaires » (Dimitrov). Dans le magnifique slogan de Fidel, qui associe le patriotisme, l’anti-exterminisme et l’appel à la révolution, n’oublions jamais le dernier mot : « PATRIA O MUERTE, SOCIALISMO O MORIR, VENCEREMOS ! »…

I.C.-  Et pour la bataille des « quatre sorties » en Europe ?

G.G. : Il convient d’abord de mesurer le chemin parcouru. Combien de groupes, de partis et de syndicats, en France, voire en Europe, se prononçaient-ils clairement pour une sortie de l’UE par la voie révolutionnaire, en 2004 à l’époque où le PRCF fut créé ? Il suffit de jeter un coup d’œil (cf ci-dessous NDLR) l’affiche du Congrès fondateur du PRCF, le 18 janvier 2004, pour montrer que le PRCF reconstruit avec rigueur, fût-ce avec des moyens très modestes, la fonction d’avant-garde politique des communistes français. Aujourd’hui, un nombre grandissant de partis communistes et progressistes se prononcent pour SORTIR de l’euro, de l’UE et de l’OTAN sur des bases progressistes, voire sur des bases 100% anticapitalistes. Tout dernièrement, le PC d’Espagne, dont le dirigeant d’alors, feu Santiago Carrillo fut un des initiateurs de l’ « eurocommunisme » (« de plus en plus d’euro, de moins en moins de communisme ! », ai-je coutume d’ironiser…) s’affirme pour la rupture avec l’UE, et, plus récemment encore, ce même PCF s’est prononcé pour la retour au marxisme-léninisme. Mais posons la question : le PCE eût-il pu réaffirmer ses fondamentaux, fût-ce formellement si, sur sa gauche, ne s’était affirmé comme tel le Parti Communiste des Peuples d’Espagne, nos camarades du PCPE ?

Bien entendu nous n’idéalisons pas le Brexit tel que le conduit la grande bourgeoisie de Theresa May. Il n’en reste pas moins que, comme nous l’ont rappelé récemment les camarades du Worker’s Party of Britain, qui ont été fraternellement auditionnés par notre dernier Comité central, ce Brexit est avant tout une victoire du prolétariat britannique : il suffit pour s’en convaincre de regarder quelles régions ont voté pour lui alors que la City votait massivement pour le « remain ». Tout coup porté à la monstrueuse Europe supranationale du capital est bon à prendre quand il vient des ouvriers, même s’il ne vient pas que d’eux et l’on mesure le degré de pédantisme pseudo-marxiste et de rabougrissement intellectuel de ceux qui, comme les euro-trotskistes de L.O., ne manquent jamais de rappeler – histoire de « doucher » l’euroscepticisme massif des ouvriers français, que « sortir de l’UE » ou « sortir de l’OTAN » ne « servira à rien » (sic) si d’emblée, en même temps, sans utiliser la sortie de l’UE comme un tremplin pour les luttes révolutionnaires, on ne sort pas du capitalisme. C’est un peu comme si des « marxistes » expliquaient à des ouvriers en grève que leur lutte pour les salaires ne vaut pas tripette vu qu’elle ne conduit pas d’emblée à la révolution ! Ce qui revient à dévaluer le grand rassemblement anti-UE, anti-euro et anti-OTAN qu’il est possible de construire ici et maintenant, non pour s’installer douillettement dans on ne sait quelle « étape » entre capitalisme et socialisme, mais pour construire avec les masses, dans le cadre du grand affrontement de classes qui sortirait du FREXIT, les conditions subjectives, politiques, de la révolution socialiste. Et cela non pas à l’appel de trois douzaines de marxistes autoproclamés, mais avec des millions et des millions de gens dont le vote du 29 mai 2005 a été honteusement trahi. En réalité, ceux qui s’installent dans le confort douillet d’un marxisme, voire d’un léninisme de parade, ce sont ceux ralentissent le mouvement des travailleurs vers le Frexit en installant en permanence un préalable absurde, totalement ignorant du contexte contre-révolutionnaire : obtenir tout avant même d’avoir réclamé quelque chose ! Ce type de raisonnement profondément désolant rappelle celui des ours savants de la « Révolution permanente » qui, à défaut d’avoir réalisé la révolution chez eux (ce qui est le meilleur moyen pour stimuler la lutte révolutionnaire ailleurs !), expliquent sans cesse aux travailleurs que, sans la révolution mondiale, toute construction du socialisme dans un pays donné est utopique, voire négative ! Etranges révolutionnaires qui, ne connaissant pour toute tactique que l’offensive sans merci sur tout le front, restent en général bien douillettement dans leur mini-QG en constatant que, pour finir, « la situation n’est pas révolutionnaire »…

