Dans le secret de la violence sociale : la parole aux travailleurs – documentaire de J Cotta

Diffusé sur France 2, mardi 23 mai le Le secret de la écrit et réalisé par a été salué par ceux qui ont veillé pour le voir – à plus de 23h. Il aurait sans aucun doute mérité une diffusion à une heure de grande écoute. Mais il est vrai que les chaines de la télévision gouvernementale préfère programmé des hagiographie à la gloire de Macron à 21h… Rien d’étonnant dans un système audiovisuel qui donne en permanence la parole aux patrons, banquiers, riches actionnaires et à leurs portes paroles médiatiques, mais qui censure en permanence les travailleurs, cette classe qui constitue pourtant l’essentiel de la nation. Ce documentaire en donnant à entendre les travailleurs pour mieux décortiquer la réelle du système capitaliste aurait à l’évidence mis cela en évidence de façon trop cru.

Le second documentaire de Jacques COTTA, véritable plongée au cœur de la violence sociale nous interpelle sur le paradoxe constitué par cette image d’une chemise arrachée à un DRH qui va faire le tour du monde. Mais les conséquences sur le quotidien de milliers de salariés licenciés, la monstrueuse régression qu’est la criminalisation de l’action syndicale n’auront, elles, pas cet honneur.
Suite à la désindustrialisation galopante, qui s’accélère encore, des centaines des millions des licenciements se sont produits en France depuis plus de 20 ans. Goodyear, Molex, Caterpillar, Airfrance… montrent le désarroi des ouvriers face à un patronat néolibéral et totalement décomplexé. L’ANI, accord national interprofessionnel, conclu le 11 janvier 2013, encouragé par le Medef, est une arme dans les mains des multinationales. Organisation du travail anxiogène, disqualification…

Hier Air France, Goodyear, Sony, Molex, Caterpillar, Sodimatex, Continental, etc… Aujourd’hui Whirlpool. Hier Nicolas Sarkozy ou François Hollande devant des ouvriers menacés, prenant des engagements, aujourd’hui Emmanuel Macron ou Marine Le Pen… Désillusion, exaspération, déception, perte de repère, abandon…. Chômage, misère, perte de toute relation sociale…. Manifestations, occupations, séquestrations… Etrange impression que cette confrontation à « la violence sociale », la violence ouvrière d’une part, visible, la violence patronale d’autre part, feutrée, cachée, camouflée…

Dès lors demeure une question : est-il possible d’aborder sérieusement la violence sociale en se limitant à un de ses aspects – la violence ouvrière visible – et en ignorant l’autre -la violence patronale – souvent présentée comme simple fatalité ?

En 2011, François Hollande en campagne électorale se rendait devant l’usine Goodyear d’Amiens avant sa fermeture et prenait des engagements rassurants, mais non suivis d’effet. A Goodyear comme en bien d’autres usines, la colère des salariés déçus qui voulaient préserver leur emploi a alors laissé place à des manifestations déterminées. On parle alors de « violences ».

Pour y voir clair, Jacques Cotta a tenté une plongée dans le monde du travail, rencontré des centaines de salariés, d’ouvriers. Ceux qui hier ont été confrontés à des occupations d’usines, à des séquestrations de patrons, à Sony, Molex, Caterpillar, Sodimatex, Continental…Son périple s’est achevé en juin 2016, voilà presque une année.

Mais il aurait pu se poursuivre, ajoute le réalisateur :

Whirlpool, usine à la porte de laquelle se précipitent en campagne électorale Marine Le Pen et Emmanuel Macron ne dénoterait pas. J’ai sollicité les grands patrons de ces entreprises… J’ai cherché à rencontrer Pierre Gattaz… J’ai recueilli documents et déclarations qui tant bien que mal m’ont permis de donner la parole sans exclusive aux uns et aux autres pour tenter de comprendre la réalité des faits relatés par ceux qui les ont accomplis, par ceux qui les ont subis. Séquestrations hier jusque dans les coins les plus reculés des provinces françaises, chemise arrachée aujourd’hui, je me suis rendu à Air France, ai rencontré les principaux protagonistes qui se trouvent à l’origine de la grande manifestation pour protester contre les mesures de leur direction au CCE, ai tout fait pour donner la parole à Alexandre de Juniac, alors PDG de la compagnie. Je me suis rendu à Goodyear, ai côtoyé ceux qui hier étaient à la tête des mouvements de résistance contre les 1200 licenciements et qui ont participé à la retenue de leur patron….

Qui passe à l’acte ? Des voyous ou des salariés qui avant de franchir le pas étaient insoupçonnables ?

Comment, alors que durant des années on a été un salarié discipliné, peut-on être amené à de telles extrémités ? Quelles explications à de telles explosions ?

Comment des salariés sont-ils amenés à franchir le pas ? Quel est le regard de chefs d’entreprises et de DRH sur cette détérioration des rapports qui les mettent en première ligne ?

Comment expliquent-ils cette exacerbation des tensions : pressurisation des personnels ? Pression sur les entreprises ? Effondrement des valeurs de respect mutuel ?

Comment les organes de dialogue et d’organisation peuvent-ils ou pas tenir leur place ? Les syndicats par exemple : jouent-ils un rôle ou sont-ils totalement dépassés dans ce type de réactions ?…

Et quel regard de la part des salariés sur les politiques qui les condamnent sans autre considération ?

Voilà quelques questions que j’ai abordées au cours de mes nombreuses rencontres et auxquelles mes interlocuteurs ont accepté de répondre dans détour, sans « langue de bois » …”

Le Film : Dans le secret de la violence sociale