C’est le dernier coup de génie du despote Macron : après avoir suscité les commentaires de la « gauche » institutionnelle voyant dans la nomination de la nouvelle Première ministre – éBORNEuse en chef de la SNCF, d’EDF-GDF et de l’assurance-chômage – un « progrès » car « c’est une femme », voilà qu’un tour de prestidigitation vient d’avoir lieu rue de Grenelle, après la nomination de Pap Ndiaye à la tête de l’Éducation nationale en lieu et place du réactionnaire Blanquer.

Et bien évidemment, Jean-Luc Mélenchon, toujours davantage sous l’influence des thèses indigénistes comme s’en vanta Houria Bouteldja (évoquant un « butin de guerre »), n’a pas trouvé mieux à faire que de saluer une « audace ». Ou comment tomber dans un double piège : celui de Macron, voulant faire croire qu’il a entendu les « électeurs de gauche » et désireux de montrer qu’il combattrait le racisme – oubliées, les « paroles malheureuses » sur le « Kwassa-Kwassa qui pêche peu : il amène du Comorien », la réhabilitation de Pétain ou son entrevue avec Valeurs actuelles pour parler du « triple I » (insécurité-immigration-islam) ; et celui de l’extrême droite, toute heureuse de dénoncer, sans surprise, le « militant raciste et anti-flics » (Jordan Bardella) et « l’intellectuel indigéniste » (Éric Zemmour) – en somme, de cibler un « Noir ». Un « beau symbole » (de quoi ?) pour Dominique Sopo, le président de SOS Racisme, tandis que Didier Georges, secrétaire national du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN), se réjouit : « Le parcours de Pap Ndiaye peut nous rendre peut-être optimiste ».

Un véritable coup de génie de la part de Macron qui, cherchant à faire oublier l’euro-destruction matérielle et intellectuelle de l’Éducation de moins en moins « nationale », réussit l’exploit de remplacer un obsédé de la chasse à l’« islamo-gauchisme » par… un critique du pseudo « concept » d’« islamo-gauchisme ».

Car le long quinquennat de Blanquer aura été marqué par une funeste et désastreuse déliquescence du système scolaire national, dramatiquement symbolisé par le recrutement de plus en plus difficile d’enseignants par les concours, comme le rapporte France Inter le 12 mai 2022 : « 816 candidats admissibles sur 1035 postes de professeurs de mathématiques ouverts, soit deux fois moins de prétendants qu’en 2021. Il manque donc déjà plus de 200 professeurs potentiels et ce sera bien plus après les oraux d’admission puisque les jurys veillent tout de même à ne pas trop abaisser le niveau de recrutement. Même constat concernant la discipline allemand, avec une chute vertigineuse : 83 candidats admissibles pour 215 postes ouverts, et là aussi les prétendants ont fondu de plus de moitié par rapport à l’année dernière. » Nous avons hâte d’entendre ce que dira Pap Ndiaye sur ce sujet…

Quant à la question de savoir s’il arrêtera que sévisse la propagande capitaliste, européiste et anticommuniste dans les manuels scolaires, ne prenons pas nos désirs pour nos réalités. C’est que la mise au pas des esprits, récemment symbolisée par la volonté de Sciences Po Paris (dont vient Pap Ndiaye) de former les enseignants du secondaire pour « expliquer la guerre en Ukraine » aux élèves des collèges et lycées, est déjà bien avancée et s’exprime toujours plus dans les examens. On ne s’étonnera donc plus que pour l’épreuve terminale de Sciences économiques et sociales (SES) au baccalauréat de 2022 ait été posée la « question » suivante (obligatoire) : « À l’aide d’un exemple, vous montrerez que l’action des pouvoirs publics en faveur de la justice sociale peut produire des effets pervers. » Et ce, après qu’en 2021, les candidats aient dû montrer que « des politiques de flexibilisation du marché du travail permettent de lutter contre le chômage structurel ». Élisabeth Borne se félicite déjà à l’avance des prochains sujets une fois que les retraites par répartition et l’assurance-chômage seront définitivement démantelées… Quant à Pap Ndiaye, historien « pur produit de la méritocratie républicaine », nous verrons bien s’il réagit aux grossières et falsifications classiques sur la comparaison entre nazisme et communisme ou s’il désacralise la République bourgeoise, de plus en plus sacralisée comme dans ce sujet de devoir d’introduction à propos du chapitre « La France de 1870 à 1914 » en classe de première : « En vous appuyant principalement sur les documents suivants, vous montrerez que les ouvriers se sont souvent fortement opposés à la Troisième République ». Alors que cette dernière, bien évidemment, ne s’est jamais opposée aux ouvriers – et bien plus, n’a jamais assassiné, sous l’impulsion de la chambre royaliste élue en février 1871, 30.000 martyrs républicains, patriotiques et socialistes en une semaine du 21 au 28 mai 1871 à Paris…

Mais peut-on vraiment croire à un moindre miracle pour reconstruire une Éducation nationale alors que la feuille de route est déjà toute tracée ? À la fois par le prédécesseur de Ndiaye, l’euro-réactionnaire Blanquer qui, le 16 mai 2018, en pleine Assemblée nationale, expliquait « qu’il est totalement prioritaire d’ancrer l’idée européenne chez les jeunes, en faisant bien comprendre que c’est leur avenir » – ce qui ne suscita d’ailleurs aucune réaction de la part des faux « patriotes » du RN, ni des anciens « Insoumis ». Et par le prestidigitateur Macron qui a été très clair quatre jours avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2022 : « Je veux que les directrices et d’électeurs d’écoles, des collèges et des lycées, aient la possibilité de bâtir un projet pédagogique, ce qui veut dire que quand ils ont un enseignant qui arrive, qu’il ne participe pas, qu’il n’adhère pas au projet, ils peuvent dire : « cet enseignant, ça ne va pas le faire », si je puis m’exprimer ainsi familièrement ; et à l’inverse, avoir des enseignants qui adhèrent à leur projet. »

Et en matière de « flexibilité », Pap Ndiaye s’y connaît bien, lui qui a construit sa carrière dans le temple de l’euro-atlantisme qu’est Sciences Po Paris. Une institution qui a déjà tant cassé l’Éducation nationale via Richard Descoings, l’ancien directeur de Sciences Po Paris chargé par le ministre Luc Chatel de la contre-« réforme » du lycée en 2010 – avant que le directeur de Sciences Po Lille, Pierre Mathiot, soit mobilisé par Blanquer pour faire de même en 2018. Car avec la nomination de Pap Ndiaye, c’est avant tout une nouvelle victoire pour Sciences Po, qui continuera d’exercer son magistère mandarinal sur l’ensemble des grands ministères tout en généralisant son « modèle d’école » avec ses « épreuves terminales », à commencer par le fameux « grand oral » ; quant au contenu de l’enseignement, que l’oligarchie de France se rassure : l’euro-atlantisme conservera sa place privilégiée, avec un plus grand zeste d’histoire des « minorités » (mais certainement pas d’histoire des classes sociales).

Et tandis que l’extrême droite et la N.U.P.E.S. adoptent une grille de lecture post-moderniste (pour la plus grand joie de Macron, tout aussi heureux que l’« écologiste » Piolle ne trouve rien de plus urgent à faire que d’autoriser les poitrines nues et les burkinis dans les piscines grenobloises) pour commenter la nomination de Pap Ndiaye, ce dernier s’apprête déjà, dans une logique matérialiste, à poursuivre et parachever l’euro-démantèlement de ce qui reste du service public de l’Éducation nationale. Un vrai coup de génie, assurément.