D’autant qu’en France, on le voit bien, TOUT le MEDEF, TOUT le CAC-40, et de plus en plus, tous les partis bourgeois, LR, LREM, PS, Dupont-Aignan et désormais, de manière éclatante, le FN lui-même, se prononcent froidement pour la sacro-sainte « construction » européenne du capital. Il n’est que de lire, ce que se gardent bien de faire les éléments gauchisants, le manifeste Besoin d’aire : le MEDEF y appelle cyniquement à briser l’Etat nation français et les conquêtes sociales du CNR qu’il porte (quoique de moins en moins, les euro-« réformes » faisant leur œuvre), à « reconfigurer les territoires » (et les Talamoni, les « Bonnets rouges » bretons, etc., les adeptes de la « Charte européenne des langues régionales » vont dans ce sens, comme la loi Notre et le « pacte girondin » béni par Macron !), à basculer les entreprises au tout-anglais, à mettre en place « les Etats-Unis d’Europe » dans le cadre de l’ « Union transatlantique. Bref, pour exorciser à jamais le spectre de la révolution sociale qui les a fait trembler plus d’une fois en France depuis 1793 (pensons à Babeuf, aux Trois Glorieuses, à Blanqui, aux chocs de classes de février et de juin 1848, de la Commune, du Front populaire, de la Libération, de Mai 68, voire aux coups de semonce plus modestes de Décembre 95, du référendum de 2005 ou des luttes anti-CPE), pour tenter aussi de se tailler une place de « brillant second » de Berlin et de Washington dans le cadre de l’euro-mondialisation capitaliste, l’oligarchie « française » a décidé, non pas de liquider l’impérialisme français qui est son véritable ADN « patriotique », mais d’accélérer la marche à l’Europe fédérale, voire à la fédéralisation du territoire français placé sous dominance berlinoise. Vieux tropisme des privilégiés de ce pays qui, au moins depuis la Révolution française et la Commune, ne cessent de se réfugier sous les jupes des puissances impérialistes dominantes, allemande et/ou anglo-saxonne selon les périodes…

Dans ces conditions, redisons clairement que chez nous, le FREXIT ne peut être que progressiste, conduit par la classe ouvrière, clairement dirigé vers la renationalisation démocratique des banques et du CAC 40, vers la coopération transcontinentales tous azimuts, sans crainte d’affronter la classe dominante et de rouvrir ainsi, SUR DES BASES DE MASSE, la lutte révolutionnaire pour le socialisme qu’avait cru pouvoir enterrer Mitterrand. Et en se donnant les meilleures chances de réunir la majorité du peuple français puisque l’objectif serait, en sortant du capitalisme, de sauver la nation en péril : cette nation que trahit grossièrement le FN euro-complaisant. Pensons à Lénine qui, à l’automne 17, ne disait pas « le socialisme partout et tout de suite, sinon rien », mais « la paix aux peuples, la terre aux paysans (la REPARTITION des terres, et non leur collectivisation immédiate !), le pouvoir aux Soviets (tels qu’ils sont !) ». C’est cette manière de voir large, de ne pas couper l’élite ouvrière consciente des larges masses populaires et « moyennes », qui accélère l’avènement du socialisme, et non pas le fait de subordonner de fait n’importe quelle revendication partielle à l’exigence du socialisme, dont Lénine disait à raison qu’il est « l’œuvre vivante des masses ».

