Pourquoi je suis communiste ? Pourquoi un parti communiste est nécessaire ? par les JRCF #100ansduCongrèsduTours

Cette année 2020 nous fêterons le centenaire de la naissance du Parti communiste français en 1920, lors du Congrès de Tours qui marqua la scission avec la SFIO, l’adhésion à la Troisième Internationale du nouveau PCF et le début de toute une histoire de luttes. Certes cet événement est devenu quasiment mythique pour les militants communistes, faisant référence à un passé lointain avant la déchéance de l’organe qui s’en veut le continuateur, particulièrement social-démocratisé. Nous, militants du PRCF et de sa commission jeunesse, portons haut et fort cette histoire, aussi bien celle du PCF que de la MJCF, et souhaitons pouvoir reconstruire un parti communiste fort et digne de ce nom pour notre pays et le prolétariat. Dans ce sens nous allons d’ailleurs organiser un évènement le 16 janvier 2021 afin de rendre un hommage de lutte au centenaire du PCF. Il nous a donc paru intéressant de se pencher à deux mains sur les raisons objectives qui nous poussent dans notre militantisme politique communiste, celles qui nous animent chaque jour dans nos actions, écrits et rencontres auprès des travailleurs dans le cadre du PRCF, mais aussi ce qui rend nécessaire le retour d’un véritable Parti communiste en France digne de ce nom.

Pourquoi est-il nécessaire ? Nous avons vu que le bloc communiste a, dans sa grande majorité, été détruit et pour plusieurs raisons dans les années 90. Laissant seuls les USA comme unique super puissance mondiale, les années 90 sont apparues comme une accalmie, un temps de paix, voire même comme la fin de l’histoire. Ce qui a été corrélé aussi avec le déclin dans le réformisme des partis communistes occidentaux à l’instar du PCF, abandonnant le centralisme démocratique durant cette période. Le grand frère soviétique n’étant plus là, le socialisme marxiste-léniniste semblait annoncer sa défaite.

Les démocraties libérales étaient la fin de l’histoire, et le marché mondialisé néo-libéral, entamé dans les années 80, déclaré le seul mode de production économiquement viable. Lui seul pouvant assurer une vie décente à un maximum d’êtres humains.

À l’époque, y compris chez les trotskistes, on nous promettait un renouvellement démocratique, un avenir radieux, la paix mondiale et le maintien des droits des travailleurs gagnés pendant la période précédente.

Les tensions militaires devaient se calmer, les USA allaient pouvoir réduire leurs dépenses militaires prévues pour faire face aux Soviétiques.

Vision d’une décennie paisible, que nombre de jeunes d’aujourd’hui idéalisent, comme une période insouciante.

Qu’avons-nous vu ? Pendant qu’à l’Ouest on se préparait à fêter l’an 2000, à l’est les nouveaux États qui succédèrent à l’URSS étaient dans un tel chaos qu’ils eurent besoin d’une aide à l’échelle du . L’ex-URSS a connu durant cette décennie les pires années de son histoire où la pauvreté, la criminalité et les inégalités ont tout simplement explosé, à tel point que la grande majorité regrette encore l’URSS. Une situation qui se retrouve encore chez d’autres anciennes Républiques populaires comme en Pologne et en Serbie. Le marxisme et le léninisme vont décroître tant au niveau politique qu’au niveau culturel pendant que le FMI et l’OMC ont quartier libre. Le capitalisme victorieux ne s’est pas arrêté là, ce qui lui permit d’empêcher sa chute, c’est justement l’ouverture d’une ribambelle de nouvelles parts de marché à l’Est. Dans les pays occidentaux comme en France, on constate depuis cette période une perte de vitesse du syndicalisme, qui rentre dans des luttes de protection des acquis sociaux, et où les perspectives de changements sociaux sont reléguées au second plan. Des contre-attaques terribles contre les droits des travailleurs avec peu de victoires syndicales en face. Plus de socialisme pour effrayer le bourgeois. Plus de socialisme pour protéger le travailleur.

La contre-attaque du capital fut violente, partout sur le globe. Le patronat et les actionnaires furent grassement payés. Ce fut la revanche des riches. Les États-Unis ne se démilitarisent pas, pas de dividende de la paix[1]. Ils ont trouvé un nouvel ennemi, Saddam Hussein.

“Nous avons une dette envers Saddam. Il nous a sauvés du dividende de la paix” déclara un membre de l’administration Bush.

Au contraire, cette décennie va permettre aux USA d’accomplir le vieux rêve de tous les empereurs : l’imperium mundi. Avoir le monde dans la paume de sa main.

Puis viendra le 11 septembre, permettant à l’impérialisme occidental de justifier sa persistance au travers de l’OTAN.

