Une erreur de diagnostic fondée sur un déni. Par le Front Syndical de Classe …

Profitant de l’ annonce selon laquelle il se représente à la tête de la première confédération syndicale de France, la CGT, Philippe MARTINEZ a livré son diagnostic de la situation actuelle. Un diagnostic erroné, fondé sur un déni, expliquent les syndicalistes CGT et FSU du Front Syndical de classe.

Les directions syndicales confédérales, grandes absentes du mouvement social

De fait, depuis la fin des mobilisations des cheminots et étudiants au premier semestre 2018, les directions confédérales de la CGT et de la FSU sont aux abonnés absents de la lutte. Il suffit de compter les journées d’actions interprofessionnelles entre septembre et décembre 2018. Et ce, alors que les grèves et mouvements sociaux se sont multipliés dans le pays. Face à l’absence de mobilisation, et alors que la colère populaire face à l’exploitation et l’injustice de la politique ultra capitaliste d’un régime Macron appliquant de façon zélée et violente les ordres de l’Union Européenne, a explosé le 17 novembre, de façon auto-organisée, le mouvement des Gilets jaunes. Loin de la contestation d’une taxe carburant inique, il s’est immédiatement agi de revendiquer le droit à une vie digne, avec des augmentations conséquentes de salaires, et des droits démocratiques pour rétablir la souveraineté populaire face à la dictature du Capital. La direction confédérale de la CGT choisit dans un premier temps de suivre BERGER dans le camp de MACRON avant de se mettre en retrait dans une position de ni ni. Il faudra attendre la fin décembre et le dernier vendredi avant les congés scolaires, tandis que les lycéens subissaient les violences policières, pour qu’enfin soit lancé une timide journée d’action pour le moment sans lendemain. Pourtant, partout dans le pays, la question est sur les lèvres de tous les travailleurs : mais qu’attendent les directions confédérales pour aider à organiser et impulser un grand mouvement de grève générale qui, seul, est à même de faire gagner les travailleurs au-delà des actions et mobilisations des Gilets jaunes.

Ne parlons pas ici de la confédération Force Ouvrière, où un coup de force des éléments les plus pro-MACRON aura réussi à débarquer la direction plus combative qui avait été nommée à une écrasante majorité lors du congrès de 2018, à l’issue d’une campagne de presse menée par les médias des milliardaires. Elle semble s’être assise sur les décisions prises par ses syndicats lors de ce congrès pour ne plus s’intéresser qu’à ses luttes internes et à l’accompagnement de la politique de MACRON.

Notons qu’il serait tout à fait faux de croire que les travailleurs se détournent des syndicats. Les élections professionnelles mobilisant les 5 millions d’agents de la fonction publique se sont traduites par une forte participation qui a consacré la stabilité ou la progression des syndicats les plus combatifs. Et notamment de la CGT. Ce qui confirme que les travailleurs sont en attente de revendications et d’actions fortes.

Analyses des déclarations de Philippe Martinez aux journaux du groupe Ebra :

Faisant mine de reprendre les appels à l’action concrète de H. Krazucki

  • “Si nous sommes passés deuxièmes, c’est parce que nous sommes parfois trop idéologiques et pas assez concrets. Nous devons redevenir le syndicat de la feuille de paie et du carreau cassé”

Le propos peut être lu de deux façons. Une première façon est un appel à prendre appui pour initier la lutte sur les colères du quotidien, les plus visibles, celles qui permettent de parler, de rassembler, puis de syndiquer les travailleurs qui n’ont pas encore de conscience de classe. Mais la seconde façon, en condamnant “le contenu idéologique” fait a contrario référence aux vieilles recettes du syndicalisme perdant de ces dernières années, le syndicalisme réformiste et rassemblé au côté de la CFDT, qui accompagne et, de ce fait accélère les régressions, plutôt que de les combattre et défendre les travailleurs. Un syndicalisme d’accompagnement qui n’en est pas un et qui a fait la preuve de son inefficacité, et dont l’inaction a conduit à l’auto-organisation parfois, à la désyndicalisation fréquemment et, de fait, à la montée d’un dangereux discours anti-syndical avec le mouvement des Gilets JAUNES et une partie des discours qui s’y développent.