IC – Quel bilan 2017 pour la France et pour l’évolution de sa situation politique ?

G.G. – Trop de progressistes et de syndicalistes tardent à percevoir la cohérence de classe destructive du macronisme. Macron c’est à la fois la continuité du bellicisme atlantique et néocolonial déjà perceptible sous Sarkozy et Hollande, la casse thatchérienne du social (code du travail, conventions collectives, statuts, SMIG, indemnités chômage, bac et qualifs nationales), la casse européiste de la nation (braderie finale de l’industrie nationale : Alstom, STIX, privatisation galopante d’EDF et de la SNCF, dénationalisation de l’Education nationale par transfert de tout le pouvoir aux chefs d’établissement locaux, tout-anglais insolent dans la pratique courante du gouvernement, voire des « services publics », métropolisation du territoire, complaisance envers les séparatismes, contournement permanent de la loi laïque de 1905…), la liquidation de la souveraineté française (défense européenne intégrée à l’OTAN, gouvernement et budget de la zone euro sous dominance allemande), et, pour parvenir à imposer tout cela en se prémunissant des réactions populaires qui viendront tôt ou tard, rétrécissement constant des libertés publiques (flicage de la Toile, dessaisissement de la justice au profit de la police, concentration sans précédent de la presse et des médias…). Comment combattre la pluie des contre-réformes si l’on ne perçoit pas la cohérence globale des attaques et si l’on ne voit pas, en particulier, que leur « ligne de fuite » est la maudite « construction européenne », la dérive nord-atlantique constante du gouvernement (danger terrible à l’heure où Trump commande la plus puissante armée au monde !), la sécurisation absolue de l’euromark quels qu’en soient les effets sur les services publics, l’industrie et l’agriculture, la précarisation et l’appauvrissement général, non seulement de la classe ouvrière, mais des couches moyennes ?

Constatant cela, le PRCF propose aux progressistes et aux syndicalistes d’opposer à la cohérence réactionnaire de Macron la cohérence d’une stratégie de rupture progressiste, celle des quatre sorties, accompagnée d’un programme de transition révolutionnaire orienté vers le socialisme. En 2011, le PRCF a fait l’effort, sans égal à ma connaissance dans le pays, de se doter d’un programme communiste, qui est bien entendu à débattre, à parfaire et à actualiser. On mesure le retard terrible du camp progressiste en la matière puisque depuis son 24ème congrès, prétextant que le « programme commun PS/PC » n’avait pas marché, le PCF en est venu, de manière totalement aberrante, à rejeter l’idée même de programme politique – donc de cohérence d’ensemble d’une politique alternative ! – assimilé à la néfaste « démarche programmatique » ! Faut-il s’étonner qu’ensuite on ait du mal à construire les convergences de lutte et que des dirigeants syndicaux surtout soucieux de ménager l’Europe, aient pu brandir, pour refuser l’idée d’une manifestation nationale de combat à Paris, le totem réactionnaire d’une opposition entre le syndicalisme (« apolitique » comme chacun sait !) et la politique (sommés de se cantonner aux élections !)… Eh bien nous, militants franchement communistes, nous avons le courage de mettre en débat un programme, de dire que son terme est le socialisme pour la France, et sur la base de cette cohérence nous proposons d’abattre la Muraille de Chine entre syndicalisme et politique en rappelant que les plus belles victoires de notre peuple datent de 36, de 45 et de 68, c’est-à-dire de moments historiques où les militants politiques et syndicaux de classe marchaient main dans la main. Il n’est que de rappeler les noms de Marcel Paul, syndicaliste CGT et ministre communiste qui construisit EDF, et d’Ambroise Croizat, secrétaire général de la Métallurgie CGT et créateur d’une œuvre sociale sans aucune comparaison dans notre pays entre 1945 et 1947 !

