6 questions de Fadi Kassem porte-parole de l’Alternative rouge et tricolore à Fabien Roussel, candidat du PCF- PGE.

Camarade Roussel,

Bien que vous n’ayez pas encore trouvé le temps de répondre à nos demandes d’entrevue, pourtant courtoises et répétées (alors que vous avez trouvé ce temps pour rencontrer Jadot, le député d’EELV qui a voté au Parlement européen la résolution amalgamant les communistes aux nazis…), nous vous interpelons sur plusieurs questions qui ne manqueront pas d’intéresser les électeurs communistes et progressistes.

Quelle différence entre le programme Roussel et le programme Mélenchon ?

1°) Ce 11 mai, parlant sur RMC, vous n’avez pas répondu à la question insistante de M. Bourdin vous demandant quelle était la différence entre votre programme et celui de Mélenchon. Nous avons lu les deux programmes, celui de la F.I. et celui du PCF et ils sont semblables à 90% au moins. Le seul point de différence – tout au moins si JLM cesse de faire silence sur la question européenne – c’est qu’en 2017, la FI déclarait « l’UE, on la change ou on la quitte », ce qui ouvrait au moins la perspective d’un débat de fond sur un Frexit progressiste. Or nous ne trouvons rien de clair sur ce sujet dans le programme présidentiel du PCF. Sachant que l’UE supranationale est le principal instrument de l’oligarchie pour démolir la France et ses acquis sociaux, en quoi le PCF apporte-t-il un plus sur ce sujet par rapport à la FI (dont la contestation de l’UE est déjà extraordinairement timorée)? N’est-il pas même en retrait sur LFI sur cette question stratégique qui décide de l’indépendance de la France et de la souveraineté de la nation?

Comme suspendre les traités sans sortir de l’UE ?

2°) Vous prétendez que vous ne voulez pas sortir de l’UE par la gauche, comme le propose le PRCF, mais seulement rompre avec les traités européens « tout en restant dans l’UE ». Pouvez-vous alors dire de manière précise comment, l’UE n’étant rien d’autre que l’ensemble institutionnel créé par les Traités et ces traités ne pouvant être modifiés ou suspendus qu’à l’unanimité des États-membres (TOUS dirigés par des gouvernements néolibéraux et/ou fascisants) vous comptez « suspendre les traités » sans sortir de l’UE?

Est-ce avec des slogans en globish et le soutien à la balkanisation euro- régionaliste que vous défendez la diversité culturelle et la langue de la République ?

3°) Vous exprimant dans « Marianne« , vous vous êtes exclamé: « PCF is back! ». Une récente affiche du PCF était par ailleurs ainsi libellée : « Red is the new green! » et à la fête de l’Huma, la boutique du PCF avait pour enseigne « PCF Shop ». Étant donné, d’une part, que l’oligarchie européenne et hexagonale promeut une politique linguistique qui substitue le tout-globish des traités transatlantiques au « français, langue de la République » (art. II de la Constitution), pouvez-vous préciser comment vous comptez faire respecter la loi Toubon de 1994 (qu’avaient alors voté les députés communistes) si vous êtes élu président? 

Merci aussi de nous préciser comment vous comptez concilier vos slogans publicitaires en globish avec le grand héritage de défense francophone du parti qui fut celui d’Aragon, des Lettres françaises, de Jean Ferrat et de la lutte du PCF de Jacques Duclos contre les accords Blum-Byrnes (américanisation de l’espace culturel français) ?

Question complémentaire: vous n’avez pas pris part personnellement au vote sur la dangereuse loi Molac, du nom d’un député breton de LAREM, violemment hostile à la langue française comme langue commune de la République, ainsi qu’à la « République une et indivisible ». Or vos députés ont tous voté la loi Molac, laquelle fait obligation aux communes de financer les écoles Diwan enseignant en breton, c’est-à-dire des écoles privées. Êtes-vous d’accord avec ce vote anti-laïque de vos camarades et vous réclamez-vous encore du jacobin Robespierre (« Elle répond toujours du nom de Robespierre, ma France« , chantait Ferrat dans « Ma France ») ou êtes-vous devenu vous-même, pour être « dans l’air du temps », euro-fédéraliste et euro-régionaliste à l’instar de vos futurs colistiers verts des prochaines Régionales ? 

Dans le même esprit, pouvez-vous nous dire clairement si vous condamnez le Traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle, qui donne à Berlin un droit permanent de regard sur la politique française, et ses compléments territoriaux dangereux que sont la création d’une « Collectivité européenne d’Alsace » et d’un « département européen de Moselle »?

À l’opposé de candidatures communistes aux élections, pourquoi figurer partout sur les listes maastrichiennes et anticommunistes du PS et d’EELV aux élections régionales ?

4°) Vous, ou plutôt, certains de vos supporteurs, prétendez incarner la ligne « identitaire » du PCF. Or, votre parti figurera partout en France, sauf en Auvergne, sur des listes dirigées, soit par le PS maastrichtien, soit par les Euro-Écolos d’EELV. Pouvez-vous expliquer comment il est possible de défendre nationalement la République une et indivisible, condition nécessaire pour qu’existent des statuts nationaux, des sociétés nationalisées, des conventions collectives et un Code du travail national, un bac, des diplômes et des qualifications nationales, un SMIG national (toutes choses indispensables aux salariés que vous dites représenter), tout en aidant les Verts et le PS « girondin » et antijacobin à gagner des présidences de Grandes Régions, parfois en alliance avec de francs séparatistes régionalistes comme l’UDB en Bretagne ?

Appellerez-vous à voter Macron au second tour de la présidentielle ?

5°) En 2017, le PCF a appelé à voter Macron au second tour pour « faire barrage » à l’extrême droite. Or, bien entendu, la politique de Macron a nourri l’extrême droite en stigmatisant en permanence les compatriotes musulmans, en multipliant les lois liberticides, en alimentant l’État policier, en fermant les yeux sur les comportements factieux de certains policiers et militaires. En tant que communiste « identitaire », appellerez-vous à nouveau à voter Macron, l’homme qui a couvert l’éborgnage de nombreux gilets jaunes et la loi Sécurité globale, au second tour de la présidentielle? 

Propos anticommunistes contre l’URSS et les nationalisations, refus de quitter l’UE et l’euro : qu’est-ce qui vous distingue du réformisme ?

6°) Dès vos premières prestations audiovisuelles en tant que nouveau du PCF, imitant Robert Hue (devenu depuis sénateur socialiste, puis macroniste officiel), vous avez brocardé l’URSS, vous avez tourné en dérision le centralisme démocratique, vous avez déclaré que « les nationalisations ne font plus partie du logiciel communiste ». Vu que vous ne vous réclamez plus, ni de la nationalisation démocratique des secteur-clés de l’économie – que G. Marchais considérait pourtant comme le « seuil minimum » en-deçà duquel on n’aurait pas un vrai changement mais seulement un replâtrage social-démocrate à la Mitterrand, vu que l’idée de pouvoir populaire (Marx disait « dictature du prolétariat ») vous fait rire  et que, membre du Parti de la Gauche Européenne subventionné par Bruxelles, vous refusez, ne serait-ce que d’envisager de quitter l’UE, pouvez-vous dire de manière simple ce qui vous distingue du réformisme et ce qui fait que les ouvriers devraient vous croire quand vous déclarez représenter le communisme?

Vous remerciant de répondre à ces questions simples, nous vous prions, camarade Roussel, d’agréer l’expression de notre engagement franchement communiste à combattre toutes les contrefaçons politiques et à lutter pour la renaissance d’un parti communiste de combat dans notre pays.