  • “Si elles veulent regagner un peu de crédibilité, les organisations syndicales de ce pays doivent mettre de côté leurs divergences et travailler ensemble sur des revendications concrètes. La mobilisation aux ronds-points, c’est bien, la mobilisation dans les entreprises, c’est mieux”.

Philippe MARTINEZ continue d’opposer action syndicale et mobilisation des Gilets jaunes. Comme si les manifestants sur les ronds-points n’étaient pas les même travailleurs auxquels la CGT n’a proposé depuis le 17 décembre qu’une unique et timide journée d’action, un vendredi à la veille des vacances scolaires interdisant, de fait, d’appuyer la mobilisation de la jeunesse qui venait de démarrer. Mettant toutefois de l’eau dans son vin, puisqu’à la base de la CGT, de très nombreux militants sont tout à la fois Gilets jaunes et Gilets rouges. Comme le remarquait le secrétaire de l’UD CGT 13, ce n’est pas la couleur du gilet qui doit diviser les travailleurs, qui doivent au contraire se rassembler et agir ensemble contre l’exploitation capitaliste…

  • “Pas possible de courir ou marcher avec eux au niveau national, car il n’y a pas d’organisation, pas de ligne… Mais dans les territoires, il y a eu des manifs communes, des tracts communs avec une main rouge et une main jaune qui se serrent”.

On peut néanmoins se demander ce qui interdirait à une confédération syndicale forte de plus d’un demi-million de syndiqués de passer à l’action et ce depuis près de deux mois, pour proposer des revendications offensives et surtout de lancer l’action directement dans l’entreprise. Ce que les Gilets jaunes ne peuvent pas faire et qui est pourtant la principale arme des travailleurs, mais qui est du ressort des syndicats, c’est bien de déposer des préavis de grève, de mobiliser et d’impulser une large et puissante grève reconductible, dans le maximum de secteurs et notamment dans les secteurs les plus stratégiques pour stopper la production.

Cela les Gilets jaunes l’ont bien compris. Le 11 janvier 2019, dans de nombreuses villes de France, comme l’a fait une AG très nombreuse de Toulouse, les Gilets Jaunes invitent la CGT et, de façon générale, les syndicats à passer à l’action. Pour initier et construire la mobilisation pour une grève générale.

JBC pour www.initiative-communiste.fr

Philippe Martinez : une erreur de diagnostic fondée sur un déni !

Le diagnostic erroné

Dans un très récent interview (voir ci-après) Philippe MARTINEZ attribue les mauvais résultats électoraux de la CGT doublée par la CFDT (à 11.000 voix près, précisons cependant) à un comportement qui serait trop idéologique.
Préconisant d’en revenir au concret et de redevenir le syndicat de la feuille de paye.

POURTANT, si on a un peu de mémoire, le même constat a été fait dans les années 90 à partir du bilan de la chute des effectifs de 2 millions en 1975 à 855.000 dont 200.000 retraités en 1992.

A l’époque quasiment les mêmes arguments étaient évoqués pour expliquer les difficultés : l’élitisme militant, l’évolution du salariat, la nécessité de fonder l’activité syndicale sur les besoins et les aspirations des salariés.

Et plus de 25 ans après ces objectifs (1 million d’adhérents) n’ont toujours pas été atteints, les conquêtes sociales sont en panne et les conquis sociaux issus de la Libération sont TOUS remis en cause avec une aggravation de l’agression sous Macron.

Les arguments utilisés aujourd’hui par Ph. Martinez pour expliquer les difficultés de la CGT posent donc un sérieux problème.

Le déni

Sauf à considérer qu’ayant établi un juste diagnostic des problèmes il y a 25 ans rien n’a été fait pour mettre en œuvre les préconisations de l’époque c’est le diagnostic lui-même qui doit être remis en question et qui doit porter lui sur le choix des ORIENTATIONS fait à l’époque et qui persiste encore aujourd’hui !

