Le troisième référendum sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie vient d’avoir lieu ce 12 décembre. Le scrutin a donné un Non écrasant à l’indépendance. Oui, mais dans les conditions d’une abstention majoritaire et, pour une bonne part, très politique, puisque les indépendantistes kanaks, eux, avaient appelé au boycott.
Aussitôt, Macron s’est réjoui de ce « succès », mais le FLNKS a refusé de valider le résultat, se faisant traiter implicitement ou explicitement de mauvais joueur par une partie des médias. Mais qui est le mauvais joueur en la matière, si ce ne sont ceux qui, à Paris, prenant le risque de réduire à néant tout le processus découlant des Accords de Nouméa (gel du corps électoral, succession de trois référendums), ont refusé de retarder de quelques mois le référendum pour prendre en compte les demandes de la partie kanak?

La question n’est même pas de savoir si ces demandes étaient ou pas justifiées, elle est de savoir comment un pouvoir prenant au sérieux le droit des peuples à l’autodétermination, et réellement soucieux de laver la France de tout soupçon de néocolonialisme, pouvait s’assurer de l’incontestable légitimité du scrutin, ce qui ne pouvait que faire défaut si l’un des deux camps en présence, loyalistes et indépendantistes, ne se retrouvait pas dans les conditions dudit scrutin.

Bref, un beau gâchis en perspective, une ombre portée sur l’adhésion réelle à la République française de la majorité des Calédoniens (dont la masse des Kanaks, population très longtemps humiliée qui n’est devenue française de plein droit qu’en 1957) avec à l’arrivée, de nouveaux risques pour la paix civile dans l’archipel calédonien.

Georges Gastaud, ancien secrétaire de la cellule Eloi Machoro (militant révolutionnaire kanak abattu sur l’ordre du pouvoir mitterrandien) du Parti communiste français.


Les leçons chiffrées des résultats des référendum d’indépendance de la Nouvelle-Calédonie

Le tableau ci-dessous synthétise les résultats des trois référendums d’indépendance ainsi que celui de 1987.

Les résultats du 12 décembre mettent en évidence à ce stade la continuité d’une absence de majorité au sein du corps électoral spécial dans les urnes pour l’indépendance, mais l’absence de majorité forte contre l’indépendance également. De fait  le non à l’indépendance ne représente que 41% des inscrits ce 12 décembre 2021 et l’abstention est majoritaire. Toutefois, un calcul très simple montre qu’en projetant un niveau de participation de 85% similaire au niveau historique du referendum de 2020 et en considérant que la totalité des électeurs, abstentionnistes le 12 décembre, seraient partisans du oui à l’indépendance ( ce qui relève d’une forte sur-représentation du vote indépendantiste comme l’a montré le referendum de 2020), alors le non à l’indépendance serait encore en tête dans les urnes.

1987 2018 2020 2021
inscrits 85022 100,00 % 174165 100,00 % 180799 100,00 % 184367 100,00 %
votants 50520 59,42 % 141099 81,01 % 154918 85,69 % 80938 43,90 %
blancs 0 0,00 % 1023 0,59 % 855 0,47 % 1142 0,62 %
nuls 0 0,00 % 1143 0,66 % 1027 0,57 % 1276 0,69 %
blancs et nuls 797 0,94 % 2166 1,24 % 1882 1,04 % 2418 1,31 %
abstention 34502 40,58 % 33066 18,99 % 25881 14,31 % 103429 56,10 %
exprimés 49453 58,16 % 138933 79,77 % 153036 84,64 % 78520 42,59 %
oui 842 0,99 % 60199 34,56 % 71533 39,56 % 2755 1,49 %
non 48611 57,17 % 78734 45,21 % 81503 45,08 % 75765 41,09 %

 

Le point sur la situation, les réactions à Paris et Nouméa

Conformément à l’accord de Nouméa, le statut de la Nouvelle Calédonie n’a eu de cesse d’évoluer ces dernières décennies. Le territoire dispose désormais de larges compétences exercé en propre et de structures institutionnelles spécifiques. La Constitution a consacré ces dispositions transitoires relatives à la Nouvelle-Calédonie dans un titre qui leur est spécialement consacré. L’élaboration d’un nouveau statut entraînerait donc une nouvelle révision constitutionnelle lors du prochain quinquennat. Surtout la tenue de ce troisième referendum pose la question de la fin du corps électoral spécial pour d’éventuels nouveaux scrutins à venir. Ce dernier exclut des listes électorales une partie non négligeable des travailleurs de Nouvelle-Calédonie (35 000 électeurs de la liste électorale, essentiellement des Français de métropole arrivés après 1994 et leurs enfants, soit 16% du corps électoral) , et ce alors que le peuple kanak est de fait loin de la majorité des habitants du territoire (41% de la population).

Emmanuel Macron s’est exprimé immédiatement après le prononcé des résultats du vote du 12 décembre. Sans un mot pour la majorité du corps électoral qui a refusé la brutalité d’un scrutin imposé à marche forcée, en dépit de la situation sanitaire, et dans le but de servir en premier lieu plus à la campagne électorale de Macron qu’à construire un avenir serein et démocratique pour la Nouvelle-Calédonie. Il a immédiatement dépêché le cynique ministre des Outre-mers, Lecornu, qui vient lui aussi de s’illustrer par sa brutalité aux Antilles, qui n’a d’égale que son empressement à démanteler la République en lançant contre la Guadeloupe un chantage à l’autonomie alors que c’est une crise et les inégalités sociales que dénoncent de façon continue les Guadeloupéens. Ce déplacement a lieu alors que les autorités de Nouméa, avec un gouvernement désormais à majorité indépendantiste, fait face à une situation budgétaire compliquée, avec un manque de 500 millions d’euros, et des autorités parisiennes qui le mettent sous pression austéritaire de réduire ses dépenses de 300 millions d’euros au nom de « réformes structurelles ». Bref, de Paris à Nouméa, la situation économico-politique n’est pas sans similitudes, celles de l’exploitation capitaliste.

Dans ce contexte, les indépendantistes, qui ont affiché leur détermination à garantir pacifiquement le calme et la sérénité y compris durant ce scrutin contesté, rappellent qu’il n’y a pas lieu de précipiter contrairement à ce que prétend Macron les discussions sur le statut institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Au journal Le Monde, le porte-parole du gouvernement, chargé notamment de la fiscalité et des affaires minières, Gilbert Tyuienon  explique : « On ne va surtout pas se précipiter, assure-t-il au Monde . Ça ne sert à rien de discuter dès le lendemain sachant toutes les tensions qu’il y a eues. Il faut laisser les choses se tasser. » « Nous viendrons aux discussions avec la personne qui va sortir des urnes de la prochaine présidentielle. Nous attendrons le prochain. Si c’est Emmanuel Macron, nous allons continuer à discuter », a indiqué dimanche le président indépendantiste du Congrès, Roch Wamytan. « L’accord de Nouméa se prolonge autant que nécessaire, tant qu’une nouvelle solution politique n’a pas été trouvée, assure M. Tyuienon. Tant qu’on est dans cette situation, on ne bouge pas le corps électoral, on ne bouge pas les clés de répartition, on ne bouge rien. Et alors ? Ce n’est pas un drame. »

JBC pour www.initiative-communiste.fr