Et enfin la crise des subprime de 2006 plongeant la plupart des pays industrialisés dans la “Grande Récession” dans laquelle nous sommes toujours actuellement. En prenant juste l’exemple français, nous pensons immédiatement aux diverses privatisations, à la réforme des retraites de Fillon, à la Loi « travail » du gouvernement Hollande, à la réforme ferroviaire de 2018, à la loi ORE[2] ou plus récemment à la loi « sécurité globale ».

À gauche, il n’y a plus de ligne directrice claire. Dans cette impasse, vont naître les mouvements altermondialistes, avec comme date symbolique la manifestation de Seattle en 1999.

Ce mouvement altermondialiste va atteindre l’Europe rapidement, par le biais d’internet, et se fondre avec les groupes trotskystes, anarchistes et écologistes en plein essor.

Il semblait que ce serait le tableau économique du XXIe siècle : des sociétés mondialisées contre un mouvement de résistance mondialisé.

Mais faute de ligne directionnelle claire ainsi qu’une méfiance envers toute hiérarchie et organisation, cette gauche peine à faire front face à l’hydre capitaliste lui faisant face.

La mouvance va devenir contre-culture, et à la fin des années 2000 rencontrer l’intersectionnalité. Terme popularisé par Kimberlé Williams Crenshaw, mais qui aujourd’hui a pris son indépendance.

L’analyse matérialiste dialectique a laissé place à la critique individualiste.

Pris dans l’hégémonie libérale actuelle, le marché du désir et ses marchandises calibrées pour chaque individualité a infusé dans la pensée de la gauche radicale.

Une grande partie des mouvements qui se réclament de “la gauche radicale”, ont adopté une pensée centrée sur l’individu plutôt que sur le collectif.

On ne parle plus des conditions matérielles des travailleurs mais de la liberté de chacun de pouvoir jouir des marchandises et des services libidinaux du capitalisme, dont la valeur d’usage est un gonflement égotique.

On ne se préoccupe plus vraiment de la société à construire mais de l’affirmation de soi, qui vire parfois dans un extrême où l’on accumule des points d’oppressé et l’on distribue des points d’oppresseur. Ces points n’ont rien à voir avec nos réalités matérielles dans la société mais avec ce que l’on se représente.

 Les crises économiques ont continué à secouer le monde. La prochaine qui arrivera à cause de la crise sanitaire risque d’être particulièrement salée. Face à ce capitalisme mondialisé exterministe et cette gauche aventuriste et désorganisée, nous militants communistes, devons remettre le marxisme- léninisme à l’ordre du jour.

Dans notre société, c’est le travail qui crée la richesse. Celui que chacun d’entre nous fait au sein de son entreprise en tant qu’ouvrier, transporteur, charpentier, médecin, pompier, etc. C’est ça qui crée la richesse économique en fonction du temps de travail moyen que nous mettons dans la production de l’objet ou du service que nous réalisons. Or la richesse créée par les travailleurs, du fait de la propriété privée des moyens de production, est accaparée par quelques personnes, les capitalistes, qui sur cette richesse produite ne rendent aux travailleurs que la part permettant à ceux-ci de renouveler leur force de travail, le salaire. La plus-value créée par le surtravail[3] est récupérée abusivement par le capitaliste, majoritairement pour sa poche et une petite partie dans l’amélioration de l’outil de production. On peut en avoir quelques exemples récents avec les dividendes versés aux actionnaires des grandes entreprises françaises alors qu’elles licencient[4].

Le profit est donc pris à partir du travail, mais il peut être plus ou moins important selon plusieurs modalités. Tout d’abord, dans le capitalisme les profits ont tendance à baisser par suite des avancées techniques : un capitaliste qui pouvait obtenir une rentabilité grâce à l’introduction de nouveaux outils améliorant la productivité, n’aura plus la même si tous ses concurrents, par démocratisation de la nouvelle technique, en bénéficient à leur tour. Le profit récupéré tendra à baisser car le coût de production deviendra le coût moyen du marché et sans nouvelles avancées techniques, une partie de la plus-value n’ira pas dans la poche du capitaliste mais dans l’entretien de l’outil. Il est possible aux détenteurs des capitaux de retrouver ce profit en licenciant, en refusant de payer les heures supplémentaires, en faisant travailler plus au même salaire, etc. Dans cette course folle du profit à tout prix, le bourgeois détruit l’origine de celui-ci en brisant le travailleur, ce qui montre bien l’un des aspects profondément morbides du capitalisme se niant lui-même. Afin d’éviter de laisser penser au lecteur que la seule préoccupation des communistes est que l’intégralité de la richesse que les travailleurs produisent leur soit payée, clarifions les choses. L’idée est de replacer cette plus-value nécessaire à l’investissement dans le cadre du bien commun en la faisant bénéficier à toute la société, par exemple en allant dans les infrastructures ou dans l’amélioration des outils de travail. Nous voulons sortir du simulacre libéral, repenser le désir comme produit de la praxis, repenser la valeur d’usage et la valeur d’échange. Proposer une nouvelle pratique de la valeur économique qui s’inscrive dans la socialisation des moyens de production.