Mais depuis des années les dirigeants de la CGT successifs, Bernard Thibault, Thierry Lepaon et à présent Philippe Martinez se refusent à examiner la pertinence des orientations des années 90 : l’acceptation de la construction européenne et l’appel incantatoire à une Europe sociale impossible, l’adhésion à la CES, le retrait de la FSM, l’acceptation du “dialogue social”, le “syndicalisme rassemblé”, l’alliance privilégiée avec la CFDT et les conséquences de ces choix ET sur la santé de la CGT et sur le sort des travailleurs!:

Pourtant, les mauvais diagnostics de l’époque conduisent aux mauvais résultats d’aujourd’hui, et à nouveau un mauvais diagnostic ne peut conduire qu’à de nouveaux déboires.

Car en quoi la CGT est-elle trop idéologique ?
En quoi les revendications les plus concrètes ont-elles été abandonnées ?
Surtout, ses statuts qui se réclament de la Charte d’Amiens affirment la nécessité de la DOUBLE BESOGNE qui a pour caractéristique précisément de NE PAS SÉPARER la lutte revendicative quotidienne ET le combat pour le changement de société de contenu anti-capitaliste.
Démarche qui a un contenu évidement idéologique.

Mais comment trouver un défaut à cette aspiration dans un moment de crise systémique du capitalisme, de creusement considérable des inégalités, de précarisation et d’appauvrissement massifs de larges fractions des travailleurs et des populations ET à un moment où le mouvement des gilets jaunes le montre, c’est le système, sa logique, ses institutions mêmes qui sont mis en cause à une large échelle ?
Chez les travailleurs et plus largement dans la population.

Et que c’est un constat séculaire du mouvement ouvrier dans la lutte de classe qui l’oppose à la bourgeoisie et à l’oligarchie tout conquis est sans cesse remis en cause tant que perdure le pouvoir de la classe exploiteuse.

Les enjeux et les défis d’aujourd’hui pour le syndicalisme et pour la CGT

Et comment ne pas s’interroger en ce présent brûlant sur le rejet des organisations, syndicats compris,  par des populations précarisées qui engagent une puissante lutte qui met le pouvoir en grande difficulté, rejet fondé sur la considération que toutes ces organisations font parties du système, ce qui effectivement les déconsidèrent à leurs yeux.

Et bien que les bases de la CGT fassent preuve d’une belle combativité comment ne pas s’interroger sur cette institutionnalisation bien réelle des organes de direction quand on la rapporte par exemple à la revendication proclamée du “dialogue social” quand on sait que ledit dialogue est financé par l’état ET par le patronat en faveur des organisations syndicales notamment de l’ordre de plusieurs dizaines de millions?

Quelle indépendance donc par rapport au système de domination et d’exploitation et à sa reproduction politique et institutionnelle ?

Et quels résultats du dialogue et de la concertation quand seule la puissance et la détermination de la lutte, l’appui de l’opinion sont en mesure de faire reculer le pouvoir comme le prouve le mouvement actuel ?

Et où sont passés précisément dans le quotidien les efforts, les démarches la lutte idéologique pour dénoncer la domination de classe et le fait qu’elle se pérennise ?

Une autre question évoquée dans l’interview de Ph. Martinez pose aussi problème qui relève quant au fond de l’orientation du “syndicalisme rassemblé” et de la recherche d’une unité de sommet qui fait l’impasse sur la nécessaire clarification des orientations des uns et des autres devant les travailleurs.

Car comment mettre de côté les divergences avec la CFDT qui non seulement se comporte comme le porteur d’eau du pouvoir (écouter par exemple Laurent Berger ce dimanche matin sur France inter) , accompagne toutes les contre-réformes mais encore s’est fixé comme objectif depuis longtemps de “passer devant la CGT” avec l’appui du patronat et de tout le gratin réactionnaire et social démocrate ?

Pour servir les intérêts des travailleurs ?
NON PAS mais pour tenter d’en finir comme le proclamait récemment Le Figaro avec la Charte d’Amiens et les traditions de lutte de classe en France.

Ne rien dire de cela, faire comme s’il s’agissait de simples divergences sans importance et sans conséquences pour les travailleurs et les luttes c’est tourner le dos aux exigences de l’heure et préparer de nouvelles déconvenues pour l’organisation.