Le « paysage politique » français est lui aussi en piteux état, pourquoi le cacher ? Malgré les efforts de ceux qui essaient de briser l’étau du FN xénophobe et du Parti Maastrichtien Unique (PS, LRM, Verts, LR, UDF…), le broyeur a continué de se refermer sur la nation même si la grande bourgeoisie a dû pour cela payer un certain prix politique :

  • déballonnage en règle du FN sur l’euro,
  • dynamitage des vieux appareils politiques au profit d’un mouvement « En marche » dont la solidité à long terme n’est pas attestée, etc.

Face à ce paysage inquiétant, le PRCF est fier, contrairement à d’autres qui n’ont pas pris position, ou qui ont traité Mélenchon en danger principal ou qui, pour finir, ont appelé à voter Macron en tant que barrage antifasciste (il n’est que de voir ce qu’il a fait en matière de légalisation de l’état d’urgence et de traque aux migrants depuis six mois !), d’avoir apporté à Mélenchon un « soutien critique, mais constructif et dynamique ». Imaginons deux secondes que tous les communistes aient imité Laurent, feignant de soutenir, puis de ne plus soutenir, puis de soutenir à demi Mélenchon tout en encourageant Hamon, ou qu’ils aient tous campé sur l’Aventin en dénonçant JLM, SANS AVANCER DE CONTRE-PROPOSITION CREDIBLE pour les masses : où en serait l’espace politique progressiste en France aujourd’hui alors que le PCF est plus édenté et décaféiné que jamais et que les états-majors syndicaux n’ont même pas mis en débat la proposition de JLM e convoquer une manif nationale à Paris pour appeler à un mouvement dur contre le « coup d’Etat social ». Soyons clair, cet espace progressiste politique indispensable aux luttes, qui était en voie d’atomisation totale à l’automne 2016 (menace d’un second tour Fillon/Le Pen, inaudibilité totale du PCF arrimé au PS et à l’ « Europe sociale ») aurait été broyé et c’est avant tout cela qui, par esprit de responsabilité envers le peuple, a guidé le choix tactique du PRCF. Imaginons qu’à l’inverse, alors que Mélenchon a presque obtenu 20% des voix en avançant le slogan « l’UE, on la change ou on la quitte » (slogan qui horrifiait à la fois MM. Laurent et Chassaigne, non pas en raison de son insuffisante radicalité euro-critique mais en raison de sa deuxième partie !!!), tous les léninistes de France aient mis le paquet, tout en soutenant pour du bon le vote Mélenchon, pour appeler à sortir de l’UE par la gauche, et que sur cette lancée, arrachant des centaines milliers d’ouvriers au vote Le Pen et à l’abstention, JLM se soit retrouvé au second tour, comme il s’en est fallu de peu : qu’en serait-il aujourd’hui du rapport des forces entre Travail et Capital dans notre pays ? Prendre conscience de cela sans privilégier l’esprit de boutique n’impliquait nullement de s’aligner sur Mélenchon, ni d’adhérer au Front de gauche (ce que le PRCF n’a jamais été, ne serait-ce que tenté de faire) ni d’ailleurs se soumettre aux structures de la France insoumise. Bien au contraire, tout en tendant fraternellement la main aux millions de gens qui ont soutenu JLM, et parmi lesquels il y a à la fois des « bobos parisiens » et des syndicalistes de classe, des jeunes en mouvement, des communistes déçus, des « républicains indépendantistes » convaincus, qu’est-ce qui empêchait les vrais communistes de se détacher des contorsionnistes laurentins pour diffuser ENSEMBLE des centaines de milliers de tracts FRANCHEMENT COMMUNISTES ET 100% ANTI-U.E. aux travailleurs et aux jeunes des quartiers populaires ? A lui seul, le PRCF a diffé 150 000 tracts dans les manifs anti-Loi Travail du printemps 2016, et il en a diffusé autant, principalement à la porte des entreprises durant la campagne électorale 2016/2017 : que n’aurions-nous fait en allant ensemble aux entreprises, à la fois pour couper le vote ouvrier de la tentation lepéniste et pour peser de gauche sur la F.I. en l’appelant à devenir « franchement insoumise » (FFI) à l’UE du capital, à ne pas reculer devant les nationalisations, à se demander sérieusement si l’on peut sortir des injustices du système sans révolution sociale, bref, en PESANT sur les contradictions de ce mouvement. Tout cela en privilégiant le débat en bas avec la CLASSE OUVRIERE… Bref, au lieu de toujours chercher un adversaire extérieur que l’on vilipende vainement sans d’ailleurs pouvoir l’atteindre, ne faut-il pas d’abord se demander ce que NOUS pouvons faire pour agir sur les contradictions, pour en faire un moteur de l’engagement populaire ? Bref, il faut construire le Front antifasciste, patriotique et progressiste en traitant les bases réellement existantes de ce front telles qu’elles sont sans jurer d’avance que tout ce qui n’est pas coco finira social-dém, ni croire d’avance que tout mouvement « radical » « tournera bien » par sa seule vertu de sa spontanéité innovante : bref, nous ne devons ni nous dissoudre dans la FI, comme le font certains transfuges du PCF qui sacrifient le parti au front, ni mépriser le « front » tel qu’il se construit de manière passablement chaotique (en est-il jamais allé autrement ?) en l’opposant à la « pureté » du Parti. Surtout si, dans les faits, on refuse à la fois le front et le parti en diabolisant la F.I. et en refusant, ne serait-ce que d’envisager l’idée de se séparer du PCF-PGE…