En plus d’être le lieu d’une immense extorsion, la production dans un système économique capitaliste est profondément anarchique. Elle ne se fait pas en fonction des besoins des êtres humains, mais dans le but d’engranger le maximum de richesse pour quelques-uns. Cela peut entrainer des crises s’il y a trop de certains produits en circulation par rapport à la demande. Cela entraine aussi des gaspillages énormes, car des produits invendus sont détruits, comme a pu le faire Amazon, même en parfait état[5]. Outre une perte d’argent, la situation devient franchement tragique lorsqu’il s’agit de nourriture invendue malgré les nombreux nécessiteux en France comme ailleurs. Cela nécessite la prise en main par la majorité des moyens de production et une planification de celle-ci plus ou moins souple en fonction des besoins réels.

Entre ces deux tares, l’accaparement des richesses pour quelques-uns et l’anarchie de la production, le capitalisme est un facteur de misère pour la majorité de la population, rejetant dans le dénuement les plus pauvres (si ce n’étaient bien sûr les conquêtes sociales gagnées de haute lutte) et créant une paupérisation grandissante dans la société. En quelque sorte, dans sa course effrénée au profit, le capitaliste entraine aussi les classes dites moyennes ou intellectuelles et les prolétarise de plus en plus, abaissant leur salaire par la même occasion, jusqu’à ce que la distinction, si ce n’est dans la division du travail, soit infime. Si la classe moyenne est toujours hésitante entre la classe bourgeoise et la classe prolétaire, il faut bien que ses membres comprennent qu’historiquement la petite bourgeoisie intellectuelle et le prolétariat forment le bloc progressiste. Ils n’ont rien à gagner à défendre le capital car in fine la paupérisation les touchera inexorablement et le socialisme est leur meilleur allié. Le socialisme et l’éviction de la propriété privée des moyens de production, une économie planifiée en fonction des besoins, où chaque homme pourra d’abord subvenir à ses besoins, voilà la société que nous voulons.

L’impérialisme, stade suprême du capitalisme et régime dans lequel nous vivons, pille les hommes et les ressources naturelles. Il se caractérise par la tendance du capitalisme à se nier lui-même en abaissant la concurrence libre et non faussée pour créer des monopoles capitalistes privés, faisant toujours plus de profit en étendant leur marché. Il s’agit d’un stade où la présence de la finance dans les pays développés devient prédominante sur l’industrie. Il détruit les pays qui sont sous sa prédation en les empêchant notamment de s’organiser de manière démocratique. N’est-ce pas notre situation ? L’impérialisme est un autre moyen de faire face à la baisse tendancielle du taux de profit dont nous parlions plus haut, en s’implantant dans des nouveaux territoire non exploités ou sous-exploités par le marché. Si l’on veut deux exemples concrets, il faut regarder ce qui se faisait lors de l’expansion coloniale européenne ou, plus proche de nous, à la fin de l’URSS et la main basse occidentale qu’il y a eu sur les entreprises soviétiques. Quant à notre situation économique, nous pouvons voir la rapide de notre pays et la délocalisation des dans les pays sous-développés où les travailleurs sont particulièrement exploités. Pour garder certains pays sous sa coupe et faire main basse sur leur industrie, il faut que l’État d’où provient la multinationale assure les arrières de leurs entreprises soit pacifiquement soit violemment, comme on le voit avec la politique française en Afrique. En plus de cet impérialisme, nous sommes passés à un stade qu’on pourrait appeler exterministe. C’est-à-dire à un moment où la course au profit est tellement folle qu’elle se fait au détriment de l’environnement, notre biosphère, dans lequel vit l’être humain et toutes les formes de vie. Le capitalisme ayant tendance à se nier lui-même, les moyens pour obtenir le meilleur profit deviennent de plus en plus barbares et suicidaires pour notre espèce et la vie en général ! L’exterminisme va jusqu’à la destruction de certains traits culturels comme la langue (domination de l’anglais). Ainsi, et pour toutes les raisons évoquées plus haut, il apparaît de plus en plus nécessaire pour la survie de l’humanité, d’en finir radicalement avec le mode de production. Le socialisme devient aussi une porte de salut pour l’Humanité.

Voici donc les raisons objectives qui nous poussent à militer, couplées avec notre vécu personnel à chacun et qui font les militants que nous sommes. Celles qui nous inspirent tous les jours dans notre vie quotidienne.

Nous sommes des militants communistes, et dans notre militantisme nous savons qu’en termes d’organisation, un parti communiste est nécessaire pour les masses. Être communiste aujourd’hui c’est comprendre qu’à notre échelle, rebâtir un vrai parti communiste digne de ce nom en France est notre devoir pour un monde plus juste.