Et  c’est bien pourquoi les questions que nous posons doivent obtenir réponse et faire partie intégrante du débat pour le 52e congrès confédéral.

En un mot faire le bilan de la stratégie appliquée depuis 25 ans !

En en finissant avec l’argument sans cesse brandi du rejet des arguments qui empruntent la voie publique comme violant le débat interne.

Car c’est précisément le déni, l’absence de prise en compte des causes réelles et profondes des écueils que rencontre la CGT par les directions et les congrès successifs qui conduisent les militants à porter le débat sur la place publique, afin qu’il devienne enfin incontournable au sein de l’organisation !

Pour le plus grand bien de la grande CGT qui doit impérativement retrouver les couleurs et les reliefs de sa grande histoire.

Le Front Syndical de Classe
7 janvier 2019

4 Commentaires de lecteur “Une erreur de diagnostic fondée sur un déni. Par le Front Syndical de Classe …

  1. Aurélien
    12 janvier 2019 at 20:15

    J’approuve une très grande partie de l’analyse de l’orientation de la direction confédérale de la CGT, mais les reproches qui lui sont adressés à propos des “gilets jaunes” me semblent beaucoup moins convaincants. Quand Philippe Martinez déclare “Pas possible de courir ou marcher avec eux au niveau national, car il n’y a pas d’organisation, pas de ligne” comment lui donner tort ? Les revendications des gilets jaunes sont sans cesse mouvantes, et “Initiative Communiste” elle-même a reconnu qu’une partie du mouvement des gilets jaunes est contrôlée par des éléments réactionnaires et même parfois fascistes. Peut-on reprocher à la CGT de vouloir “faire le tri” et de refuser d’appeler à manifester partout avec les gilets jaunes, dans ces conditions ?

    En revanche, I.C. a raison de dénoncer l’analyse opportuniste totalement erronée selon laquelle “Si [la CGT est] passé[e] deuxième, c’est parce qu'[elle est] parfois trop idéologique”. Le problème, c’est que la recommandation de suivre tête baissée les gilets jaunes va dans le même sens, au vu du niveau idéologique (et organisationnel) effroyablement bas qui est le leur… C’est peut-être plus facile de rameuter du monde dans la rue en réclamant simplement de l’argent sur la fiche de paye directe – ce qui est évidemment légitime et indispensable (et que la CGT fait toujours) – que de défendre les statuts des cheminots (dont Macron a passé pendant les fêtes les décrets d’application du sacrifice, sans que cela semble gêner les gilets jaunes) ou des fonctionnaires et le salaire socialisé que sont les retraites issues du système révolutionnaire de la cotisation sociale, dont la plupart des “gens” ne voient pas l’effet immédiatement, mais c’est pourtant le gros du programme euro-tatchérien en cours du sinistre Macron. Mais pour dénoncer cela, il faudrait que les gilets jaunes acceptent de se montrer plus “idéologiques”. Et la CGT, même son état-major confédéral, est clairement en avance sur ces questions de structures fondamentales, par rapport aux gilets jaunes (ce qui ne signifie pas qu’elle soit irréprochable, loin s’en faut, mais tout est relatif).

    Quant à la phrase “ce n’est pas la couleur du gilet qui doit diviser les travailleurs”, elle rappelle l’adage “peu importe qu’un chat soit noir ou blanc, du moment qu’il attrape les souris” qui a justifié voici quelques décennies le tournant de la Chine vers l’économie “socialiste” de marché…

  2. SNOWDEN
    13 janvier 2019 at 23:37

    D’autant que le syndicalisme du Quotidien avec la politique du banquier “mafieux” Ben Macron Alla, ne peut être qu’un syndicalisme de classe trés idéologisé justement, ce que n’est pas du tout Martinez, ni l’arriviste Thibault.

  3. SNOWDEN
    14 janvier 2019 at 07:39

    Le député liquidateur Dharréville du 13 écrit dans un débat longuet et totalement abscond de l’HQ qu’il est pour le « Grand Débat » instauré par son ami Macron…..
    Voilà où mène la liste Blairo-huitiste du PCF pour les Européennes.