MAINTENANT, découvrir chaque matin que « Mélenchon ne va pas assez loin sur l’Europe », qu’il se réclame plus du réformisme fort que du marxisme (belle découverte, il ne l’a jamais caché !), qu’il a été trotskiste ou socialiste (mais Hue ou Pierre Laurent ont été communistes : en sont-ils meilleurs pour autant ?), qu’il risque fort de se « mitterrandiser » (mais qu’en entendant, il en prend plein la gueule dans les médias..), cela ne sert à rien d’autre qu’à installer le découragement « en bas » si, dans le même temps, on ne porte pas, indépendamment de la F.I. un programme de « France FRANCHEMENT insoumise » à l’UE, tourné vers les nationalisations, la démocratie populaire participative, et au final, l’expropriation capitaliste. Pour ce faire, il faut cultiver un double « indépendantisme » : patriotique, pour arracher la France à l’UE sans trouver sans cesse de nouvelles objections pour se dérober aux « quatre sorties », mais aussi politique et prolétarien en se dégageant de l’emprise de l’appareil euro-dépendant du PCF-PGE. Dans l’action d’abord, mais aussi, pourquoi pas, dans l’organisation puisqu’à l’arrivée, sauf à n’avoir d’autre ambition que de construire ad vitam aeternam une tendance révolutionnaire dans la peau de chagrin qu’est devenu le PCf-PGE pendant que la France se délite à vue d’œil, il faudra bien que les révolutionnaires membres du PCF et ceux qui ont la fierté de s’être organisés de manière indépendante depuis des années, se regroupent en un seul parti détaché des euro-réformistes qui sabordent le communisme français et le mouvement ouvrier depuis des décennies de mutation et de pré-mutation. Quant à savoir qui est vraiment indépendant de Mélenchon et de Laurent et qui ne l’est pas, il y aura à cette question deux tests infaillibles dans la prochaine période :

–          Qui est prêt à mener EN PRATIQUE une campagne nationale de longue durée contre l’UE, l’OTAN et l’euro en appelant à en sortir par la gauche, et en ponctuant cette campagne par des rassemblements locaux, régionaux, nationaux pour les quatre sorties ? C’est au pied du mur qu’on voit le maçon !

