Statut de la fonction publique : 70ème anniversaire ou veillée d’armes ?

Thorez et Duclos, dirigeants du PCF

et Duclos, dirigeants du

Le de la , ce grand legs social et patriotique de Maurice Thorez, alors ministre d’État du gouvernement de la Libération, a été promulgué en octobre 2016 au moment même où les ministres communistes Ambroise Croizat (dont mon traitement de texte ne reconnaît pas le nom, bizarre, non ?) et Marcel Paul généralisaient les conventions collectives des travailleurs du privé, instauraient un Code du travail protecteur (déstabilisé par la loi Travail), la Sécu, les nationalisations, les retraites par répartition, le statut d’EDF et quelques autres « bricoles » dont aucun manuel scolaire ne daigne plus parler aux écoliers.

Il s’agissait pour Thorez (qui créa aussi, dans la foulée, le statut des mineurs, profession dont il était issu) de protéger les fonctionnaires contre les abus du « principe hiérarchique » qui les avait livrés aux diktats inhumains et racistes de Pétain.

Thorez, qui était aussi le secrétaire général du PCF d’alors, voulait qu’à l’avenir, tout professeur, tout postier, tout percepteur, tout agent public en un mot, etc. pût servir la nation dans le respect des valeurs républicaines, au lieu de craindre à tout instant des représailles sur son emploi et sur sa carrière s’il ne servait pas servilement sa hiérarchie… Et à travers elles, les puissances d’argent, les Églises, les potentats idéologiques, les cliques politiques et les baronnies locales…

En un mot, le statut forme le socle juridique du « sens du service public » et de la remarquable incorruptibilité de notre administration qui furent si longtemps à l’honneur de notre fonction publique d’État.

Pour ne prendre que le cas de l’enseignement secondaire, c’est grâce à l’ensemble « concours national anonyme / Statut national / gestion paritaire des personnels / Bac national anonyme sur contrôle final (non local, ce qui le soumettrait à toutes les pressions) » que l’école publique peut réellement être laïque et, du moins dans ses formes, égalitaire.

Que deviendrait par exemple ce qui subsiste de l’enseignement de l’histoire, du français, de la philosophie, voire (quand on mesure la prolifération des thèses créationnistes) des sciences naturelles ou de l’EPS, si les chefs d’établissement recrutaient… et licenciaient à leur guise des enseignants « jetables » en fonction des pressions des parents d’élèves bourgeois, des commandes du patronat du coin, des rapports de forces locaux, nationaux ou « européens » ? La liberté des profs réduite à rien, le « devoir de réserve » s’insinuant partout, qu’adviendrait-il alors de la liberté des élèves, de la formation par l’école de leur sens critique et de leur liberté de penser ?

C’est pourtant ce statut national que le PS ne cesse d’éroder avec l’aide de certains « syndicalistes », en transférant un maximum de pouvoir de l’État vers les chefs d’établissement locaux (par exemple l’évaluation purement locale des personnels enseignants : danger évident pour les syndicalistes et plus généralement, pour les « fortes personnalités »…), et que la droite – y compris la « moderne » N. Kosciusko-Morizet, veulent frapper d’obsolescence programmée.

Il paraît que, par exemple, recruter les enseignants futurs à l’échelle locale sous CDD ou sous contrat de cinq ans, comme dans les sacro-saints « pays anglo-saxons », cela introduirait une « respiration » dans l’Éducation nationale… Laquelle n’est pas asphyxiée par l’euro-austérité, comme chacun sait, ni par les milliers de suppressions de postes qu’elle induit sous les critères de Maastricht, mais par les droits (bien modestes en réalité !) des personnels. Ces personnels dont on bloque les salaires, dont on augmente le temps de travail, dont on décote les retraites et dont on alourdit sans cesse les conditions de travail en attendant de pouvoir les virer à plaisir…

En réalité, ce harcèlement anti-fonctionnaires, qui va de pair avec celui qui vise les chômeurs traités d’ « assistés » et des travailleurs « musulmans » stigmatisés comme « casseurs de la nation » par ceux-là mêmes qui déménagent nos industries, vise – en cassant le statut national – à déstabiliser le syndicalisme des services publics qui est actuellement le rempart des luttes, et à aggraver la précarisation générale du salariat ; car dans le même temps, et avec l’aide de la CFDT, les néolibéraux du PS et des LR démolissent les conventions NATIONALES de branche pour là encore, augmenter le poids du patronat local sur les salariés. Bonjour le harcèlement moral au travail contre les « fortes têtes »…

Au final, avec d’ex-fonctionnaires précarisés, avec des chômeurs forcés de prendre n’importe quel emploi déqualifié ou de perdre leurs indemnités, avec des salariés du privé sur-précarisés, tous reculeraient dans cette affaire, sauf les capitalistes et leur État-patron/État des patrons…

Les salariés ne pourraient plus faire grève ni manifester sans risquer leur emploi ou leur carrière comme c’est déjà le cas dans nombre de boîtes privées… Et la classe des travailleurs salariés dans son ensemble subirait alors une BAISSE DRASTIQUE DES SALAIRES et des QUALIFICATIONS, ce qui permettrait… une hausse massive du taux de profit capitaliste.

Avis aux salariés du privé qui abonderaient la campagne anti-fonction publique de la droite et du PS plutôt que de travailler au “tous ensemble” et en même temps de TOUS les exploités ! Avis aussi aux fonctionnaires qui continueraient à regarder la lutte contre la « loi Travail » comme une affaire « qui ne me concerne pas ».

par Floreal pour www.initiative-communiste.fr