C’est comprendre que, tous, nous allons devoir mettre la main à la pâte.

Ce n’est pas un énième parti destiné à gagner des élections et à engranger des subventions, non, il s’agit d’un parti représentant une classe sociale déterminée – ici le prolétariat, capable d’organiser son action même spontanée, capable de représenter cette classe en tout lieu, aussi bien dans le monde du travail, dans les parlements ou les manifestations. Nous sommes bien loin de la dénonciation générale des partis que font certains comme Étienne Chouard, qui ne comprennent pas le rôle révolutionnaire que peut jouer un parti politique.

Le Parti est aussi un formateur théorique, où la réflexion et le développement de la conscience de classe du prolétariat est poussée jusqu’au bout. De par ses directives, brochures, les discours de ses secrétaires ou plus profondément de son comité central, le parti agit aussi comme intellectuel collectif. Il donne une ligne directrice au prolétariat (en fonction du pays dans lequel il est situé) lors de ses congrès, où la parole est libre et dès que les décisions sont prises, elles sont appliquées jusqu’au prochain congrès, selon les principes du centralisme démocratique. Le Parti est aussi un formateur pour la classe prolétarienne, qui n’a pas toujours accès à toute l’éducation nécessaire, en lui enseignant, par l’intermédiaire de stages, de formations locales ou d’écoles du Parti, les bases du système capitaliste, de la philosophie, du militantisme communiste, des formations techniques, etc. Le Parti n’est ni sectaire ni réformiste. Il permet de maintenir l’élan révolutionnaire et d’atteindre une transformation radicale de la société.

Contrairement à ce que disaient certains trotskistes, les mouvements d’obédience socialistes-communistes se sont effondrés en abandonnant dictature du prolétariat et centralisme démocratique.

Lorsque le PCF était un parti de masse et de classe avec une vraie ligne franchement communiste marxiste-léniniste, il a connu de nombreuses conquêtes sociales :

  • Les deux semaines de congés payés avec le Front populaire, permettant enfin aux travailleurs de partir en vacances et de ne pas vivre uniquement pour le travail.
  • Le programme du Conseil National de la Résistance, organe dans lequel les communistes étaient très présents, et qui fut très influencé par le communiste Charles Tillon.
  • La création de la sécurité sociale par le ministre du Travail Ambroise Croizat.
  • La création des comités d’entreprise par le même ministre.
  • La nationalisation d’électricité et de gaz de France par le ministre communiste Marcel Paul, avant que cette institution ne soit peu à peu détricotée par les ministres successifs et l’Union européenne.
  • Le statut de la fonction publique par le ministre communiste Maurice Thorez
  • La création des sections syndicales d’entreprise lors des Accords de Grenelle

Il s’agit bien sûr d’une liste non exhaustive et il faut bien se rendre compte que l’existence d’un vrai parti de combat du prolétariat a obligé la bourgeoisie à négocier et à augmenter les salaires ou à accepter des avancées en droit du travail.

Nous souffrons à l’heure actuelle de l’absence d’un parti communiste de combat pour la France, capable de mener la lutte pour la sortie de l’Union européenne et du capitalisme, capable de représenter partout le monde du travail, d’obtenir des conquêtes sociales, de pouvoir faire des alliances avec d’autres organisations politiques sans que celles-ci soient des compromissions amenant au désastre. Un Parti qui mène la lutte politique jusqu’au bout, en transformant l’élan spontané du peuple en véritable mouvement social, nous amenant vers de nouveaux jours heureux où nous en aurons fini de la faim, la pauvreté et de la guerre. C’est ce genre d’organisation dont nous avons besoin pour la France. C’est celle que nous voulons. C’est celle pour laquelle nous travaillons.


[1] A la fin de la Guerre Froide, les peuples nord- américains et d’Europe de l’ouest attendaient une augmentation de leur niveau de vie grâce à l’argent militaire reversée dans le civil.

[2] Loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (loi ORE)

[3] Friedrich Engels : « La force de travail est, dans notre société capitaliste actuelle, une marchandise tout à fait spéciale. En effet, elle a la propriété particulière d’être une force qui crée de la valeur, une source de plus de valeur qu’elle n’en possède elle-même. »

[4] « Covid-19 : quand les aides d’État aux multinationales partent en dividendes », 4 novembre 2020, Le Média.

[5] « Amazon ou la nécessité du socialisme », 4 février 2019, Chaîne des Jeunes pour la Renaissance Communiste en France.

http://jrcf.over-blog.org/2020/12/pourquoi-je-suis-communiste-pourquoi-un-parti-communiste-est-necessaire.html

Rédigé par Ambroise et Léo-JRCF