–          Qui est prêt, comme le PRCF, à être encore plus conséquents en appelant au boycott des européennes prochaines sans coller à quelque « grand parti » que ce soit, mais en prenant le taureau de l’UE supranationale par les cornes et en refusant l’élection supranationale au suffrage universel que le PCF dénonçait encore avant son désastreux virage eurocommuniste de 1976/77.

IC- Et pour la renaissance communiste ?

G.G. – Le PRCF est à l’offensive et le dire ne relève ni de la gonflette ni de l’autosatisfaction. Objectivement, qui a fait de près ou de loin l’équivalent de ce qu’a réussi le Pôle, malgré la censure absolue de tous les médias, Humanité en tête, pour commémorer combativement Octobre 17 le 4 novembre dernier ? Cela ne signifie pas que le PRCF, contrairement à d’autres qui se déclarent partis sans l’être tout en l’étant, communistes tout en dénigrant Lénine, communistes français en cotisant à un parti supranational (le PGE), se prend pour plus qu’il n’est. C’est avec tous les communistes, membres ou pas du PCF, avec ceux qui présentement se battent dans le PCF en croyant – illusoirement selon nous, mais l’expérience tranchera – pouvoir le remettre sur les rails du combat de classe (les rails, ça fait longtemps que Juquin les a démontés, que Hue les a vendus et que Gayssot a même bradé à l’Europe notre réseau ferré !) que nous le reconstruirons. D’abord dans l’action commune, pour la solidarité avec les communistes polonais et sns subordonner ce soutien élémentaire à de savants montages politiques franco-français, contre l’UE, pour la défense du marxisme-léninisme dans son intégrité (car on ne saurait pas plus être semi-léniniste, par exemple en rejetant la dictature du prolétariat et le centralisme démocratique qu’on ne saurait être à demi vierge). Comment le Parti franchement communiste dont notre peuple a vitalement besoin sera reconstruit et dans quels délais, nul ne saurait le dire précisément. Mais ce qui est clair, c’est qu’il ne faut pas s’installer dans l’accompagnement sans fin des dérives du PCF, fût-ce « de gauche », alors même que la nation laborieuse est en train de se dissoudre comme un sucre plongé dans l’acide. Il faut au contraire, non seulement commémorer dignement le Congrès de Tours mais préparer clairement la démarcation complète entre révolutionnaires et euro-réformistes tout en regroupant dans un seul et même parti démocratique, combatif et discipliné les communistes qui sont encore au PCF, ceux qui se sont organisés à l’extérieur et ceux qui, sans avoir jamais eu de carte, militent, notamment dans le cadre du syndicalisme de classe en s’opposant au défaitisme des états-majors euro-formatés. C’est, sur le principe sinon dans les formes, ce qui s’est fait au Congrès de Tours de 1920 quand, du même mouvement, les socialistes proches de Cachin, le Comité pour l’adhésion à la IIIème Internationale et les syndicalistes de classe se sont regroupés dans un seul parti, la SFIC, tout en se séparant des sociaux-démocrates de Blum et Longuet. Ceux qui ne voient là que « division » ne sont pas communistes et en 1920, ils auraient choisi… Longuet et non Cachin. L’unité qui nous intéresse, parce que seule elle peut fédérer le peuple contre l’exploitation, c’est celle des révolutionnaires, l’union d’organisation avec les réformistes et leurs innombrables satellites « trotskistes » ou « alter » paralyse la classe laborieuse et prépare toutes les défaites. Or nous voulons cesser de reculer, nous voulons résister, contre-attaquer et gagner. C’est indispensable non seulement pour que le communisme rebondisse dans notre pays, mais pour que le mouvement ouvrier reparte de l’avant avec l’idéal de la République sociale et souveraine en marche vers le socialisme.